Céline Dehors et François l’Explorateur — Aspirants, chercheurs en liberté, expérimentateurs d’idées loufoques. — Et accessoirement auteur de « Ce que le Souffle m’a donné »

jeudi, janvier 12, 2017

Les premières lueurs du jour pointent à la lisière du globe, la loutre s’éveille.
« Maman, on a dormi là ! C’est le jour d’aller au LAEP ?
— Bonjour ma loutre. Oui, tu as raison, on est mercredi.
— En premier, je finis de dormir.
— Et après, nous irons au LAEP.
— Et après… on sera vieux.
— Après, oui. Dans longtemps quand même !
— Et après, on sera mort.
— Oui, c’est vrai.
— Et après on aura des fleurs, parce qu’on sera mort. »
Vive les matins avec l’adorable ! Bah oui, pourquoi pas ? Il n’y a pas d’heure pour parler de la mort, n’est-il pas ?
« Et tu m’apporteras des fleurs quand je serai morte ma loutre ?
— Eh non !
— Ah bon ? Pourquoi ?
— Parce que je serai déjà morte, moi !
— Je ne suis pas d’accord. Je préfère mourir avant toi ma poulette. »
La loutre soudain se tait. J’ai peut-être donné un peu trop de grains à son moulin. Je ferme les yeux et profite encore du petit matin, sans remords.

Elle a peut-être bien raison ma petite. Il n’y a pas d’âge, il n’y a pas de jour, il n’y a pas de bons ou de mauvais moments pour tenter de s’approprier le concept. Au départ, j’avais peur. Je me disais que la question de la mort était sans fin, il n’y a pas d’issue, et je pensais qu’il était préférable qu’un tout petit être comme la loutre ne s’y frotte pas si vite. J’ai voulu lui faire faire marche arrière, éludant au maximum le sujet. Et puis voyant que de toutes manières la loutre était toute disposée à s’intéresser aux grandes questions de la vie (si ce n’était pas la mort, ce serait l’amour, la naissance, ou même le temps), j’ai peu à peu changé d’avis. Pauvre de moi, je n’avais pas de réponse à lui apporter. A 23 ans d’écart, nous étions presque au même point toutes les deux. Elle avec ses mots d’enfant, moi avec ceux d’une adulte qui se joue intelligente et cultivée, et sous nos pieds le vide de l’inconnu. Et chacune notre seule vie pour comprendre.

Cela fait aussi partie de l’éducation. Être bien éduqué, ce n'est pas seulement être compétent en mathématiques, en histoire ou en géographie, c'est aussi avoir la capacité de comprendre cette chose extraordinaire qu'on appelle la mort - pas à l'instant de votre mort physique, mais tandis que vous vivez, tandis que vous riez, que vous grimpez aux arbres, que vous êtes en train de faire de la voile ou de nager. La mort, c’est l’inconnu, et ce qui compte c’est de connaître l’inconnu tant que vous êtes en vie. 
Jiddu Krishnamurti, Le sens du bonheur
La mort des autres
Je n’ai qu’une maigre expérience de la mort. Mes arrières grands parents sont partis sans que je ne m’en aperçoive. Le père de ma mère trônait sur la table de chevet de ma grand-mère, disparu brutalement, m’avait-on dit, quelque part sur le chemin du ciel il y avait des années. Je n’avais pas cinq ans, des éléments de l’histoire me paraissaient louches. Je ne comprenais pas comment l’on pouvait savoir où était quelqu’un s’il était disparu. Cet aspect de la mort continue de me troubler. Cette façon de savoir l’espace et de ne rien en savoir tout à la fois. Il est connu que les morts s’envolent vers le ciel, ou disparaissent nul part, ou ne sont juste plus rien du tout, mais ils passent toujours une frontière que notre entendement ne traverse pas. La mort, nous savons où la trouver et lorsqu’on se place devant elle on ne voit plus rien de sa dimension. La mort, c’est un envers de notre univers.


Et puis est venu la fin des grands parents de François, l’année dernière. Nous sommes passés voir Mamie Thérèse à l’hôpital. François m’avait dit « Tout va bien », je l’ai cru et l’adorable dans les bras nous sommes allées la saluer. Tout n’allait pas bien. Sa mamie a ouvert les yeux, nous a regardées, nous a reconnues « Oh, vous êtes là… ! », a-t-elle dit avec plaisir avant de replonger dans son lit. Cette femme depuis vingt ans nous préparait à sa mort. Depuis vingt ans nous disait adieu, mais ce jour-là, alors qu’elle ne disait plus rien, je l’ai crue. J’ai vu autour d’elle la distorsion de l’espace, le voile à partir duquel le regard s’éteint. Le lendemain, elle l’avait passé, nous laissant sur le perron des vivants.

Dans mon entourage la mort construit année après année ici et là des trous de vers entre l’espace de l’avenir et celui du souvenir. Le père d’un ami, l’amie d’une amie, un professeur, une célébrité, un scientifique, et je vois les bras fins de ce vide étrange atteindre le coeur de ma Mamie pendant qu’elle se détache de la vie. La mort se rapproche de moi, à petits pas ou brutalement là n’est pas la question, mais je sentirais presque sa présence à mon côté. Je comprends l’adorable, il est plus que temps de s’occuper sérieusement du problème.
La notion de l’ordre
Je n’ai jamais eu peur de ma propre fin. Il est cependant bien hypocrite de se contenter de cette réponse, principalement lorsqu’on sait combien je suis sensible à d’autres morts. La mort d’une ville, la mort d’une culture, la mort d’un savoir, la mort d’une espèce… Lorsque je suis face à la mort je suis choquée par l’absence soudaine et surtout l’irréparabilité de la chose. On ne peut faire revenir ce qui a chu. Dès que je rencontre une once d’insensibilité, j’ai envie de hurler et de trouver le poignard subtile pour trancher la réalité jusqu’à ce qu’elle saigne, jusqu’à ce qu’elle saigne tout ce qu’elle a fait disparaitre. Entre la mort et moi il y a l’amour et le désir de permanence. La mort c’est le monde qui m’échappe soudain et que je ne peux rattraper, que je ne peux faire durer comme je l’aimais. Et tout à la fois, il y a ce qui surgit des cendres, le renouveau, qui m’appelle avec toute son innocence. Je craque. Je culpabilise, je ne voudrais rien oublier et pleurer encore et encore ce qui est disparu, mais je craque pour ce qui nait.

Je pense alors à ma grand-mère qui s’illumine en voyant l’adorable. Cède-t-elle, elle aussi, à l’appelle du nouveau ?

Il y a aussi la mort de l’Explorateur. Je lui dis parfois sur le ton de la plaisanterie : « Ecoute, tu es un homme, tu es grand —donc tes cellules se sont multipliées énormément—, tu manges beaucoup, il y a de grandes chances pour que tu meurs avant moi. En plus, tu as un an de plus ! ». L’idée ne lui déplait pas. Il me répond : « J’espère bien ! Comme ça tu me feras un super discours pour mon enterrement, je serais déçu de ne pas y avoir droit. » Lorsque j’imagine la mort de mon compagnon, mon esprit se mélange les pinceaux, comme pour les autres morts, oscillant entre le mélodramatique et ma force de résilience. J’ai souvent en tête le trait d’esprit que m’avait rapporté ma belle maman, venant d’une célébrité devenue soudainement veuve. Un journaliste lui avait maladroitement demandé de quelle façon elle vivait la mort de son compagnon. « Oh, ça va…, lui avait répondu la femme célèbre, ce n’est pas comme s’il faisait parti de la famille ! » La réponse est fine.

Je m’en inspire beaucoup. Je ne peux m’imaginer tout ce que représente la fin de l’Explorateur. En fait, c’est un non-sens. Sa mort, c’est tout ce qu’il ne fera jamais, ce qu’il ne dira jamais, ce qu’il ne vivra plus auprès de moi. Sa mort, ce n’est pas grand chose, ce n’est même rien du tout. Qui redoute rien du tout ? Qui redoute ce qui n’existe pas ? Ce que je pleurerai, ce que je regretterai, c’est surtout ce qui n’aura jamais existé.

J’essaie d’analyser ma propre mort avec la même honnêteté. En fait, j’ai un peu peur et le fait de ressentir cette peur me fait prendre conscience du fait que je manque surtout d’humilité. J’ai peur d’être indispensable. J’ai peur qu’en mourant je fasse du mal autour du moi, qu’on regrette ce que je n’ai pas eu le temps de donner au monde. J’ai peur que l’adorable regrette sa maman, j’ai peur que François n’avance plus dans sa vie sans moi, j’ai peur de cet inachevé alors que franchement, rien ne m’indique que j’ai quoique ce soit à terminer avant de partir. Dans la vie, on n’est pas obligé de dire au revoir. Quand je pense à l’adorable ou à l’Explorateur, je sais combien ils ne dépendent pas tant de moi que ce que mes peurs me font penser. Au fond : lorsque je me laisse aller à ce sentiment, je suis complètement ridicule. Pour ma part, si je crains la mort, c’est seulement par excès d’égocentrisme.

Se préparer et comprendre
Libérée de la crainte de l’ordre, j’arrive doucement à m’intéresser à la mort pour ce qu’elle est et non plus pour ce qu’elle représente. En fin de compte, tant de choses résistent à la mort et peut-être bien y en a-t-il autant qu’on ne voit pas. L’âme ? L’âme qu’on connait déjà si peu du vivant, on voudrait la voir ressurgir soudain et s’envoler vers l’ailleurs quand la mort survint. On se demande si l’âme survit à la mort sans savoir ce que l’âme est de notre vivant. Je pense que l’âme ne meurt pas comme l’âme ne vit pas. Non l’âme ne survit pas, l’âme est insensible à cet état binaire. L’âme est comme les atomes qui pris de sympathie pour nous décident de nous composer et puis quand l’intérêt disparait, se tournent vers autre chose. Notre vie glisse d’un vide à l’autre, s’entourant d’une illusion de matière, de consistance, pour que notre intellect ne se perde pas dans le vent filant des particules. 

Je vois la vie et la mort des êtres de la même façon que je sais que les nuages vont et viennent dans le ciel. Il y a quelque part une instabilité, une température, une humidité, qui fait apparaitre le nuage à nos yeux en condensant l’eau de l’atmosphère. Lorsque le vent souffle, c’est d’autant pour déplacer cette instabilité que les composants du nuage. On croit que le nuage dans son intégralité se déplace mais en fin de compte, c’est l’instabilité qui bouge, formant au fur et à mesure de sa route la forme du condensa. J’aime voir au dessus des monts les nuages lenticulaires. L’onde du vent le long des reliefs s’entrechoque avec une autre couche de l’atmosphère et forme le nuage. Le vent traverse le nuage, condense lorsqu’il passe au dessus du mont, puis s’échappe en toute transparence en s’éloignant du relief. Le nuage, lui, ne bouge pas, il reste imperturbable au vent. 


J’apprendrais la formation des nuages à l’adorable. Elle y trouvera peut-être elle aussi une réponse à la mort.


Je crois finalement que la mort n’est “que” la frontière entre ce qui aurait pu et ce qui n’est plus. C’est la limite qui sépare le futur absent du futur que le monde connaîtra. A chaque instant, sa mort. Et avec lui le passé sur lequel on ne peut revenir. A chaque instant la naissance d’une future mort.

dimanche, janvier 08, 2017

Voilà c’est fait, la date est passée, je n’ai plus le droit de tagger mes articles « Avant 3 ans ». J’ai toujours eu du mal à bien saisir son âge. Dans ma tête, la loutre a toujours eu entre 3 et 6 mois d’avance sur son âge véritable. Si bien que durant cette dernière année, alors qu’elle tentait de prendre les choses en main, elle a un peu trouvé le temps long. Voilà plus de 9 mois qu’elle restait bloquée entre 2 ans et demi et presque trois ans. A présent, elle s’en donne à coeur joie lorsqu’on lui demande son âge (les adultes manquent souvent d’imagination lorsqu’ils parlent aux enfants, c’est toujours les mêmes questions !) : J’ai trois ans. C’est clair. C’est lumineux. C’est l’enfance qui débute enfin.

Je dis la loutre mais je vous sers là une autre imprécision. Cela fait bien longtemps encore que l’adorable a choisi son animal. Et ce n’est pas du tout une loutre, elle est formelle sur ce point.
« Je suis un koala !
— Mais les koala ne mangent que de l’eucalyptus.
— Je suis une fille en fait, en forme de koala. Donc, je peux manger des pâtes à la sauce tomate ! »
Logique imparable. C’est un koala, rappelons-le-nous.

Trois ans, complètement passionnée par son passé. Elle regarde les yeux brillants, le coeur battant, les photos d’elle lorsqu’elle était bébé. A l’époque nous prenions bien une vingtaine de photos par jour, elle est servie ! Comme si elle voulait retrouver les souvenirs que son cerveau n’a pas noté, elle détaille chaque détail. Ses vêtements, les personnes qui étaient autour d’elle, nos déménagements de l’époque, la façon dont elle tétait, ce qu’elle mangeait, son regard, ses mimiques…

Avec elle, je redécouvre celle qu’elle était. Le temps a fait son oeuvre, j’ai beaucoup oublié. Et en même temps, pas tant que ça. Oui, j’ai bien oublié la couleur de son pyjama, la place de son lit, ou même la conjonctivite qu’elle avait eu à quelques jours. Mais je n’ai rien oublié de son air étonné, de son sourire mutin sur l’épaule de son papa. Ça, je ne l’ai pas oublié parce que rien n’a disparu. Ce que nous voyions en elle il y a trois ans, nous le voyons encore dans ses gestes aujourd’hui. C’est tout son être. Sa personne. Tout s’exprime selon l’environnement c’est certain, mais tout à sa couleur.

C’est une belle couleur

La loutre va à toute vitesse à vélo pour faire voltiger le papillon de son bonnet

Mais à quoi ressemble la vie avec une loutre-fille en forme de koala de tout juste trois ans ?

Premier point marquant : elle cherche à occuper 120 % de son temps en jouant. Quitte à manquer des repas, à ne plus dormir du tout, l’important est de jouer. Autre chose, il faut continuellement parler. Parler, parler, et surtout entendre parler. Il faut connaître le nom de toute les choses, et l’adorable n’hésite pas à gronder sa maman lorsqu’elle ne connait pas le nom d’un caillou… Dès les premières heures du jour et jusqu’à ce que le sommeil l’emporte, nous l’entendons parler quelque part ou nous poser une question. Pourquoi… ? Comment ça s’appelle… ? Qu’est-ce que c’est que… ?

En parallèle, elle ne tolère aucune imprécision. Ne dites pas : « Range ta girafe » si c’est un girafon, ou « je bois mon thé, attends » s’il s’agit d’une tisane. Vous vous ferez reprendre.

Une loutre de trois ans sera capable de vous dérouler un mètre à ruban jusqu’à 1m50 pour vous demander de vous lire tous les nombres inscrits, centimètre après centimètre. Elle pourra aussi vous arrêter au beau milieu d’un parking d’un supermarché pour vous exhorter de lui dire le nom de la grosse lettre qu’elle ne connait pas qui est inscrite là-haut sur le toit, en rouge. Dans ma tête, je me demande si elle apprend.

L’adorable aime aussi énormément les blagues. Elle se marre comme une baleine lorsque vous touchez sa chaussette grise avec vos gants gris. Ou lorsque vous lui dites : « Va dans ton lit tout froid » tandis qu’une bouillotte l’attend au fond du duvet. Ou encore lorsqu’elle mange ses champignons en disant : « hum… c’est bon avec des pommes papa ! ».

Notre grande petite, qui suit les traces de son papa sur les falaises

A trois ans tout pile, ou presque, la loutre-koala a appris à ne pas dire la vérité. Et d’autres félonies. Mais ça surtout. L’adorable se faisait avoir encore quelques jours auparavant.
« Hé Maman ! On n’a pas mis le produit dans mes oreilles avant de me coucher !
— Et tu veux qu’on le mette ?
— Oh non… ! Pas du tout !
— Et bien dans ce cas je te conseille de ne pas en dire davantage… ^^ »
Mais là, il n’est plus question de dire à chaque fois la vérité. Elle progresse très vite, et de façon alarmante, en la matière. Le monde se contorsionne étrangement à son avantage. François et moi, qui ne mentons pas, sommes étonné de voir apparaître ce comportement dans notre “maison”. Mais, bon, puisque cela existe, nous ne sommes pas capable de mentir à notre tour en faisant mine de ne pas le voir. Le mensonge s’est donc invité chez nous. Et avec lui la vérité. C’est étrange cette distinction. Il y a la vérité, les histoires inventées, et le mensonge. Les trois sont bien différents et la loutre-koala a naturellement compris dans quel cadre elle fait évoluer ses dires.

La loutre-koala, c’est aussi des colères parce que vous refusez de faire parler une poupée ou un animal (Je lance ce papier maman, parce que je suis en colère, tu vois ?!). C’est aussi des tristesses parce que c’est déjà la nuit ou que son papa est parti à l’escalade sans elle. C’est aussi de gros câlins, doux et chaud, « parce que je t’aime bien beaucoup beaucoup —beaucoup, maman. » La loutre-koala de trois ans aime s’endormir dans notre lit, serrer une peluche fort contre elle, et prendre soin de son poupon comme si c’était un blanc en neige. Parce qu’une loutre-koala c’est pour beaucoup un bouillonnement de sentiments à ne plus savoir qu’en faire.

jeudi, janvier 05, 2017

Deux semaines avant Noël, je vois passer un tweet parlant des tests MENSA organisés à Toulouse. Je suis surprise : j’avais plusieurs fois tenté de contacter l’association via leur formulaire sur le site sans jamais avoir de réponse. Alors de là à être au courant de séances de tests… ! Ni une, ni deux, je me mets à chercher. Je trouve alors en peu de temps la date d’une séance près de là où nous vagabondions et une adresse e-mail de contact pour MENSA Provence. J’envoie un e-mail et je reçois une réponse dans la soirée : il y a eu un désistement le matin même, ils ont une place pour moi. Je m’inscris.


Qu’est-ce que MENSA ?
MENSA est une association de rencontres et d’échanges destinée au 2% de la population qui ont obtenu le meilleur résultat à un test de QI.

Immédiatement, on peut se poser la question suivante : pourquoi ce tri ? Obtenir un très haut score à un test de QI signifie que l’individu possède une intelligence hors-norme par sa célérité, son originalité, sa lucidité, sa sensibilité, …-ité je n’ai pas la prétention ici d’être exhaustive. Même si, à l’échelle du vivant, il existe peu de différences entre une intelligence humaine normale parmi les intelligences humaines et une autre dite hors-norme, l’oeil entrainé de l’humain la perçoit. Cependant, rien ne dit qu’il est capable de parfaitement la comprendre. Un individu à Haut Potentiel Intellectuel (HPI) vit parfois une double mésentente : celle de son intelligence, celle des autres personnes de son entourage. C’est infime mais cela suffit à tatouer toute une personnalité.

L’objectif de MENSA est de rassembler des personnes qui ont ce point commun : avoir une intelligence à ce point anormale qu’elle les marginalise. Ensemble les mensans apprivoisent leur intelligence, développent une vie sociale satisfaisante et gagnent en confiance et en estime d’eux-même.

De façon générale, MENSA cherche à soutenir et favoriser l’intelligence dans notre société. Pour ce faire, l’association offre un cadre bienveillant à ses membres (en espérant ensuite que ce bien être rayonne sur le reste de la population) et en organisant des événements et en participant à d’autres pour informer le public. Il me semble que cette dernière mission est menée bien maladroitement au sein de MENSA France. Ceci nous montre combien l’association manque de maturité dans notre pays et combien l’intelligence y est un sujet tabou.


Et pourquoi pas moi ?
Dès que j’ai commencé à m’intéresser à l’intelligence[1] et plus précisément à la douance[2], j’ai rapidement effectué un sondage parmi les amis avec lesquels je suis le plus proche. Ce ne fut pas bien long, ils se comptent sur les doigts de la main. J’arrive tous à les classer dans les catégories suivantes. 2 ont obtenu à un test de QI un score bien supérieur à 130. 4 possèdent d’une culture incroyable sur un ou plusieurs sujets peu ordinaires, ils aiment apprendre des choses. 1 fait preuve d’une originalité et d’une vivacité d’esprit que je n’ai revue nul part ailleurs. En présence de ces amis, quelque chose dans mon coeur s’ouvre immédiatement. L’impression de pouvoir être comprise et d’aborder des sujets avec la profondeur dont j’ai besoin. Ce quelque chose s’effrite lorsqu’ils sont loin de moi. Une amie me disait : comme une fleur qui s’ouvre dans la poitrine. Je ne peux que retenir sa comparaison. J’imagine alors un bon gros lotus bien portant qui baigne dans une eau chaude. Même si j’ai beau rencontré ici et là des gens super, il n’y a vraiment je crois que l’intelligence et la finesse qui nourrissent son besoin d’amitié. Sans cela, le lotus ne refleurit pas.

J’ai encore et toujours besoin d’amis. Plus d’amis mais surtout des amis qui me correspondent : pour faire éclore la fleur que j’ai dans la poitrine. Je me suis dit : peut-être suis-je un agrégateur de HPI ou de personnes ayant au moins une intelligence fine, d’ailleurs la psychologue ne m’a-t-elle pas dit « Vous n’avez qu’à vous rapprocher de personnes aussi sensibles que vous. » ? Mais les trouver ?


MENSA pour les amis
C’est bien ainsi que m’a été présenté MENSA : une association de rencontres et d’échanges. Au sein de l’association, les choses sont organisées comme le site On Va Sortir. Les gens organisent des événements et qui veut peut y participer. J’avais lors de mon arrivée dans le Territoire de Belfort tenter de faire des rencontres via le site OVS. Mes quelques tentatives n’ont pas été très bénéfiques. C’était une période où j’avais énormément besoin d’amis, François ne suffisait pas, et je ne sais pas si c’était parce que j’avais mal choisi mes sorties, mais les quelques personnes que j’y ai rencontrées me faisaient plus de mal que de bien. A cette époque, je ne connaissais rien au fait qu’on pouvait trouver chez les humains des disparités dans l’intelligence (je pensais que tout le monde était à égalité mais que chacun choisissait un chemin différent), j’ai cru que c’était de ma faute si j’étais si mal à l’aise parmi eux. Je pensais que je n’étais tout simplement pas faite pour avoir des amis, mon enfance me l’avait longuement montré. Je devais alors me résoudre.


Maintenant, j’ose penser ma personnalité autrement. Ce n’est pas que de ma faute si je ne m’harmonise pas correctement avec les personnes que je rencontre. Nous sommes différents, tous différents, et parfois ou par moment au point différent que ça ne colle pas du tout.

Mais voilà : le lotus bien portant n’allait pas le rester longtemps si je ne continuais pas à agréger encore et encore des personnes capables de le nourrir profondément. Sauf que si je continue sur la piste du haut potentiel intellectuel, ces personnes ne représentent qu’une faible proportion de la population. Une très faible proportion. L’hypothèse me plait bien : ce n’est pas tant que j’ai plus que tout le monde du mal à me faire des amis, c’est que peu d’individus sont capables de pleinement nourrir mes besoins affectifs. Adhérer à MENSA me permettrait peut-être de les rencontrer plus facilement.

Ca se tient, non ?


Le test MENSA
Avec ces histoires de QI, on ne peut que continuellement douter. D’un test à l’autre, les résultats changent. Leur validité est toujours discutée. Dans mon cas, ces débats ne me concernaient pas puisque je ne le passais pas pour me prouver que j’étais HPI, encore moins pour me définir[3] ainsi (quoique… ce genre de validation est toujours bonne à prendre !), mais avant tout pour profiter des HPI déjà adhérents. Si les mensan·e·s estiment à mes résultats que le fonctionnement de mon cerveau ressemble à celui de leurs adhérents, tant mieux pour moi ! Et sinon, tant pis, je tenterai une nouvelle hypothèse pour expliquer et résoudre mes besoins d’amitié et mon sentiment de solitude.

Le principe est simple et clair : il faut réussir le test mieux que 2% de la population globale. Ce 2% est estimé statistiquement. En fait, c’est un concours, me suis-je dit. toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi… ah si, c’est pas mal, allez viens avec nous ! Même si d’après le test que j’ai passé auprès de la psychologue je gravite autour de 130, rien n’est validé d’avance pour moi. J’ai tenté ma chance.

Lors du test, à côté de moi un homme, qui avait pourtant déjà eu à de nombreuses reprises son QI évalué bien au delà de 130, était très angoissé durant le test. Je vous parle de lui pour vous montrer que rien n’est gagné d’avance. Nous lui avons demandé pourquoi il avait ainsi désiré tenter le test MENSA (au risque de ne pas avoir un résultat à la même hauteur que les précédents !), sa réponse fut à mon sens édifiante : « Tous les tests se ressemblent, je les connais par coeur, je vois les psychologues venir de loin. Je n’arrive pas à croire aux nombres qu’on m’annonce, je ne l’accepte pas. Là, je ne sais pas à quoi m’attendre et j’attends de MENSA qu’elle m’aide à m’accepter tel que je suis. »

Les personnes qui réussissent ce test sont-elles nécessairement HPI ? Je ne sais pas. En fait, je ne sais pas s’il existe un seul test établi spécifiquement pour repérer les hauts potentiels (peut-être le 916 ?). Les psychologues font ce qu’ils peuvent pour poser leur diagnostic. A ce que j’ai vu et expérimenté, je me dis que les personnes qui réussissent ce test MENSA ont au moins une vivacité d’esprit non négligeable.

Actuellement, le test se compose en trois parties : 1/verbale 2/arithmétique 3/logique spatiale (ce sont de petites histoires racontées avec des formes géométriques). Il semblerait qu’il va prochainement changer mais le principe restera le même. C’est un peu toujours la même chose d’un test à l’autre de toutes façons (excusez mon air désabusé). La rapidité compte pour beaucoup, il faut se créer une stratégie et se faire confiance. Cette forme de test m’allait très bien. Je n’ai pas de problème de lecture ni de retranscription, je suis à l’aise à l’écrit. Lorsqu’on me teste à l’oral, j’ai plus de mal à me concentrer (je n’y arrive généralement pas), je me demande sans cesse ce que l’autre comprend de moi. Je suis certaine d’être moins performante à l’oral qu’à l’écrit.

Au niveau de l’ambiance, c’est bonne humeur et décontraction. Les organisateurs se sont appliqués à nous rappeler que notre identité ne se jouait pas sur cette table. L’intelligence est un concept vague, et puis même : une non admissibilité à l’issue du test ne signifiait absolument pas que notre intelligence ne valait pas grand chose. Ce n’est pas la valeur d’une personne qui est testée, mais seulement son aptitude à réussir l’épreuve donnée.


Comment j’ai vécu le test
Plutôt rassurée par la forme du test, j’ai abordé les épreuves de façon très sereine. Minutes après minutes, j’ai réussi à me concentrer. Quel bonheur est-ce pour moi de me concentrer ainsi ! Quelques études scientifiques aborde le thème du bonheur selon cet angle : le bonheur se nourrit d’un état où l’esprit ne se préoccupe pas de sa performance mais de sa propension à être dans ce qu’il fait. C’est exactement ce que j’ai vécu. C’est ce que je vivais lorsque je participais aux contrôles ou aux concours de mathématiques lorsque j’étais en classe préparatoire. C’est ce que j’expérimente lorsque je me mets dans l’écriture d’un roman et que ça roule. Je ne me demande pas si ce que je fais va être vu comme bien, mon cerveau travaille tout simplement à sa façon : en roue libre et léger ; avec très probablement un shoot de sérotonine comme il va bien. Depuis que j’ai quitté l’école, je n’ai plus que très rarement l’occasion d’être aussi concentrée. Le test MENSA m’a donc fait du bien.

A la suite du test, nous avons eu l’occasion de discuter avec les organisateurs et les autres candidats. Et vous savez quoi ? Le lotus, dans son bain, barbotait joyeusement.


Vraiment, j’espère avoir réussi ce petit concours.

____________

mercredi, décembre 21, 2016

Cela faisait longtemps moi aussi que je n’avais pas été invitée à un Liebster Award… La faute aux autres blog’heureuses (merci à æ de changer mes habitudes de formulations mentales ! J’en arrive à des choses étranges…), ou à moi qui délaisse ce petit monde, faute d’ennuis ou de connexion fiable, je ne sais pas. C’est un jeu qui tourne entre les différents rédacteurs de blog à la manière des chaînes e-mails « Fais un voeux et partage avec 11 personnes que tu aimes. S’ils répondent, ton voeux se réalisera… » Je ferme les yeux très forts et je souhaite d’avoir 1000 nouveaux lecteurs trop sympas qui aiment tout ce que j’écris, qui commandent mon livre et qui lâchent des com’ qui me soufflent à chaque fois…!

Tableau de Yvette Julie
Le jeu consiste à dire 11 choses sur soi, à répondre à 11 questions et à poser 11 questions à 11 blogueurs. Même si cette répétition du 11 me dérange quelque peu (pourquoi 11, dites-moi ??!!!), j’adore les questionnaires et les quizz, alors sans hésiter je me suis invitée à celui d’Euphrosyne. J’ai bien aimé sa façon d’y répondre. Mettre des liens avec les réponses m’a paru une idée pertinente. Je vais copier le principe !

11 choses à partager
•1• Je vis dans un camion, plus vieux que moi, qui s’appelle Otto •1•
•2• J’ai une petite loutre qui ne sera pas scolarisée •2•
•3• Je me suis beaucoup intéressée à la douance •3•
•4• J’étais une lectrice stéréotypée compulsive •4•
•5• J’ai autopublié mon premier roman •5•
•6• Je ne supporte pas la violence éducative •6•
•7• J’adore le travail de Maria Montessori •7•
•8• Je suis l’amoureuse d’un Explorateur Grimpeur •8•
•9• En terme d’éducation, je fais des expériences sympas •9•
•10• J’ai un chien génial qui me pousse à réfléchir •10•
•11• Professionnellement, je m’essaie à plusieurs choses •11•

Mes 11 réponses
•1• Comment as-tu choisi ta plateforme de blog ? •1•
Je n’ai pas vraiment choisi ma plateforme (blogger). J’ai commencé à blogger lorsque j’étais ado et alors skyblog était encore très populaire. Je trouvais cela bien moche et en même temps blogger faisait sa promotion sur son moteur de recherche. C’était gratuit et en voyant la qualité de la mise en page proposée, je n’ai pas hésité. Depuis, j’ai essayé d’autres propositions gratuites en catimini, mais je suis toujours revenue à blogger car cette plateforme permet l’accès libre au code html et css et c’est parfait pour moi ! Je sais que wordpress n’est pas mal du tout, mais le côté options payantes m’a toujours frustrée.
•2• Tu as déjà rencontré un.e ami.e blogueur\se « en vrai » ? •2•
Oui !! Tout récemment ! Je crois que je peux dire qui c’était : Dame Ambre. C’était très bien ! Pas de mauvaises surprises, ni pour moi ni pour elle (Enfin, je crois. Je lui laisse ici la possibilité de confirmer ou infirmer…) Je l’ai vue à la fois comme quelqu’un de nouveau et une personne que je connaissais déjà assez bien. C’est une expérience intéressante et je suis prête à la recommencer. Je sais où tu habites Euphrosyne et tu m’as invitée à un apéro imaginaire alors… mouhaha ! Savais-tu que ta ville est sur notre chemin ? Héhé :-P

•3• Comment auraient pu s’appeler tes enfants ? •3•
Alors là, je ne peux pas répondre. C’est trop-trop top secret. Lorsque la petite loutre était dans mon ventre, nous avions décidé de ne pas connaître le sexe. Nous avions alors choisi entre un prénom masculin et un autre féminin. Je ne parlerai pas du prénom masculin, François veut le garder sous le coude (Même si de mon côté je suis persuadée qu’il ne conviendra pas à notre futur enfant… je n’étais d’ailleurs pas sûre de mon coup pour la loutre et j’ai laissé tomber l’affaire, mais puisqu’elle est née fille, je n’ai pas de problème avec ça !). J’ai eu beaucoup de mal à me décider sur les prénoms et celui de la loutre m’a sauté aux yeux lorsque je l’ai vu écrit en violet sur une pub de faire-part.

•4• Quelle est ta recette préférée ? •4•
En terme de nourriture, mes préférences changent tout le temps. Je n’arrive pas à me fixer. Dernièrement j’adorais les Ramen toutes faites, puis le risoto au poireau et au fromage de chèvre. Maintenant j’adore les pois chiches cuisinés avec la recette de la grand-mère d’une amie : avec de l’huile d’olive, du citron et des graines de cumin !

•5• Qu’est-ce que tu as demandé pour Noël ? •5•
La paix. Cela fait des années que je la réclame, ma lettre n’est peut-être pas encore arrivée en laponie parce que j’attends toujours…

•6• Qu’est-ce que tu feras « mieux » en 2017 ? •6•
Je n’ai pas encore bien réfléchi à la question. J’espère que je parlerais mieux à ma petite loutre, je progresse en communication non-violente. Je fais attention aussi à ma prononciation pour lui montrer le bon exemple. J’espère faire de même avec mes rencontres et l’Explorateur. Un peu plus de sport ? Plus de méditation ? Choisir de consommer de façon encore plus écologique (zéro déchet, biologique, …) ?

•7• Quel est ton style littéraire favori ? •7•
Je ne veux plus trop entendre parler de livres… Enfin, ce n’est pas vraiment littéraire, actuellement je me tourne vers des articles scientifiques. J’adore de plus le blog lejournal.cnrs.fr et les rayons histoire et société des médiathèques.

•8• Comment protèges-tu notre planète ? •8•
Je réfléchis avant d’acheter et de consommer. J’utilise l’énergie solaire en plus de notre groupe électrogène au diesel d’Otto. Je consomme peu d’eau, je réduis considérablement mes déchets. J’enseigne l’écologie à ma fille. Je me tourne vers les candidats à la présidence qui pensent à l’écologie. (Qu’ils sont rares ! J’en reviens pas…)

•9• De quelle couleur sont tes chaussettes (ou tes collants) ? •9•
Tu veux savoir la couleur actuelle de mes chaussettes ou si j’ai une couleur préférentielle parmi mes chaussettes ? (Je ne porte pas de collants.) Aujourd’hui mes chaussettes sont rose saumon, mais dans mon placard elles sont de toutes sortes. Vertes, bleues, blanches aussi, grises, rose, noires…

•10• Quel est ton pire défaut ? •10•
Peut-être celui de croire que je n’ai pas de défauts au fond, mais seulement quelques mauvaises habitudes dans ma façon de penser.

•11• Qu’est-ce que tu vas faire juste après avoir terminé ton billet ? •11•
Je vais jouer à un jeu de carte avec l’Explorateur et la loutre ! Elle me réclame depuis bien un quart d’heure !!

Mes 11 questions
•1• Que cherches-tu dans les blogs et le blogging en général ? •1•
•2• Trouves-tu vraiment ce que tu y es venu·e chercher ? •2•
•3• A quoi ressemblerait la ville idéale ? •3•
•4• Serais-tu prêt·e à m’inviter chez toi pour que je puisse y prendre une douche ? •4•
•5• Comment te comportes-tu avec les personnes que tu croises sur ton chemin ? •5•
•6• De quelle façon vis-tu la violence ? (celle des humains contre leurs congénères et des humains contre l’environnement au point de mettre à mal leur propre survie) •6•
•7• Quel est le rapport entre le bien et le mal ? •7•
•8• Si tu pouvais appliquer un mot sur ta personne, lequel choisirais-tu ? •8•
•9• Comment vois-tu la liberté ? •9•
•10• Quelles activités physiques/manuelles pratiques-tu ou aimerais-tu pratiquer ? •10•
•11• La répétition du nombre 11 te dérange-t-elle ? •11•

Mes 11 nominés
Pour les nominations, je suis un peu coincée. Mes blogs chéris n’ont pas beaucoup changé depuis mon dernier Liebster Award et Euphrosyne m’ayant elle-même tagguée, je ne peux pas l’inviter encore ça ne le ferait pas. J’ai donc décidé de tenter d’inviter des blogs qui me sont inconnus*. J’ai pour cela utiliser Hellocoton pour les dénicher et je les contacterai à la suite de la publication de cet article sinon ils ne verront jamais qu’ils sont dans cette liste… ^^ J’espère qu’ils répondront à cette nomination avec plaisir et je nous souhaite à tous de belles découvertes !

*Il y a une exception dans la liste !

Les nominés sont donc…
Happy Swallow
Lula Wolves
Caro Crea
Le rire des anges
Vivre Vert
Neuves mois
Cookies Mum
Radis Rose
Eyes of Yum

mardi, décembre 20, 2016

L’année dernière, je vous parlais de l’histoire du Père Noël, du comment nous allions présenter la chose à la petite loutre. Résultat des courses, cette année, nous avons une enfant qui ne croit pas au Père Noël. Je ne suis pas certaine qu’elle en connaisse bien l’histoire (le traineau, les rênes, tout ça…) mais sachez qu’elle reconnait sans problème le personnage. C’est le monsieur qui donne les chocolats, point. Et lorsque quelqu’un commence à lui demander si elle a été bien sage pour avoir des cadeaux, elle le regarde avec l’air de dire « Qu’est-ce qu’il me veut celui-là ? C’est un déséquilibré maman ? ». Je n’ose pas expliquer, aux gens que nous croisons, que l’adorable ne connait sûrement pas le sens du mot « sage » (d’ailleurs, je commence moi-même à en douter). De plus, le lien entre le bonhomme rouge avec des chocolats dans les manches, et les surprises qu’on prépare tous en cachette avec des airs coquins, n’est pas bien établi dans sa tête.

Je ne crois pas qu’elle passe à côté de la magie du moment pour autant. Elle a les yeux qui brillent en regardant les décorations de Noël dans les vitrines et dans les rues. Elle me dit très sérieusement : « Moi aussi je veux te faire un cadeau pour Noël, maman. Tu vas être trop contente ! ». Elle prépare toute seule un paquet cadeau pour sa poupée en lui expliquant qu’elle devra attendre Noël pour savoir ce que c’est, parce que c’est une surprise. Elle vend la mèche du cadeau de son papa et pleure dans mes bras parce que c’est trop dur de ne pas dire. Le matin elle se réveille en nous disant, nous parents encore endormis, qu’attendre Noël comme ça, c’est bien trop long et qu’il vaudrait mieux faire Noël aujourd’hui pour lui faire plaisir. En attendant, elle a recopié sur une carte baguette magique en espérant que ça fasse venir son petit cadeau…

Préparer des surprises pour Noël dans un camion ce n’est vraiment pas chose évidente. Surtout quand vous avez un compagnon fortiche au point de deviner ce qui se cache dans un carton rien qu’en le prenant dans ses mains, et une adorable bien capable d’apprendre à lire pour déchiffrer dans mes e-mails ce que nous lui avons choisi. Deux vrais filous, je fais ce que je peux. Le choix n’est pas évident non plus. Je regarde les petites merveilles que font les marques telles que Djeco et Janod et je vois bien que rien ne tient dans les placards de notre camion. J’aurais aussi aimé lui rajouter quelques Playmobiles ou des jeux éducatifs de premiers choix mais il est évident que nous devons penser autrement. Nous devons faire avec une panoplie de jeux incomplète, par là je veux dire qui ne balaie pas tous les jeux intéressants pour notre petite loutre. Nous avons une sélection absolument sur-mesure. Pour le reste, nous comblerons avec nos rencontres fortuites. Nos visites dans les ludothèques des villes lui permettrons de gouter à ce que notre camion ne contient pas.

Je ne vais pas vous révéler aujourd’hui ce que nous avons choisi pour l’adorable, rapport à son possible apprentissage spontané de la lecture par pure félonie et au fait que notre choix est hyper-spécifique à la loutre. Je vais davantage vous parler du catalogue de jeux. Celui avec lequel je me serais peut-être inspirée dans une autre vie. Celui qui est à mille lieux de notre culture de parents. Celui qui m’a fait hurler de rire un soir tandis que l’Explorateur cherchait à fermer les yeux. Le catalogue de jeux que nous étions aller chercher dans un magasin spécialisé pour tenter de dénouer les désirs de l’adorable. Je ne me doutais pas du monde qui nous séparait, le catalogue de jeu et notre petite famille.

Pour les petits, c’est textures et couleurs toutes mélangées, ça chante et ça s’illumine à tout va. Pour la loutre, je pensais plus calme, repères et harmonie. Je me demande bien quelle idée du monde nous transmettons aux petits avec des jeux aussi excités. Côté jeux d’imitation c’est ménage, coiffure et maquillage. Une femme blonde, semblerait-il connue parce que le catalogue n’a pas indiqué qui elle était dans ses pages, déclare que ce genre de jeux pourrait révéler quelques vocations… Ouhouh, super ! Quelle belle panoplie de métiers ! Agent d’entretien, cuisinier, esthéticien ou vétérinaire ? Nos enfants n’ont-ils rien d’autre à voir de nos vies d’adultes ?

Ma fille me disait il n’y a pas si longtemps qu’il fallait des jeux pour les enfants et les bébés. Je lui ai alors demandé de quoi avaient besoin les adultes. Elle a réfléchi à peine deux secondes avant de me répondre : « Internet ! », puis s’est sentie obligée de rajouter : « et à manger ». Bon, bon, bon, si vos enfants ont envie de jouer à faire le ménage ou la cuisine, pourquoi pas, je n’ai pas à critiquer : l’adorable pense qu’être adulte revient à utiliser internet en permanence… ! Que nos vies sont futiles

Après, il y a les jouets moches. Les yeux leur bouffent le visage, ça se voit à des lieux que c’est bidon, que le truc ne va jamais fonctionner plus d’une fois… Après les jeux hyper sophistiqué des nourrissons pour plaire aux parents, arrivent les jeux marketing qui donnent des étoiles dans les yeux des enfants jusqu’à ce qu’ils ouvrent le paquet et qu’ils se rendent compte que bah… à la télé, il y avait quand même pas mal de trucages. Je vois toutes ces pages de jeux moches et j’imagine les tas de jeux qui s’entassent dans certaines maisons. Noyant l’espace des parents. Noyant les enfants sous des « Range ta chambre bon sang ! ». Noyant la planète sous les déchets. Je me demande ce que cela peut bien nous apporter mis à part de la tristesse et des frustrations en tout genre.

Pour chercher notre catalogue, nous avons longuement trainé dans les rayons du magasin, la loutre et moi. L’adorable ne semblait pas particulièrement s’y intéresser jusqu’à ce qu’elle s’arrête devant la boite d’un jeu sur lequel je ne me serais jamais-jamais penchée.
« Qu’est-ce que c’est ?, me demande-t-elle.
— Un jeu avec des chiens et une balle.
— Je veux ce jeu. »
Je n’ai pas relevé et je l’ai invitée à me suivre dans les autres rayons. Elle m’a suivi sans rouspéter. En sortant du magasin, elle m’a rappelé son désir : « Maman, je veux le jeu avec les chiens et la balle. » Mon coeur faisait des bonds. Ce jeu, ce jeu, jamais je ne l’achèterais. Etais-je mauvaise avec l’adorable ? Un soir, quelques jours plus tard, elle m’a reparlé du jeu en question : « Maman, en surprise, je veux le jeu avec les chiens et les balles… ». Ce soir là, j’ai eu une idée.
« Mais ma loutre, on a déjà deux petits chiens dans le camion ! Le dalmatien et le husky.
— Oui mais… Pas en jeu comme je veux.
— Et aussi, tu as une balle !
— Oui mais…
— Attends ! »
Je sortis les jeux en question, j’alignai deux bouteilles d’eau sur le sol. « On va faire le jeu que tu veux ce soir ma loutre ! ». Je lui expliquai alors quelques règles sommaires de foot à suivre avec les chiens. Nous avions chacune notre petit canidé et nous projetions la balle avec leurs pattes. L’adorable était aux anges.

Cet épisode m’a bien appris qu’il ne fallait pas bafouer l’imaginaire et les fantasmes des enfants et au contraire que ça valait bien le coup de s’y intéresser. Le jeu qui l’avait marquée dans le magasin n’était à mon avis pas intéressant du tout, mais ce qu’en pensait ma loutre valait la peine d’être compris. Elle ne m’a depuis plus jamais reparlé du jeu des chiens avec la balle, mais s’intéresse depuis aux règles du foot et du basket.

Le catalogue continue avec les robots. Dans ces pages, c’est assez simple : soit les robots ne font pas grand chose (genre il avance —Wahooo ! Incroyable !— ou bouge les bras), soit ils coutent une blinde. Si c’est vraiment de ça que les enfants ont envie à Noël, ça ne m’étonne pas que les parents fassent la grimace dans les magasins comme je les ai vus faire ces deux dernières semaines. Ils sont pas heureux, les parents, de passer un quart de leur salaire dans des boites de jeux qui finiront, faute de piles neuves, perdus sous le lit. Ah… la vie est dure.

Je vais terminer ma lecture du catalogue de jouets par une page des jeux extérieurs sur laquelle est présentée (accrochez-vous) la trottinette cinq en un. Comment faire une poussette archi-inconfortable (pour les bambins, ça ne convient pas aux vraiment petits) qui se transforme en trottinette tricycle. Tout ça pour bien apprendre l’équilibre à son gosse. Celui qui a conçu ça n’a peut-être jamais vu d’enfant faire de la trottinette. Y’a pas besoin de trois roues pour tenir en équilibre ! A deux ans à peine, les enfants y arrivent comme des chefs ! Voilà, maintenant ils vont devoir se taper leur poussette de bébé jusqu’à l’entrée en primaire. Mais… heureusement… la trottinette est dotée d’un blocage de direction. Ouf ! Comme ça, si l’enfant devient trop énervant (parce qu’il ne supporte plus tous ses jeux d’illuminés pour nourrisson et le fait qu’il soit le seul de la bande à avoir des petites roues), paf ! Il suffit de lui bloquer la direction et de le laisser aller dans un virage juste à côté d’une falaise et…en moins de deux : problème ré-so-lu ! Ah ah ! Malin.

Vous savez quoi ? En regardant ce catalogue de Noël je comprendrais presque la panique de ma maman qui courrait après nos listes au Père Noël. Avec ce genre de modèle, Noël devient angoissant. Noël devient cher, débile, aliénant. Faire plaisir à son enfant devient itech, complexe (certains jeux sont si compliqués qu’on ne comprend même pas à quoi ils servent !), à double tranchant (et si j’ai pas choisi la Reine des Neiges qu’elle voulaiiiit ???).

Finalement, aucun des jeux que nous avons choisis pour la loutre ne figure dans ce catalogue et me tenir éloignée de ce Noël-là me soulage bien.

Je vous souhaite à tous une fête selon
vos plus profondes aspirations,
qui vous nourrie, vous libère,
vous réchauffe le coeur comme il se doit.
 Joyeux Noël !

samedi, décembre 10, 2016

Les réflexions que je vais énoncer ici sont directement liées à mes questionnements à propos de la douance, mais il me semble qu’il est possible de les étendre à d’autres diagnostics, d’autres différences, ou d’autres particularités plus ou moins personnelles.

Lorsque quelqu’un est pris par des questionnements existentiels, il peut se voir manger une bonne partie de son énergie à la résolution de ses questions. Pour ma part, j’ai lu avec assiduité une quantité phénoménale de documents sur le haut potentiel intellectuel. C’était même devenu mon sujet d’étude favoris pendant des mois. Je ne vous raconte même pas les nuits entières à y réfléchir, à tourner le problème dans tous les sens, à le presser jusqu’à en sortir tantôt des choses intéressantes, tantôt des pensées sans queue ni tête. Et à y revenir encore et encore… J’ai bien cru que je ne m’en sortirai jamais !

Je joue le jeu de l’équilibre précaire et de l’exactitude
La question du diagnostic
J’ai lu plusieurs fois que l’on ne peut pas parler de diagnostic en parlant de la douance sous prétexte qu’il ne s’agit pas d’une maladie. L’argument m’a plu un moment mais je ne le trouve plus recevable. Il est vrai que le mot diagnostic appartient aux champs lexicaux de la maladie ou du trouble mais il ne faut pas oublier que, dans le fond, un diagnostic est l’étude de signes et de critères permettant de catégoriser un phénomène. C’est bien ce qui est fait lorsqu’un psychologue rencontre une personne présentant des signes de douance ou qui se demande si elle ne pourrait pas être à haut potentiel. Le psychologue compare cet individu avec des comportements et des attitudes types des personnes douées, il propose à la personne un test statistique, et établit à l’issue de cette étude un diagnostic.

Il ne faut pas oublier qu’un diagnostic dépend des connaissances individuelles du spécialiste et même de l’avancée de la recherche sur la question qui vous intéresse. J’avais été voir un médecin il n’y a pas si longtemps car j’avais très mal à la gorge et une boule gonflait par moment sous ma mâchoire. C’était un dimanche et j’avais peur d’avoir un cancer de la thyroïde, je me suis alors rendue aux urgences, la peur au ventre. Là-bas, les infirmières m’ont diagnostiqué une amygdalite, puis m’ont dirigée vers le médecin de garde. Le médecin de garde m’a, quand à elle, diagnostiqué une simple infection par un virus et m’a conseillé de prendre de l’ibuprofène. Pas convaincue pour un sou, le lendemain j’ai pris rendez-vous chez un autre médecin qui s’est rendu compte que la boule en question dans ma gorge était une glande salivaire bouchée. L’erreur du premier médecin était qu’elle n’avait pas tenu compte d’un indice : j’avais très mal en mangeant, il me semblait que le problème avait commencé sous ma langue. Certains spécialistes écarteront des signes que d’autres prendront au sérieux, faisant ainsi évoluer le diagnostic. Il peut alors être intéressant de chercher l’avis d’autres spécialistes lorsque des doutes demeurent.

Le diagnostic est quelque chose de bien utile. Il s’agit d’un mot ayant la volonté de résumer l’ensemble des caractéristiques d’un phénomène ainsi que les manières à notre disposition pour le prendre en charge. Lorsque mon médecin me disait très sérieusement : « Vous avez une pharyngite. », je savais que je devais comprendre que j’étais probablement attaquée par un virus. J’aurais alors droit à quelque chose pour soulager les symptômes. Mon corps fera l’affaire de ce virus d’ici quelques jours. Le diagnostic ne dit effectivement pas toujours qu’il y a quelque chose à faire, le diagnostic n’exprime pas nécessairement l’idée de correction, de guérison. Le diagnostic indique la marche à suivre et permet de se positionner sur l’état actuel du problème étudié.

J’ai beau énormément aimer les mots, je n’ai absolument aucune naïveté sur leur capacité à nous donner de fausse idée de maîtrise. Le diagnostic, c’est super et à la fois fortement trompeur. Voyez l’exemple du mot pharyngite, vous croyez entendre le nom d’un microbe alors qu’en fait ça signifie seulement inflammation du pharynx. C’est la même chose pour les rhino ou autre mot en ite : ça veut dire affection. Je me suis laissé berner pendant de longues années avec ce jargon, maintenant que j’ai compris, j’arrive à poser la plupart de mes diagnostics toute seule !

Le problème, c’est que pour des sujets aussi sérieux que la douance, c’est exactement la même chose. Le mot a l’air très précis, très sûr de lui, la notion de haut potentiel est même calculée avec des stat hyper développées, permettant de révéler des fonctionnements aujourd’hui observés par IRM, il n’empêche que… ça reste flou. On ne sait pas, personne ne sait, ce qu’est une personne douée. La douance a été définie à partir d’études statistiques et de cas psychologiques, études que j’appellerai macroscopiques. Celles-ci ont débouché sur des observations au niveau de la matière blanche et de l’organisation des connections au sein du cerveau très particulières, études que j’appellerais microscopiques. Le problème étant que le lien entre les faits microscopiques et les observations macroscopiques n’est pas parfaitement établi. C’est simple comme la météo : c’est chaotique un cerveau ou (soyons fou, parlons-en !) un individu tout entier. Un anticyclone sur la France, ça fait grosso-modo du beau temps, mais tous les anticyclones ne se ressemblent pas.

Gardons bien à l’esprit ceci : quand un psychologue vous dit « Vous êtes HPI », ou n’importe quel autre diagnostic, on pourrait croire qu’on en sait un peu plus sur vous, mais en fait on ne sait toujours pas qui vous êtes. Ce n’est pas forcément du temps perdu. Cela permet d’avoir à l’esprit certains schéma et certains conditionnements a plus forte probabilité d’être et de survenir, vous pourrez vous dire : « J’ai 90 % de chances d’être dans ce faisceau de vies là… », mais le diagnostic jamais ne dira sur quelle ligne de vie vous vous promenez réellement.

La résolution
Mais alors comment fait-on ? Diagnostic auto-proclamé, diagnostic cliniquement évalué, ou pas de diagnostic du tout, il faut bien avancer dans sa vie ! Ne vous inquiétez pas, j’en viens au vif du sujet. Il me semble que le problème se pose au départ assez simplement : bactérie ou virus ? Généralement, dans le second cas, vous n’aurez pas besoin d’aide extérieure. Le corps développe des anticorps efficaces — la résilience ? — qui feront leur effet dans un temps plus ou moins long. Dans le premier cas, on fait plutôt appel à des antibiotiques, entre autres. Je ne suis pas médecin, hein, je résume simplement ce que j’ai compris de la situation. Déjà, à ce niveau de questionnement, il est fortement possible de faire erreur. Parfois on croit pouvoir régler les choses seuls alors que pas du tout, d’autres fois on croit avoir besoin d’aide alors qu’il aurait mieux valu se faire confiance. Mais je crois bien que c’est un parti à prendre et à assumer pleinement. Quitte à changer d’avis en cours de route, j’approuve totalement le principe.

Je m’entraîne au développement photo
Pour ma part, qu’elles que soient les circonstances, j’applique le principe de l’immédiate amélioration. J’essaie un truc, si cela fonctionne dès la première application, c’est une bonne piste. Si ce n’est pas le cas, je creuse un peu plus la question afin de mettre au point un meilleur remède. Si je dois reproduire un traitement de façon chronique, je ne me considère pas comme soignée. Je cherche un remède plus profond. Quand un médecin me dit : « Ca peut mettre 15 jours avant de faire effet… », je sais à ce moment là qu’il n’a pas le remède idéal mais qu’il fait ce qu’il peut et j’apprécie ses efforts.

Quand je suis allée voir un psychologue, j’avais seulement en tête l’idée du diagnostic. Je me suis assise face à lui, j’ai répondu à ses questions, et j’ai attendu le verdict. J’ai été déçue, mais il me semble que ce n’était pas vraiment la faute du professionnel qui m’a reçue. En fait, j’avais très mal défini mes besoins. Il me semblait que c’était cela qu’il me fallait, avoir un diagnostic, alors qu’il m’était en fin de compte quasiment inutile.

Douée ou pas, il faut que je m’occupe de :
  • ma susceptibilité embarrassante ;
  • la façon dont je me mets furieusement en colère ;
  • la confiance que je prête à ma sensibilité et à la synesthésie ;
  • le besoin de reconnaissance de mon intelligence ;
  • mes sentiments de solitude et d’ennui.
Vous avez bien lu : j’ai écris douée ou pas. La question n’est finalement pas de savoir si l’on parle d’hyper ou hypo sensibilité ou intelligence, il faut surtout et sérieusement que je me charge de ces différents points. Même si je n’étais pas HPI, j’aurais dû m’en occuper. Même si j’étais HPI, cela ne m’aurait pas dispensée d’apprivoiser tout ça.

Dans ce cas, le diagnostic ne perd pas tout son sens : il n’est pas important dans l’élaboration de ma personnalité mais me permet d’être alerte sur certains points envisageables. Par exemple, je sais qu’une boule sous la gorge peut être un ganglion, mais que juste à côté logent des glandes salivaires. Quand quelque chose gonfle sous ma mâchoire, je ne m’écris plus forcément VIRUS!, je suis alerte à d’autres signes.

Ce que je dis est très simple : s’informer a toujours du bon.

Le psychologue a sorti le mot hypersensibilité dès notre premier rendez-vous. J’étais allée le voir pour un diagnostic et pourtant j’ai été choquée d’en entendre un si rapidement. Je me posais la question suivante : il s’appuie sur ce que je lui dis pour me qualifier, il n’a aucun autre moyen de vérifier ma vision des faits alors comment peut-il émettre la moindre hypothèse ? De plus, j’avais un fort sentiment de malaise face à ce mot. J’étais comme revenue dans la salle des urgences avec une infirmière qui me lance amygdalite à la figure : mais qu’est-ce que ça signifie exactement ? Lorsque le psychologue m’a dit, en guise de remède « Vous n’avez qu’à vous rapprocher de personnes aussi sensibles que vous. », je me suis sentie bien mal.

J’ai cru que le diagnostic m’aiderait. J’y ai cru très fort.

A présent, et non pas grâce au diagnostic, mais davantage grâce à ce que mes nouvelles connaissances en psychologie m’ont apporté, j’ai réussi à mieux définir mes besoins et à élaborer une stratégie pour avancer. Le diagnostic m’a longtemps détournée de ce chemin car j’ai cru avoir besoin de ce jugement pour avoir le droit de réfléchir à mes différentes questions. J’ai cru avoir besoin de mon rang à un test de QI pour parler isolement, intelligence, et sensibilité avec mon entourage. J’ai cru avoir besoin de ce mot pour demander à recevoir de l’empathie. A présent, à vous tous qui êtes peut-être en questionnement sur votre personne, je vous conseille largement de ne pas vous focalisez sur le diagnostic. La question n’est pas d’avoir le droit ou non de mettre des mots sur ce que vous vivez, mais de trouver les mots justes qui vous permettent d’être compris de vous-même et par ceux qui comptent.

Apprendre à parler de soi est un travail intense. Le diagnostic n’en est certainement pas le point de départ.

lundi, décembre 05, 2016

S’il y a bien une chose que j’ai apprise avec ma fille c’est que rien n’est trop grand ni trop beau pour un enfant. Avant de connaître la loutre, j’avais en tête les jeux en plastique très simples, très simplifiés, parfaitement adaptés aux jeunes bébés. Il était hors de question de leur laisser une assiette, un verre, et un couteau ne m’en parlez pas quelle horreur ! Je n’avais jamais été en contact avec de jeunes enfants, c’était une idée que je n’avais jamais concrétisée, mais elle était bien ancrée dans ma tête, je peux vous l’affirmer.

Je ne vais pas vous raconter encore une fois l’histoire… mais en fait c’est peut-être nécessaire n’est-ce pas ? Alors la voici : Un jour ma fille est née et, avec elle, un regard étonné prêt à tout avaler. Je n’ai pas vu au bout de ses bras des mains maladroites mais des gestes qui se voulaient aussi précis et harmonieux que possible. J’ai vu chez ma fille un être exceptionnel qu’aucun mot ne me permet de décrire. Et j’ai vu une image, dans un film : un jeune garçon de moins d’un an tenant dans sa main un couteau parfaitement aiguisé et l’approchant de sa joue. C’était une image effrayante (mais il va se couper la joue ou s’arracher un œil !) et à la fois passionnante (voyez un peu avec quelle application l’enfant tient ce couteau !), elle a radicalement changé la façon dont je percevais les jeunes enfants. Et plus tard, les enfants plus grands, voire les adolescents.

Attention, je ne dis pas ici que les couteaux ne sont pas dangereux pour les enfants, je dis simplement qu’il pourrait peut-être bien exister une autre façon non dangereuse de les faire cohabiter avec les bébés. Autrement qu’en les cachant à leur vue.

Suivant l’inspiration de cette image de film, j’ai lu énormément. Je me suis trouvé quelques mentors. En tête : Maria Montessori et Célestin Freinet (qui m’a aidé à réfléchir aux enfants plus grands). J’ai observé ma fille comme une folle, validant un à un les intuitions de mes mentors, et ma vie de maman est devenue d’une simplicité que je souhaite à tous les parents.

Oh comme elles sont belles !
Évidemment, j’ai essayé chez moi, dans mon bel appartement, quelques activités dites Montessori piochées là et là sur les blogs. C’était presque à chaque fois un fiasco. Je ne comprenais pas bien pourquoi mais depuis j’ai effectué un beau petit stage dans une école et bien réfléchi et je suis en mesure d’expliquer mes erreurs.

1• Ne pas tenir compte
de la progression
La progression est quelque chose que l’on discute peu dans les blogs qui proposent des activités dites Montessori et c’est pourtant fondamental. Mais qu’est-ce que c’est donc ? Et bien il s’agit de mener l’enfant pas à pas vers les différentes activités. Un exemple simple : trier des billes de couleurs. Lorsqu’on présente cela à un enfant de 3 ans, il y a de fortes chances qu’il ait déjà dans sa vie eu l’occasion de manipuler des billes, de voir des récipients de couleurs, une cuillère ou une pince. Vous avez ainsi toutes les chances de ne pas rencontrer de problème. Mais lorsque l’activité est présentée à un enfant plus jeune (ma fille avait moins de deux ans lorsque j’ai eu l’idée d’essayer), c’est beaucoup moins sûr. Alors que faisait ma fille ? Triait-elle ? Mais pas du tout ! Elle connaissait déjà les couleurs de l’arc-en-ciel et je la sentais parfaitement capable de manipuler une cuillère ou une pince mais… elle n’avait pas suffisamment eu l’opportunité de le faire. Ainsi, la loutre jouait avec la pince, les billes, et moi je pestais derrière elle parce que (autre règle, messieurs mesdames) il ne faut surtout jamais détourner le matériel !!! Alors je reprenais ma fille et lui disais sans arrêt : « Non, ne fais pas ça, il faut mettre le jaune dans le jaune, tu vois ? » et petit à petit, l’adorable perdait tout intérêt pour ma jolie activité.

2• Connaître sur le bout des ongles l’activité
Les enfants retiennent le moindre détail. Lorsqu’on regarde l’adorable faire, c’est flagrant. Vous présentez une activité à votre enfant. Vous mettez les pièces d’un côté, vous commencez et puis… vous vous rendez compte qu’il ne voit pas bien. Alors vous changez les éléments de place et vous continuez. Erreur. Grave erreur. Lorsque je fais comme ça avec ma petite loutre, je suis certaine qu’elle imitera toutes mes manies, se mélangeant allègrement les pinceaux et toutes ces broutilles l’empêcheront de saisir la construction sous-jacente à l’activité.

J’ai un exemple précis. Nous avons créé avec François une similiboîte des fuseaux avec des pots de yaourt et des cure-dents. François qui ne connaissait pas bien l’activité a commencé à mettre les cure-dents dans le fond d’un couvercle et puis il s’est rendu compte que ce n’était pas pratique alors il les a pris dans la main. Lorsque ce fut au tour de l’adorable de suivre cette activité, elle a insisté pour mettre les cure-dents dans le couvercle, faire autrement la troublait énormément. Au milieu de son travail elle a entrepris de prendre tous les cure-dents restant dans son poing. Sa main ayant la taille d’un jeune enfant, c’était très difficile pour elle et ça a mis en l’air tout le reste de l’activité. François faisait son possible pour la raisonner, mais rien à faire : puisqu’il lui avait montré comme ça, pourquoi elle n’avait-elle pas le droit de faire de même ?

Au départ, je ne pensais pas que de tels éléments pouvaient troubler un enfant et puis… je me suis rappelé certaines choses. Dans l’exemple cité, le but est d’apprendre les symboles et les nombres de 1 à 9 à une petite loutre qui ne sait pas encore parfaitement compter. Cela demande une énorme concentration. Dans ce cas il est totalement admissible que la plus petite broutille la détourne de son chemin. Il faut être attentif à tous nos gestes et nos mots pour ne pas induire l’enfant en erreur.

Connaissant tout cela, nous avons petit à petit augmenté la difficulté des activités que nous proposions à la loutre. Son intelligence grandissante aidant, nous faisons à présent des choses vraiment très intéressantes. Vivre dans le camion implique toutefois quelques ajustements. Nous disposons de peu d’espace, impossible de laisser à portée de main de l’adorable l’ensemble des activités et la progression inhérente. Je procède alors ainsi. Je prépare une activité complète, puis je présente à l’adorable les éléments un à un, autorisant (ô sacrilège mais combien salvateur) le détournement !

Pour notre pseudo-boîte à fuseaux, nous avons précédé ainsi. Les petits pots l’ont intéressée en premier. Nous avons donc construit des tours et des pyramides à gogo avec les pots jusqu’à ce qu’elle les connaisse très bien. Nous avons fait de même avec les étiquettes des chiffres, et l’adorable a passé plusieurs jours avec un lot de cure-dents. Une fois que j’étais certaine que tous les éléments lui étaient très familiers, nous avons commencé à travailler le comptage des cure-dents. Mis à part quelques erreurs que nous nous sommes appliqués à corriger au fur et à mesure (par exemple, au départ je pensais le faire avec de petits cailloux mais très vite je me suis rendu compte qu’un caillou roulait loin dès qu’il était échappé…) l’activité fonctionne du toner !

J’en arrive donc à vous parler de notre mobile. Décembre arrivant, Noël s’invitant généreusement dans les magasins, nous avons décidé de créer une jolie décoration de Noël avec l’adorable. Des amis à qui nous avons rendu visite avaient une cafetière Nespresso et je trouvais les capsules vraiment magnifiques. De plus, cela faisait bien longtemps que je rêvais de créer un mobile. Voilà comment nous en sommes arrivés à inventer notre projet.

Pour faire participer la loutre, il fallait tenir compte de différents points.

1• L’exercice est complexe
De nombreuses étapes étaient nécessaires pour la création du mobile. La loutre a participé au nettoyage des capsules (étape 1), puis au passage des fils dans ces dernières (étape 3). J’ai gardé la création de l’équilibre pour moi (étape 4) et François a préparé la branche de bois (étape 2). Par conséquent, il fallait que les étapes 1 et 3 destinées à la petite loutre soient adaptées à son adresse et sa capacité de concentration. Pour moi il aurait été dommage que les étapes soient mal préparées et qu’elle n’arrive pas à participer correctement aux activités à cause de cette erreur. Ainsi, j’ai fait le point sur les étapes qu’elle connaissait déjà bien — comme de gratouiller le fond d’un pot — et celles pour lesquelles elle aurait besoin de plus de temps et d’attention. Pour ces dernières, j’étais préparée à rester patiente. Coûte que coûte ;-)

Ma grande fierté ! Je ne la savais pas capable de passer le fil aussi bien !
2• Créer et entretenir l’intérêt
Susciter de l’intérêt chez le jeune enfant est vraiment chose aisée. J’ai l’impression qu’il suffit qu’il voie un adulte s’y intéresser pour qu’il ait envie de le faire. Je l’ai très bien vu lorsque nous nous sommes arrêtés à une ludothèque. Je m’étais installée à la table de la pâte à modeler. Je faisais tranquillement mes petits bonshommes et petit à petit la moitié des enfants du lieu d’accueil se sont installés avec moi ! Au point que les parents me prenaient pour une animatrice. Mais je ne faisais pas grand-chose. Les enfants prenaient une chaise, l’installaient à la table, choisissaient une couleur et faisaient. Ma fille, à côté de moi, continuait son travail comme si de rien n’était et je l’imitais.

Pour garder cet intérêt, c’est un poil plus compliqué mais rien de bien savant. Premièrement, je pense qu’il vaut mieux présenter les choses entièrement à l’enfant de façon à ce que l’enfant voie le résultat final. J’évite notamment de « travailler à la chaîne », je sais que l’adorable a horreur de cette façon de travailler. Et moi aussi. Pour les petits pots, j’ai nettoyé totalement une première fois une capsule avant d’accompagner la loutre dans les différents gestes à effectuer. J’ai généralement une loutre qui trépigne d’envie de s’y mettre avant que j’ai terminé, mais si je la laisse prendre en route l’activité sans lui avoir montré le résultat final, en général, ça ne fonctionne pas des masses. Elle se heurte à un problème et n’a plus envie de continuer. Et moi, je suis déçue. La loutre aussi. Nous sommes déçues toutes les deux, ce n’est pas constructif.

Et puis pour entretenir l’intérêt… Hem hem. C’est plus compliqué. Il faut que la difficulté de la tâche soit bien dosée en fonction des capacités de l’enfant. Ni trop compliquée, ni trop simple. Pour compliquer une activité on peut préciser les gestes et les compétences à posséder, on peut aussi augmenter le nombre d’étapes, ou allonger la durée de la tâche (faire beaucoup de capsules, par exemple). Pour simplifier une activité, on peut scinder les étapes de façon à ce que l’activité soit moins longue, ne pas être trop exigeant (j’ai permis à la loutre de laisser un peu de café au fond des pots si cela lui convenait ainsi) ou lui donner des outils qu’il connaît bien.

Si tout cela semble de ne pas suffire : ajoutez une étape avec de l’eau. Ça marche à tous les coups :-P

3• De toute manière,
c’était une activité trop cool
La création du mobile était vraiment une idée géniale et la loutre a su participer comme une chef ! Ceci dit, tous les points étaient réunis. Nous avons utilisé de l’eau à l’étape 1, une vraie aiguille à l’étape 3 (c’est dangereux et petit, donc génial, une aiguille !), c’était compliqué, long, intense et Maman était enjouée à l’idée d’obtenir le mobile.

Je ne vous décrirai pas l’étape de nettoyage, ce n’était vraiment pas compliqué, mais je vais détailler l’étape 3. Je vais noter avec des + ou des — l’intérêt ressenti par l’adorable pour que vous vous rendiez compte.

• dérouler le fils ++
• couper le fils avec des ciseaux + (elle commence à avoir l’habitude)
• passer le fils dans le chas de l’aiguille +++
• mettre les deux brins de fil au même niveau ++
• passer le fil avec l’aiguille dans un trou de la capsule, par l’extérieur +++
• ne pas trop tirer le fil — (elle aurait préféré le tirer entièrement…)
• passer de nouveau le fils, mais par l’intérieur ++
• demander à maman de faire un nœud (neutre)
• couper le fils près de l’aiguille sans couper les doigts de maman +++

La loutre ne pipait pas un mot, concentrée au possible sur les différentes étapes pour ne pas se tromper dans l’ordre de la procédure, et pour ne pas se piquer le doigt ou se couper avec les ciseaux. Au bout de onze capsules, je l’ai entendue soupirer et me dire : « Oh… Je suis trop fatiguée maman… » Elle s’est donc arrêtée, me laissant les dernières capsules à faire. Pendant ce temps, elle s’appliquait à les ordonner le long d’un fil avec des pinces à linge, comme je le faisais pendant qu’elle préparait les capsules précédentes. Au final, elle était très contente de ce qu’elle avait réussi et était partante pour d’autres activités compliquées que j’ai dues inventé sur le tas. Le très très gros cahier de Balthazar aide bien dans ce genre de situation.

L’intérêt de l’adulte
J’ai du mal à concevoir une activité qui ne m’intéresse pas, même si c’est pour l’adorable. Je ne sais pas si c’est parce que je trouve de l’intérêt à tout, ou si c’est parce que je ne lui présente que ce qui m’intéresse, mais je fais de façon évidente les choses pour ma construction personnelle. Il se trouve que parfois, l’adorable en profite. Je ne suis pas accro aux enfants, ne me voyez pas de cette façon, vous aurez tout faux.

L’étape 4, la recherche de l’équilibre, a été très stimulante pour moi. Je ne m’étais pas préparée à une telle difficulté. J’ai commencé mon travail très naïvement. Je tenais la branche entre mes genoux et je passais les capsules une à une suivant mon inspiration. Ça n’allait vraiment pas. Alors j’ai accroché la branche dans les airs. J’ai passé les capsules précautionneusement, réfléchissant à l’équilibre que je voulais obtenir, touchant la branche doucement afin de la comprendre. En ce sens, je pense qu’il s’agit d’une activité Montessori parfaite pour les adultes afin de travailler la sensation de l’équilibre. C’est un travail en trois dimensions. Je me suis de plus amusée à changer le poids des suspensions en ajoutant des perles de bois plus ou moins grosses. Ma branche avait quatre ramifications. Je voulais que l’équilibre soit obtenu avec ces trois ramifications disposées de façon presque horizontale. Il fallait dans ce cas que je règle l’assiette de ma branche, et c’était le plus difficile.

Pas facile de prendre une photo dans le camion
À moi aussi le travail m’a demandé beaucoup de concentration et de précision. Dès que je trouvais un équilibre provisoire qui me convenait, je fixais toutes les capsules que j’avais réussi à disposer. L’expérience m’a montré qu’oublier cette étape était fatal en cas de problème. Dès que ma branche penchait dans une direction, les capsules glissaient dans cette même direction, accélérant de façon alarmante la chute du mobile… Je m’y suis prise plusieurs fois avant de réussir.


Le résultat final me plaît énormément ! C’est encore plus joli et magique que ce que j’avais imaginé !
Fourni par Blogger.

Contactez-nous !

Nom

E-mail *

Message *