Céline Dehors et François l’Explorateur — Aspirants, chercheurs en liberté, expérimentateurs d’idées loufoques. — Et accessoirement auteur de « Ce que le Souffle m’a donné »

vendredi, juin 09, 2017

Moralenemia




Style : Voie équipée
Dénivelé de difficulté : 300 m
Longueurs : 12
Cotation : ED- 6a/6a+/6c+/6c/6c/6b/6c+/6a+/6c/6b/6c/5a
Site : Verdon
Grimpeurs : Lucas et Oscar

Et pour changer… Une Catso! La météo prévue n’est pas exceptionnelle mais ça devrait passer. Aujourd’hui c’est deux expéditions en une pour moi. Le camion n’est plus en état de rouler, il attend patiemment ses nouveaux pneus sur les bords du lac Sainte-Croix. Il faut donc que je me débrouille pour aller et revenir de la Palud tout seul. Les gars veulent partir à 9 h, je me donne 2 h 30 pour faire le trajet. Je pars donc pour un petit jogging sur les bords du lac à 6 h 30. Un pêcheur me prend en stop après quelques kilomètres et me dépose à un pont, juste à la sortie des gorges. Je traverse le pont et trouve un gars qui veut bien me déposer au rond-point de la route des gorges, ça avance… Je commence à monter la route en courant, un peu avant la grotte du Galeta une voiture de grimpeur me prend en stop et m’emmène jusqu’à la Palud. Il est 7 h 30, je suis dans les temps. Je cours jusqu’au parking municipal voir si les gars y sont : personne. Les téléphones sont éteints, ils doivent encore dormir. Je repars donc en courant en direction du point sublime. Finalement il me récupère à mi-chemin et ils prennent leur petit-déj sur le parking du couloir Samson. Nous voilà parés pour attaquer la journée.

L0

L’accès est le même que l’une de ses célèbres voisines, l’Offre. On suit le sentier Martel et on sort du couloir Samson par la deuxième fenêtre. Un petit sentier descendant mène au relais, juste au-dessus de l’eau.

L1 - 6a

J’ouvre le bal dans de la traversée pure et dure! Enfin surtout pure, un petit pas psycho que sur les pieds et un itinéraire où il faut savoir être souple. La bonne rampe de pied s’avère être une bonne rampe pour les mains après réflexion.

L2 - 6a+

On est sur une bonne vire on pourrait presque échanger les rôles mais c’est mieux que je reste en tête alors je repars. C’est toujours de la traversée horizontale mise à part pour un petit pas à la fin de la voie, juste sous le relais.

L3 - 6c+

On peut enfin commencer à monter.


C’est Lucas qui se propose pour cette première difficulté. La voie est cotée 6c+ et tout le début et genre méga facile, 5sup. Sans que personne ne comprenne trop comment, une dégaine se décroche du baudar de Lucas. Dans un mouvement digne d’un maître Jedi je la rattrape en plein vol avant qu’elle ne frappe le casque d’Oscar. Pour que ce soit 6c+ c’est que ça doit s’exciter à un moment… En effet les derniers mètres de la longueur sont beaucoup plus taquin il faut comprimer deux gouttières verticales. Passer en tête et lâcher une main dans ces mouvs en compression n’as pas dû être une partie de plaisir!

L4 - 6c

Lucas voudrait bien passer le relais à quelqu’un d’autre après cette longueur mais Oscar préfère qu’on avance et qu’il continue en tête pour ne pas perdre de temps. Lucas se lance donc dans ce beau dévers bordé d’une fissure avec des prises franches. Les prises sont tellement bonnes qu’il nous en envoie une sur la tronche. Il a même droit à un cade-chaise avant de finir jusqu’au relais.

L5 - 6c

Lucas commence à fatiguer alors je reprends la tête. J’ai lu le descriptif avant de partir mais j’ai des doutes sur l’itinéraire. Je suis au niveau d’un toit que je dois franchir par la droite en théorie. Sauf qu’à droite il n’y a pas tellement de prises. Je me prends un petit repos pour réfléchir avant d’apercevoir un point sur la gauche. En fait on passe sous le toit, on le contourne par la gauche et on traverse au-dessus de lui vers la droite…

L6 - 6b

Cette fois c’est Oscar qui s’y colle. Il a le droit à des petites prises où il vaut mieux s’appliquer si on ne veut pas se prendre une zippette.

L7 - 6c+

Je repars dans un super mur déversant avec des grosses prises. C’est génial mais éprouvant. Avant de finir la longueur je me repose sur une dégaine et j’enchaîne la fin pour arriver sur un relais plein gaz.

L8 - 6a+

Les gars me rejoignent et je repars tout de suite en tête parce que c’est pas vraiment confort notre petit relais. Ce 6a est super, très agréable.

L9 - 6c

Après une petite concertation on se met d’accord. Je fais encore celle-ci, Lucas fait la suivante et Oscar fait le dernier 6c. Et ben tant pis pour eux! Je crois qu’ils m’ont laissé l’une des plus belles longueurs. Un peu avant le relais il y a un petit pas à faire sous un toit, dans une dalle complètement lisse ou peu s’en faut. Pour moi il s’agissait d’un super jeté à partir de prise inexistante suivi d’un clippage fou, tout en adhérence, les pieds à plat sur la dalle et les mains dans une fissure. Pendant que les autres me rejoignent je repère la suite, je vois briller des plaquettes de l’autre côté du jardin et il me semble même deviner le relais. Plus que deux longueurs et on est sortie. Jusqu’ici tout va bien mais le temps devient menaçant il ne faut pas traîner.

L10 - 6b

Lucas part dans un rocher jaune/orange éclaté mais soi-disant solide. Il n’a pas pris toutes les dégaines mais il n’en a pas besoin, la longueur est assez courte. Il passe une rampe et… continue de grimper. C’est bizarre, il me semblait bien que le relais était là. Il attaque maintenant un surplomb qui à l’air assez physique. La météo se dégrade, Oscar s’inquiète un peu pour le 6c qui l’attend derrière. D’un seul coup Lucas hurle : DU MOU, DU MOU! Mais il craque le bonhomme, il en a du mou. Cette fois il pleut franchement, je demande à Lucas s’il est sûr de ne pas avoir vu de relais en passant. Mais voilà, il a déjà 30kg de tirage dans chaque bras, il est au-dessus de son dernier point, il n’a presque plus de dégaines, il a débranché son cerveau depuis longtemps pour se mettre en mode survie. Pour moi, il n’y a plus aucun doute il a raté son relais, et celui qu’il voit au loin et qui le pousse à continuer de grimper, c’est celui du 6c. Et c’est qu’il grimpe le bougre parce qu’avec le tirage qu’il a ça ne doit pas être simple. Au bout d’un moment il nous annonce quand même qu’il a un relais. Je suis un peu septique alors avec Oscar on se fait un plan. Déjà avec le tirage de malade qu’il a eu il ne pourra pas nous assurer en second tous les deux. Ensuite je veux être sûr qu’un vrai relais béton nous tient en haut, déjà que Lucas a dû radiner avec les dégaines sur la fin… je laisse donc partir Oscar qui consolidera si besoin le relais de Lucas, l’aidera à m’assurer et surtout il devra se préparer à dégager des que j’arriverai pour nous sortir de cette voie au plus vite avant qu’on se prenne vraiment le gros de l’orage qui gonfle. En partant il envoie une pluie de parpaings dans le jardin (c’est le problème avec les prises soi-disant solides). Passé le gros bombé un peu physique je commence à fatiguer :
- Vous pouvez me sécher un peu les gars?
- Il vaut mieux que t’évites de trop te pendre sur la corde en fait, vache toi si tu peux.
- Quoi?!? He les gars, vous êtes sur un relais là-haut dites moi?
- Oui oui! C’est juste qu’il est un peu funky.
Bon tant pis pour le repos, je préfère continuer dans la dalle. Je me dis que Lucas à vraiment du se mettre vert : la dalle et assez technique, les prises pas énormes, il a été obligé de sauter des points pour économiser ses dégaines et je n’imagine même pas le tirage qu’il devait avoir. À la fin il a mis ce qui lui restait, un mousqueton à vis (celui auquel il accrochait ses chaussures habituellement). Quand j’arrive au relais je trouve Lucas pendu à un cade et Oscar a mis chemin entre Lucas et un autre Cade. Ils n’avaient pas assez de sangles alors c’est pour ainsi dire Oscar et son baudar qui faisaient office de relais. 

L11 - 6c

Eh ben Lucas du coup. Bon pour être tout à fait franc il s’est arrêté à deux mètres du relais officiel (plus de dégaines, plus de jus, trop de tirage). 

L12 - 5a

Oscar finit donc cette voie en deux deux et nous sort de là en vitesse. Je crois que Lucas ne retrouve ses esprits qu’une fois sur le chemin du retour. Cette longueur interminable l’a bien remué

C’était une sacrée aventure. La fin n’a pas été facile pour Lucas mais ça va me fournir en vanne pour un bon moment :
- He Lucas t’en laisse un peu pour les autres cette fois, tu t’enquille pas la voie tout seul!
- He Lucas si tu vois des plaquettes l’une à côté de l’autre c’est pas que c’est surprotégé, c’est que tu es au relais!
- He Lucas, t’es sûr que tu ne veux pas des dégaines en plus, des fois que tu veuilles continuer un peu après le relais!
Je ne les dis pas toutes ici, je sais qu’il me lit et il faut que j’en garde un peu sous le coude pour la prochaine qu’on grimpe ensemble. 

En tout cas c’était une superbe voie. Bon après la voie il fallait encore que j’arrive à rentrer à Aups (40km de la Palud) mais les gars m’ont déposé à la sortie des gorges et j’ai été pris en stop au bout d’un moment par des gens qui m’ont emmené jusqu’au bout. Une sacrée mission cette journée!

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