Céline Dehors et François l’Explorateur — Aspirants, chercheurs en liberté, expérimentateurs d’idées loufoques. — Et accessoirement auteur de « Ce que le Souffle m’a donné »

vendredi, février 24, 2017

Je ne pense pas être la seule à être confrontée à l’envie de changer de métier, d’avoir un (autre) enfant, de s’imaginer avec un autre compagnon, une autre maison, de reprendre les études, de passer un concours, … enfin bref : de changer de vie. Je ne crois pas être la seule à y penser et à aimer en même temps profondément ce que j’accomplis aujourd’hui. L’un n’empêche pas l’autre et pourtant penser à l’autre possible me donne parfois le vertige. Même si mon parcours de vie est encore assez court, croyez-bien que j’ai vu passer un bon nombre d’autres possibles. Et il y en avait des grave-cool… j’ai renoncé à chacun d’eux, un à un. C’est assez fou quand on y pense. Pourquoi ai-je fait une chose pareille ?

La théorie des 1001 vies

“Nous avons tous mille vies possibles,

toutes à la fois aussi accomplies que regrettables.

Et pourtant, nous n’en vivons qu’une : 

la mille et unième.”


Cette théorie très simple m’est venue en discutant avec l’une de mes belles-soeurs. Cette jeune femme a décidé de s’expatrier dans un pays qui lui plait depuis longtemps : l’Allemagne. Elle s’est donné les moyens de le faire. Elle a été fille au paire pendant des mois, elle a pris des cours d’allemand, elle a trouvé du travail, elle a demandé à son patron de la prendre au sérieux et de lui offrir plus d’opportunité… Ma belle soeur se débrouille comme une cheffe. Elle est en train de vivre une vie que j’aurais tellement aimé connaître !

Et elle m’a dit : en voyageant ainsi dans votre camion, vous réalisez l’un de mes rêves.
C’est brillant de clarté, vous ne trouvez pas ?

Je me force à ne pas perdre de vue cette théorie lorsque je rencontre quelqu’un qui mène l’une de mes mille vies possibles. Parce qu’il est absolument contre-productif de l’envier ou de l’admirer, parce que je ne peux pas tout faire, que personne ne peut tout faire, que personne n’a de capacités illimités, que nous nous n’en avons qu’une seule à vivre, il faut nécessairement se contenter de cette mille et unième vie.

L’accomplissement

Mais alors, dans tout ça, que faisons-nous de ce sentiment tellement désagréable : le regret ? Vous pouvez, au choix, vous cachez derrière le vieil adage « Il ne faut jamais rien regretter » ou… y réfléchir posément. Le regret est une peine éprouvée due à l’absence ou à la perte de quelque chose. On peut éprouver du regret après le passage d’une de nos mille autres vies. Parce qu’on a manqué la possibilité, ou parce que l’envie d’une bifurcation future nous remplit d’amertume à l’égard de notre mille et unième actuelle.

J’ai un ami ingénieur dans une entreprise qui paie bien et chouchoute ses employés. Cette même entreprise me faisait du pied il y a quelques années. J’aurais eu un métier, une situation stable, la reconnaissance sociale sans doute, une maison… Tout ce que ma vie actuelle ne m’offre pas.

Il m’arrive souvent de ne pas obtenir le sentiment d’accomplissement dont je rêvais et de fantasmer sur l’une de mes autres vies. Mais à parler avec les uns et les autres, qui pourtant vivent ce qui fait briller mes yeux d’envie, je me rends compte ce sentiment d’accomplissement ne tient pas dans le choix. Il s’agit davantage d’une question d’intensité qui ne s’amplifie non pas grâce à la peur du regret mais bel et bien par le partage. Parce que je vis ma mille et unième vie, j’encourage mon amie qui travaille en indépendante (dans les métiers de l’édition ♥) loin dans la montagne et qui va acheter une belle maison avec jardin et bois pour le feu. Parce que je mène cette mille et unième vie, je pousse telle personne à être une meilleure institutrice encore, telle autre à exprimer son génie dans la recherche, elle à choyer tous ses enfants, lui à se donner à fond dans la photo, elle à faire fructifier son idée et son entreprise, …

Et en retour je suis responsable de ma mille et unième vie, de cette vie que vous avez longuement rêver avec les 999 autres qui ne vous appartiennent pas. Lorsque je pense à cela, je ne regrette rien. Je vous fais confiance, comme vous me faites admirablement confiance, pour mener cette vie extraordinaire avec toute l’intensité dont vous êtes capables.

La cohérence

Ce qu’il est important d’admettre, c’est qu’une vie ne peut en contenir qu’une dès lors qu’elle est pleine d’elle-même. Une vie, c’est un ensemble de cohérences. Voici un exemple : notre famille est nomade, donc ma fille ne peut être scolarisée. C’est d’une simplicité déconcertante. Dans une autre vie, tout aurait été complètement différent. Bien sûr, la petite loutre aurait également pu ne pas être scolarisée si j’étais entrée dans la même entreprise que mon ami ingénieur mais nous l’aurions vécu d’une façon entièrement originale.

La projection que l’on se fait généralement d’une vie et sa réalisation véritable sont absolument dissemblables ; c’est une chose. Confondre un conditionnement de l’esprit avec la cohérence en est une autre qui est fortement dommageable à l’intensité (dont le sentiment d’accomplissement dépend fortement). Pour revenir à l’exemple de l’instruction de la petite Loutre, voici où en sont mes réflexions : certes elle n’est pas scolarisée, cependant son instruction dépend-t-elle uniquement de moi ? Ne puis-je pas l’inscrire à un stage en école de cirque (je suis certaine qu’elle en serait ravie !) ou la confier quelques jours à des amis ou à ses grands-parents ?

Saisir pleinement la cohérence inhérente à une vie permet de s’investir dans chacun de ses axes. Je regrettais parfois de ne pas avoir plusieurs enfants aux âges rapprochés. Depuis que j’ai compris qu’attendre que l’adorable soit plus grande et autonome avant de songer à un autre enfant me permet de réaliser des choses importantes à cette mille et unième vie, je vis cette absence avec beaucoup de joie et en toute certitude. Le regret n’en est plus un, il devient une logique.

Lorsqu’on change de métier et que l’on se lance dans sa propre activité, il peut être logique d’avoir une baisse de revenus ou une montagne de travail qu’on n’imaginait pas. Lorsqu’on voyage loin, il est logique de ne plus voir ses parents tous les week-ends. Lorsqu’on s’occupe d’un nourrisson, il est logique de tenir à la moindre minute de sommeil comme à la prunelle de ses yeux. Lorsqu’on devient vegan, il est logique d’être mal à l’aise en voyant ses amis gober des rondelles de saucisson.

Il faut continuellement démêler la cohérence du réflex. Ce qui est logique, n’est pas obligatoire, ne doit pas être attendu. Ce qui est attendu n’est pas nécessairement logique. La meilleure façon de voir clair dans tout ça est d’observer avec la plus grande sincérité chacun de ses espoirs et de ses regrets.

Où est-elle ?

Pour trouver cette mille et unième vie, c’est tout bête : c’est la vie que vous vivez aujourd’hui. Si vous n’arrivez pas à vous en rendre compte vous-même, allez donc prendre un café avec l’un de vos amis ou l’un de vos parents et posez-lui directement la question. « Qu’est-ce que je fais dans la vie ? »

Ma maman m’a dit : tu vis à mille à l’heure, tu ne te poses jamais. Bon, ce n’est pas une réponse très claire mais cela m’a quand même bien fait avancer. Ma vie à moi, ce n’est pas ça, c’est plutôt de gouter à tout. À la 1001a, à la 1001b, 1001c… C’est de vivre deux jours à Nice comme si j’y habitais (et de dire à nos amis qui faisaient la visite : « Oh ça va, la plage on a l’habitude… » oO). C’est d’apprendre la LSF et l’arabe. C’est de comprendre Krishnamurti. C’est de vouloir être institutrice et de chanter vive la liberté en voyant ma fille s’entrainer écrire dans la terre au milieu d’une aire de jeu. C’est d’être écrivain, c’est de regarder les annonces de pole-emploi. C’est de s’intéresser à la physique quantique. Et de rester une après-midi sur la banquette du camion pour vous écrire.

Ma vie à moi c’est d’avoir besoin d’un Explorateur et de son agenda du passé pour me rendre compte que j’ai existé mercredi et jeudi. C’est d’avoir faim parfois et de ne pas manger. Ma vie à moi, c’est cette mille et unième qui ne ressemble à rien de consistant mais qui coule qui coule dans le lit du temps en charriant avec elle toutes les angoisses et les espoirs du monde. Et les vôtres, vos vies à vous, c’est les mille que je laisse derrière moi et qui m’émerveillent toujours autant.

J’aime regarder devant moi. Même si ça me donne l’air de tourner le dos à beaucoup de choses.

mercredi, février 22, 2017


Au cours de notre périple nous avons rapidement dû faire plusieurs constats.
Tout d’abord nous sommes incapables de suivre un programme ou de respecter un agenda (si personne ne nous attend au bout du chemin, on ne pose pas des lapins quand même). Avant de partir je me souviens, j’avais fait un planning de notre premier mois de voyage. Nous avons respecté le programme pendant 2 semaines puis nous sommes partis en sucette. Fort de cette expérience j’ai revu mes objectifs à la baisse, j’ai fais mon programme sur 2 semaines et nous l’avons respecté 3 jours. Voilà, nous sommes capables de prévoir à peu près ce que nous allons faire le lendemain et c’est à peu près tout… 

Passons la vitesse lumière
Second constat, le temps semble… distendu ! Effectivement on se souvient de cette randonnée dans les Alpilles mais c’était il y a longtemps, nous n’étions pas les mêmes personnes avec le même vécu, les mêmes expériences de vie et… oui Céline ? C’était vendredi dernier, tu es sûre ? Voilà le genre de blague que nous joue le continuum espace temps (et pourtant Otto est loin de rouler à la vitesse de la lumière). Le fait est que : nos jours comptent triple, les semaines nous semblent être des mois et les années des éternités. 
Si on vous demande où vous étiez il y a 3 ans, le 12 avril, j’espère pour vous que vous n’en avez qu’une vague idée. Nous subissons le même phénomène mais en hyper contracté. J’ai donc pris l’habitude de prendre une note sur chaque journée de notre voyage, juste une petite chose ou deux, un fait marquant (comme on disait dans ma réunion d’équipe du lundi matin). Depuis que la Loutre apprend les jours de la semaine, ma note a pris l’habitude de se matérialiser sous la forme d’un petit dessin avant de se métamorphoser en lettres.

Ce petit agenda dessiné a posteriori, on commence à l’aimer alors voilà, on vous le présente. Je n’ai jamais été bon en dessin, l’espace est exigu et le feutre grossier, aucune chance d’en faire une BD mais ça me fait un fil conducteur pour vous faire le récit de notre semaine. Voici donc l’agenda de la semaine qui vient de s’écouler.
Voilà ce qu'on a fait cette semaine.

Lundi
Après 2 jours passés à arpenter le massif de Roquebrune, nous commençons à bien connaitre le sentier humide qui mène aux rochers rouges.
Les jours précédents nous avions exploré les chaos rocheux et les grottes du massif.
Mais nous sommes bien installés et pas pressés de repartir. En plus il y a ce sommet, avec ses croix que nous n’avons pas pris le temps d’aller voir, nous décidons donc d’aller les les voir de plus près. 180 m de dénivelé plus tard nous voilà donc avec les trois croix de Roquebrune.
Le massif de Roquebrune vue depuis les trois croix.
La Loutre a tout monté et même si elle a râlé pour faire les derniers mètres je crois qu’elle est contente d’avoir tout grimpé. Le reste de la journée est consacré à des jeux pour la Loutre et de la correction de roman pour Céline.

Mardi
Pour la Saint Valentin Otto nous sort le grand jeu ! Surchauffe dans les côtes menant sur les hauteurs de Grasse suivit d’une très grosse incontinence du circuit de refroidissement en arrivant à Cabris. Heureusement, pour revenir dans le thème, la Loutre nous découpe des coeurs qu’elle m’offre avec sa Maman dans une belle enveloppe. Une fois de plus, avec la Loutre et Jedi, on prend nos affaires et on va explorer le site d’escalade du coin. C’est plutôt sympa mais pas très dur.

Mercredi
Après un trajet à scruter l’aiguille de température, nous arrivons à Gourdon, un village forteresse perché sur un rocher avec une vue incroyable sur les Gorges du Loup, les montagnes et la mer méditerranée.
Gourdon et ses falaises.
Nous sommes au sommet des falaises, une grande prairie nous attend, le soleil est au rendez-vous, nous en profitons pour nous dégourdir les jambes avant de réorganiser les cailloux du coin pour faire un dessin. 
Séance de course poursuite pour tout le monde. 
Céline en pleine création de mandala.
L’après-midi nous visitons le village et nous nous engageons sur le chemin du paradis, le sentier menant au fond de la vallée 500 mètres plus bas. La règle du jeu c’est que je suis un lapin, la loutre aussi, Céline et Jedi sont des loups et le reste est un peu flou. Ce qu’il faut retenir c’est qu’on doit courir, sauter, manger et se faire manger pendant toute la descente. 
Ca ne se voit pas mais un loup essaye de me bouffer les pieds.
Le bon côté des choses c’est que j’ai a remonté un louveteau/lapin (je ne sais plus trop à ce stade) particulièrement calme.

Jeudi
Tout commence tranquillement, il fait beau (pour changer) et j’ai bien envie de trouver des grimpeurs pour découvrir les gorges du loup. Pour l’itinéraire les consignes sont simples : on descend tranquillement dans les gorges, on se gare à un endroit tranquillou et on ne prend SURTOUT PAS de grosse montée. Un demi heure plus tard Céline fait des burns dans les virages de Bar-sur-le-loup en me maudissant moi et mes chemins de tordu. C’est vrai que "chemin du pont cassé" c’était un peu louche, j’aurais dû me méfier. Jamais je n’ai emprunté de côte aussi raide, pas même avec une voiture qui tient la route. C’est pas la côte où tu descends de ton vélo pour le pousser mais celle ou tu laisses ton vélo en bas et que tu finis à pied.
Les gorges du Loup et leurs côtes à 72% réservées au moins de 13t.
Après cette mésaventure nous continuons notre chemin en oubliant l’idée de grimper dans ces gorges pour cette fois (et en empruntant des routes conventionnelles) jusqu’à La Colle-sur-le-loup. Dans les gorges, malgré tout le soin qu’elle prenait à éviter l’eau, la Loutre y a quand même trempé une chaussure.

Vendredi
Arrivée à Nice, nous réalisons que notre plan pour dormir à La Trinité est en fait super foireux pour notre camion (maintenant on regarde les lignes de niveau avant de prendre une route). Petit détail auquel nous n’avions pas fait attention, ce week-end c’est le carnaval. Ca ne libère pas vraiment de place pour se garer… Après quelques heures à tourner nous trouvons enfin une place à l’extérieur de Nice "spéciale camping-car". A peine garé un homme indien vient nous voir : « No camping here! Parking only! If people see you, they take photos and call the police ». Ca commence bien… On décide finalement d’appeler la police nous même pour savoir ce qu’il en est : a priori il n’y a pas de problème, ce sera notre maison pour 3 jours. On a enfin retrouvé nos copains à Nice. Ils sont géniaux, on le sait avant de venir mais ça fait du bien de les retrouver et de rigoler avec eux!

Samedi
On débarque chez nos amis avec un plat de banana pancakes. On avait eu le temps de les préparer sans problème, pour une raison inconnue, Céline et moi nous étions réveillés, frais comme des gardons à 5h30. Et oui c’est ça de ne pas travailler, on peut se permettre de se lever à n’importe quelle heure… Les copains nous font découvrir Nice, on mange italien, on leur prête la Loutre et ils nous font gouter les fameuses pizza napolitaines (à ne pas confondre avec les vulgaire pizza italiennes).

Dimanche
On comprend enfin les dire de notre indien. Il habite dans un des camping-car garés et il ne veux surtout pas que des nouveaux venus attire l’attention des résident locaux et de la police (il faut dire qu’on est un peu voyant avec notre loulou et sa cabane XXL). Ce détail éclairé nous partons rejoindre nos amis l’esprit tranquille. Cette fois nos amis nous font découvrir les spécialités niçoises. Nous goutons la socca, manquons la pissaladière à cause d’une tarte tomate basilic appétissante et passons une formidable après-midi avec nos amis. La soirée se prolonge avec un curry improvisé, on voudrait rester encore et rigoler avec nos amis mais de la route nous attend demain et Jedi a faim. 

mardi, février 21, 2017

C’est une histoire que je trouve un peu folle alors j’ai bien envie de vous la raconter du début. Elle a commencé il y a plus de dix ans. J’avais participé à un concours de poésie et j’avais fait partie des lauréats. Un voyage était organisé dans la vallée d’Aoste pour que tous les gagnants du concours puissent se rencontrer. Margaux faisait partie des lauréats elle aussi, nous nous sommes connues grâce à ce voyage. Je me souviens d’avoir participé au cours du séjour au même atelier d’écriture qu’elle. J’ai depuis oublié le nom de l’écrivain qui l’animait, mais je me souviens bien de sa réponse à la question : « Comment êtes-vous arrivés à écrire et à proposer la poésie qui vous a permis de gagner ce concours ? » Je vais garder le souvenir pour moi, sachez simplement que j’avais retrouvé dans sa réponse un peu de ma propre spontanéité dans l’écriture (du coup, oui j’avais aimé ^^) et une certaine habilité à profiter des occasions. D’ailleurs, vous le verrez au fil de mon histoire, Margaux n’a pas changé.

Pendant dix ans donc, nous nous sommes à peine contacter. La commande de mon livre, quelques remarques sur Facebook peut-être, un commentaire ou deux sur nos blogs respectifs (d’ailleurs, n’hésitez pas à visiter le sien, ses photos sont toujours superbes !). C’était une connaissance latente que je savais bienveillante. Et puis, fin janvier, je reçois un e-mail de sa part. Son compagnon, Paul Peeters, est cameraman. Ils souhaitent créer ensemble des films et des documentaires indépendants. Ils ont besoin pour cela d’une caméra professionnelle. Sony organise un concours de mini documentaire avec à la clef une caméra vraiment tip-top, c’est une occasion à ne pas manquer ! Seulement voilà, ils leur faut un sujet pour leur vidéo. Nous en venons à l’objet de son e-mail : acceptons-nous d’être leur sujet ?

Paul et Margaux habitent en Belgique, nous étions à l’ouest de Marseille… soit près de 1000 km entre nous ! Voici un extrait de notre correspondance :
Nous : Vous disposez de combien de temps pour faire votre vidéo ?
Eux : Le plus tôt serait le mieux. Mais je travaille, nous ne pouvons venir que le week-end.
Nous : Le week-end prochain ? … ou le suivant ? … ou le sur-suivant ? après, ça commence à faire loin.
Eux : Le week-end prochain serait bien, sans vouloir nous imposer.
Nous : Ca marche ! A très bientôt ! Vous pourrez dormir à l’étage du camion.
Eux : Nous ne voulons pas trop vous déranger. Nous emporterons notre tente. Vous voulez des chocolats belges ?
Nous : Ouiiii !!

Comme je vous le disais dans un article précédent, l’attente de leur arrivée m’a paru longue. Et puis nous avons entendu le moteur d’une voiture dans le chemin. François m’a dit : « C’est eux. » J’ai répondu : « Non… Tu crois ? Déjà ? » et je suis allée voir avec Jedi.

C’était eux. Ils les avaient bien parcouru, les 1000 km qui les séparaient de nous. (Quelle folie !) Partis le vendredi dans l’après-midi, ils ont fait une pause pour dormir quelques heures aux alentours de Lyon, puis ont repris la route de bon matin pour arriver à notre lieu de campement peu avant midi. Ils devaient reprendre la route pour rentrer chez eux le lendemain, leurs activités respectives reprenaient dès lundi matin à 6h. Autrement dit : ils ne disposaient que d’une demi-journée pour le tournage ! Ni une, ni deux, Paul se mit au travail.
Je n’avais jamais participé au tournage d’un documentaire, ni même au tournage de quoi que ce soit. Je ne savais absolument pas à quoi m’attendre. J’avais entièrement confiance envers le travail de Paul et Margaux, je savais qu’ils respecteraient nos vies et ne détourneraient pas les images de façon malencontreuse. C’était Paul Peeters qui filmait, pas M6 ni TF1. J’aurais refusé autrement ! :-D

Donc, Paul a sorti une caméra qu’il avait emprunté à l’un de ses amis. Il a accroché un petit micro à mon col, il a glissé l’émetteur dans ma poche après avoir vérifié que tout fonctionnait bien et nous avions pour mission de commencer notre journée normalement. Alors la petite loutre est allée travailler avec François, j’ai rechargé notre réserve d’eau, nous avons cuisiné avant de partir faire un peu d’escalade à côté. Au milieu de cette journée absolument normale, j’avais mon amie Margaux avec qui discuter (mais il ne fallait surtout pas qu’elle apparaisse dans le champ, nous étions régulièrement interrompues par le passage de l’objectif de Paul). Il fallait parfois recommencer une action qui avait échappé à l’oeil de la caméra (mais pas à celui du caméraman). Changer le micro de col lorsque c’était François le plus bavard. Avoir l’air naturel (mais quand je ne souris pas, je fais automatiquement la grimace, ça va se voir si je ne fais pas attention… !). Tenter de pas dire que des choses trop bêtes. Prier pour que le ciel reste dégagé.

Quand je vous disais que cette histoire de documentaire était fofolle, voyez un peu combien le ciel a été de la partie. Il a plu durant toute la semaine avant leur arrivée, il a plu samedi matin, il a plu dimanche matin et… nous avons eu de magnifiques éclaircies durant la demi-journée de tournage ! Paul devait sans cesse régler l’exposition, le passage des nuages devant le soleil ne l’aidait pas du tout. Il se plaignait beaucoup mais j’étais sûre qu’au fond il était plutôt content.

Parce que j’étais curieuse, et lui très sympathique, Paul me montre en passant un petit extrait de ce qu’il a filmé jusque-là. Je suis éblouie. « Mais c’est magnifique ! » C’était super, ça faisait pro. Ce n’était pas étonnant pourtant quand on y réfléchie, puisque Paul est caméraman de métier, mais je vous avoue que j’ai été bien surprise par le résultat. Je me suis dit alors : « Leur documentaire va être superbe. »
Le montage final est à la hauteur de mes espérances, même s’il laisse un petit goût de trop peu. La règle du concours est de créer un documentaire de moins d’une minute. Avec un format aussi court, le moindre détail compte. Il faut que l’histoire avance rapidement, la moindre lourdeur se remarque comme le nez au milieu de la figure. Malgré tout, il ne faut pas aller trop vite de manière à ce que l’oeil du spectateur comprenne ce qu’il voit et s’attache émotionnellement aux éléments présentés… C’est extrêmement délicat. Je pense que Paul a pris le parti de raconter les choses simplement, sans chercher à introduire un grand nombre d’éléments. On y entend ma voix, le prénom de l’adorable  (je vous demanderai donc de ne pas l’écrire dans vos commentaires, pour rester autant que possible discret à son propos), l’Explorateur, le moteur de notre camion avant sa réparation (maintenant, c’est vrai qu’il fait moins de bruit, mais il fume beaucoup plus), et pas Jedi parce qu’il n’aboie jamais (il est parfait ce chien !). Nos voix-off ont été tirées de notre discussion du soir, lorsque nous répondions aux questions de Paul et Margaux.

Ce qu’on voit dans cette vidéo, c’est bien nous au naturel, je peux vous l’affirmer. Et c’est cela qui est si beau dans le documentaire de Paul : il n’y a pas de faux-semblants.

Les photos de cet article ont toutes été prises par Margaux (quand je vous disais qu’elle était super douée en la matière… !). Je vous conseille de visiter son blog pour en savoir plus et voir d’autres photos du tournage. Puisque le concours fonctionne en partie selon les votes reçus, je vous incite vivement à aimer cette vidéo sur youtube. Nos amis ont toute leur chance !!

dimanche, février 12, 2017

La panne mécanique… C’était inévitable, Otto a plus de 30 ans, tous les corps s’usent. Nous faisions notre possible pour nous préparer. Ceux qui suivent notre newsletter le savent déjà : notre camion avait une petite fuite de gasoil. Le truc qui te fait exploser ta consommation aux cent, pas possible de le manquer. Un petit point de joint thermique, histoire de limiter les dégâts, et une commande de la pièce certainement pas la moins couteuse du moteur, non non, ça serait trop simple : la pompe à injection. Maintenant, le moteur d’Otto est rutilant comme l’intérieur d’un iPhone, en moins miniaturisé bien sûr.

Depuis que la pompe est changé, Otto fait un peu n’importe quoi. Il cale aux stops quand on ne tire pas la manette de démarrage à froid. Il se bloque à un régime pas du tout approprié à d’autres moments. Il fume comme un malade de beaux nuages au goût de gasoil. Charmant. C’est le temps qu’il s’habitue à sa nouvelle prothèse. J’espère. Je garde espoir.

A cela s’est ajouté une panne électrique qui touche l’électrovanne (sans elle, tu ne démarres pas) qui m’a rappelé le soucis que j’avais eu avec l’avertisseur sonore. J’avais passé pas loin de deux jours à chercher l’origine de la panne du klaxon et j’avais finalement fait un bi-pass électrique en ajoutant un petit bouton tout neuf sur le tableau de bord. C’est ce que nous avons mis en place avec l’électrovanne. « C’est provisoire, donc. », nous a dit le patron du garage. « Oui oui », avons-nous répondu en riant. De toute manière, c’est notre camion, on fait bien ce qu’on veut. Et ça nous fait bien marrer, ce nouveau petit bouton on/off pour démarrer Otto. On se croirait dans un avion.

[Pas de photo car ce n’était ni très joli ni très agréable. Heureusement que les amis étaient là.]

Si tous ces soucis ne suffisaient pas, voilà que l’alternateur refait parler de lui. Faut dire qu’il y a un foutu charbon qui refuse de frotter correctement. On l’a poncé tout beau tout lisse maintenant ça marche — ça marche pas, mais ça marche plus que ça ne marche pas, la batterie doit charger quand même. Faut dire que niveau consommation d’électricité Otto roule au minimum (on n’a pas de climatisation) : normalement on est plutôt tranquilles.

Au delà de ça, nous voici à la périphérie d’une zone anthropisée-un-truc-de-fou : le littoral entre Marseille et Nice. C’est la croix et la bannière pour ne pas prendre les autoroutes. Partout de la route, de la route, des parkings et de la route. Les algues épaisses font chplok chplok le long de la plage quand les vagues butent dedans. Je me suis plusieurs fois demandée ce qu’on faisait là. Ah oui ! Des amis habitent et passent leurs vacances ici ! C’est pour ça… Les amis, c’est la vie n’est-ce pas ?
Voilà où nous habitons aujourd’hui ! C’est chic, n’est-il pas ?
Vite vite nous fuyons dans les terres entre deux passages urbains. C’est le printemps ici, je l’oublierais presque. Cela fait deux semaines que les oiseaux ont changé leurs registres. Ca sonne le printemps partout. Ca renifle le printemps. Ca touche le printemps. Des petites pluies fraiches baignent l’herbe de vert et la terre s’hospitalise un peu. J’adore les matins de printemps.

Là où nous sommes enfin, tout est magnifique. La terre est brune, mais rouge tellement les arbres et le lichens autour resplendissent. Nous nous promenons dans cette vallée et je n’arrive pas à me rappeler ce que ce paysage m’inspire. Un autre continent ? Une autre planète ? François qui perdait son sans froid devant nos pannes à répétition et un nouveau « sens interdit ou va sur l’A50 » soupire de soulagement. Et je suis surprise par les idées qui me viennent en tête.
Ma tête quand je suis surprise par une idée étrange
La sédentarisation de l’humain est une erreur, une aberration. L’humain est devenu dépendant de denrées qui n’existent que parce qu’il est sédentaire. Ces denrées lui ont certes permis de s’étendre et de se démultiplier mais il y a de couteuses contreparties : un travail nécessaire, permanent et exorbitant avec en sus une dépendance qu’il ne soupçonne pas. Sans aller bien loin, regardons simplement comment sont organisées les villes. Le loyer y est cher, il faut travailler pour le payer, il faut se déplacer pour aller travailler. Vu que beaucoup de gens vivent dans la même ville, le travail s’est éloigné des habitations. Il faut un moyen de transport pour se rendre au travail. Il faut alors de grosses infrastructures pour supporter ces moyens de transport. Sont alors indus la pollution sonore, la pollution de l’air, la pollution de l’eau, la pollution des sols, les maladies (grippe, gastro, ou tout ce qu’on appelle communément la crève), le manque de temps, l’avidité, la violence…

La liste est longue.

C’est flagrant lorsqu’on est nomade et que l’on s’approche de la vie sédentaire pour le tourisme ou les amis. Ce qui semble aux habitants ordinaires au lieu absolument naturel et logique, apparait à nos yeux « Du Grand n’Importe Quoi ». Il faut connaître la ville pour s’y sentir bien. Il faut y vivre tous les jours. Oublier le bruit inharmonieux qui y demeure même la nuit, oublier qu’il faut attendre cinq minutes que le feu passe au vert pour traverser un passage piéton (même s’il pleut des cordes), oublier la lumière qui ne s’éteint jamais, oublier la chaleur, oublier l’aridité, oublier les pisses de chien et les papiers macdonald qui s’y promènent avec nous. Il ne faut plus voir que personne nous dit bonjour, qu’il faut y être propres comme une savonnette, qu’il faut porter des vêtements bien braillés, qu’on ne peut pas débarquer comme ça. Le problème n’est pas que les gens sont mauvais ou mal élevés, mais plutôt qu’en VRAI cette vie n’est pas faite pour l’humain.

Cette vie ne correspond pas à son intelligence. Elle n’est pas faite pour son cerveau. Ce n’est pas le travail dont l’humain a besoin, ce n’est pas la routine. On confond travail avec création, routine avec sécurité. L’humain n’est pas fait pour être sédentaire. C’est tout. Il l’est devenu par erreur. Il s’est tordu pour l’être. Ca lui a donné plein de petits et il ne sait pas s’en défaire. Voilà la vérité.

Et moi, dès qu’on se rapproche d’une ville (dans le mot ville, vous l’aurez compris j’espère, j’y incarne le paroxysme de la sédentarité) je m’y sens terriblement mal. J’oublie plus que je n’existe. Je bataille avec ma nature propre et je me dis une chose abominable : il faut que je redevienne sédentaire, pour survivre. Vous avez bien entendu : il faut que je devienne sédentaire non pas pour être heureuse ni confortable, seulement pour survivre. Parce que j’ai ancré l’idée en moi qu’il n’y a qu’en étant sédentaire qu’on survit. Alors que ça fait bien plus de six mois que je vis tous les jour tous les coeurs de mon corps. En fait, je n’y crois toujours pas.


Nous profitons allègrement du système. Nous ne sommes pas sédentaires et pourtant nous profitons sans retenue du travail de ceux qui le sont. C’est une place de choix que je n’échangerais pour rien au monde. Alors à vous qui vous démenez pour survivre dans ce système de fou : mais continuez donc ! Moi je me gave de tout et vous n’avez même pas le droit de m’en vouloir. Hé hé ! C’est là que tout est absolument merveilleux : vous avez une douche chaude chez vous et un club de fitness à deux rues. Et moi je n’ai pas ça. Vous avez une grande maison avec un chauffage, de la place pour plein d’enfants. Et moi je n’ai pas ça. Vous êtes favorisés. Au fond, vous ne m’enviez pas et c’est sûrement plutôt l’inverse. La vie est bien faite, dans ce qu’elle a d’incohérent.
Photo prise et recadrée par la loutre. C’est qu’elle devient douée cette petite !

vendredi, février 10, 2017

C’est une tare que je promène depuis que je suis toute petite : je ne sais pas bien me faire des amis et j’ai du mal à trouver ma place dans les groupes. C’est fou, vous ne trouvez pas, comme on peut être dur avec les faiblesses ? Je pouvais bien faire tout ce que je pouvais, apprendre à écrire avant les enfants, connaître le programme de physique en entrant au collège, estimer de tête des distances en 4D, gagner des concours littéraires, faire des randonnées de plusieurs jours… Et bien tout ce qu’on retenait de moi c’était ça : j’étais mal à l’aise avec les autres. Dès la maternelle, l’enseignante avait convoqué mes parents pour leur parler de ce soucis. Résultat des courses, j’ai été inscrite à des cours de danse pendant dix ans. Et je ne me suis jamais fait d’amies par ce biais, je m’y sentais même très seule.

Ma petite tare rendait complètement fou mon papa. Lui, voyez bien, avait toujours été charismatique, amical, apprécié, au point de ne plus pouvoir se rendre sur le marché sans serrer trois fois plus de mains que le maire lui-même… ! Il n’avait pas hésité à me tendre une embuscade, le fourbe, avec des filles de mon âge ! Mais rien à faire. Je n’en démordais pas : je ne m’entendais quasiment jamais avec les jeunes de mon âge. Quand ça collait entre moi et les autres, c’était un pur miracle.
 Fishingfun par Willem Haenraets
Maintenant que je suis grande, je n’ai pas beaucoup avancé en la matière. Les autres, dans le cas général, me mettent mal à l’aise. Les autres, dans le cas général, je ne les aime pas trop. Non pas parce que j’ai quelque chose à leur reprocher, ils ont tous des qualités qui je pourrais apprécier, mais il n’y a pas cette petite étincelle qui fait que je suis heureuse de partager un moment avec eux. Ca se passe comme ça : 1/ je m’ennuie 2/ je me contracte 3/ j’ai envie de fuir 4/ je souffre.

Si on m’avait laissé tranquille, je crois qu’il n’y aurait jamais eu de problème. Quand je me sens mal à l’aise avec quelqu’un, je le quitte et puis c’est tout. Il n’y a pas de quoi en faire tout un plat. Et même si ça me le fait avec quasiment tout le monde, ce n’est pas grave pour autant. Je me dis que ça doit bien être réciproque de toute manière. Le soucis c’est qu’on m’a très vite rentré dans la tête que ce n’était pas normal, que je devais me forcer à être avec les autres. A chaque fois que je me trouvais seule, j’avais l’ombre d’un adulte au dessus de ma tête qui me disait : « Céline, ça ne va pas, tu devrais faire un effort et te faire des amis. » Alors, longtemps je me suis forcée et longtemps j’ai serré des dents.

Maintenant que je suis grande et que je me défais doucement de l’influence des adultes qui l’ont été avant moi, je me suis autorisée à prendre le problème autrement. Et si je n’avais pas de soucis finalement ? Et si… (je deviens audacieuse) …ce n’était pas une tare ? Alors plutôt que de me forcer à aller vers l’autre, je me suis observée. J’ai essayé de comprendre à partir de quel moment l’autre me rebutait, à partir de quand il m’attirait, pourquoi, quelles étaient mes stratégies pour aborder les autres, qu’est-ce qui m’effrayait dans la relation, etc. Cette démarche, je la conseille à tous ceux qui ont des problèmes qui les suivent depuis longtemps. Cessez donc quelques jours de vous jugez (d’ailleurs, les valeurs avec lesquelles vous appliquez ce jugement vous appartiennent-elles vraiment ?) et observez-vous comme vous observeriez les nuages passer dans le ciel. Et vous verrez…

Je n’avais pas vu M. depuis dix ans et nous nous étions succinctement rencontrées lors d’un voyage organisé pour les lauréats d’un concours. Avec son compagnon, ils avaient une super idée de projet (je vous en parle dans quelques jours !) et avaient besoin de notre participation pour le mener à bien. J’étais tellement heureuse qu’ils nous demandent de participer que j’ai tournée nerveusement en rond pendant une semaine avant qu’ils n’arrivent. Si j’avais eu une maison, ils auraient eu droit à une longue table dressée, décorée de fleurs et de paillettes, avec des petits plats préparés durant toute une journée. Et des cadeaux. Et d’autres cadeaux encore… Mais je n’avais pas tout ça à leur offrir donc, j’ai tourné en rond.

Ils sont arrivés à l’approche de midi. Sur la route cahoteuse, leur voiture avançait lentement. Je tenais Jedi à mon pied pour qu’il ne s’approche pas trop de la voiture. C’était eux, mais je n’en étais pas très sûre. Je ne voyais pas leur visage à travers le pare brise, le ciel se reflétait dessus. Et M. a agité ses doigts près de la vitre. Maintenant j’en suis bien consciente mais j’ai encore du mal à le croire : il me faut moins d’une minute pour savoir si je vais être à l’aise avec quelqu’un ou non. Dans la main de M., tout, tout indiquait que nous pouvions être amies. La fréquence des allers-retours, l’écartement de ses doigts, la manière dont elle l’a présentée derrière le pare brise… J’ai souri, je me suis retenue de sauter partout et je me suis approchée de le voiture pour les saluer.

Je ne me suis pas rendue compte seule de cette rapidité de jugement, François m’a aidée à mettre le doigt dessus. Cet été nous nous étions arrêtés sur un parking un peu à l’écart de la plage. Un autre camping car s’est stoppé à côté de nous et un homme a sorti la tête de la vitre pour nous demander si nous savions où était l’eau potable. Je répondis de façon évasive, je savais où était l’eau mais je ne voulais pas aider cet homme. François à côté de moi essayait de rattraper le coup en étant le plus gentil possible avec les membres du groupe. Je n’en croyais pas mes oreilles ! « Mais pourquoi as-tu été aussi sympathique avec eux, lui ai-je reproché lorsqu’ils furent partis, tu n’as pas vu qu’ils étaient désagréables et irrespectueux ??!! » Lui de son côté n’en revenait pas de me voir aussi peu aimable. « Mais toi, m’a-t-il répondu, tu n’as pas attendu qu’ils soient désagréables pour l’être avec eux ! » Je leur avait seulement dit neuf mots : « Il y a de l’eau au bout du chemin… » puis je m’étais cachée au fond du camion, très mal dans ma peau.

Sauf que… imaginez que dans un sens ou dans un autre, vous rencontrez quelqu’un qui semble vous cerner d’office. Vous n’avez rien fait, rien dit, et vous vous retrouvez avec, au choix, soit la meilleure amie du monde un peu pot de colle (moi) soit quelqu’un qui n’a aucun intérêt pour vous et qui vous évite (moi). C’est caricatural ; c’est grosso modo ce qui se passe. C’est une relation instantanée, il n’y a pas de passif pris en considération.

Me rendre compte de ce fait m’a libérée de beaucoup de choses. Déjà, j’apprends à être plus patiente avec ceux que je rencontre. S’ils ne montrent pas autant d’entrain que moi à aller vers l’amitié, ce n’est pas forcément qu’ils ne m’aiment pas. Ca peut aussi, et tout simplement, vouloir dire qu’ils ont besoin de plus de temps. Dans l’autre sens, quand je suis face à quelqu’un que je n’apprécie d’office pas, je ne culpabilise plus et je ne me dis plus que je suis obligée, envers et contre tout, de tisser des liens avec cette personne. C’est comme lorsqu’on oblige les jeunes enfants à faire des bisous sur les joues des personnes qui ne leur inspirent pas confiance. Je ne suis pas obligée d’appliquer le principe de présomption d’attitude amicale. Si quelqu’un ne m’inspire pas, c’est que j’ai vu ou senti chez lui quelque chose qui ne me plait pas, et je n’ai aucune explication ou justification à donner. De ce fait, je ne leur reproche plus en pensées d’être ce qu’ils sont.

Rien que ça, ça fait beaucoup. Et rien qu’avec ça, je commence à espérer. Je crois que je deviens à ma façon normale. Du moins, je deviens à mes yeux normale. J’ose m’exprimer plus franchement et m’ouvrir davantage vers les personnes que j’apprécie. Et je connais de magnifiques moments avec les uns, et même les autres !

J’expérimente le sentiment de reliance. L’isolement est terrible lorsque vous voyez que vous n’arrivez pas à vous accorder avec les personnes qui vous entourent et que vous pensez que c’est dû à quelque chose qui cloche chez vous. A présent, lorsque je suis face à quelqu’un, quels que soient mes sentiments à son égard, je sais où je suis. J’accepte les impressions qui me viennent en tête et je ne cherche pas à me mentir pour correspondre à ce que je pense que l’on attend de moi. (Ce que d’ailleurs je ne suis jamais parvenue à faire, je suis un bien mauvais caméléon.)
Moi dans toute ma splendeur : je regarde, et j’attends.
Je commence à assumer. Surtout quand c’est peint de cette façon :-)
Je deviens ce qu’on pourrait peut-être appeler « moi-même ». Moi-même est une personne très sûre d’elle. Plutôt que de chercher à corriger une assurance illégitime, moi-même s’applique à s’intéresser aux personnes qui lui font face. Moi-même accepte de se laisser séduire en quinze secondes, même si ce n’est pas normal. Même si on peut s’attendre à tout de tout le monde, moi-même sait que c’est faux : moi-même a raison, moi-même l’a senti dans sa chair et ses os. La personne qui lui fait face mérite d’être traitée avec toute la sincérité du monde. Cette même sincérité dont l’autre personne a fait preuve sans s’en apercevoir, quinze secondes auparavant, dans toute sa chair et tous ses os, pour dire à moi-même tout ce qu’elle pourra attendre de leur relation.

jeudi, février 02, 2017

[Cet article a été écrit parce que aujourd’hui, dans la vraie vie, c’est toujours aussi mal réussi qu’incroyable à vivre.]

La loutre nous exhortait de nous lever parce qu’elle avait faim et parce qu’elle avait le nez qui coule. Deux urgences en une, les parents ne pouvaient pas rester au lit une minute de plus.

Nous avons mangé des galettes de riz à la confiture d’une vieille dame que nous avions ramenée chez elle. Nous avions failli ne pas la prendre avec nous alors qu’elle marchait péniblement contre le vent glacial.
J’ai dit : « J’aurais pu m’assoir à côté. » François a dit : « J’aurais pu faire demi-tour. » Et puis : « Je fais demi-tour. Cours la prévenir. »
La dame était contente. Elle avait une entorse.

Je corrigeais le manuscrit de mon roman. J’avançais bien. J’aimais ce qui a été écrit.
François relut derrière moi et corrigea entre autres intention par attention, emmener par amener.
Après le repas, François voulait m’emmener à la falaise. Il n’y avait pas de grimpeurs à l’horizon mais nous emportions quand même chaussons, baudrier et crash pad.
Jedi portait la moitié du matériel. C’est un chien courageux.

Le parcours pour rejoindre la falaise était fou. La pente était raide. Le chemin n’existait que parce qu’on y croyait.
En bas, le Gard ou le Gardon, ou les deux je n’ai pas compris, creusait la roche en se repliant sur lui-même comme un serpent affamé.
Je me demandais souvent quel était le sens de toute cette marche.

La loutre ne voulait plus avancer. Mais ne voulait pas être portée non plus. Elle se reposa encore un instant. La route était interminable derrière elle. Je n’y tenais plus et partis devant avec Jedi.

Soudain je sus quel était le sens.
Sous un toit de roche gigantesque, l’eau goutait des résurgences et clapotait en harmonie. Le ciel perçait à travers deux trous incongrus. Un raccourci pour ceux qui n’ont pas peur de descendre en rappel.
En fait, c’était le seul endroit du département où il pleuvait.

La lumière du soleil s’étalait là, devant moi. Je m’assis pour travailler.
L’adorable joua dans le hamac tout l’après-midi. L’explorateur se cassa un ongle. L’après-midi prit fin. Le soleil tombait.

Nous avons mangé un mélange aux champignons et aux poivrons, avec une sauce inspirée de la cuisine japonaise. C’était fameux.

L’adorable ne voulait pas dormir. Je lui ai lu un livre. Puis elle me l’a “lu” en retour, presque mot pour mot.

L’Explorateur s’est levé à 5h30 du matin parce qu’il ne pouvait plus fermer l’oeil. La loutre a dit « bonjour papa » et « s’il te plait » avant d’exposer ses exigences à ses parents.
Je faisais mine de dormir profondément jusqu’à ce que le petit déjeuner soit préparé.

Notre tablette était à cours de batterie et ne voulait plus se mettre en charge. Soit le problème venait de la fiche, soit du cordon.

A la pompe à essence, les chiffres sur les cadrans euros et litres faisaient la course. L’euro gagnait à plate couture.

Dans le magasin où nous avons fait nos courses, le poisson est labellisé, les galettes sont bio, et le parking est recouvert de panneau solaire pour charger les automobiles.
Mais les légumes sont tous emballés et Otto tourne au diesel.

Ganesh, sur le tableau de bord, s’est cassé la figure. François qui conduisait a serré ses fesses. 

Nous sommes allés acheter des bonnets de bain et une paire de lunettes de plongée pour la loutre, même si elle refuse depuis sa naissance de mettre la plus petite partie de son visage sous l’eau.
L’adorable nous demandait toutes les deux minutes « on va à la piscine quand ? » et criait au fond du camion parce que bientôt, « ça devient trop longtemps… ».

Nous nous sommes garés devant la piscine, mais il fallait encore manger. La loutre avait déjà avalé la moitié de la mie de notre pain posé sur le dessus du sac de courses. Elle n’avait plus faim.

A la piscine, les bonnets de bain n’était pas obligatoires.
La loutre est entrée dans une cabine, a verrouillé la porte derrière elle et en est ressortie (vivante) le maillot de bain enfilé et ses vêtements pliés sous le bras.
Elle a passé la moitié de la séance de piscine sous l’eau pour regarder les bulles remonter à la surface. L’adorable restait près de dix secondes en apnée. J’étais époustouflée. La magie des lunettes.
François me dit : « Ah si j’étais riche, j’arrêterais de travailler, je m’achèterais un jacuzzi et j’y resterais tout l’après-midi… » J’ai ri. C’était une bonne blague.

Nous avons acheté un nouveau cordon. C’était bien le cordon, nous avons pu rallumer la tablette. Ganesh est resté à sa place jusqu’à la fin de la journée.

Nous avons traversé les Alpilles dans la nuit tombante. Le château des Baux était éclairé, nous nous sommes garé dans ce paysage. La loutre était déçue parce qu’elle n’avait pas compris que notre visite vers le château attendrait demain matin.

Nous avons mangé des pâtes à la sauce tomate.
Je balisais parce que « j’ai un métier — mais non ça ne suffit pas — mais c’est un métier quand même — mais non il faut aussi avoir de l’argent — ah mais non pas pour tout de suite ça peut attendre — ça attend toujours avec moi… »

François m’a dit que je valais mieux que ça. Et puis il s’est ravisé. Il m’a dit qu’il était fier de moi et que mon dernier manuscrit déchirait sa race.
J’étais de son avis pour le manuscrit. J’ai souri.

La loutre s’est couché en disant que demain, elle n’oublierait pas, on visitera le château. Et on mangera l’ananas parce que ce soir on l’a encore oublié.

samedi, janvier 28, 2017

C’était il n’y a pas très longtemps. Je lisais un livre à l’adorable quand elle s’est trémoussée sur mes genoux. J’ai alors stoppé ma lecture et j’ai attendu qu’elle m’explique ce qui n’allait pas. Avec son petit doigt, elle est allée chercher des petites lettres sur la page. Je vois qu’elle se concentre. « O », commence-t-elle à lire avant de comprendre : « Oh ! Ca fait “oh oh” ! » Elle sautille sur moi de plaisir puis ajoute : « Tu vois maman, j’arrive bien à lire maintenant. Parce que j’ai trois ans. » Je rigole doucement. J’étais assez fière d’elle, oui, mais je sais bien qu’entre lire « oh » et déchiffrer tout un texte, la route va être longue


Ses premières lettres
La petite loutre a toujours beaucoup aimé les lettres. Au point qu’au Noël de ses deux ans, j’ai acheté pour elle un jeu de lettres magnétiques à coller sur le frigo. Lorsqu’elle jouait avec, je me rendais compte qu’elle en connaissait quelques unes déjà. Je ne me souviens plus de toutes, mais je suis certaine qu’il y avait le B (elle la lisait Bébé) et le M (elle lisait Maman). Elle s’amusait beaucoup à leur trouver des formes du quotidien. Le J était un parapluie, le B une paire de lunettes, le T un marteau…

Elle ne reconnaissait pas son prénom. J’ai essayé quelques fois de lui apprendre, mais ça ne l’intéressait pas. En fait, ce qu’elle voulait, c’était écrire.

Ecrire tout de suite
Un jour en me promenant dans une grande surface, je suis tombée sur des cahiers d’écriture effaçables. Je me souvenais que j’en avais un chez mes grands parents pour apprendre à écrire les chiffres et j’en étais absolument fan. Ils étaient de plus à l’effigie d’un personnage que la loutre apprécie, alors je n’ai pas hésité. Le succès a été immédiat ! Armée de son feutre effaçable, la loutre passait de longues minutes à repasser les lettres et les chiffres proposés, et effacer son travail et à recommencer.


Elle était très fière de ses réalisations. Quelques semaines plus tard, elle nous a réclamé d’écrire des mots complets. C’est là que nous avons commencé à écrire en grosses lettres de petites phrases sous sa dictée. Avec beaucoup d’application, l’adorable repassait nos lettres au feutre.

La petite loutre a toujours bien tenu son crayon. Je n’ai rien eu besoin de travailler avec elle pour cela. Je ne sais plus exactement à quel âge elle a tenu son premier crayon (8 mois ? plus d’un an ? je n’ai pas trouvé de photo pour le préciser) mais je sais que du départ, sa tenue était parfaite. Cependant, lorsqu’elle repassait les lettres je voyais bien qu’elle ne faisait pas son tracé dans le bon sens. Elle pouvait faire le rond du O à l’envers, commencer à gauche, en bas… et cela se voyait lorsqu’on tentait de relire son oeuvre. Une lettre faite à l’envers avec maladresse ne se reconnait presque pas.

Pour lui apprendre à corriger son geste, j’ai passé beaucoup de temps avec elle pour lui montrer comment tracer correctement les lettres sur ses cahiers effaçables. Petit à petit, elle est devenue plus attentive à la fluidité de son tracé et me demandait parfois confirmation lorsqu’elle repassait ses petits messages.

Le jeu des sons
Le jeu des sons consiste à attirer l’enfant sur les sons qui composent les mots. Par exemple, dans le mot “botte”, on entend les sons bb, o, et tt. Pour le faire, on peut inventer tout un tas de règle. Par exemple, il est possible de montrer des objets à un enfant et de lui dire “Je vois quelque chose qui commence par le son… tt” et à l’enfant de désigner la tasse. Toutes les variantes sont imaginables !

J’ai commencé à proposer le jeu des sons assez tardivement à la petite loutre, tardivement par rapport aux lettres qu’elle avait tant envie d’écrire. Je ne pense pas avoir mal fait car à vrai dire, il n’y a que tout tout récemment (depuis ses trois ans dirais-je) qu’elle commence à y être réceptive. Alors je faisais un jeu très simple. Je prenais un objet quelconque, ou une image le représentant, et je disais : « Regarde ! Il y a quelque chose commençant par ss sur ma tête ! ». La loutre riait et me répondait : « C’est du sel ! » Je ne lui demandais pas de trouver l’objet parmi d’autres car elle n’y arrivait pas du tout.

Et puis les choses se sont débloquées d’un coup. Petit à petit, elle s’est mise à reconnaître elle-même l’attaque des mots. « pp-parapluie », disait-elle ou… « ooootarie », ou encore « cc-casserole. cc-casserole, cc-cochon ! ahah, c’est marrant ça ! un cochon dans une casserole ! ». Je dois dire aussi qu’en parallèle nous avons fait l’acquisition des…

Lettres rugueuses
Les lettres rugueuses sont des lettres écrites en grand dans un matériaux rugueux et collées sur un carton. Il est possible de les faire soi-même ou de les acheter puisque beaucoup de magasins les proposent. L’enfant prend la carte et trace avec ses doigts la forme de la lettre. Grace à la matière rugueuse qui la compose, s’il est sensibilisé à cette sensation, l’enfant peut aisément se rendre compte s’il dépasse du tracé ou s’il le suit parfaitement.

Avec les lettres rugueuses, la loutre travaille deux choses : elle peaufine la fluidité du tracé de ses lettres et elle apprend à les reconnaître. Pour le premier point, les lettres rugueuses qu’elle possède ont des petites flèches pour rappeler le sens du tracé. Je les pensais au départ inutiles et même capables de dévier l’attention de l’adorable, mais il se trouve au final qu’elles sont assez discrètes et d’une bonne aide lorsque ma fille doute et qu’elle ne veut pas forcément me demander mon aide.

Pour le second apprentissage, nous le travaillons très doucement. Je considère que l’adorable est encore jeune, il n’y a pas urgence à lui apprendre notre alphabet. Alors, lorsque je choisis une lettre à lui présenter, je le fais en fonction de ses intérêts et des remarques dont elle me fait part. De plus, je ne lui apprends pas le nom de la lettre mais seulement le son correspondant. Bien sûr, je sais que l’adorable a déjà entendu parlé de Abécé, de hache et des autres, mais ce n’est pas ce que je recherche en travaillant avec elle. Nous nous contentons donc du son.

Avec les règles rugueuses, je peux aisément lui présenter une lettre en particulier. Par exemple, lorsque je me suis rendue compte que l’adorable reconnaissait aisément le S en majuscule ou en lettre détaché, j’ai pensé à lui montrer sa lettre rugueuse correspondante, qui, elle, est en lettre cursive.

Il nous arrive aussi de jouer ainsi. Je place devant nous plusieurs lettres rugueuses debout adossées à un meuble ou un mur. Je demande à l’adorable de fermer les yeux et je cache un jeu derrière l’une des lettres. Puis je lui dis : « J’ai caché ton ours derrière le… mm », à elle de le retrouver. Puis nous échangeons les rôles.

François a quant à lui inventé le jeu de la rigolade à faire avec les voyelles. Une personne pioche une voyelle au hasard et la montre à l’assemblée. Tout le monde doit alors rire en faisant le bon son. « Ah ah ah ! » ou « Hi hi hi ! ». Lorsque c’est le y qui sort, nous sommes tous un peu penauds… ^^


Très vite j’ai remarqué que, de toutes manières, l’adorable apprenait les lettres de partout. Dans les magasins, dans ce que nous écrivons, dans les livres… Plus elle arrive à en reconnaître parmi ses lettres rugueuses, plus elle revient me voir avec une nouvelle lettre qu’elle a attrapé seule quelque part, et plus elle réussit à apprendre rapidement d’autres lettres. Les débuts sont longs, il faut être patient et peu exigeant, et puis, tout d’un coup, quelque chose survient et l’apprentissage devient assez rapide !

Cursive ou détaché ?
Sur le choix des polices à apprendre/montrer aux enfants et ceux à éviter, je n’ai pas vraiment d’avis. Partout nous voyons des lettres détachés et je sais que j’écris plutôt en cursif, ça me parait plus naturel. Les lettres rugueuses de la loutre sont cursives car je trouvais cela plus intéressant pour développer la souplesse du poignet, mais ce n’est pas pour ça que nous faisons tout en cursif. Pour beaucoup de lettres, ça ne pose pas de problème. Regardez le t, le c, ou le u et le i ! Il n’y a aucune différence et la loutre a fait le rapport cursif/détaché sans problème. Pour certaines lettres, il faut un peu plus d’imagination et il est vrai que cela pourrait poser soucis à certains enfants. Je pense alors que s’il y avait un choix à faire pour un apprentissage plus rapide, ce serait de tout présenter en détaché. Mais lorsqu’on prend son temps, comme nous le faisons avec l’adorable, mélanger plusieurs polices ne pose pas de problème fondamental.

Par contre, ce que je trouve plus embêtant c’est de ne présenter aux enfants que les lettres capitales détachés. Elles ne sont pas très présentes dans le quotidien de l’enfant (elles sont qu’en début de phrase et en tête des noms propres…) et ne sont pas naturelles à tracer. Votre enfant a-t-il commencé à dessiner un triangle ou un cercle ? Bon, si vous désirez apprendre à écrire à votre enfant avec un stylet sur une tablette d’argile, la chose peut se discuter, j’avoue…

Son premier mot
L’adorable commençait à avoir un bon bagage de lettres dans la tête. D’autre part, comme je vous le disais plus haut, elle commence à comprendre le principe des sons des mots et le relie naturellement aux lettres que nous lui avons présentées pendant ce temps.

Son papa, tout disposé à s’impliquer dans l’instruction de sa petite, lui a donc préparé une petite activité avec son sac de randonnée. Moi je travaillais dans mon coin à la correction de mon roman mais je n’ai pas pu m’empêcher de les écouter en silence. Permettez que je vous relate cet événement dont je suis très fière !

François : Qu’est-ce que c’est ?
Loutre : C’est un sac !
François : Tu sais par quel son commence le mot sssssac ?
Loutre : Oui ! Ss…
François : D’accord, alors tu vas chercher la lettre qui fait ss
∆ L’adorable cherche parmi ses lettres rugueuses le s ∆
Loutre : Voilà ! C’est le ss…
François : On le pose sur le sac. Maintenant, qu’est-ce que tu entends en deuxième dans le mot saaaaac ?
Loutre (hésitante) : a ?
François : Cherche le a.
∆ L’adorable trouve le a dans ses lettres ∆
François : Je le pose à côté du sss. Maintenant, qu’est-ce que tu entends en dernier dans le mot sacccccc ?
Loutre : cc-cochon !
François : Oui, on entend cc.
∆ L’adorable a compris l’affaire, cherche le c et le pose en dernier ∆
François : Tu as écris sssss·aaaaa·ccc, sac ! A toi de lire.
Loutre : ssssss. aaaaaaa. cccccc.
François : sac ?
Loutre : sac !
François : Tu peux l’écrire.
∆ Et la loutre repasse les lettres rugueuses dans l’ordre en répétant les sons ∆

Et moi, dans mon coin, mon roman sur les genoux, je souriais comme une banane. Parce que c’était fait. L’adorable venait d’écrire et de lire son premier mot !

mercredi, janvier 25, 2017

Il est vrai que dans le camion nous n’avons pas grand chose… Otto est plutôt petit et nous devons nous partager l’espace à trois. Sans oublier Jedi dont la cabane prend une place non négligeable ! De plus, notre budget est assez limité (encore plus maintenant que le garagiste nous a donné son devis… si vous avez envie de nous soutenir et de vous offrir une bonne lecture, n’hésitez surtout pas à commander le Souffle, hein ! — qui ne tente rien n’a rien m’a-t-on dit), impossible pour nous de combler le vide par quelques achats. Alors nous remplissons comme nous pouvons là où il y a encore beaucoup de place, c’est à dire à l’intérieur de nous. Le principe est d’occuper tous les espaces encore libre, les grands comme les petits. C’est fou combien on arrive à y faire rentrer des choses !


En voulant faire le tri l’autre jour, je me suis rendue compte combien j’avais emmagasiné de babioles chez moi. Un vrai foutoir ! J’ai inspiré un bon coup et je me suis décidé à donner à toutes les choses oubliées une place plus honorable. J’ai alors commencé le rangement des personnes qui avaient impacté ma vie.

Je me suis d’abord adressée à celui qui m’avait retenue sur le chemin de la forêt. Je n’avais pas 6 ans, j’étais chez ma mamie et je m’étais fâchée pour une raison sûrement très importante aux yeux de la petite que j’étais. Fâchée au point de me dire : « Puisque c’est comme ça, je vais aller dans la forêt toute seule et y vivre ! » Et j’étais partie d’un bon pas. Sur le chemin, je l’ai rencontré. C’était un grand garçon, de 10 ans plus vieux que moi. En souvenir je n’ai que sa paire de genoux, cachée derrière son jeans, et ses cheveux bouclés. Il m’a dit : « Tu es trop petite pour te promener toute seule. » J’étais amoureuse de lui déjà, je lui ai promis de rentrer. Et je suis retournée dans la maison de ma mamie.

Je ne sais rien de lui. Je crois simplement qu’il s’appelait Sébastien.

Lorsque mes parents ont déménagé, j’ai eu le droit pendant les vacances de la Toussaint de visiter ma nouvelle école. La directrice nous a ouvert, sa fille était avec elle.  avait le même âge que moi. Le jour de ma visite, elle portait une grande natte dans le dos et je suivais sa natte comme un navire dans la tourmente suit la lumière d’un phare. J’ai toujours été éblouie par elle, par son sourire, ses cheveux, sa gentillesse. Je l’admirais, et je l’admire toujours. Vous voyez son visage et vous savez immédiatement que c’est une personne exceptionnelle, qui brille partout la bonté et l’élégance, avec une simplicité magnifique. Un jour qu’elle discutait avec d’autres de ses amies des yeux clairs d’une fille, elle s’est tournée vers moi et a dit : « Les yeux les plus beaux que je n’ai jamais vus, ce sont ceux de Céline. » Immédiatement des larmes ont coulé sur mes joues, de reconnaissance et d’amour (je crois oui, qu’on peut le dire ainsi).

est pour moi la preuve que la gentillesse n’est pas niaise, elle est simplement sublime.

En primaire j’avais une amie, Co, à laquelle je tenais énormément. Je crois que j’ai toujours eu du mal à me faire des amis et lorsque je tiens à quelqu’un, je m’accroche à lui au point d’en devenir suffocante. Adulte maintenant, j’arrive à me retenir, je fais attention, mais enfant je n’en avais pas conscience. A l’entrée au collège, Co∂ m’a laissé tomber. C’est comme ça que je l’ai vécu, en réalité elle n’était tout simplement pas dans ma classe, avait trouvé d’autres amis et n’avait plus envie de passer du temps avec moi. Je l’ai affreusement mal vécu. Je me suis sentie seule longtemps après cet abandon. Et puis… deux ans plus tard, Co∂ est revenue vers moi pour s’excuser. Je sais aujourd’hui combien sa démarche a été courageuse et même si nous ne sommes jamais redevenues amies, je l’estime beaucoup.

Revenir vers quelqu’un pour se faire pardonner ou pour lui dire ce qu’il représente pour nous, est une preuve de courage.

Heureusement pour moi, je rencontrai à la fin de ma primaire une nouvelle amie formidable. Je passais toujours d’excellents moments avec elle. mø était de plus très intelligente et douée, nous avons gagné ensemble (mais grâce à elle surtout !) plusieurs concours littéraires et d’histoire. Nous avons fait plusieurs voyages de cette façon dont un extraordinaire au Québec ! C’était fou… ! Et puis, lorsque nous étions au lycée, mø m’a écrit une lettre pour me parler de choses que je ne soupçonnais pas. Cette lettre a été écrite avec beaucoup de sagesse, et je crois bien que je n’ai pas encore trouvé la manière d’y répondre avec autant d’intelligence, ni à mø, ni à personne d’autre, ni à aucun événement de ma vie. Cette lettre était sincère, et moi, je savais combien je n’avais pas su faire attention à mø autant qu’elle le méritait.

Je voudrais savoir être attentive envers mes amis autant qu’ils le sont envers moi.

J’ai connu un garçon dont j’avais été amoureuse enfant, qui avait tenté de me déshabiller quand j’étais adolescente. Il s’est arrêté en me voyant tétanisée. J’ai appris violemment grâce à lui que l’amour ne s’accepte pas, il se désire. Un autre garçon aussi m’a aimé et j’ai accepté de faire semblant avec lui, pensant le faire par gentillesse. Cela n’a pas fonctionné du tout, vous l’auriez deviné, et avec un SMS mal attribué, je l’ai blessé au point de ne plus être capable de le regarder dans les yeux. Un an plus tard il m’a dit : « Enfin Céline, c’est bon ! On peut quand même se faire la bise ! » Il m’avait pardonné je crois. J’ai souri bêtement. Je suis toujours aussi bête. Je suis sortie avec un troisième garçon presque homme. Il habitait loin de chez moi et la distance entre nous me convenait parfaitement. Mais je n’étais pas amoureuse de lui et je lui mentais. Les tromperies font toujours du mal, on peut se dire « C’est sa faute aussi ! Il n’a qu’à pas être mélodramatique à ce point et continuer de faire ainsi du chantage affectif ! », mais… j’étais bien coupable de son malheur et surtout incapable de le surmonter à sa place.

La vérité est que lorsqu’on dit oui, c’est bien de notre bouche que le mot part.

Au lycée je correspondais souvent par e-mail avec un homme que je ne connaissais pas. Il avait grandi dans la même commune que moi et nous partagions beaucoup de choses, sauf son identité. Il avait créé pour moi une énigme pour que je découvre son nom, je ne l’ai jamais résolue jusqu’au bout. Il m’a aussi indiqué une grotte quasi-secrète dans la forêt que j’arpentais (la même vers laquelle j’avais fugué de chez ma mamie) et j’aimais m’y rendre. Si Dada savait combien j’ai la frousse maintenant de me glisser sous les rochers… je serais incapable de m’y enfoncer ! Officiellement nous ne nous sommes jamais rencontrés, mais j’ai en tête un clin d’oeil. C’est idiot, pourquoi m’aurait-il menti ?, cependant j’associe le visage de Dada à celui que j’ai attrapé derrière le clin d’oeil. Je suis probablement une vraie tête de mule, mais je tiens beaucoup à cette histoire. Même si nous ne nous sommes jamais rencontrés et que nos échanges se font plus rares aujourd’hui, je le considère comme un ami .

D’ailleurs Dada, si tu lis cet article, sache que je n’attends pas de toi de démenti, j’aime cette histoire de clin d’oeil.

J’ai aussi en tête quelques professeurs. Celui qui ajoutait 5 points à ma moyenne quand je ne préférais pas le CDI à ses cours ; celle qui se tordait les mains à la fin de sa classe car je ne venais jamais lui parler personnellement ; celui qui a accepté sans condescendance le fait que je ne voulais pas tenter de concours prestigieux ; cet autre encore qui m’a crue lorsque je lui avais dit avoir fait son devoir seule (0 faute en anglais, sur un long texte, moi-même je n’en revenais pas !) ; celle qui m’a crue lorsque je lui ai dit que si je n’avais pas de devoir à lui rendre c’était parce que j’avais rêvé avoir fait mon travail (je m’en veux d’avoir abusé ainsi de sa crédulité) ; mais surtout, j’ai en tête une professeur qui avait su nous parler de la sensibilité avec une justesse extrême, j’avais tant pleuré durant son cours…

J’aimais observer les adultes quand j’étais à l’école, pourquoi n’augmente-t-on pas les effectifs de l’éducation nationale ?

Je commence à voir un peu plus clair parmi tous ces bagages. Apparaissent alors des souvenirs plus récents.

Je revois alors BΩ𐐒 avec qui mon habitude à mélanger l’amitié et l’amour a touché son paroxysme. Je le vois surtout rester ami avec moi, rester sincère, et même me remercier. Je pense aussi à ma reine du Pacifique (même si elle vit aujourd’hui dans une ville de la métropole, je suis certaine qu’elle reste attachée à son île paradisiaque !). Dès ma première semaine à l’école de Grenoble je m’étais dit que je voudrais être amie avec elle. Je la trouvais déjà géniale. Je me disais : tout le monde va se jeter sur elle, jamais je n’arriverais à lui parler… et je ne sais plus par quel hasard (en fait si, je sais ^^) nous avons parlé ensemble et nous sommes devenues amies. Tout cela me parait incroyable. C’est si rare une amitié, vous savez sûrement. Alors quand j’ai revu KrN, que c’était comme si nous avions vu ensemble les mêmes minutes du temps durant ces dernières années, j’ai vraiment cru à un miracle.

Je ne comprends jamais comment j’arrive à me faire des amis, comment ils arrivent à m’apprécier. Je suis surtout très heureuse d’avoir été un jour proche d’eux.

Je n’en reviens pas de la place libérée dans mon coeur grâce à ce petit rangement ! C’est sûr, je ne suis pas encore allée dans tous les coins, je n’ai pas tout farfouillé. Et puis, vous savez quoi ? Ce qu’il y a d’incroyable lorsqu’on travaille ainsi davantage à l’intérieur qu’à l’extérieur, c’est qu’on ne produit pas de déchet. On n’est pas obligé de jeter, voyez vous. Un souvenir revisité, un souvenir compris, c’est un souvenir qui brille. On peut les cumuler autant qu’on veut. Un souvenir prend autant de place que dix mille pensées, et vice versa.

dimanche, janvier 22, 2017

J’avais eu un raisonnement un peu trop rapide. Je pensais que puisque tout se passait pour le mieux, puisque cette organisation était faite pour moi, puisque j’étais faite pour ça, il n’y avait aucune raison pour que cela me change. Je pensais simplement entrer dans mon propre moule.
Et puis un jour que je me promenais sur un chemin balisé tout à fait banal, mes yeux ont accroché la feuille d’un arbre que je ne connaissais pas. Rien d’extraordinaire. Je n’ai jamais été douée en arbre. Sauf que là, avec une insouciance que je ne lui connaissais pas, j’ai entendu mon cerveau demander : « Tiens, et ça Céline, c’est quoi ? » Je connaissais le nom des plantes voisines. Dans la garrigue, un milieu qui m’était très peu familier, je connaissais le nom des plantes voisines et j’étais capable de repérer un feuillage inconnu.
Ca va peut-être vous paraître rien, infime, ridicule, mais pour moi c’est incroyable. Pour moi cela signifie que mon cerveau a changé. Je sais qu’un jour j’en étais simplement incapable, je sais qu’aujourd’hui mon regard pour ces choses-là s’est acéré. Naturellement. Juste à force de temps et de plasticité cérébrale.
L’humour des grimpeurs
Alors oui, j’ai changé. Je ne vis pas le froid comme avant, je ne vis pas le Soleil comme avant, je n’observe plus les paysages comme avant, je ne ris plus comme avant, je ne me promène plus comme avant, je ne m’intéresse plus aux mêmes choses qu’avant, je ne me regarde plus comme avant. Tout ça à cause du camion, à cause du fait que je passe la quasi-totalité de mon temps dehors, du fait que c’est le Soleil qui me réchauffe le matin, du fait que je n’ai pas de miroir pour me voir, parce que je jète mes cacas dehors et que mes voisins changent d’un jour à l’autre.
Nous sommes chez nous nul part et partout tout à la fois. Je dis souvent C’est si beau chez nous. Ce chez nous c’est le vert et le bleu qui transpercent les fenêtres du camion le matin, c’est les soleils sur les pierres qui nous éblouissent, c’est aussi parfois la glace sur les vitres qui flamboie. Ce chez nous ne nous appartient pas, c’est un chez nous qui se partage et dont nous jouissons malgré tout sans réserve. « Vous venez d’où ? »
Le Soleil a pris toute son importance dans mon esprit depuis que l’hiver a débuté
Les gens souvent regardent notre plaque d’immatriculation comme s’il s’agissait d’une paire de seins exhibée. Et puis ils disent : « 64… 64… c’est où ça ? Ah oui ! C’est sympa là-bas ! Il y fait froid en ce moment… non ? » Nous les regardons, gênés, nous décrire une maison que nous n’avons pas, que nous n’avons jamais eue. Nous avons traversé le 64 il est vrai, nous y avons même dormi, mais c’est Otto qui a vieilli là-bas, pas nous. Parfois je préfère laisser dire même si je sais que c’est dommage. Les poils me poussent sur les jambes, je deviens ours.
La loutre par contre devient koala sans aucun doute !
Tout cela, vécu quotidiennement, change forcément. J’aurais dû m’en douter. J’aurais dû me douter que forcément au bout d’un moment aller chercher mon eau à pied ou à vélo ne me ferait plus peur, 10 l par 10 l, mais qu’au contraire, me lever avant le soleil et sortir après lui me paraitrait inenvisageable. J’aurais dû m’en douter que je n’étoufferais pas dans un lieu de 4,5 m2 partagé à trois mais que je ne pourrais plus dormir entre quatre murs sans ouvrir une fenêtre (même en plein hiver). Mais comment aurais-je pu deviner que cuire les pâtes comme je l’avais toujours fait avec un litre d’eau me semblerait maintenant aberrant ? Laisser sécher la vaisselle à côté de l’évier ? Ah ah ! N’importe quoi ! Mes gestes d’avant, ceux que j’avais peaufiné durant des années de vie autonome, voilà que je les revisite, que je les critique, que je les réduis à rien du tout si ce n’est à de la bêtise, parce qu’en fait rien à changer, rien sauf moi.
Je me fonds dans le décor, non ?
Pour rigoler, pour que vous vous rendiez compte combien ce dont je parle ici est à la fois ridicule et intense, j’ai décidé d’éditer une petite liste des choses apprises depuis mon départ.

J’ai appris…
• à tourner les pages d’un magasine avec les gants
• que le butane gèle autour de 0°C
• qu’on pouvait manger les jeunes pousses du fragon
• que le 79 c’est les Deux Sèvres et que le chef lieu est Niort
• que les pois chiche ne mettent pas tant de temps que ça à cuire
• à faire chauffer l’eau d’une bouillotte avant de me mettre au lit
• à laver la vaisselle avec 1,5 l d’eau
• qu’on pouvait faire du yoga dehors
• qu’en forêt il gèle peu et qu’il n’y a pas de canicule
• qu’en forêt un panneau solaire ne se charge pas
• que certains parkings sont tellement éclairés la nuit que notre panneau était sous tension
• que la lumière de la pleine Lune suffit pour lire
• que Paris nous vole vraiment les étoiles
• qu’il y a tant de ralentisseurs dans les villes que les pistes DFCI sont moins cahoteuses
• qu’il suffit souvent de dire son prénom pour être bien accueilli
• qu’il y a bien plus de gens honnêtes que malhonnêtes
• que beaucoup de personnes vivent comme nous dans un camion
• que beaucoup de retraités ont un camping car gigantesque
• que l’huile d’olive figée ne coule plus
• à fabriquer un chauffage rudimentaire avec un pot de fleur
• à apprécier le silence sauvage
• à lire rapidement et précisément une carte
• à baragouiner une langue étrangère sans être corrigée
• à cuire le riz et les pâtes pilaf
• à gérer une cuisine sans frigo ni réserve
• à ne rien oublier derrière moi (en toute honnêteté, il y a encore du travail)
Je les aime même quand je ne les vois plus
Rien d’extraordinaire en soi donc, juste de quoi vous présenter quelques images de notre petit voyage !

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