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Faire un mobile avec un enfant

S’il y a bien une chose que j’ai apprise avec ma fille c’est que rien n’est trop grand ni trop beau pour un enfant. Avant de connaître la loutre, j’avais en tête les jeux en plastique très simples, très simplifiés, parfaitement adaptés aux jeunes bébés. Il était hors de question de leur laisser une assiette, un verre, et un couteau ne m’en parlez pas quelle horreur ! Je n’avais jamais été en contact avec de jeunes enfants, c’était une idée que je n’avais jamais concrétisée, mais elle était bien ancrée dans ma tête, je peux vous l’affirmer.

Je ne vais pas vous raconter encore une fois l’histoire… mais en fait c’est peut-être nécessaire n’est-ce pas ? Alors la voici : Un jour ma fille est née et, avec elle, un regard étonné prêt à tout avaler. Je n’ai pas vu au bout de ses bras des mains maladroites mais des gestes qui se voulaient aussi précis et harmonieux que possible. J’ai vu chez ma fille un être exceptionnel qu’aucun mot ne me permet de décrire. Et j’ai vu une image, dans un film : un jeune garçon de moins d’un an tenant dans sa main un couteau parfaitement aiguisé et l’approchant de sa joue. C’était une image effrayante (mais il va se couper la joue ou s’arracher un œil !) et à la fois passionnante (voyez un peu avec quelle application l’enfant tient ce couteau !), elle a radicalement changé la façon dont je percevais les jeunes enfants. Et plus tard, les enfants plus grands, voire les adolescents.

Attention, je ne dis pas ici que les couteaux ne sont pas dangereux pour les enfants, je dis simplement qu’il pourrait peut-être bien exister une autre façon non dangereuse de les faire cohabiter avec les bébés. Autrement qu’en les cachant à leur vue.

Suivant l’inspiration de cette image de film, j’ai lu énormément. Je me suis trouvé quelques mentors. En tête : Maria Montessori et Célestin Freinet (qui m’a aidé à réfléchir aux enfants plus grands). J’ai observé ma fille comme une folle, validant un à un les intuitions de mes mentors, et ma vie de maman est devenue d’une simplicité que je souhaite à tous les parents.

Oh comme elles sont belles !
Évidemment, j’ai essayé chez moi, dans mon bel appartement, quelques activités dites Montessori piochées là et là sur les blogs. C’était presque à chaque fois un fiasco. Je ne comprenais pas bien pourquoi mais depuis j’ai effectué un beau petit stage dans une école et bien réfléchi et je suis en mesure d’expliquer mes erreurs.

1• Ne pas tenir compte
de la progression
La progression est quelque chose que l’on discute peu dans les blogs qui proposent des activités dites Montessori et c’est pourtant fondamental. Mais qu’est-ce que c’est donc ? Et bien il s’agit de mener l’enfant pas à pas vers les différentes activités. Un exemple simple : trier des billes de couleurs. Lorsqu’on présente cela à un enfant de 3 ans, il y a de fortes chances qu’il ait déjà dans sa vie eu l’occasion de manipuler des billes, de voir des récipients de couleurs, une cuillère ou une pince. Vous avez ainsi toutes les chances de ne pas rencontrer de problème. Mais lorsque l’activité est présentée à un enfant plus jeune (ma fille avait moins de deux ans lorsque j’ai eu l’idée d’essayer), c’est beaucoup moins sûr. Alors que faisait ma fille ? Triait-elle ? Mais pas du tout ! Elle connaissait déjà les couleurs de l’arc-en-ciel et je la sentais parfaitement capable de manipuler une cuillère ou une pince mais… elle n’avait pas suffisamment eu l’opportunité de le faire. Ainsi, la loutre jouait avec la pince, les billes, et moi je pestais derrière elle parce que (autre règle, messieurs mesdames) il ne faut surtout jamais détourner le matériel !!! Alors je reprenais ma fille et lui disais sans arrêt : « Non, ne fais pas ça, il faut mettre le jaune dans le jaune, tu vois ? » et petit à petit, l’adorable perdait tout intérêt pour ma jolie activité.

2• Connaître sur le bout des ongles l’activité
Les enfants retiennent le moindre détail. Lorsqu’on regarde l’adorable faire, c’est flagrant. Vous présentez une activité à votre enfant. Vous mettez les pièces d’un côté, vous commencez et puis… vous vous rendez compte qu’il ne voit pas bien. Alors vous changez les éléments de place et vous continuez. Erreur. Grave erreur. Lorsque je fais comme ça avec ma petite loutre, je suis certaine qu’elle imitera toutes mes manies, se mélangeant allègrement les pinceaux et toutes ces broutilles l’empêcheront de saisir la construction sous-jacente à l’activité.

J’ai un exemple précis. Nous avons créé avec François une similiboîte des fuseaux avec des pots de yaourt et des cure-dents. François qui ne connaissait pas bien l’activité a commencé à mettre les cure-dents dans le fond d’un couvercle et puis il s’est rendu compte que ce n’était pas pratique alors il les a pris dans la main. Lorsque ce fut au tour de l’adorable de suivre cette activité, elle a insisté pour mettre les cure-dents dans le couvercle, faire autrement la troublait énormément. Au milieu de son travail elle a entrepris de prendre tous les cure-dents restant dans son poing. Sa main ayant la taille d’un jeune enfant, c’était très difficile pour elle et ça a mis en l’air tout le reste de l’activité. François faisait son possible pour la raisonner, mais rien à faire : puisqu’il lui avait montré comme ça, pourquoi elle n’avait-elle pas le droit de faire de même ?

Au départ, je ne pensais pas que de tels éléments pouvaient troubler un enfant et puis… je me suis rappelé certaines choses. Dans l’exemple cité, le but est d’apprendre les symboles et les nombres de 1 à 9 à une petite loutre qui ne sait pas encore parfaitement compter. Cela demande une énorme concentration. Dans ce cas il est totalement admissible que la plus petite broutille la détourne de son chemin. Il faut être attentif à tous nos gestes et nos mots pour ne pas induire l’enfant en erreur.

Connaissant tout cela, nous avons petit à petit augmenté la difficulté des activités que nous proposions à la loutre. Son intelligence grandissante aidant, nous faisons à présent des choses vraiment très intéressantes. Vivre dans le camion implique toutefois quelques ajustements. Nous disposons de peu d’espace, impossible de laisser à portée de main de l’adorable l’ensemble des activités et la progression inhérente. Je procède alors ainsi. Je prépare une activité complète, puis je présente à l’adorable les éléments un à un, autorisant (ô sacrilège mais combien salvateur) le détournement !

Pour notre pseudo-boîte à fuseaux, nous avons précédé ainsi. Les petits pots l’ont intéressée en premier. Nous avons donc construit des tours et des pyramides à gogo avec les pots jusqu’à ce qu’elle les connaisse très bien. Nous avons fait de même avec les étiquettes des chiffres, et l’adorable a passé plusieurs jours avec un lot de cure-dents. Une fois que j’étais certaine que tous les éléments lui étaient très familiers, nous avons commencé à travailler le comptage des cure-dents. Mis à part quelques erreurs que nous nous sommes appliqués à corriger au fur et à mesure (par exemple, au départ je pensais le faire avec de petits cailloux mais très vite je me suis rendu compte qu’un caillou roulait loin dès qu’il était échappé…) l’activité fonctionne du toner !

J’en arrive donc à vous parler de notre mobile. Décembre arrivant, Noël s’invitant généreusement dans les magasins, nous avons décidé de créer une jolie décoration de Noël avec l’adorable. Des amis à qui nous avons rendu visite avaient une cafetière Nespresso et je trouvais les capsules vraiment magnifiques. De plus, cela faisait bien longtemps que je rêvais de créer un mobile. Voilà comment nous en sommes arrivés à inventer notre projet.

Pour faire participer la loutre, il fallait tenir compte de différents points.

1• L’exercice est complexe
De nombreuses étapes étaient nécessaires pour la création du mobile. La loutre a participé au nettoyage des capsules (étape 1), puis au passage des fils dans ces dernières (étape 3). J’ai gardé la création de l’équilibre pour moi (étape 4) et François a préparé la branche de bois (étape 2). Par conséquent, il fallait que les étapes 1 et 3 destinées à la petite loutre soient adaptées à son adresse et sa capacité de concentration. Pour moi il aurait été dommage que les étapes soient mal préparées et qu’elle n’arrive pas à participer correctement aux activités à cause de cette erreur. Ainsi, j’ai fait le point sur les étapes qu’elle connaissait déjà bien — comme de gratouiller le fond d’un pot — et celles pour lesquelles elle aurait besoin de plus de temps et d’attention. Pour ces dernières, j’étais préparée à rester patiente. Coûte que coûte ;-)

Ma grande fierté ! Je ne la savais pas capable de passer le fil aussi bien !
2• Créer et entretenir l’intérêt
Susciter de l’intérêt chez le jeune enfant est vraiment chose aisée. J’ai l’impression qu’il suffit qu’il voie un adulte s’y intéresser pour qu’il ait envie de le faire. Je l’ai très bien vu lorsque nous nous sommes arrêtés à une ludothèque. Je m’étais installée à la table de la pâte à modeler. Je faisais tranquillement mes petits bonshommes et petit à petit la moitié des enfants du lieu d’accueil se sont installés avec moi ! Au point que les parents me prenaient pour une animatrice. Mais je ne faisais pas grand-chose. Les enfants prenaient une chaise, l’installaient à la table, choisissaient une couleur et faisaient. Ma fille, à côté de moi, continuait son travail comme si de rien n’était et je l’imitais.

Pour garder cet intérêt, c’est un poil plus compliqué mais rien de bien savant. Premièrement, je pense qu’il vaut mieux présenter les choses entièrement à l’enfant de façon à ce que l’enfant voie le résultat final. J’évite notamment de « travailler à la chaîne », je sais que l’adorable a horreur de cette façon de travailler. Et moi aussi. Pour les petits pots, j’ai nettoyé totalement une première fois une capsule avant d’accompagner la loutre dans les différents gestes à effectuer. J’ai généralement une loutre qui trépigne d’envie de s’y mettre avant que j’ai terminé, mais si je la laisse prendre en route l’activité sans lui avoir montré le résultat final, en général, ça ne fonctionne pas des masses. Elle se heurte à un problème et n’a plus envie de continuer. Et moi, je suis déçue. La loutre aussi. Nous sommes déçues toutes les deux, ce n’est pas constructif.

Et puis pour entretenir l’intérêt… Hem hem. C’est plus compliqué. Il faut que la difficulté de la tâche soit bien dosée en fonction des capacités de l’enfant. Ni trop compliquée, ni trop simple. Pour compliquer une activité on peut préciser les gestes et les compétences à posséder, on peut aussi augmenter le nombre d’étapes, ou allonger la durée de la tâche (faire beaucoup de capsules, par exemple). Pour simplifier une activité, on peut scinder les étapes de façon à ce que l’activité soit moins longue, ne pas être trop exigeant (j’ai permis à la loutre de laisser un peu de café au fond des pots si cela lui convenait ainsi) ou lui donner des outils qu’il connaît bien.

Si tout cela semble de ne pas suffire : ajoutez une étape avec de l’eau. Ça marche à tous les coups :-P

3• De toute manière,
c’était une activité trop cool
La création du mobile était vraiment une idée géniale et la loutre a su participer comme une chef ! Ceci dit, tous les points étaient réunis. Nous avons utilisé de l’eau à l’étape 1, une vraie aiguille à l’étape 3 (c’est dangereux et petit, donc génial, une aiguille !), c’était compliqué, long, intense et Maman était enjouée à l’idée d’obtenir le mobile.

Je ne vous décrirai pas l’étape de nettoyage, ce n’était vraiment pas compliqué, mais je vais détailler l’étape 3. Je vais noter avec des + ou des — l’intérêt ressenti par l’adorable pour que vous vous rendiez compte.

• dérouler le fils ++
• couper le fils avec des ciseaux + (elle commence à avoir l’habitude)
• passer le fils dans le chas de l’aiguille +++
• mettre les deux brins de fil au même niveau ++
• passer le fil avec l’aiguille dans un trou de la capsule, par l’extérieur +++
• ne pas trop tirer le fil — (elle aurait préféré le tirer entièrement…)
• passer de nouveau le fils, mais par l’intérieur ++
• demander à maman de faire un nœud (neutre)
• couper le fils près de l’aiguille sans couper les doigts de maman +++

La loutre ne pipait pas un mot, concentrée au possible sur les différentes étapes pour ne pas se tromper dans l’ordre de la procédure, et pour ne pas se piquer le doigt ou se couper avec les ciseaux. Au bout de onze capsules, je l’ai entendue soupirer et me dire : « Oh… Je suis trop fatiguée maman… » Elle s’est donc arrêtée, me laissant les dernières capsules à faire. Pendant ce temps, elle s’appliquait à les ordonner le long d’un fil avec des pinces à linge, comme je le faisais pendant qu’elle préparait les capsules précédentes. Au final, elle était très contente de ce qu’elle avait réussi et était partante pour d’autres activités compliquées que j’ai dues inventé sur le tas. Le très très gros cahier de Balthazar aide bien dans ce genre de situation.

L’intérêt de l’adulte
J’ai du mal à concevoir une activité qui ne m’intéresse pas, même si c’est pour l’adorable. Je ne sais pas si c’est parce que je trouve de l’intérêt à tout, ou si c’est parce que je ne lui présente que ce qui m’intéresse, mais je fais de façon évidente les choses pour ma construction personnelle. Il se trouve que parfois, l’adorable en profite. Je ne suis pas accro aux enfants, ne me voyez pas de cette façon, vous aurez tout faux.

L’étape 4, la recherche de l’équilibre, a été très stimulante pour moi. Je ne m’étais pas préparée à une telle difficulté. J’ai commencé mon travail très naïvement. Je tenais la branche entre mes genoux et je passais les capsules une à une suivant mon inspiration. Ça n’allait vraiment pas. Alors j’ai accroché la branche dans les airs. J’ai passé les capsules précautionneusement, réfléchissant à l’équilibre que je voulais obtenir, touchant la branche doucement afin de la comprendre. En ce sens, je pense qu’il s’agit d’une activité Montessori parfaite pour les adultes afin de travailler la sensation de l’équilibre. C’est un travail en trois dimensions. Je me suis de plus amusée à changer le poids des suspensions en ajoutant des perles de bois plus ou moins grosses. Ma branche avait quatre ramifications. Je voulais que l’équilibre soit obtenu avec ces trois ramifications disposées de façon presque horizontale. Il fallait dans ce cas que je règle l’assiette de ma branche, et c’était le plus difficile.

Pas facile de prendre une photo dans le camion
À moi aussi le travail m’a demandé beaucoup de concentration et de précision. Dès que je trouvais un équilibre provisoire qui me convenait, je fixais toutes les capsules que j’avais réussi à disposer. L’expérience m’a montré qu’oublier cette étape était fatal en cas de problème. Dès que ma branche penchait dans une direction, les capsules glissaient dans cette même direction, accélérant de façon alarmante la chute du mobile… Je m’y suis prise plusieurs fois avant de réussir.


Le résultat final me plaît énormément ! C’est encore plus joli et magique que ce que j’avais imaginé !

A la rencontre de nos voisins

J’avoue qu’en partant sur les routes de notre vie, j’espérais faire de nouvelles rencontres, aller à la découverte de nos voisins du monde. C’est assez spécial comme espérance, c’est comme de chercher l’amour : on sait vaguement ce qu’on recherche mais rien ne peut nous préparer à la rencontre de l’être aimé. Il ne portera pas d’écriteau permettant de le repérer et on ne soupçonne pas les aventures qu’on va partager avec lui ni les changements qu’il induira dans notre vie.


Plus facile ?

Je ne sais pas si je me leurre mais je crois que notre nouveau mode de vie pousse à la rencontre des autres. Bien installé dans nos maisons enterrées, les interactions me paraissent plus rares. Peut-être que le confort de nos logis limite nos sorties ou bien la fausse certitude d’avoir une autre occasion, plus tard, nous fait repousser les rencontres. Quoi qu’il en soit les expressions telles que "faudra qu’on se fasse une bouffe un de ces jours" sont devenues "On essaie de faire des pizzas ce soir. Vous voulez en manger avec nous ?"
Nous sommes maintenant trop éphémères pour remettre à plus tard. Une occasion ratée l’est pour toujours, sans doutes possibles.

Une bonne vieille visite d’usine.
En quelques mois de voyage nous nous sommes fait plus d’amis qu’en 2 ans dans notre maison fixe. J’ose parler d’amitié même si nos chemins ne se croisent parfois que brièvement.
Nous venons de passer quelques jours avec un couple de Vikings et leur fille. Ces quelques jours nous ont semblé être une semaine entière comme si les journées comptaient double. Cette dernière rencontre me donne envie d’en dire davantage sur ceux qui ont croisé notre route. 

Le Breton et sa Normande

La légèreté de notre maison nous a permis de rendre visite au Breton et à sa Normande. Revoir de vieux amis est une expérience quantique: le temps d’absence se contracte en une bise et une tape dans le dos. On sent l’odeur du barbecue avant même que le moteur du camion ne refroidisse. Une fois de plus j’ai fait un hold-up sur la musique de mon pote breton. C’est depuis devenu la bande originale de notre voyage.

La Dame du Cotentin

Environ une semaine après, la Dame du Cotentin nous accueillait chez elle et nous faisait tomber sous le charme de sa région.

Conseils de la pro aux noobs que nous sommes.

La famille Crusoe

En Normandie, une rencontre manquée nous a menées sans le vouloir sur le seuil de la famille Crusoe. Nous cherchions un coin calme pour dormir et nous avons trouvé une cabane sur une rivière, un campement, la famille Crusoe et leurs tasses de thé chaud.

Santa Antonia

Aucun endroit n’est épargné par la vie. Même une étape banale peut se transformer en découverte. Ainsi un village inconnu nous a présenté Santa Antonia, sa rigueur littéraire et son émerveillement scientifique. Tant de passion dans un lieu qui nous était inconnu, chez une femme si isolée ! Santa Antonia se dit époustouflée par notre vie mais elle ne se rend pas compte de l’énergie qu’elle peut rayonner.

L’Arpenteuse

En explorant l’extravagance de la forêt de Fontainebleau nous sommes tombés sur son Arpenteuse et sa tribu. Lorsqu’on rencontre des gens qui nous donne envie de passer à l’action il est futile de se demander pourquoi, mieux vaut agir ! Peu importe s’il n’y a pas de raison valable. Une semaine d’amitié, de balade, de rire et de partage ça n’a pas besoin de raison, ça se saisit sans explication.

Dame Ambre

Quelques semaines plus tard, une nouvelle tribu nous accueillait chez elle: celle de Dame Ambre. Une tribu d’expérimentateur avec qui nous avons pu échanger des réflexions en tout sens, sans frontières et sans peur de jugement.

Le baby-camp.

Les Surfeurs d’idées

Sur la côte Basque, les Surfeurs d’idées sont venus à notre rencontre. Ils sont vagabonds et leurs idées insaisissables. Lorsqu’ils en ont une, ils la suivent et voient où elle les mène. Nous avons partagé leur table le temps d’une soirée, mais quelle soirée! Je souhaite à tout le monde de vivre une sortie au restaurant avec autant de spontanéité !

Un regard familier

Un des privilèges d’être adulte, c’est de pouvoir choisir ses amis parmi toutes les classes d’âge! Une amie nous avait conseillé de visiter le Pays Basque, sa région d’origine. Arrivé sur place nous avons retrouvé notre amie dans les yeux de son père (qui se trouve également être les yeux de sa petite-fille). Ces yeux en amandes, notre Loutre, j’en suis sûr, les a reconnus. Pendant quelques jours, nous avons pu grâce à lui habiter cette région, être connectés à sa ville et à son effervescence.

Les Vikings

Enfin, nous avons passé la frontière espagnole pour croiser la route de nos Vikings. 
Évidemment un cadre paradisiaque et des banana pancakes servies sur un crash-pad aident à rendre des moments inoubliables. Mais on s’est séparé avec le sentiment (mutuel je pense) d’avoir rencontré des gens formidables et incroyablement gentils. On s’est d’ailleurs donné un rendez-vous possible en Espagne. Peut-être nous y retrouverons-nous, peut-être faudra-t-il attendre des années avant que nous nous aventurions en Scandinavie à leur rencontre, mais l’expérience est là, elle a été vécu et ne peut plus nous être retirée.


La vie de voisinage
…mais en mieux


Pouvait-on réellement espérer faire la connaissance de tant de gens formidables en si peu de temps? Et encore, j’ai occulté bien des rencontres, de petits déjeuners pris avec des voisins occasionnels, de soirées avec de vieux amis, d’après-midi au milieu d’étangs remplis de méduses, de banquet nostalgique en famille…
Toutes ces fantastiques personnalités auraient pu rester des inconnus, toutes nos aventures, des éventualités. Quand je constate à quel point cette vie est riche je ne peux qu’être curieux! Où est demain ? Qui va nous montrer un nouveau chemin ? 

Sous les Pyrénées

Je ne me l’avouais pas mais j’avais peur. Je trouvais de fausses excuses. Et puis, sans même m’en apercevoir, nous avons passé la frontière. Il y avait des hommes comme des douaniers sur le côté de la route. Ils ne nous ont pas arrêtés mais ils m’ont permis de comprendre : j’étais entrée à l’étranger !

Et mes yeux se sont mis à tout dévorer. J’ai écarquillé mes oreilles comme je ne l’avais plus fait depuis longtemps. J’ai fait ressortir de vieux souvenirs. J’ai remis en marche ma machine à apprendre, à observer, à comprendre. Un rien me rendait tout à coup heureuse. Alors, oui, j’avais peur, il est vrai, mais cette petite nouveauté m’appelle !

Nous partons à l’aventure. Pour une fois, pour de vrai. Enfin, je crois.

Pendant ces quelques jours, nous évoluerons sin telefono ni internet, alors, même si je n’ai pas encore eu le temps de publier tout ce que je devais, je vous dis à bientôt dans un petit mois.

Mon imagination qui pétille a trouvé ce drôle animal dans la forêt

Edit du 18 novembre 2016 :
Accessoirement, je me lance dans le challenge du Nanowrimo parce qu’il faut bien s’user un peu. Tout est vain, tout est nécessaire. Je pense que je vais en faire ma devise d’écrivain.

Par où commence-t-on l’adulte ?

Le début de l'année 2017 approche et avec elle les 3 ans de notre petite loutre. Trois ans, c'est pour moi très symbolique puisqu'ils signent le début d'une looongue scolarité. Je suis pour ma part entrée à l'école à 37 mois et j'ai attendu mes 23 ans pour mettre fin à mon parcourt d'étudiante. Soit vingt ans sur les bancs des écoles avant que l'on me juge assez savante, avant que je m'estime assez mature, pour être lâchée dans la nature. Une telle durée me laisse à la fois perplexe et me rassure. Surtout que pour tous ceux qui entrent aujourd'hui les choses ne vont pas en s'arrangeant…

Autrement dit, pour former un humain, on peut facilement étaler le programme sur deux décennies. Evidemment, sur ces vingt ans, une partie ne sera quasiment plus sous l’influence des parents. Disons alors que pour rendre la loutre adulte, on a bien quinze ans de travail devant nous. Quinze ans pour la rendre autonome, confiante, épanouie, à l'aise dans son environnement, armée pour réaliser les projets qui lui tiennent à coeur. Pour le reste de sa vie. Fastoche ?

Je sais bien que tout ne reposera pas systématiquement sur nos épaules. Il y aura les bonnes ou les mauvaises rencontres, des événements de toutes sortes lui tomberont sur le coin du nez… tout un tas de trucs que la vie lui réserve sur lesquels je ne peux pas agir. Il faudra alors qu'elle trouve des forces, en elle, pour prendre ses propres décisions et profiter au mieux de chaque épisode de son histoire personnelle. C'est ce que j'appelle l'émancipation.

C'est bien là le rôle de l'école, de fabriquer des adultes émancipés. Emancipés parce qu'ils exercent une activité qui comble leur besoin. Emancipés parce qu'ils sont capables de réflexions, de participer à l'évolution de la société et de l'Etat. Emancipés parce qu’ils sont biens dans leur corps et leur esprit et qu'ils savent se tenir à l'écart des dangers ; qu'ils ont la force et le courage d'aider ceux qui en ont besoin et de se tourner vers ceux qui savent les soutenir.

Cette émancipation se travaille par l'instruction, le développement des capacités exécutives, la mise à profit des différentes intelligences et la connaissance de soi.

Pourquoi trois ans ?
Je n’ai pas attendu les trois ans de la loutre pour prendre soin de ces différents points et veiller au bon déroulement de son développement mais je vois bien que démarrer la scolarité des enfants à trois ans n'est absolument pas fantaisiste. Déjà, à presque trois ans, la petite loutre parle. Elle ne prononce pas très bien ses mots mais mon oreille est armée pour la comprendre. Elle parle, donc. Elle est capable de raconter des histoires, faire des blagues, poser des questions précises, s'exprimer sur ses sentiments, ses croyances… Cette parole acquise lui permet d'exister au delà de ce qu'on pense ou croit d'elle.

Depuis quelques mois, la loutre s'intéresse beaucoup à l'écriture. Elle repasse ce qui est écrit sur les paquets de céréales, ce que nous écrivons dans nos carnets, passe des heures sur ses cahiers d'écriture effaçables. Elle fait de plus semblant de lire et me demande souvent de lui lire le contenu des panneaux ou des étiquettes. La lecture et l'écriture sont deux portes grandes ouvertes vers l'autonomie. Lorsqu’on les maitrise, on peut s'instruire et travailler sur des domaines qui dépassent les connaissances de son entourage.

« Maman ! Ephippigère, il y a bien deux p ? »
En s'approchant méchamment des trois ans, nous avons remarqué chez l'adorable un élargissement monstrueux de ses capacités intellectuelles. D'un coup, en l'espace d'une semaine à peine, nous nous sommes retrouvés avec une petite capable de tout retenir, de tout comprendre, de tout s'approprier. Rien n'est ni trop flou, ou trop grand pour elle. Les volcans, les grottes, les hommes préhistoriques, les louvetiers, les espèces de coléoptères, les planètes, les matériaux… Elle s’essaye à tout.

Il y a quelques mois, je la voyais comme un entonnoir, voulant tout absorber de la vie courante. Maintenant c'est un peu comme si un filtre de cet entonnoir s'était ôté, laissant ainsi passer ce qu'elle ne peut ni voir ni toucher. L'invisible et ce qui ne la concerne pas personnellement commencent à l'intéresser.

Le formel et l'informel
A cet appelle de connaissance là, nous répondons souvent de manière informelle, en discutant avec la petite loutre au cours de la journée, en lui faisant part parfois de nos propres recherches. Nous avons je crois un quotidien très riche en découvertes parce que nous changeons toujours de milieux et que nous passons 80% de notre temps à visiter, explorer et observer.

Sans crier gare, la voilà qui comprend devant quoi il ne faut pas mettre ses doigts,
et à quoi servent les boutons du zoom… !
Ceci ne m'empêche pas de préparer de temps en temps quelques petits cours. Rien de bien compliqué ici, je sélectionne simplement des images sur Internet sur un thème particulier que je présente ensuite à la petite loutre. C'est le moment pour nous de voir les choses de façon plus globale. Nous avons ainsi discuté des différentes éruptions des volcans, du système solaire ou de l'enchaînement des saisons. J'ai également fait imprimer quelques photos avec des légendes pour travailler sur un vocabulaire précis à la manière des cartes de nomenclature de la pédagogie Montessori.

Cette manière d'apprendre au fil des questions de chacun et au gré de nos rencontres me parait très naturel et plait à l'adorable. Malgré tout, je me demande souvent où cela va nous mener. Va-t-elle, par exemple, apprendre un jour à compter ? Elle est restée pendant des mois bloquée au niveau du 2, nous voyons tout de même apparaitre dans son langage des nombres de plus en plus grands. J’ai surpris un 6 lorsqu’elle comptait ses autocollants. Puisqu’elle n’est pas très pressée dans ce domaine, nos introduisons très doucement la notion d'ordre, de quantité et la symbolique des nombres. L'amatrice de mathématiques que je suis, trépignerais presque !

La liberté de programme
Cette liberté et cette profusion de connaissances que nous offrons à l'adorable, aussi bien en large (du fond de la Terre à l'espace) qu'en précision (savoir dire éphippigère plutôt que sauterelle) m'effraient autant qu'elles inquiètent nos parlementaires.

Si nous voulons continuer ainsi au delà des six ans de la loutre, il faudra se plier aux inspections de l'académie. Entre l'éducation nationale et moi, il existe une question sur laquelle ma réponse n'est pas arrêtée tandis que pour l'EN il n'y a même pas à en débattre : jusqu'où peut-on diriger les savoirs des enfants ?

Sommes-nous en droit d'exiger d'eux qu'ils s'intéressent à la grammaire, à l'histoire des rois de France, ou simplement à l'artère aorte ? A quel âge faut-il qu'un enfant sache que le dauphin n'est pas un poisson ? Quand n'est-il plus normal d'ignorer qu'après le million il y a encore des nombres, ou qu'entre 1 et 2 il s'en cache tout autant ?

Il y a ici une responsabilité que je ne veux pas prendre, non pas par couardise, mais par respect. Je ne sais pas exactement de quoi la vie de ma petite loutre sera faite, je ne me vois pas lui imposer certains savoirs au détriment de ce qui l’inspire, parce que « c’est le programme ». Une connaissance, un savoir faire, peut être un outil ou une passion mais certainement pas une manière de juger un être humain et son droit à continuer à apprendre.

J’ai en fin de compte une vision très individualiste de l’instruction : donner les moyens à un être d’exercer ce qu’il est. Mais cette individualité se veut profondément au service de la société. Je crois que lorsqu’on s’est compris et qu’on a de quoi pleinement se vivre, on ne peut qu’être émancipé.

La Terre du Milieu

Notre aventure est avant tout une histoire de voyage, nous vous devons donc un petit résumé de nos pérégrinations.

Les Gorges du Cher

Le Cher au petit matin
Quand on a vécu quelques temps à Bourges, le Cher on connait et ça fait pas très glamour alors les gorges du Cher… ça fait pas forcément rêver. En plus c’est à côté de Montluçon et tout ce que je connaissais de cette ville c’était la chanson qu’en avait fait Mickey3D.

Et bien figurez vous que ça vaut le coup d’être curieux, c’est magnifique ! Un petit coin de paradis. 

Le chemin menant au gorges descend doucement.
Une passerelle et un pont on été construits pour faciliter la visite, le Cher se ballade tranquillement entre les parois de granite, c’est super calme comme coin. Sur les parois de granite justement, on pourra trouver une via-ferrata et… des falaises d’escalade. Ce fut pour moi l’occasion de faire découvrir cette roche à mes petits doigts. C’était une bonne entrée en matière, j’ai eu la chance de tomber sur des locaux qui m’ont fait découvrir quelques belles lignes. 

Un des secteurs coriace des gorges, Chipie et ses grosses traces de magnésie.
Le mur d’intérieur sur lequel je m’entrainais faisait 7m, premier constat : je peux grimper du 7b mais seulement sur 7m50. C’est un peu ridicule mais ça donne des idées d’entrainement.En tout cas, si vous passez par là, arrêtez-vous aux gorges du Cher, c’est à Lignerolles et c’est splendide. 

Le pays des volcans

La Loutre était briefée: avant la mer on passe par les volcans. On les sentait approcher avec la source chaude et soufrée de Chateauneuf-les-bains et ils ne nous ont pas déçus. J’étais venu plusieurs fois dans le massif central mais jamais je n’avais eu l’impression de me promener ainsi au milieu de géants. Peut-être que cela est dû à l’itinéraire que nous avons emprunté, à savoir les petites routes en blanc sur le guide michelin ; ou bien peut-être les avons nous abordés par leur bon profil. Quoi qu’il en soit nous étions scotchés alors qu’Enora ne cessait de nous demander où était ces fameux volcans (je crois qu’elle s’attendait à plus d’effets pyrotechniques).Nous avons passé une après-midi sur le site de bloc de Cournols. Les blocs se dressent comme des Moaïs au milieu d’une grande prairie verte, c’est un endroit sympa avec une vue dégagée sur les collines alentours.


La roche c’est toujours du granite, toujours aussi dur. Je cicatrise vite mais on ne m’appelle pas encore Wolverine. Après 1 ou 2h d’acharnement sur des prises bien râpeuses je dois me rendre à l’évidence : c’est mieux de s’arrêter quand on a des trous dans les doigts.


La Vallée de Chaudefour


Impossible de s’approcher du massif central sans s’y arrêter. La vallée de Chaufour est magique. On dirait un décors sortie du Seigneur des Anneaux. 

Ici c’est le début de la marche d’approche pour la dent.
Je ne suis pas le seul à vouloir "trop grimper sur le rocher des adultes".
On marche dans une herbe grasse entouré de montagnes de tout coté. 

On se console avec ce qu'on peut! 
Je l'ai un peu aidé à trouver le chemin des cimes.
C'est un super terrain de jeu ce "verger".
Le fond de la vallée ressemble à un grand verger, des sources ferrugineuses laissent de grandes trainés rouges dans les torrents et on peut apercevoir la cascade de la biche avec ses orgues volcaniques et son rideau de pluie.

Une des multiples sources ferrugineuses et pétillantes.
Bien sûr il y a aussi la dent de la rancune qui continue à me narguer et qui commence à bien porter son nom ! C’est une ancienne chambre magmatique (plutôt un dyke en fait mais passons) que l’érosion a découverte.

C'est évident que ça a été laissé là pour être grimpé.
On peut la grimper par toutes les faces pour peu qu’on ait un partenaire, du matou et de bonnes conditions météo. Je suis maintenant allé 3 fois à son pied et à chaque fois il me manquait une des conditions. La prochaine sera la bonne.

En route vers le sud

Nous avons continué notre ballade parmi les volcans quelques temps, puis, après 1 ou 2 nuit en dessous de 0°C on s’est décidé à reprendre notre route vers le sud. 

Petite ambiance matinale.
Nous avons séjourné à Nescher, un village qui semble figé dans le temps tant ses rues sont étroites et ses panneaux de signalisation dépassés (c’est le seul village que nous ayons traversé dans lequel un panneau indiquait qu’il était interdit de trotter dans le bourg). Le Broc nous a offert un levé de soleil inoubliable et nous sommes finalement arrivés à Saint-Just, un autre site de bloc, encore et toujours en granite, au sud du viaduc de Garabit, en plein Gévaudan.

La surprise du Broc

Saint-Just

Cette fois le granite je commence à connaître. Bon quand ça glisse ça enlève toujours des morceaux mais je me suis habitué à ce gros grains froid si particulier. Je crois que j’ai réussi tout ce qui était à ma portée. Le reste est un cran au dessus.

2 petits blocs bien sympa dans ce toit.
Visiblement des énervés sont passés dans le coin. Il y a au moins 5 blocs où je n’ai même pas réussi à décoller les fesses.
A Saint-Just on a eu de la chance, déjà le cadre était très reposant (contrairement aux blocs) et grâce à l’aimable invitation du propriétaire des lieux, nous étions installé dans un petit bois bien tranquille à deux pas des rochers.

Cette photo vous est fièrement présenté par notre Loutre.
Une fois que mes doigts étaient usés nous nous sommes remis en route vers Aurillac en passant par le Cantal mais ça se sera pour une autre fois.

A bientôt.
Carlat, dans le Cantal et bientôt sur ce blog…

Le gouffre de Padirac


Même sous la terre, le monde continue de tourner. C’est comme lorsqu’on se découvre un nouveau muscle le lendemain d’une journée riche d’un mouvement nouveau. La courbature incongrue nous ouvre les portes vers une nouvelle connaissance. C’est comme lorsqu’on traverse une ville dont on n’a jamais entendu parler et qu’on y voit de l’activité. Mais comment tous ces gens ont-ils su que ça se vivait par ici ?

Même sous la terre, le monde continue de tourner. Et ma conscience s’ouvre un peu plus. Je mets toutes mes connaissances au service de ma conscience, toujours. Je ne sais pas si c’est un comportement commun, il me convient bien. Ce que j’apprends enrichit mon regard aveugle et mon écoute des odeurs. Je désintellectualise tout pour l’apprendre avec un esprit qui ne pense pas.

Même sous la terre, le monde continue de tourner. Chaque formule, chaque nom scientifique, chaque geste technique, chaque explication participent ainsi à ma sensation de l’Univers. C’est dans cette dimension mystique, quand ce qui m’est personnel et l’universel s’entremêlent sans chercher à se reconnaître, que les associations se font. Tout se permet. L’imaginaire sans volonté au service des réalités.

Même sous la terre, le monde continue de tourner. J’ai vu une vallée se creuser à l’abri du regard du soleil. J’ai senti la panique de quelques hommes lorsque la lumière, soudain, s’est éteinte dans l’eau froide de la rivière. J’ai entendu furtivement le feulement d’une échelle de temps qui ne me regarde même pas. J’ai gouté l’eau éclairée et son reflet sur les stalagmites. J’ai su que ma conscience était fine, mais si fine que le monde ne peut à peine y glisser un petit doigt.

Même sous la terre, le monde continue de tourner. Je ne saurai pas vous décrire le phénomène, je ne sais même pas s’il est vrai. Comme lorsque j’entre dans une pièce et qu’une vague piquante de sentiments m’éclabousse le visage. Qu’est-ce que j’imagine ? Qu’est-ce qui est vraiment ressenti, par les autres, par moi ? Qu’est-ce que je suis bien capable de comprendre et qu’est-ce qui m’échappe encore parce qu’il m’échappe encore ? (On ne sait pas ce qu’on ignore.)

Ce monde qui continue de tourner, même sous la terre, même partout et de mille façons différentes, à mille échelles, à mille temps incomparables, c’est une fractale beauté. Qui me touche à chaque fois autrement.

Vous faites comment ?


Cela fait maintenant plus de trois mois que nous vivons dans notre petit camion et je tiens à vous dire que cette vie-là nous convient très bien. C’est un plaisir pour moi de l’écrire ici car je suis certaine de ne pas me prendre en réponse le moindre « Oh, moi, je ne pourrais pas ! » Non mais franchement, qu’est-ce que je peux dire après ça ?

J’ai tenté plusieurs petites phrases pour répondre à cette réplique et je me tâte bien à créer ici un sondage pour que vous m’indiquiez laquelle est la plus appropriée.
Il y a la simple : « Moi ça va. » mais qui ne relance pas plus l’échange que ça.
Il y a la curieuse : « Pourquoi ça ? » où vous êtes sûr à 80 % de recevoir une réponse bidon du genre la télé, le traintrain ou l’aspirateur.
Il y a l’agacée : « Décris-moi donc ta vie, que je te dise si moi je pourrais tenir une journée… » (en vrai, j’ai jamais osé répondre ça mais je le pense souvent)
Il y a aussi la réponse désabusée : « On a tous des vies différentes vous savez. » mais allez savoir ce qu’on entend vraiment pas là ?

A chacun son chemin

Ce n’est pas tellement que je remets en cause le fait que tout le monde ne pourrait pas vivre de cette façon, c’est juste que cette phrase est dite avec tant d’empressement qu’il est évident que la personne n’a pas réfléchi une seule seconde à ce que cela signifiait. C’est une récitation. Un truc appris, implanté ; puis répété. Et l’énergie que je dois dépenser pour rallumer les modes « empathie » et « réflexion » chez mon interlocuteur me fatigue profondément. Faites gaffe, je vous le dis. Ca peut arriver à tout le monde ce genre de phrases, dès qu’on rencontre quelqu’un qui a une vie un peu différente. Et c’est épuisant.

Je vois deux axes pour réfléchir à la façon dont vous pourriez ou non vivre selon le même mode que nous : il y a déjà l’aspect matériel des choses, puis l’aspect culturel. Je compte bien aborder ces deux points dans ce blog et il me semble plus pertinent de commencer par l’axe matériel, histoire de nous mettre dans le bain avant de voir la suite avec vous.


Le milieu
Notre camion est un lieu étroit et mobile qui se ballade principalement dans la campagne française. L’ensemble de nos solutions et contraintes matérielles sont dirigées par ces deux caractéristiques : le manque de place et le fait que nous changeons de lieux très régulièrement.

Très vite, vous vous apercevrez qu’effectivement vous ne pourriez pas faire comme ça si vous ne vivez pas également dans un lieu étroit et mobile. C’est une chose qu’on oublie très souvent : notre mode de vie dépend énormément de notre milieu. Vous changez de ville, vous changez de comportement. Vous changez de maison, vous changez d’habitude. Vous changez de mode de vie, vous changez automatiquement toutes vos façons de faire. Mais vous ne changez jamais vos besoins essentiels (se laver, manger, dormir…). Il est absurde d’essayer de calquer un mode de vie qui ne correspond pas au milieu.


L’électricité
Il est évident que notre camion n’est ni relié à un réseau d’eau courante, ni approvisionné en électricité par RTE. Il faut donc que nous trouvions ces deux ressources au sein de notre environnement.

Pour l’électricité, c’est le plus simple. Notre camion, comme tous les moteurs des véhicules, dispose d’un alternateur ainsi que d’une batterie qui stocke cette énergie. L’alternateur étant actionné par le moteur, il nous paraissait peu confortable de n’avoir à compter que sur celui-ci pour obtenir de l’électricité. C’est pour cela que nous avons fait l’acquisition d’un petit panneau solaire qui fonctionne du tonnerre. Nous avons deux batteries. L’une est réservée au fonctionnement du camion (phares, moteur, voyants) et l’autre à notre usage domestique (ordinateur, musique, pompe à eau, éclairage). Le courant électrique au sein de notre camion est intégralement continu avec un potentiel de 12 V.

Dans une maison, puisque l’électricité est délivrée sous forme de courant alternatif, la plupart des appareils électriques fonctionnent sur ce mode. Pour notre camion, l’équipement est différent puisque nos appareils doivent être conçus pour être branchés sur du 12 V. C’est le cas de notre pompe à eau, de l’éclairage (pour les led, nous avons simplement mis le transformateur à la poubelle ^^) ou de notre clef 4G. Pour la recharge de mon ordinateur (une batterie, donc en courant continu) nous avons été moins malins puisque nous avons un convertisseur qui transforme le courant continu de notre camion en courant alternatif 230 V, sur lequel nous branchons le convertisseur courant alternatif - courant continu (15 V) de mon ordinateur… Ce système n’est vraiment pas optimal, j’en conviens.

Autre contrainte : notre consommation électrique doit être mesurée. Là, nous faisons attention à la puissance des appareils que nous envisageons de brancher. La puissance est indiquée en W. Pour avoir quelques ordres de grandeur, notre panneau solaire a une puissance nominale de 120 W (suivant la météo ou la température, la puissance délivrée est plus faible), notre convertisseur ne peut pas délivrer plus de 600 W, le chargeur de mon ordinateur peut monter jusqu’à 60 W et nos lumières font environ du 10 W. La plupart des appareils ménagers sont de l’ordre du 1000 W, donc on oublie immédiatement l’aspirateur ou le sèche-cheveux, ce n’est pas du snobisme c’est mathématique.

Nous sommes également attentifs à l’autonomie de notre batterie. La quantité d’énergie qu’elle peut délivrer est de 840 Wh. Je vais faire un petit calcul avec vous pour que vous compreniez bien. Les chauffages électriques généralement vendus dans le commerce ont une puissance de 2000 W, pour un petit de salle de bain j’en ai vu de l’ordre de 500 W. Si je prenais ce genre de petit radiateur, il pourrait idéalement fonctionner dans mon camion 1h40min et il faudrait que mon panneau solaire fonctionne 7 heures pour récolter l’énergie nécessaire.

Plus raisonnablement, mon ordinateur possède une batterie de 5Ah, ce qui représente 7 % de la capacité de la batterie cellule de notre camion. Mais avec notre système un peu bancal de convertisseurs, je pense que les pertes sont assez importantes pour qu’une recharge de mon ordinateur représente plutôt 12 % de la capacité de la batterie du camion.

On ne calcule pas à chaque fois que nous branchons un appareil, rassurez-vous. Nous prenons simplement des équipements peu gourmands (donc, pas de chauffage électrique par exemple, ni de TV) et le tour est joué.


L’eau
Nous utilisons l’eau pour boire, nous laver, faire la vaisselle et cuisiner. Nous distinguons deux types d’eau : l’eau potable et l’eau non-potable. L’eau potable est celle que nous trouvons dans les villes aux robinets publics ou chez nos amis. L’eau non potable peut être de l’eau de rivière, l’eau des fontaines non surveillées, ou simplement l’eau de la pluie.

eau gazeuse ferrugineuse au soufre de la vallée de Chaudefour

Notre camion possède un réservoir de 50 L destiné uniquement à l’eau potable. Pour éviter les contaminations, cette eau est généralement renouvelée toutes les semaines et de plus nous traitons le réservoir environ une fois tous les deux mois avec des pastilles appropriées. Les traitements utilisés pour potabiliser l’eau ne sont généralement pas très bons à la santé. Je suis certaine, par exemple, que vous n’aimeriez pas recevoir de l’eau trop fortement chlorée. En même temps, je n’ai absolument pas envie de me faire infectée par une bactérie ou un virus tarabiscotés ! Il y a alors un équilibre délicat à trouver.

C’est peu fiable, mais nous nous appuyons sur notre gout.


Les eaux usées
Nous avons également deux types d’eaux usées : celles dangereuses pour l’environnement (celles qui contiennent du dentifrice par exemple) et celles relativement non dangereuses que l’on verse dans l’herbe. Les eaux usées nocives sont récoltées par le biais d’un robinet dans un réservoir d’eaux usées puis versées dans des lieux appropriés destinés aux camping-cars.


La vaisselle
Il n’y a évidemment pas de lave-vaisselle dans notre petit camion, on fait donc comme toutes les personnes qui n’ont pas de lave-vaisselle non plus chez elle. Nous mettons un peu d’eau dans une bassine, nous lavons à l’aide d’une éponge et d’un peu de savon de Marseille et puis nous rinçons avant d’essuyer le tout avec des chiffonnettes en microfibres. Il nous arrive de laver la vaisselle à l’eau non potable lorsqu’elle nous parait assez sûre (rivière très claire des montagnes, ou fontaine au milieu d’un village) mais cette idée me déplait assez. Oui, je me méfie beaucoup des infections microbiennes…

La vaisselle de ce matin qui m’attend…


La toilette
Au commencement de notre voyage, je pensais pouvoir utiliser une douche solaire. On m’en avait dit le plus grand bien. Il se trouve que la douche solaire n’est pas du tout adaptée à notre organisation pour plusieurs raisons. Il est vrai que l’eau chauffe très facilement dès que la douche est posée au soleil, ceci dit elle ne reste pas chaude. Moi qui ai toujours été habituée à avoir un ballon d’eau chaude dans ma maison, c’est un détail qui m’avait complètement échappé. Dès que le soleil s’absente (parce que la nuit tombe, ou que l’ombre touche la douche), l’eau redevient froide. Si bien qu’il faudrait se doucher dès que l’eau est chaude —c’est à dire au milieu de l’après midi— donc pas du tout au moment où j’ai besoin d’une douche. Ce premier soucis pourrait être corrigé si je décidais d’envelopper la douche dans une couverture isolante mais il existe un autre inconvénient auquel je n’avais pas pensé : une douche consomme toujours beaucoup d’eau et il est hors de question d’utiliser l’eau potable de notre réserve (vitale !) pour se doucher. On peut être très économe en eau, il faut quand même une dizaine de litres afin de se mouiller puis de se rincer. Surtout lorsqu’on décide de se laver les cheveux. Et dernier inconvénient majeur : il faut aussi trouver un lieu isolé, non ventu, (chaud ^^), mouillable pour se doucher car, effectivement, notre camion n’est pas équipé d’un bac de douche…

Bref : si quelqu’un veut une douche solaire, il n’a qu’à se mettre sur notre chemin (il pourra regarder notre carte intéractive pour se faire), je lui offre.

Nous utilisons donc pour la toilette une technique beaucoup plus rudimentaire. Je fais bouillir un fond d’eau sur le gaz que je mélange à une petite quantité d’eau fraiche dans une bassine. Puis, à l’aide d’une petite lingette faite sur mesure par Dame Ambre, je me lave à l’intérieur du camion. Je rince la lingette plusieurs fois afin de retirer les traces de savon. Et voilà : propre !

Sinon, il y a aussi la solution « trouver des copains pour squatter leur douche » très très efficace.


Le lavage des cheveux
Dans un article précédent, je vous avais parlé du savon de Marseille pour le lavage des cheveux, seulement au fil du temps j’ai remarqué qu’il était difficile de bien le rincer. De plus, le rinçage réclame beaucoup d’eau.

Inspirée par un article de Pidiaime, j’ai décidé de tenter le lavage au bicarbonate. J’y voyais de nombreux intérêts :
1/ puisqu’il peut s’utiliser en shampoing sec, à la limite, même si mes cheveux sont peu mouillés, ça marche (contrairement au savon de Marseille qui a besoin d’eau pour être efficace)
2/ puisqu’il peut s’utiliser en shampoing sec, à la limite, s’il est mal rincé, ce n’est pas grave puisqu’il part au brossage.
3/ il se dissout dans l’eau tiède, quand il n’est pas dissout il tombe au fond de la bassine.
4/ c’est pas cher et il peut avoir plusieurs utilités dans la vie de tous les jours (comme aider au brossage des dents)

Je procède donc de la façon suivante. Je fais chauffer un peu d’eau que je mélange à de l’eau froide afin d’obtenir de l’eau tiède —j’ai beau vivre dans un camion, je suis assez frileuse— avec laquelle je mouille rapidement mes cheveux. J’utilise un verre pour faire couler plusieurs fois l’eau sur mon cuir chevelu. Dans une petite tasse, je mouille un peu de bicarbonate que j’applique sur mon cuir chevelu. Je masse légèrement. J’attends un peu. Je rince le tout en faisant couler l’eau sur ma tête à l’aide du verre. L’eau de la bassine blanchit au fur et à mesure qu’elle devient saturée en bicarbonate mais je n’ai pas besoin de la changer puisque de toutes façons le bicarbonate qui resterait dans mes cheveux part au vent.

Et voilà ! Mes cheveux sont vraiment très propres et assez facile à coiffer. Quand je suis coquette, je change l’eau au bicarbonate pour un peu d’eau vinaigrée.


Les toilettes et les règles
Nous n’avons pas de WC chimiques dans le camion, cela prend trop de place et le côté chimique nous repoussait beaucoup. D’autant plus que, comme les eaux usées, il faut les évacuer dans des lieux appropriés. Déjà, les eaux usées, je vous raconte pas, c’est profondément dégueu… alors les WC, j’ose pas imaginer !

Pas de toilettes sèches non plus, toujours pour notre histoire de place.

Nous avons opté pour les WC publics et un petit pot pour bébé que nous utilisons tous. Nous jetons le papier dans la poubelle ménagère et les pipis et les cacas dans l’herbe lorsqu’on est dans un lieu vaste et isolé.

On peut faire tranquillement pipi avec une vue imprenable

Au sein du camion, il n’y a que moi qui suis concernée par cette histoire de règles. Avant de partir, j’avais en tête deux alternatives : le flux instinctifs et la moon cup (je sais, c’est comme sopalin, je cite le nom d’une marque au lieu de dire « essuie tout » mais le nom officiel me déplait). J’ai rapidement testé la première technique mais en fin de compte elle ne me convenait pas du tout car elle oblige à l’utilisation régulière de toilettes et de papier pour s’essuyer. J’ai ainsi opté pour la moon cup. Je n’ai besoin de la nettoyer que deux fois par jour, c’est très peu salissant, un peu d’eau suffit amplement. De plus, cela prend très peu de place et ne fait aucun déchet.


Les déchets, justement
Je vais tout de suite vous parler des déchets car je vois en écrivant mon paragraphe sur la moon cup qu’il y a un point important ici qui n’est pas évident à envisager. Les déchets, c’est notre problème numéro un. Voilà pourquoi, au delà de mon confort personnel, je n’ai pas envisagé les solutions tampons ou serviettes pour mes règles.

Si je ne me trompe pas, l’humain est le seul être sur Terre qui produit des déchets, c’est à dire des matières dont personne ne veut. Et quand je vois tout ce que nous jetons dans notre petite famille qui consomme quand même très peu (par manque de moyens, de place, etc), il y a là beaucoup de travail à faire !

Nous ne sommes encore pas suffisamment organisés pour trier/recycler/composter/absenter l’ensemble de nos déchets, je vais donc vous exprimer ici non pas nos solutions mais les problèmes que nous rencontrons sur ce volet. Peut-être que vous aurez des idées à nous proposer d’ailleurs ?



Diminuer les déchets

Pour diminuer les déchets, c’est très simple : il suffit d’acheter des trucs non emballés, c’est à dire en vrac. Le vrac se trouve très peu dans les grandes surfaces traditionnelles, il faut se rendre dans les magasins bio. Tous les magasins bio ne se valent pas (certains ne proposent d’ailleurs même pas de vrac) et dans certains coins de France, il n’y en a d’ailleurs même pas. Jusqu’ici, nous avons, mis à part pour les fruits et les légumes évidemment, quasiment pas eu accès au vrac.

Une poubelle qui attend de trouver son container.


Trier pour le recyclage

Dans certain département, le ramassage du recyclage ne se fait qu’à partir de containers individuels. Il n’y a pas de lieux de tri ouverts à tous. Il faudrait alors demander l’aimable autorisation d’un autochtone pour récupérer notre poubelle de tri et la présenter lors du ramassage hebdomadaire. Jusqu’ici, nous n’avons encore pas osé. Lorsque c’est possible, nous laissons simplement les emballages dans le magasin qui nous les a à l’instant vendus, mais rien ne garanti qu’ils trient comme nous l’aurions fait.

Ceci dit, nous mettons peu à peu en place au sein du camion, une vraie poubelle de tri afin de pouvoir la jeter dans des containers ouverts au public ou… demander de l’aide à une personne bienveillante.


Les compotes

J’ai une fille qui adore les compotes, et encore plus lorsqu’elles sont en gourde. Je lui ai toujours refusé cette présentation, prétextant qu’on ne pouvait pas les recycler. Excuse bidon lorsque l’on sait à présent que jusqu’ici nous ne trions même pas les pots de yaourt…

Je me suis alors penchée vers les gourdes réutilisables sauf que bon, pour remplir ma gourde même réutilisable, j’ai besoin d’une compote, j’aurais donc l’emballage correspondant. Oui, nous n’avons pas encore de verger dans le camion, je ne me vois pas acheter des pommes pour en faire moi-même dans notre petite cuisine. Puis, se pose toujours la question du nettoyage de la gourde réutilisable… enfin, tout ça pour dire que pour moi, ce n’est vraiment pas le bon plan.

Et puis mon amie Ambre m’a signalé qu’il existait en France des points de ramassage de gourdes à compote. Mon plan est donc le suivant pour les jours qui viennent (et cela nous fera un entrainement pour le reste des tris que nous devons faire) : garder toutes les gourdes et ajouter un point de ramassage à notre itinéraire. J’ai une petite loutre très gourmande qui me réclame « juste une compote maman » toutes les deux heures maintenant :-)


Et pour la nuit ?
Pour la nuit, nous déplions deux lits. Un pour l’Explorateur et moi, l’autre pour la loutre. Et nous nous couvrons sous des couches de couettes, duvets et couvertures. Nous utilisons notamment la génialissime couverture Gurli qui nous vient du très renommé magasin Ikea, il n’existe pas de couverture plus chaude et plus légère à mon sens ! Je n’ai pas essayé toutes les couvertures du monde, mais celle-ci vaut le détour, croyez-moi. Ainsi, la température ambiante est de 0°C, celle de nos lits avoisine les 20°C. C’est assez confortable.


Quoi ?? 0°C ??
Oui, sans blague, on s’adapte très vite. Nous n’avons aucun problème de santé il suffit alors de nous bouger un peu le matin pour nous réchauffer (ou envoyer l’Explorateur faire un thé, histoire de remonter la température du camion vers les 19°C, pendant que vous rêvassez sous la couette). La loutre aujourd’hui ne voulait même pas mettre ses baskets et désirait rester en sandales. « Parce que maman, il ne fait pas froid aujourd’hui. » Voyez-vous cela… ?!

L’Explorateur, celui qui n’a JAMAIS froid

Notre camion étant très petit, une casserole sur le feu suffit à le chauffer de façon très confortable mais la chaleur ne reste pas très longtemps à cause du toit ouvrant qui n’est absolument pas isolé. Je craignais beaucoup que le froid me fatigue et me décourage rapidement. Cependant, le froid tel que nous le vivons dans le camion, est toujours accompagné d’une telle liberté, de paysages grandioses, d’une sérénité à faire pâlir un prof de méditation, que non, il ne fatigue pas, il ne décourage pas, il est plutôt facile à vivre jusqu’ici.

Petite vue de l’un de nos matins à la fraiche

Je me souviens d’avoir eu froid dans l’appartement que j’habitais avant de partir. L’air passait dans l’encadrement de la fenêtre, je lisais juste à côté. Rien n’arrivait à me réchauffer. Le froid est difficile à vivre dans une maison, parce qu’il lui est aliénant. Une maison ne devrait pas être froide. Les courants d’air l’hiver sont désagréables, on tente de tout calfeutrer, on s’enferme dans la maison pour espérer y rester au chaud. Dans le camion, notre attitude est différente. Si nous avons trop froid, nous nous lovons dans une couette et nous buvons un petit thé. Juste le temps de reprendre des forces et de repartir !

L’humidité, c’est une autre histoire. L’humidité, c’est un petit calvaire. Mais nous slalomons entre les gouttes, c’est l’avantage du nomadisme ;-) !


Je pense vous avoir décrit avec suffisamment de précision notre vie de tous les jours et sans y penser j’enchaîne avec l’aspect culturel des choses… Je développerai dans un prochain article !
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