Céline Dehors et François l’Explorateur — Aspirants, chercheurs en liberté, expérimentateurs d’idées loufoques. — Et accessoirement auteur de « Ce que le Souffle m’a donné »

dimanche, février 12, 2017

La panne mécanique… C’était inévitable, Otto a plus de 30 ans, tous les corps s’usent. Nous faisions notre possible pour nous préparer. Ceux qui suivent notre newsletter le savent déjà : notre camion avait une petite fuite de gasoil. Le truc qui te fait exploser ta consommation aux cent, pas possible de le manquer. Un petit point de joint thermique, histoire de limiter les dégâts, et une commande de la pièce certainement pas la moins couteuse du moteur, non non, ça serait trop simple : la pompe à injection. Maintenant, le moteur d’Otto est rutilant comme l’intérieur d’un iPhone, en moins miniaturisé bien sûr.

Depuis que la pompe est changé, Otto fait un peu n’importe quoi. Il cale aux stops quand on ne tire pas la manette de démarrage à froid. Il se bloque à un régime pas du tout approprié à d’autres moments. Il fume comme un malade de beaux nuages au goût de gasoil. Charmant. C’est le temps qu’il s’habitue à sa nouvelle prothèse. J’espère. Je garde espoir.

A cela s’est ajouté une panne électrique qui touche l’électrovanne (sans elle, tu ne démarres pas) qui m’a rappelé le soucis que j’avais eu avec l’avertisseur sonore. J’avais passé pas loin de deux jours à chercher l’origine de la panne du klaxon et j’avais finalement fait un bi-pass électrique en ajoutant un petit bouton tout neuf sur le tableau de bord. C’est ce que nous avons mis en place avec l’électrovanne. « C’est provisoire, donc. », nous a dit le patron du garage. « Oui oui », avons-nous répondu en riant. De toute manière, c’est notre camion, on fait bien ce qu’on veut. Et ça nous fait bien marrer, ce nouveau petit bouton on/off pour démarrer Otto. On se croirait dans un avion.

[Pas de photo car ce n’était ni très joli ni très agréable. Heureusement que les amis étaient là.]

Si tous ces soucis ne suffisaient pas, voilà que l’alternateur refait parler de lui. Faut dire qu’il y a un foutu charbon qui refuse de frotter correctement. On l’a poncé tout beau tout lisse maintenant ça marche — ça marche pas, mais ça marche plus que ça ne marche pas, la batterie doit charger quand même. Faut dire que niveau consommation d’électricité Otto roule au minimum (on n’a pas de climatisation) : normalement on est plutôt tranquilles.

Au delà de ça, nous voici à la périphérie d’une zone anthropisée-un-truc-de-fou : le littoral entre Marseille et Nice. C’est la croix et la bannière pour ne pas prendre les autoroutes. Partout de la route, de la route, des parkings et de la route. Les algues épaisses font chplok chplok le long de la plage quand les vagues butent dedans. Je me suis plusieurs fois demandée ce qu’on faisait là. Ah oui ! Des amis habitent et passent leurs vacances ici ! C’est pour ça… Les amis, c’est la vie n’est-ce pas ?
Voilà où nous habitons aujourd’hui ! C’est chic, n’est-il pas ?
Vite vite nous fuyons dans les terres entre deux passages urbains. C’est le printemps ici, je l’oublierais presque. Cela fait deux semaines que les oiseaux ont changé leurs registres. Ca sonne le printemps partout. Ca renifle le printemps. Ca touche le printemps. Des petites pluies fraiches baignent l’herbe de vert et la terre s’hospitalise un peu. J’adore les matins de printemps.

Là où nous sommes enfin, tout est magnifique. La terre est brune, mais rouge tellement les arbres et le lichens autour resplendissent. Nous nous promenons dans cette vallée et je n’arrive pas à me rappeler ce que ce paysage m’inspire. Un autre continent ? Une autre planète ? François qui perdait son sans froid devant nos pannes à répétition et un nouveau « sens interdit ou va sur l’A50 » soupire de soulagement. Et je suis surprise par les idées qui me viennent en tête.
Ma tête quand je suis surprise par une idée étrange
La sédentarisation de l’humain est une erreur, une aberration. L’humain est devenu dépendant de denrées qui n’existent que parce qu’il est sédentaire. Ces denrées lui ont certes permis de s’étendre et de se démultiplier mais il y a de couteuses contreparties : un travail nécessaire, permanent et exorbitant avec en sus une dépendance qu’il ne soupçonne pas. Sans aller bien loin, regardons simplement comment sont organisées les villes. Le loyer y est cher, il faut travailler pour le payer, il faut se déplacer pour aller travailler. Vu que beaucoup de gens vivent dans la même ville, le travail s’est éloigné des habitations. Il faut un moyen de transport pour se rendre au travail. Il faut alors de grosses infrastructures pour supporter ces moyens de transport. Sont alors indus la pollution sonore, la pollution de l’air, la pollution de l’eau, la pollution des sols, les maladies (grippe, gastro, ou tout ce qu’on appelle communément la crève), le manque de temps, l’avidité, la violence…

La liste est longue.

C’est flagrant lorsqu’on est nomade et que l’on s’approche de la vie sédentaire pour le tourisme ou les amis. Ce qui semble aux habitants ordinaires au lieu absolument naturel et logique, apparait à nos yeux « Du Grand n’Importe Quoi ». Il faut connaître la ville pour s’y sentir bien. Il faut y vivre tous les jours. Oublier le bruit inharmonieux qui y demeure même la nuit, oublier qu’il faut attendre cinq minutes que le feu passe au vert pour traverser un passage piéton (même s’il pleut des cordes), oublier la lumière qui ne s’éteint jamais, oublier la chaleur, oublier l’aridité, oublier les pisses de chien et les papiers macdonald qui s’y promènent avec nous. Il ne faut plus voir que personne nous dit bonjour, qu’il faut y être propres comme une savonnette, qu’il faut porter des vêtements bien braillés, qu’on ne peut pas débarquer comme ça. Le problème n’est pas que les gens sont mauvais ou mal élevés, mais plutôt qu’en VRAI cette vie n’est pas faite pour l’humain.

Cette vie ne correspond pas à son intelligence. Elle n’est pas faite pour son cerveau. Ce n’est pas le travail dont l’humain a besoin, ce n’est pas la routine. On confond travail avec création, routine avec sécurité. L’humain n’est pas fait pour être sédentaire. C’est tout. Il l’est devenu par erreur. Il s’est tordu pour l’être. Ca lui a donné plein de petits et il ne sait pas s’en défaire. Voilà la vérité.

Et moi, dès qu’on se rapproche d’une ville (dans le mot ville, vous l’aurez compris j’espère, j’y incarne le paroxysme de la sédentarité) je m’y sens terriblement mal. J’oublie plus que je n’existe. Je bataille avec ma nature propre et je me dis une chose abominable : il faut que je redevienne sédentaire, pour survivre. Vous avez bien entendu : il faut que je devienne sédentaire non pas pour être heureuse ni confortable, seulement pour survivre. Parce que j’ai ancré l’idée en moi qu’il n’y a qu’en étant sédentaire qu’on survit. Alors que ça fait bien plus de six mois que je vis tous les jour tous les coeurs de mon corps. En fait, je n’y crois toujours pas.


Nous profitons allègrement du système. Nous ne sommes pas sédentaires et pourtant nous profitons sans retenue du travail de ceux qui le sont. C’est une place de choix que je n’échangerais pour rien au monde. Alors à vous qui vous démenez pour survivre dans ce système de fou : mais continuez donc ! Moi je me gave de tout et vous n’avez même pas le droit de m’en vouloir. Hé hé ! C’est là que tout est absolument merveilleux : vous avez une douche chaude chez vous et un club de fitness à deux rues. Et moi je n’ai pas ça. Vous avez une grande maison avec un chauffage, de la place pour plein d’enfants. Et moi je n’ai pas ça. Vous êtes favorisés. Au fond, vous ne m’enviez pas et c’est sûrement plutôt l’inverse. La vie est bien faite, dans ce qu’elle a d’incohérent.
Photo prise et recadrée par la loutre. C’est qu’elle devient douée cette petite !

vendredi, février 10, 2017

C’est une tare que je promène depuis que je suis toute petite : je ne sais pas bien me faire des amis et j’ai du mal à trouver ma place dans les groupes. C’est fou, vous ne trouvez pas, comme on peut être dur avec les faiblesses ? Je pouvais bien faire tout ce que je pouvais, apprendre à écrire avant les enfants, connaître le programme de physique en entrant au collège, estimer de tête des distances en 4D, gagner des concours littéraires, faire des randonnées de plusieurs jours… Et bien tout ce qu’on retenait de moi c’était ça : j’étais mal à l’aise avec les autres. Dès la maternelle, l’enseignante avait convoqué mes parents pour leur parler de ce soucis. Résultat des courses, j’ai été inscrite à des cours de danse pendant dix ans. Et je ne me suis jamais fait d’amies par ce biais, je m’y sentais même très seule.

Ma petite tare rendait complètement fou mon papa. Lui, voyez bien, avait toujours été charismatique, amical, apprécié, au point de ne plus pouvoir se rendre sur le marché sans serrer trois fois plus de mains que le maire lui-même… ! Il n’avait pas hésité à me tendre une embuscade, le fourbe, avec des filles de mon âge ! Mais rien à faire. Je n’en démordais pas : je ne m’entendais quasiment jamais avec les jeunes de mon âge. Quand ça collait entre moi et les autres, c’était un pur miracle.
 Fishingfun par Willem Haenraets
Maintenant que je suis grande, je n’ai pas beaucoup avancé en la matière. Les autres, dans le cas général, me mettent mal à l’aise. Les autres, dans le cas général, je ne les aime pas trop. Non pas parce que j’ai quelque chose à leur reprocher, ils ont tous des qualités qui je pourrais apprécier, mais il n’y a pas cette petite étincelle qui fait que je suis heureuse de partager un moment avec eux. Ca se passe comme ça : 1/ je m’ennuie 2/ je me contracte 3/ j’ai envie de fuir 4/ je souffre.

Si on m’avait laissé tranquille, je crois qu’il n’y aurait jamais eu de problème. Quand je me sens mal à l’aise avec quelqu’un, je le quitte et puis c’est tout. Il n’y a pas de quoi en faire tout un plat. Et même si ça me le fait avec quasiment tout le monde, ce n’est pas grave pour autant. Je me dis que ça doit bien être réciproque de toute manière. Le soucis c’est qu’on m’a très vite rentré dans la tête que ce n’était pas normal, que je devais me forcer à être avec les autres. A chaque fois que je me trouvais seule, j’avais l’ombre d’un adulte au dessus de ma tête qui me disait : « Céline, ça ne va pas, tu devrais faire un effort et te faire des amis. » Alors, longtemps je me suis forcée et longtemps j’ai serré des dents.

Maintenant que je suis grande et que je me défais doucement de l’influence des adultes qui l’ont été avant moi, je me suis autorisée à prendre le problème autrement. Et si je n’avais pas de soucis finalement ? Et si… (je deviens audacieuse) …ce n’était pas une tare ? Alors plutôt que de me forcer à aller vers l’autre, je me suis observée. J’ai essayé de comprendre à partir de quel moment l’autre me rebutait, à partir de quand il m’attirait, pourquoi, quelles étaient mes stratégies pour aborder les autres, qu’est-ce qui m’effrayait dans la relation, etc. Cette démarche, je la conseille à tous ceux qui ont des problèmes qui les suivent depuis longtemps. Cessez donc quelques jours de vous jugez (d’ailleurs, les valeurs avec lesquelles vous appliquez ce jugement vous appartiennent-elles vraiment ?) et observez-vous comme vous observeriez les nuages passer dans le ciel. Et vous verrez…

Je n’avais pas vu M. depuis dix ans et nous nous étions succinctement rencontrées lors d’un voyage organisé pour les lauréats d’un concours. Avec son compagnon, ils avaient une super idée de projet (je vous en parle dans quelques jours !) et avaient besoin de notre participation pour le mener à bien. J’étais tellement heureuse qu’ils nous demandent de participer que j’ai tournée nerveusement en rond pendant une semaine avant qu’ils n’arrivent. Si j’avais eu une maison, ils auraient eu droit à une longue table dressée, décorée de fleurs et de paillettes, avec des petits plats préparés durant toute une journée. Et des cadeaux. Et d’autres cadeaux encore… Mais je n’avais pas tout ça à leur offrir donc, j’ai tourné en rond.

Ils sont arrivés à l’approche de midi. Sur la route cahoteuse, leur voiture avançait lentement. Je tenais Jedi à mon pied pour qu’il ne s’approche pas trop de la voiture. C’était eux, mais je n’en étais pas très sûre. Je ne voyais pas leur visage à travers le pare brise, le ciel se reflétait dessus. Et M. a agité ses doigts près de la vitre. Maintenant j’en suis bien consciente mais j’ai encore du mal à le croire : il me faut moins d’une minute pour savoir si je vais être à l’aise avec quelqu’un ou non. Dans la main de M., tout, tout indiquait que nous pouvions être amies. La fréquence des allers-retours, l’écartement de ses doigts, la manière dont elle l’a présentée derrière le pare brise… J’ai souri, je me suis retenue de sauter partout et je me suis approchée de le voiture pour les saluer.

Je ne me suis pas rendue compte seule de cette rapidité de jugement, François m’a aidée à mettre le doigt dessus. Cet été nous nous étions arrêtés sur un parking un peu à l’écart de la plage. Un autre camping car s’est stoppé à côté de nous et un homme a sorti la tête de la vitre pour nous demander si nous savions où était l’eau potable. Je répondis de façon évasive, je savais où était l’eau mais je ne voulais pas aider cet homme. François à côté de moi essayait de rattraper le coup en étant le plus gentil possible avec les membres du groupe. Je n’en croyais pas mes oreilles ! « Mais pourquoi as-tu été aussi sympathique avec eux, lui ai-je reproché lorsqu’ils furent partis, tu n’as pas vu qu’ils étaient désagréables et irrespectueux ??!! » Lui de son côté n’en revenait pas de me voir aussi peu aimable. « Mais toi, m’a-t-il répondu, tu n’as pas attendu qu’ils soient désagréables pour l’être avec eux ! » Je leur avait seulement dit neuf mots : « Il y a de l’eau au bout du chemin… » puis je m’étais cachée au fond du camion, très mal dans ma peau.

Sauf que… imaginez que dans un sens ou dans un autre, vous rencontrez quelqu’un qui semble vous cerner d’office. Vous n’avez rien fait, rien dit, et vous vous retrouvez avec, au choix, soit la meilleure amie du monde un peu pot de colle (moi) soit quelqu’un qui n’a aucun intérêt pour vous et qui vous évite (moi). C’est caricatural ; c’est grosso modo ce qui se passe. C’est une relation instantanée, il n’y a pas de passif pris en considération.

Me rendre compte de ce fait m’a libérée de beaucoup de choses. Déjà, j’apprends à être plus patiente avec ceux que je rencontre. S’ils ne montrent pas autant d’entrain que moi à aller vers l’amitié, ce n’est pas forcément qu’ils ne m’aiment pas. Ca peut aussi, et tout simplement, vouloir dire qu’ils ont besoin de plus de temps. Dans l’autre sens, quand je suis face à quelqu’un que je n’apprécie d’office pas, je ne culpabilise plus et je ne me dis plus que je suis obligée, envers et contre tout, de tisser des liens avec cette personne. C’est comme lorsqu’on oblige les jeunes enfants à faire des bisous sur les joues des personnes qui ne leur inspirent pas confiance. Je ne suis pas obligée d’appliquer le principe de présomption d’attitude amicale. Si quelqu’un ne m’inspire pas, c’est que j’ai vu ou senti chez lui quelque chose qui ne me plait pas, et je n’ai aucune explication ou justification à donner. De ce fait, je ne leur reproche plus en pensées d’être ce qu’ils sont.

Rien que ça, ça fait beaucoup. Et rien qu’avec ça, je commence à espérer. Je crois que je deviens à ma façon normale. Du moins, je deviens à mes yeux normale. J’ose m’exprimer plus franchement et m’ouvrir davantage vers les personnes que j’apprécie. Et je connais de magnifiques moments avec les uns, et même les autres !

J’expérimente le sentiment de reliance. L’isolement est terrible lorsque vous voyez que vous n’arrivez pas à vous accorder avec les personnes qui vous entourent et que vous pensez que c’est dû à quelque chose qui cloche chez vous. A présent, lorsque je suis face à quelqu’un, quels que soient mes sentiments à son égard, je sais où je suis. J’accepte les impressions qui me viennent en tête et je ne cherche pas à me mentir pour correspondre à ce que je pense que l’on attend de moi. (Ce que d’ailleurs je ne suis jamais parvenue à faire, je suis un bien mauvais caméléon.)
Moi dans toute ma splendeur : je regarde, et j’attends.
Je commence à assumer. Surtout quand c’est peint de cette façon :-)
Je deviens ce qu’on pourrait peut-être appeler « moi-même ». Moi-même est une personne très sûre d’elle. Plutôt que de chercher à corriger une assurance illégitime, moi-même s’applique à s’intéresser aux personnes qui lui font face. Moi-même accepte de se laisser séduire en quinze secondes, même si ce n’est pas normal. Même si on peut s’attendre à tout de tout le monde, moi-même sait que c’est faux : moi-même a raison, moi-même l’a senti dans sa chair et ses os. La personne qui lui fait face mérite d’être traitée avec toute la sincérité du monde. Cette même sincérité dont l’autre personne a fait preuve sans s’en apercevoir, quinze secondes auparavant, dans toute sa chair et tous ses os, pour dire à moi-même tout ce qu’elle pourra attendre de leur relation.

jeudi, février 02, 2017

[Cet article a été écrit parce que aujourd’hui, dans la vraie vie, c’est toujours aussi mal réussi qu’incroyable à vivre.]

La loutre nous exhortait de nous lever parce qu’elle avait faim et parce qu’elle avait le nez qui coule. Deux urgences en une, les parents ne pouvaient pas rester au lit une minute de plus.

Nous avons mangé des galettes de riz à la confiture d’une vieille dame que nous avions ramenée chez elle. Nous avions failli ne pas la prendre avec nous alors qu’elle marchait péniblement contre le vent glacial.
J’ai dit : « J’aurais pu m’assoir à côté. » François a dit : « J’aurais pu faire demi-tour. » Et puis : « Je fais demi-tour. Cours la prévenir. »
La dame était contente. Elle avait une entorse.

Je corrigeais le manuscrit de mon roman. J’avançais bien. J’aimais ce qui a été écrit.
François relut derrière moi et corrigea entre autres intention par attention, emmener par amener.
Après le repas, François voulait m’emmener à la falaise. Il n’y avait pas de grimpeurs à l’horizon mais nous emportions quand même chaussons, baudrier et crash pad.
Jedi portait la moitié du matériel. C’est un chien courageux.

Le parcours pour rejoindre la falaise était fou. La pente était raide. Le chemin n’existait que parce qu’on y croyait.
En bas, le Gard ou le Gardon, ou les deux je n’ai pas compris, creusait la roche en se repliant sur lui-même comme un serpent affamé.
Je me demandais souvent quel était le sens de toute cette marche.

La loutre ne voulait plus avancer. Mais ne voulait pas être portée non plus. Elle se reposa encore un instant. La route était interminable derrière elle. Je n’y tenais plus et partis devant avec Jedi.

Soudain je sus quel était le sens.
Sous un toit de roche gigantesque, l’eau goutait des résurgences et clapotait en harmonie. Le ciel perçait à travers deux trous incongrus. Un raccourci pour ceux qui n’ont pas peur de descendre en rappel.
En fait, c’était le seul endroit du département où il pleuvait.

La lumière du soleil s’étalait là, devant moi. Je m’assis pour travailler.
L’adorable joua dans le hamac tout l’après-midi. L’explorateur se cassa un ongle. L’après-midi prit fin. Le soleil tombait.

Nous avons mangé un mélange aux champignons et aux poivrons, avec une sauce inspirée de la cuisine japonaise. C’était fameux.

L’adorable ne voulait pas dormir. Je lui ai lu un livre. Puis elle me l’a “lu” en retour, presque mot pour mot.

L’Explorateur s’est levé à 5h30 du matin parce qu’il ne pouvait plus fermer l’oeil. La loutre a dit « bonjour papa » et « s’il te plait » avant d’exposer ses exigences à ses parents.
Je faisais mine de dormir profondément jusqu’à ce que le petit déjeuner soit préparé.

Notre tablette était à cours de batterie et ne voulait plus se mettre en charge. Soit le problème venait de la fiche, soit du cordon.

A la pompe à essence, les chiffres sur les cadrans euros et litres faisaient la course. L’euro gagnait à plate couture.

Dans le magasin où nous avons fait nos courses, le poisson est labellisé, les galettes sont bio, et le parking est recouvert de panneau solaire pour charger les automobiles.
Mais les légumes sont tous emballés et Otto tourne au diesel.

Ganesh, sur le tableau de bord, s’est cassé la figure. François qui conduisait a serré ses fesses. 

Nous sommes allés acheter des bonnets de bain et une paire de lunettes de plongée pour la loutre, même si elle refuse depuis sa naissance de mettre la plus petite partie de son visage sous l’eau.
L’adorable nous demandait toutes les deux minutes « on va à la piscine quand ? » et criait au fond du camion parce que bientôt, « ça devient trop longtemps… ».

Nous nous sommes garés devant la piscine, mais il fallait encore manger. La loutre avait déjà avalé la moitié de la mie de notre pain posé sur le dessus du sac de courses. Elle n’avait plus faim.

A la piscine, les bonnets de bain n’était pas obligatoires.
La loutre est entrée dans une cabine, a verrouillé la porte derrière elle et en est ressortie (vivante) le maillot de bain enfilé et ses vêtements pliés sous le bras.
Elle a passé la moitié de la séance de piscine sous l’eau pour regarder les bulles remonter à la surface. L’adorable restait près de dix secondes en apnée. J’étais époustouflée. La magie des lunettes.
François me dit : « Ah si j’étais riche, j’arrêterais de travailler, je m’achèterais un jacuzzi et j’y resterais tout l’après-midi… » J’ai ri. C’était une bonne blague.

Nous avons acheté un nouveau cordon. C’était bien le cordon, nous avons pu rallumer la tablette. Ganesh est resté à sa place jusqu’à la fin de la journée.

Nous avons traversé les Alpilles dans la nuit tombante. Le château des Baux était éclairé, nous nous sommes garé dans ce paysage. La loutre était déçue parce qu’elle n’avait pas compris que notre visite vers le château attendrait demain matin.

Nous avons mangé des pâtes à la sauce tomate.
Je balisais parce que « j’ai un métier — mais non ça ne suffit pas — mais c’est un métier quand même — mais non il faut aussi avoir de l’argent — ah mais non pas pour tout de suite ça peut attendre — ça attend toujours avec moi… »

François m’a dit que je valais mieux que ça. Et puis il s’est ravisé. Il m’a dit qu’il était fier de moi et que mon dernier manuscrit déchirait sa race.
J’étais de son avis pour le manuscrit. J’ai souri.

La loutre s’est couché en disant que demain, elle n’oublierait pas, on visitera le château. Et on mangera l’ananas parce que ce soir on l’a encore oublié.

samedi, janvier 28, 2017

C’était il n’y a pas très longtemps. Je lisais un livre à l’adorable quand elle s’est trémoussée sur mes genoux. J’ai alors stoppé ma lecture et j’ai attendu qu’elle m’explique ce qui n’allait pas. Avec son petit doigt, elle est allée chercher des petites lettres sur la page. Je vois qu’elle se concentre. « O », commence-t-elle à lire avant de comprendre : « Oh ! Ca fait “oh oh” ! » Elle sautille sur moi de plaisir puis ajoute : « Tu vois maman, j’arrive bien à lire maintenant. Parce que j’ai trois ans. » Je rigole doucement. J’étais assez fière d’elle, oui, mais je sais bien qu’entre lire « oh » et déchiffrer tout un texte, la route va être longue


Ses premières lettres
La petite loutre a toujours beaucoup aimé les lettres. Au point qu’au Noël de ses deux ans, j’ai acheté pour elle un jeu de lettres magnétiques à coller sur le frigo. Lorsqu’elle jouait avec, je me rendais compte qu’elle en connaissait quelques unes déjà. Je ne me souviens plus de toutes, mais je suis certaine qu’il y avait le B (elle la lisait Bébé) et le M (elle lisait Maman). Elle s’amusait beaucoup à leur trouver des formes du quotidien. Le J était un parapluie, le B une paire de lunettes, le T un marteau…

Elle ne reconnaissait pas son prénom. J’ai essayé quelques fois de lui apprendre, mais ça ne l’intéressait pas. En fait, ce qu’elle voulait, c’était écrire.

Ecrire tout de suite
Un jour en me promenant dans une grande surface, je suis tombée sur des cahiers d’écriture effaçables. Je me souvenais que j’en avais un chez mes grands parents pour apprendre à écrire les chiffres et j’en étais absolument fan. Ils étaient de plus à l’effigie d’un personnage que la loutre apprécie, alors je n’ai pas hésité. Le succès a été immédiat ! Armée de son feutre effaçable, la loutre passait de longues minutes à repasser les lettres et les chiffres proposés, et effacer son travail et à recommencer.


Elle était très fière de ses réalisations. Quelques semaines plus tard, elle nous a réclamé d’écrire des mots complets. C’est là que nous avons commencé à écrire en grosses lettres de petites phrases sous sa dictée. Avec beaucoup d’application, l’adorable repassait nos lettres au feutre.

La petite loutre a toujours bien tenu son crayon. Je n’ai rien eu besoin de travailler avec elle pour cela. Je ne sais plus exactement à quel âge elle a tenu son premier crayon (8 mois ? plus d’un an ? je n’ai pas trouvé de photo pour le préciser) mais je sais que du départ, sa tenue était parfaite. Cependant, lorsqu’elle repassait les lettres je voyais bien qu’elle ne faisait pas son tracé dans le bon sens. Elle pouvait faire le rond du O à l’envers, commencer à gauche, en bas… et cela se voyait lorsqu’on tentait de relire son oeuvre. Une lettre faite à l’envers avec maladresse ne se reconnait presque pas.

Pour lui apprendre à corriger son geste, j’ai passé beaucoup de temps avec elle pour lui montrer comment tracer correctement les lettres sur ses cahiers effaçables. Petit à petit, elle est devenue plus attentive à la fluidité de son tracé et me demandait parfois confirmation lorsqu’elle repassait ses petits messages.

Le jeu des sons
Le jeu des sons consiste à attirer l’enfant sur les sons qui composent les mots. Par exemple, dans le mot “botte”, on entend les sons bb, o, et tt. Pour le faire, on peut inventer tout un tas de règle. Par exemple, il est possible de montrer des objets à un enfant et de lui dire “Je vois quelque chose qui commence par le son… tt” et à l’enfant de désigner la tasse. Toutes les variantes sont imaginables !

J’ai commencé à proposer le jeu des sons assez tardivement à la petite loutre, tardivement par rapport aux lettres qu’elle avait tant envie d’écrire. Je ne pense pas avoir mal fait car à vrai dire, il n’y a que tout tout récemment (depuis ses trois ans dirais-je) qu’elle commence à y être réceptive. Alors je faisais un jeu très simple. Je prenais un objet quelconque, ou une image le représentant, et je disais : « Regarde ! Il y a quelque chose commençant par ss sur ma tête ! ». La loutre riait et me répondait : « C’est du sel ! » Je ne lui demandais pas de trouver l’objet parmi d’autres car elle n’y arrivait pas du tout.

Et puis les choses se sont débloquées d’un coup. Petit à petit, elle s’est mise à reconnaître elle-même l’attaque des mots. « pp-parapluie », disait-elle ou… « ooootarie », ou encore « cc-casserole. cc-casserole, cc-cochon ! ahah, c’est marrant ça ! un cochon dans une casserole ! ». Je dois dire aussi qu’en parallèle nous avons fait l’acquisition des…

Lettres rugueuses
Les lettres rugueuses sont des lettres écrites en grand dans un matériaux rugueux et collées sur un carton. Il est possible de les faire soi-même ou de les acheter puisque beaucoup de magasins les proposent. L’enfant prend la carte et trace avec ses doigts la forme de la lettre. Grace à la matière rugueuse qui la compose, s’il est sensibilisé à cette sensation, l’enfant peut aisément se rendre compte s’il dépasse du tracé ou s’il le suit parfaitement.

Avec les lettres rugueuses, la loutre travaille deux choses : elle peaufine la fluidité du tracé de ses lettres et elle apprend à les reconnaître. Pour le premier point, les lettres rugueuses qu’elle possède ont des petites flèches pour rappeler le sens du tracé. Je les pensais au départ inutiles et même capables de dévier l’attention de l’adorable, mais il se trouve au final qu’elles sont assez discrètes et d’une bonne aide lorsque ma fille doute et qu’elle ne veut pas forcément me demander mon aide.

Pour le second apprentissage, nous le travaillons très doucement. Je considère que l’adorable est encore jeune, il n’y a pas urgence à lui apprendre notre alphabet. Alors, lorsque je choisis une lettre à lui présenter, je le fais en fonction de ses intérêts et des remarques dont elle me fait part. De plus, je ne lui apprends pas le nom de la lettre mais seulement le son correspondant. Bien sûr, je sais que l’adorable a déjà entendu parlé de Abécé, de hache et des autres, mais ce n’est pas ce que je recherche en travaillant avec elle. Nous nous contentons donc du son.

Avec les règles rugueuses, je peux aisément lui présenter une lettre en particulier. Par exemple, lorsque je me suis rendue compte que l’adorable reconnaissait aisément le S en majuscule ou en lettre détaché, j’ai pensé à lui montrer sa lettre rugueuse correspondante, qui, elle, est en lettre cursive.

Il nous arrive aussi de jouer ainsi. Je place devant nous plusieurs lettres rugueuses debout adossées à un meuble ou un mur. Je demande à l’adorable de fermer les yeux et je cache un jeu derrière l’une des lettres. Puis je lui dis : « J’ai caché ton ours derrière le… mm », à elle de le retrouver. Puis nous échangeons les rôles.

François a quant à lui inventé le jeu de la rigolade à faire avec les voyelles. Une personne pioche une voyelle au hasard et la montre à l’assemblée. Tout le monde doit alors rire en faisant le bon son. « Ah ah ah ! » ou « Hi hi hi ! ». Lorsque c’est le y qui sort, nous sommes tous un peu penauds… ^^


Très vite j’ai remarqué que, de toutes manières, l’adorable apprenait les lettres de partout. Dans les magasins, dans ce que nous écrivons, dans les livres… Plus elle arrive à en reconnaître parmi ses lettres rugueuses, plus elle revient me voir avec une nouvelle lettre qu’elle a attrapé seule quelque part, et plus elle réussit à apprendre rapidement d’autres lettres. Les débuts sont longs, il faut être patient et peu exigeant, et puis, tout d’un coup, quelque chose survient et l’apprentissage devient assez rapide !

Cursive ou détaché ?
Sur le choix des polices à apprendre/montrer aux enfants et ceux à éviter, je n’ai pas vraiment d’avis. Partout nous voyons des lettres détachés et je sais que j’écris plutôt en cursif, ça me parait plus naturel. Les lettres rugueuses de la loutre sont cursives car je trouvais cela plus intéressant pour développer la souplesse du poignet, mais ce n’est pas pour ça que nous faisons tout en cursif. Pour beaucoup de lettres, ça ne pose pas de problème. Regardez le t, le c, ou le u et le i ! Il n’y a aucune différence et la loutre a fait le rapport cursif/détaché sans problème. Pour certaines lettres, il faut un peu plus d’imagination et il est vrai que cela pourrait poser soucis à certains enfants. Je pense alors que s’il y avait un choix à faire pour un apprentissage plus rapide, ce serait de tout présenter en détaché. Mais lorsqu’on prend son temps, comme nous le faisons avec l’adorable, mélanger plusieurs polices ne pose pas de problème fondamental.

Par contre, ce que je trouve plus embêtant c’est de ne présenter aux enfants que les lettres capitales détachés. Elles ne sont pas très présentes dans le quotidien de l’enfant (elles sont qu’en début de phrase et en tête des noms propres…) et ne sont pas naturelles à tracer. Votre enfant a-t-il commencé à dessiner un triangle ou un cercle ? Bon, si vous désirez apprendre à écrire à votre enfant avec un stylet sur une tablette d’argile, la chose peut se discuter, j’avoue…

Son premier mot
L’adorable commençait à avoir un bon bagage de lettres dans la tête. D’autre part, comme je vous le disais plus haut, elle commence à comprendre le principe des sons des mots et le relie naturellement aux lettres que nous lui avons présentées pendant ce temps.

Son papa, tout disposé à s’impliquer dans l’instruction de sa petite, lui a donc préparé une petite activité avec son sac de randonnée. Moi je travaillais dans mon coin à la correction de mon roman mais je n’ai pas pu m’empêcher de les écouter en silence. Permettez que je vous relate cet événement dont je suis très fière !

François : Qu’est-ce que c’est ?
Loutre : C’est un sac !
François : Tu sais par quel son commence le mot sssssac ?
Loutre : Oui ! Ss…
François : D’accord, alors tu vas chercher la lettre qui fait ss
∆ L’adorable cherche parmi ses lettres rugueuses le s ∆
Loutre : Voilà ! C’est le ss…
François : On le pose sur le sac. Maintenant, qu’est-ce que tu entends en deuxième dans le mot saaaaac ?
Loutre (hésitante) : a ?
François : Cherche le a.
∆ L’adorable trouve le a dans ses lettres ∆
François : Je le pose à côté du sss. Maintenant, qu’est-ce que tu entends en dernier dans le mot sacccccc ?
Loutre : cc-cochon !
François : Oui, on entend cc.
∆ L’adorable a compris l’affaire, cherche le c et le pose en dernier ∆
François : Tu as écris sssss·aaaaa·ccc, sac ! A toi de lire.
Loutre : ssssss. aaaaaaa. cccccc.
François : sac ?
Loutre : sac !
François : Tu peux l’écrire.
∆ Et la loutre repasse les lettres rugueuses dans l’ordre en répétant les sons ∆

Et moi, dans mon coin, mon roman sur les genoux, je souriais comme une banane. Parce que c’était fait. L’adorable venait d’écrire et de lire son premier mot !

mercredi, janvier 25, 2017

Il est vrai que dans le camion nous n’avons pas grand chose… Otto est plutôt petit et nous devons nous partager l’espace à trois. Sans oublier Jedi dont la cabane prend une place non négligeable ! De plus, notre budget est assez limité (encore plus maintenant que le garagiste nous a donné son devis… si vous avez envie de nous soutenir et de vous offrir une bonne lecture, n’hésitez surtout pas à commander le Souffle, hein ! — qui ne tente rien n’a rien m’a-t-on dit), impossible pour nous de combler le vide par quelques achats. Alors nous remplissons comme nous pouvons là où il y a encore beaucoup de place, c’est à dire à l’intérieur de nous. Le principe est d’occuper tous les espaces encore libre, les grands comme les petits. C’est fou combien on arrive à y faire rentrer des choses !


En voulant faire le tri l’autre jour, je me suis rendue compte combien j’avais emmagasiné de babioles chez moi. Un vrai foutoir ! J’ai inspiré un bon coup et je me suis décidé à donner à toutes les choses oubliées une place plus honorable. J’ai alors commencé le rangement des personnes qui avaient impacté ma vie.

Je me suis d’abord adressée à celui qui m’avait retenue sur le chemin de la forêt. Je n’avais pas 6 ans, j’étais chez ma mamie et je m’étais fâchée pour une raison sûrement très importante aux yeux de la petite que j’étais. Fâchée au point de me dire : « Puisque c’est comme ça, je vais aller dans la forêt toute seule et y vivre ! » Et j’étais partie d’un bon pas. Sur le chemin, je l’ai rencontré. C’était un grand garçon, de 10 ans plus vieux que moi. En souvenir je n’ai que sa paire de genoux, cachée derrière son jeans, et ses cheveux bouclés. Il m’a dit : « Tu es trop petite pour te promener toute seule. » J’étais amoureuse de lui déjà, je lui ai promis de rentrer. Et je suis retournée dans la maison de ma mamie.

Je ne sais rien de lui. Je crois simplement qu’il s’appelait Sébastien.

Lorsque mes parents ont déménagé, j’ai eu le droit pendant les vacances de la Toussaint de visiter ma nouvelle école. La directrice nous a ouvert, sa fille était avec elle.  avait le même âge que moi. Le jour de ma visite, elle portait une grande natte dans le dos et je suivais sa natte comme un navire dans la tourmente suit la lumière d’un phare. J’ai toujours été éblouie par elle, par son sourire, ses cheveux, sa gentillesse. Je l’admirais, et je l’admire toujours. Vous voyez son visage et vous savez immédiatement que c’est une personne exceptionnelle, qui brille partout la bonté et l’élégance, avec une simplicité magnifique. Un jour qu’elle discutait avec d’autres de ses amies des yeux clairs d’une fille, elle s’est tournée vers moi et a dit : « Les yeux les plus beaux que je n’ai jamais vus, ce sont ceux de Céline. » Immédiatement des larmes ont coulé sur mes joues, de reconnaissance et d’amour (je crois oui, qu’on peut le dire ainsi).

est pour moi la preuve que la gentillesse n’est pas niaise, elle est simplement sublime.

En primaire j’avais une amie, Co, à laquelle je tenais énormément. Je crois que j’ai toujours eu du mal à me faire des amis et lorsque je tiens à quelqu’un, je m’accroche à lui au point d’en devenir suffocante. Adulte maintenant, j’arrive à me retenir, je fais attention, mais enfant je n’en avais pas conscience. A l’entrée au collège, Co∂ m’a laissé tomber. C’est comme ça que je l’ai vécu, en réalité elle n’était tout simplement pas dans ma classe, avait trouvé d’autres amis et n’avait plus envie de passer du temps avec moi. Je l’ai affreusement mal vécu. Je me suis sentie seule longtemps après cet abandon. Et puis… deux ans plus tard, Co∂ est revenue vers moi pour s’excuser. Je sais aujourd’hui combien sa démarche a été courageuse et même si nous ne sommes jamais redevenues amies, je l’estime beaucoup.

Revenir vers quelqu’un pour se faire pardonner ou pour lui dire ce qu’il représente pour nous, est une preuve de courage.

Heureusement pour moi, je rencontrai à la fin de ma primaire une nouvelle amie formidable. Je passais toujours d’excellents moments avec elle. mø était de plus très intelligente et douée, nous avons gagné ensemble (mais grâce à elle surtout !) plusieurs concours littéraires et d’histoire. Nous avons fait plusieurs voyages de cette façon dont un extraordinaire au Québec ! C’était fou… ! Et puis, lorsque nous étions au lycée, mø m’a écrit une lettre pour me parler de choses que je ne soupçonnais pas. Cette lettre a été écrite avec beaucoup de sagesse, et je crois bien que je n’ai pas encore trouvé la manière d’y répondre avec autant d’intelligence, ni à mø, ni à personne d’autre, ni à aucun événement de ma vie. Cette lettre était sincère, et moi, je savais combien je n’avais pas su faire attention à mø autant qu’elle le méritait.

Je voudrais savoir être attentive envers mes amis autant qu’ils le sont envers moi.

J’ai connu un garçon dont j’avais été amoureuse enfant, qui avait tenté de me déshabiller quand j’étais adolescente. Il s’est arrêté en me voyant tétanisée. J’ai appris violemment grâce à lui que l’amour ne s’accepte pas, il se désire. Un autre garçon aussi m’a aimé et j’ai accepté de faire semblant avec lui, pensant le faire par gentillesse. Cela n’a pas fonctionné du tout, vous l’auriez deviné, et avec un SMS mal attribué, je l’ai blessé au point de ne plus être capable de le regarder dans les yeux. Un an plus tard il m’a dit : « Enfin Céline, c’est bon ! On peut quand même se faire la bise ! » Il m’avait pardonné je crois. J’ai souri bêtement. Je suis toujours aussi bête. Je suis sortie avec un troisième garçon presque homme. Il habitait loin de chez moi et la distance entre nous me convenait parfaitement. Mais je n’étais pas amoureuse de lui et je lui mentais. Les tromperies font toujours du mal, on peut se dire « C’est sa faute aussi ! Il n’a qu’à pas être mélodramatique à ce point et continuer de faire ainsi du chantage affectif ! », mais… j’étais bien coupable de son malheur et surtout incapable de le surmonter à sa place.

La vérité est que lorsqu’on dit oui, c’est bien de notre bouche que le mot part.

Au lycée je correspondais souvent par e-mail avec un homme que je ne connaissais pas. Il avait grandi dans la même commune que moi et nous partagions beaucoup de choses, sauf son identité. Il avait créé pour moi une énigme pour que je découvre son nom, je ne l’ai jamais résolue jusqu’au bout. Il m’a aussi indiqué une grotte quasi-secrète dans la forêt que j’arpentais (la même vers laquelle j’avais fugué de chez ma mamie) et j’aimais m’y rendre. Si Dada savait combien j’ai la frousse maintenant de me glisser sous les rochers… je serais incapable de m’y enfoncer ! Officiellement nous ne nous sommes jamais rencontrés, mais j’ai en tête un clin d’oeil. C’est idiot, pourquoi m’aurait-il menti ?, cependant j’associe le visage de Dada à celui que j’ai attrapé derrière le clin d’oeil. Je suis probablement une vraie tête de mule, mais je tiens beaucoup à cette histoire. Même si nous ne nous sommes jamais rencontrés et que nos échanges se font plus rares aujourd’hui, je le considère comme un ami .

D’ailleurs Dada, si tu lis cet article, sache que je n’attends pas de toi de démenti, j’aime cette histoire de clin d’oeil.

J’ai aussi en tête quelques professeurs. Celui qui ajoutait 5 points à ma moyenne quand je ne préférais pas le CDI à ses cours ; celle qui se tordait les mains à la fin de sa classe car je ne venais jamais lui parler personnellement ; celui qui a accepté sans condescendance le fait que je ne voulais pas tenter de concours prestigieux ; cet autre encore qui m’a crue lorsque je lui avais dit avoir fait son devoir seule (0 faute en anglais, sur un long texte, moi-même je n’en revenais pas !) ; celle qui m’a crue lorsque je lui ai dit que si je n’avais pas de devoir à lui rendre c’était parce que j’avais rêvé avoir fait mon travail (je m’en veux d’avoir abusé ainsi de sa crédulité) ; mais surtout, j’ai en tête une professeur qui avait su nous parler de la sensibilité avec une justesse extrême, j’avais tant pleuré durant son cours…

J’aimais observer les adultes quand j’étais à l’école, pourquoi n’augmente-t-on pas les effectifs de l’éducation nationale ?

Je commence à voir un peu plus clair parmi tous ces bagages. Apparaissent alors des souvenirs plus récents.

Je revois alors BΩ𐐒 avec qui mon habitude à mélanger l’amitié et l’amour a touché son paroxysme. Je le vois surtout rester ami avec moi, rester sincère, et même me remercier. Je pense aussi à ma reine du Pacifique (même si elle vit aujourd’hui dans une ville de la métropole, je suis certaine qu’elle reste attachée à son île paradisiaque !). Dès ma première semaine à l’école de Grenoble je m’étais dit que je voudrais être amie avec elle. Je la trouvais déjà géniale. Je me disais : tout le monde va se jeter sur elle, jamais je n’arriverais à lui parler… et je ne sais plus par quel hasard (en fait si, je sais ^^) nous avons parlé ensemble et nous sommes devenues amies. Tout cela me parait incroyable. C’est si rare une amitié, vous savez sûrement. Alors quand j’ai revu KrN, que c’était comme si nous avions vu ensemble les mêmes minutes du temps durant ces dernières années, j’ai vraiment cru à un miracle.

Je ne comprends jamais comment j’arrive à me faire des amis, comment ils arrivent à m’apprécier. Je suis surtout très heureuse d’avoir été un jour proche d’eux.

Je n’en reviens pas de la place libérée dans mon coeur grâce à ce petit rangement ! C’est sûr, je ne suis pas encore allée dans tous les coins, je n’ai pas tout farfouillé. Et puis, vous savez quoi ? Ce qu’il y a d’incroyable lorsqu’on travaille ainsi davantage à l’intérieur qu’à l’extérieur, c’est qu’on ne produit pas de déchet. On n’est pas obligé de jeter, voyez vous. Un souvenir revisité, un souvenir compris, c’est un souvenir qui brille. On peut les cumuler autant qu’on veut. Un souvenir prend autant de place que dix mille pensées, et vice versa.

dimanche, janvier 22, 2017

J’avais eu un raisonnement un peu trop rapide. Je pensais que puisque tout se passait pour le mieux, puisque cette organisation était faite pour moi, puisque j’étais faite pour ça, il n’y avait aucune raison pour que cela me change. Je pensais simplement entrer dans mon propre moule.
Et puis un jour que je me promenais sur un chemin balisé tout à fait banal, mes yeux ont accroché la feuille d’un arbre que je ne connaissais pas. Rien d’extraordinaire. Je n’ai jamais été douée en arbre. Sauf que là, avec une insouciance que je ne lui connaissais pas, j’ai entendu mon cerveau demander : « Tiens, et ça Céline, c’est quoi ? » Je connaissais le nom des plantes voisines. Dans la garrigue, un milieu qui m’était très peu familier, je connaissais le nom des plantes voisines et j’étais capable de repérer un feuillage inconnu.
Ca va peut-être vous paraître rien, infime, ridicule, mais pour moi c’est incroyable. Pour moi cela signifie que mon cerveau a changé. Je sais qu’un jour j’en étais simplement incapable, je sais qu’aujourd’hui mon regard pour ces choses-là s’est acéré. Naturellement. Juste à force de temps et de plasticité cérébrale.
L’humour des grimpeurs
Alors oui, j’ai changé. Je ne vis pas le froid comme avant, je ne vis pas le Soleil comme avant, je n’observe plus les paysages comme avant, je ne ris plus comme avant, je ne me promène plus comme avant, je ne m’intéresse plus aux mêmes choses qu’avant, je ne me regarde plus comme avant. Tout ça à cause du camion, à cause du fait que je passe la quasi-totalité de mon temps dehors, du fait que c’est le Soleil qui me réchauffe le matin, du fait que je n’ai pas de miroir pour me voir, parce que je jète mes cacas dehors et que mes voisins changent d’un jour à l’autre.
Nous sommes chez nous nul part et partout tout à la fois. Je dis souvent C’est si beau chez nous. Ce chez nous c’est le vert et le bleu qui transpercent les fenêtres du camion le matin, c’est les soleils sur les pierres qui nous éblouissent, c’est aussi parfois la glace sur les vitres qui flamboie. Ce chez nous ne nous appartient pas, c’est un chez nous qui se partage et dont nous jouissons malgré tout sans réserve. « Vous venez d’où ? »
Le Soleil a pris toute son importance dans mon esprit depuis que l’hiver a débuté
Les gens souvent regardent notre plaque d’immatriculation comme s’il s’agissait d’une paire de seins exhibée. Et puis ils disent : « 64… 64… c’est où ça ? Ah oui ! C’est sympa là-bas ! Il y fait froid en ce moment… non ? » Nous les regardons, gênés, nous décrire une maison que nous n’avons pas, que nous n’avons jamais eue. Nous avons traversé le 64 il est vrai, nous y avons même dormi, mais c’est Otto qui a vieilli là-bas, pas nous. Parfois je préfère laisser dire même si je sais que c’est dommage. Les poils me poussent sur les jambes, je deviens ours.
La loutre par contre devient koala sans aucun doute !
Tout cela, vécu quotidiennement, change forcément. J’aurais dû m’en douter. J’aurais dû me douter que forcément au bout d’un moment aller chercher mon eau à pied ou à vélo ne me ferait plus peur, 10 l par 10 l, mais qu’au contraire, me lever avant le soleil et sortir après lui me paraitrait inenvisageable. J’aurais dû m’en douter que je n’étoufferais pas dans un lieu de 4,5 m2 partagé à trois mais que je ne pourrais plus dormir entre quatre murs sans ouvrir une fenêtre (même en plein hiver). Mais comment aurais-je pu deviner que cuire les pâtes comme je l’avais toujours fait avec un litre d’eau me semblerait maintenant aberrant ? Laisser sécher la vaisselle à côté de l’évier ? Ah ah ! N’importe quoi ! Mes gestes d’avant, ceux que j’avais peaufiné durant des années de vie autonome, voilà que je les revisite, que je les critique, que je les réduis à rien du tout si ce n’est à de la bêtise, parce qu’en fait rien à changer, rien sauf moi.
Je me fonds dans le décor, non ?
Pour rigoler, pour que vous vous rendiez compte combien ce dont je parle ici est à la fois ridicule et intense, j’ai décidé d’éditer une petite liste des choses apprises depuis mon départ.

J’ai appris…
• à tourner les pages d’un magasine avec les gants
• que le butane gèle autour de 0°C
• qu’on pouvait manger les jeunes pousses du fragon
• que le 79 c’est les Deux Sèvres et que le chef lieu est Niort
• que les pois chiche ne mettent pas tant de temps que ça à cuire
• à faire chauffer l’eau d’une bouillotte avant de me mettre au lit
• à laver la vaisselle avec 1,5 l d’eau
• qu’on pouvait faire du yoga dehors
• qu’en forêt il gèle peu et qu’il n’y a pas de canicule
• qu’en forêt un panneau solaire ne se charge pas
• que certains parkings sont tellement éclairés la nuit que notre panneau était sous tension
• que la lumière de la pleine Lune suffit pour lire
• que Paris nous vole vraiment les étoiles
• qu’il y a tant de ralentisseurs dans les villes que les pistes DFCI sont moins cahoteuses
• qu’il suffit souvent de dire son prénom pour être bien accueilli
• qu’il y a bien plus de gens honnêtes que malhonnêtes
• que beaucoup de personnes vivent comme nous dans un camion
• que beaucoup de retraités ont un camping car gigantesque
• que l’huile d’olive figée ne coule plus
• à fabriquer un chauffage rudimentaire avec un pot de fleur
• à apprécier le silence sauvage
• à lire rapidement et précisément une carte
• à baragouiner une langue étrangère sans être corrigée
• à cuire le riz et les pâtes pilaf
• à gérer une cuisine sans frigo ni réserve
• à ne rien oublier derrière moi (en toute honnêteté, il y a encore du travail)
Je les aime même quand je ne les vois plus
Rien d’extraordinaire en soi donc, juste de quoi vous présenter quelques images de notre petit voyage !

Ah et j’allais oublier ! François et moi mettons en place une belle Newsletter pour vous tenir informés des nouveautés, de notre parcours et de nos dernières découvertes. N’hésitez pas à vous inscrire :-)

jeudi, janvier 12, 2017

Les premières lueurs du jour pointent à la lisière du globe, la loutre s’éveille.
« Maman, on a dormi là ! C’est le jour d’aller au LAEP ?
— Bonjour ma loutre. Oui, tu as raison, on est mercredi.
— En premier, je finis de dormir.
— Et après, nous irons au LAEP.
— Et après… on sera vieux.
— Après, oui. Dans longtemps quand même !
— Et après, on sera mort.
— Oui, c’est vrai.
— Et après on aura des fleurs, parce qu’on sera mort. »
Vive les matins avec l’adorable ! Bah oui, pourquoi pas ? Il n’y a pas d’heure pour parler de la mort, n’est-il pas ?
« Et tu m’apporteras des fleurs quand je serai morte ma loutre ?
— Eh non !
— Ah bon ? Pourquoi ?
— Parce que je serai déjà morte, moi !
— Je ne suis pas d’accord. Je préfère mourir avant toi ma poulette. »
La loutre soudain se tait. J’ai peut-être donné un peu trop de grains à son moulin. Je ferme les yeux et profite encore du petit matin, sans remords.

Elle a peut-être bien raison ma petite. Il n’y a pas d’âge, il n’y a pas de jour, il n’y a pas de bons ou de mauvais moments pour tenter de s’approprier le concept. Au départ, j’avais peur. Je me disais que la question de la mort était sans fin, il n’y a pas d’issue, et je pensais qu’il était préférable qu’un tout petit être comme la loutre ne s’y frotte pas si vite. J’ai voulu lui faire faire marche arrière, éludant au maximum le sujet. Et puis voyant que de toutes manières la loutre était toute disposée à s’intéresser aux grandes questions de la vie (si ce n’était pas la mort, ce serait l’amour, la naissance, ou même le temps), j’ai peu à peu changé d’avis. Pauvre de moi, je n’avais pas de réponse à lui apporter. A 23 ans d’écart, nous étions presque au même point toutes les deux. Elle avec ses mots d’enfant, moi avec ceux d’une adulte qui se joue intelligente et cultivée, et sous nos pieds le vide de l’inconnu. Et chacune notre seule vie pour comprendre.

Cela fait aussi partie de l’éducation. Être bien éduqué, ce n'est pas seulement être compétent en mathématiques, en histoire ou en géographie, c'est aussi avoir la capacité de comprendre cette chose extraordinaire qu'on appelle la mort - pas à l'instant de votre mort physique, mais tandis que vous vivez, tandis que vous riez, que vous grimpez aux arbres, que vous êtes en train de faire de la voile ou de nager. La mort, c’est l’inconnu, et ce qui compte c’est de connaître l’inconnu tant que vous êtes en vie. 
Jiddu Krishnamurti, Le sens du bonheur
La mort des autres
Je n’ai qu’une maigre expérience de la mort. Mes arrières grands parents sont partis sans que je ne m’en aperçoive. Le père de ma mère trônait sur la table de chevet de ma grand-mère, disparu brutalement, m’avait-on dit, quelque part sur le chemin du ciel il y avait des années. Je n’avais pas cinq ans, des éléments de l’histoire me paraissaient louches. Je ne comprenais pas comment l’on pouvait savoir où était quelqu’un s’il était disparu. Cet aspect de la mort continue de me troubler. Cette façon de savoir l’espace et de ne rien en savoir tout à la fois. Il est connu que les morts s’envolent vers le ciel, ou disparaissent nul part, ou ne sont juste plus rien du tout, mais ils passent toujours une frontière que notre entendement ne traverse pas. La mort, nous savons où la trouver et lorsqu’on se place devant elle on ne voit plus rien de sa dimension. La mort, c’est un envers de notre univers.


Et puis est venu la fin des grands parents de François, l’année dernière. Nous sommes passés voir Mamie Thérèse à l’hôpital. François m’avait dit « Tout va bien », je l’ai cru et l’adorable dans les bras nous sommes allées la saluer. Tout n’allait pas bien. Sa mamie a ouvert les yeux, nous a regardées, nous a reconnues « Oh, vous êtes là… ! », a-t-elle dit avec plaisir avant de replonger dans son lit. Cette femme depuis vingt ans nous préparait à sa mort. Depuis vingt ans nous disait adieu, mais ce jour-là, alors qu’elle ne disait plus rien, je l’ai crue. J’ai vu autour d’elle la distorsion de l’espace, le voile à partir duquel le regard s’éteint. Le lendemain, elle l’avait passé, nous laissant sur le perron des vivants.

Dans mon entourage la mort construit année après année ici et là des trous de vers entre l’espace de l’avenir et celui du souvenir. Le père d’un ami, l’amie d’une amie, un professeur, une célébrité, un scientifique, et je vois les bras fins de ce vide étrange atteindre le coeur de ma Mamie pendant qu’elle se détache de la vie. La mort se rapproche de moi, à petits pas ou brutalement là n’est pas la question, mais je sentirais presque sa présence à mon côté. Je comprends l’adorable, il est plus que temps de s’occuper sérieusement du problème.
La notion de l’ordre
Je n’ai jamais eu peur de ma propre fin. Il est cependant bien hypocrite de se contenter de cette réponse, principalement lorsqu’on sait combien je suis sensible à d’autres morts. La mort d’une ville, la mort d’une culture, la mort d’un savoir, la mort d’une espèce… Lorsque je suis face à la mort je suis choquée par l’absence soudaine et surtout l’irréparabilité de la chose. On ne peut faire revenir ce qui a chu. Dès que je rencontre une once d’insensibilité, j’ai envie de hurler et de trouver le poignard subtile pour trancher la réalité jusqu’à ce qu’elle saigne, jusqu’à ce qu’elle saigne tout ce qu’elle a fait disparaitre. Entre la mort et moi il y a l’amour et le désir de permanence. La mort c’est le monde qui m’échappe soudain et que je ne peux rattraper, que je ne peux faire durer comme je l’aimais. Et tout à la fois, il y a ce qui surgit des cendres, le renouveau, qui m’appelle avec toute son innocence. Je craque. Je culpabilise, je ne voudrais rien oublier et pleurer encore et encore ce qui est disparu, mais je craque pour ce qui nait.

Je pense alors à ma grand-mère qui s’illumine en voyant l’adorable. Cède-t-elle, elle aussi, à l’appelle du nouveau ?

Il y a aussi la mort de l’Explorateur. Je lui dis parfois sur le ton de la plaisanterie : « Ecoute, tu es un homme, tu es grand —donc tes cellules se sont multipliées énormément—, tu manges beaucoup, il y a de grandes chances pour que tu meurs avant moi. En plus, tu as un an de plus ! ». L’idée ne lui déplait pas. Il me répond : « J’espère bien ! Comme ça tu me feras un super discours pour mon enterrement, je serais déçu de ne pas y avoir droit. » Lorsque j’imagine la mort de mon compagnon, mon esprit se mélange les pinceaux, comme pour les autres morts, oscillant entre le mélodramatique et ma force de résilience. J’ai souvent en tête le trait d’esprit que m’avait rapporté ma belle maman, venant d’une célébrité devenue soudainement veuve. Un journaliste lui avait maladroitement demandé de quelle façon elle vivait la mort de son compagnon. « Oh, ça va…, lui avait répondu la femme célèbre, ce n’est pas comme s’il faisait parti de la famille ! » La réponse est fine.

Je m’en inspire beaucoup. Je ne peux m’imaginer tout ce que représente la fin de l’Explorateur. En fait, c’est un non-sens. Sa mort, c’est tout ce qu’il ne fera jamais, ce qu’il ne dira jamais, ce qu’il ne vivra plus auprès de moi. Sa mort, ce n’est pas grand chose, ce n’est même rien du tout. Qui redoute rien du tout ? Qui redoute ce qui n’existe pas ? Ce que je pleurerai, ce que je regretterai, c’est surtout ce qui n’aura jamais existé.

J’essaie d’analyser ma propre mort avec la même honnêteté. En fait, j’ai un peu peur et le fait de ressentir cette peur me fait prendre conscience du fait que je manque surtout d’humilité. J’ai peur d’être indispensable. J’ai peur qu’en mourant je fasse du mal autour du moi, qu’on regrette ce que je n’ai pas eu le temps de donner au monde. J’ai peur que l’adorable regrette sa maman, j’ai peur que François n’avance plus dans sa vie sans moi, j’ai peur de cet inachevé alors que franchement, rien ne m’indique que j’ai quoique ce soit à terminer avant de partir. Dans la vie, on n’est pas obligé de dire au revoir. Quand je pense à l’adorable ou à l’Explorateur, je sais combien ils ne dépendent pas tant de moi que ce que mes peurs me font penser. Au fond : lorsque je me laisse aller à ce sentiment, je suis complètement ridicule. Pour ma part, si je crains la mort, c’est seulement par excès d’égocentrisme.

Se préparer et comprendre
Libérée de la crainte de l’ordre, j’arrive doucement à m’intéresser à la mort pour ce qu’elle est et non plus pour ce qu’elle représente. En fin de compte, tant de choses résistent à la mort et peut-être bien y en a-t-il autant qu’on ne voit pas. L’âme ? L’âme qu’on connait déjà si peu du vivant, on voudrait la voir ressurgir soudain et s’envoler vers l’ailleurs quand la mort survint. On se demande si l’âme survit à la mort sans savoir ce que l’âme est de notre vivant. Je pense que l’âme ne meurt pas comme l’âme ne vit pas. Non l’âme ne survit pas, l’âme est insensible à cet état binaire. L’âme est comme les atomes qui pris de sympathie pour nous décident de nous composer et puis quand l’intérêt disparait, se tournent vers autre chose. Notre vie glisse d’un vide à l’autre, s’entourant d’une illusion de matière, de consistance, pour que notre intellect ne se perde pas dans le vent filant des particules. 

Je vois la vie et la mort des êtres de la même façon que je sais que les nuages vont et viennent dans le ciel. Il y a quelque part une instabilité, une température, une humidité, qui fait apparaitre le nuage à nos yeux en condensant l’eau de l’atmosphère. Lorsque le vent souffle, c’est d’autant pour déplacer cette instabilité que les composants du nuage. On croit que le nuage dans son intégralité se déplace mais en fin de compte, c’est l’instabilité qui bouge, formant au fur et à mesure de sa route la forme du condensa. J’aime voir au dessus des monts les nuages lenticulaires. L’onde du vent le long des reliefs s’entrechoque avec une autre couche de l’atmosphère et forme le nuage. Le vent traverse le nuage, condense lorsqu’il passe au dessus du mont, puis s’échappe en toute transparence en s’éloignant du relief. Le nuage, lui, ne bouge pas, il reste imperturbable au vent. 


J’apprendrais la formation des nuages à l’adorable. Elle y trouvera peut-être elle aussi une réponse à la mort.


Je crois finalement que la mort n’est “que” la frontière entre ce qui aurait pu et ce qui n’est plus. C’est la limite qui sépare le futur absent du futur que le monde connaîtra. A chaque instant, sa mort. Et avec lui le passé sur lequel on ne peut revenir. A chaque instant la naissance d’une future mort.

dimanche, janvier 08, 2017

Voilà c’est fait, la date est passée, je n’ai plus le droit de tagger mes articles « Avant 3 ans ». J’ai toujours eu du mal à bien saisir son âge. Dans ma tête, la loutre a toujours eu entre 3 et 6 mois d’avance sur son âge véritable. Si bien que durant cette dernière année, alors qu’elle tentait de prendre les choses en main, elle a un peu trouvé le temps long. Voilà plus de 9 mois qu’elle restait bloquée entre 2 ans et demi et presque trois ans. A présent, elle s’en donne à coeur joie lorsqu’on lui demande son âge (les adultes manquent souvent d’imagination lorsqu’ils parlent aux enfants, c’est toujours les mêmes questions !) : J’ai trois ans. C’est clair. C’est lumineux. C’est l’enfance qui débute enfin.

Je dis la loutre mais je vous sers là une autre imprécision. Cela fait bien longtemps encore que l’adorable a choisi son animal. Et ce n’est pas du tout une loutre, elle est formelle sur ce point.
« Je suis un koala !
— Mais les koala ne mangent que de l’eucalyptus.
— Je suis une fille en fait, en forme de koala. Donc, je peux manger des pâtes à la sauce tomate ! »
Logique imparable. C’est un koala, rappelons-le-nous.

Trois ans, complètement passionnée par son passé. Elle regarde les yeux brillants, le coeur battant, les photos d’elle lorsqu’elle était bébé. A l’époque nous prenions bien une vingtaine de photos par jour, elle est servie ! Comme si elle voulait retrouver les souvenirs que son cerveau n’a pas noté, elle détaille chaque détail. Ses vêtements, les personnes qui étaient autour d’elle, nos déménagements de l’époque, la façon dont elle tétait, ce qu’elle mangeait, son regard, ses mimiques…

Avec elle, je redécouvre celle qu’elle était. Le temps a fait son oeuvre, j’ai beaucoup oublié. Et en même temps, pas tant que ça. Oui, j’ai bien oublié la couleur de son pyjama, la place de son lit, ou même la conjonctivite qu’elle avait eu à quelques jours. Mais je n’ai rien oublié de son air étonné, de son sourire mutin sur l’épaule de son papa. Ça, je ne l’ai pas oublié parce que rien n’a disparu. Ce que nous voyions en elle il y a trois ans, nous le voyons encore dans ses gestes aujourd’hui. C’est tout son être. Sa personne. Tout s’exprime selon l’environnement c’est certain, mais tout à sa couleur.

C’est une belle couleur

La loutre va à toute vitesse à vélo pour faire voltiger le papillon de son bonnet

Mais à quoi ressemble la vie avec une loutre-fille en forme de koala de tout juste trois ans ?

Premier point marquant : elle cherche à occuper 120 % de son temps en jouant. Quitte à manquer des repas, à ne plus dormir du tout, l’important est de jouer. Autre chose, il faut continuellement parler. Parler, parler, et surtout entendre parler. Il faut connaître le nom de toute les choses, et l’adorable n’hésite pas à gronder sa maman lorsqu’elle ne connait pas le nom d’un caillou… Dès les premières heures du jour et jusqu’à ce que le sommeil l’emporte, nous l’entendons parler quelque part ou nous poser une question. Pourquoi… ? Comment ça s’appelle… ? Qu’est-ce que c’est que… ?

En parallèle, elle ne tolère aucune imprécision. Ne dites pas : « Range ta girafe » si c’est un girafon, ou « je bois mon thé, attends » s’il s’agit d’une tisane. Vous vous ferez reprendre.

Une loutre de trois ans sera capable de vous dérouler un mètre à ruban jusqu’à 1m50 pour vous demander de vous lire tous les nombres inscrits, centimètre après centimètre. Elle pourra aussi vous arrêter au beau milieu d’un parking d’un supermarché pour vous exhorter de lui dire le nom de la grosse lettre qu’elle ne connait pas qui est inscrite là-haut sur le toit, en rouge. Dans ma tête, je me demande si elle apprend.

L’adorable aime aussi énormément les blagues. Elle se marre comme une baleine lorsque vous touchez sa chaussette grise avec vos gants gris. Ou lorsque vous lui dites : « Va dans ton lit tout froid » tandis qu’une bouillotte l’attend au fond du duvet. Ou encore lorsqu’elle mange ses champignons en disant : « hum… c’est bon avec des pommes papa ! ».

Notre grande petite, qui suit les traces de son papa sur les falaises

A trois ans tout pile, ou presque, la loutre-koala a appris à ne pas dire la vérité. Et d’autres félonies. Mais ça surtout. L’adorable se faisait avoir encore quelques jours auparavant.
« Hé Maman ! On n’a pas mis le produit dans mes oreilles avant de me coucher !
— Et tu veux qu’on le mette ?
— Oh non… ! Pas du tout !
— Et bien dans ce cas je te conseille de ne pas en dire davantage… ^^ »
Mais là, il n’est plus question de dire à chaque fois la vérité. Elle progresse très vite, et de façon alarmante, en la matière. Le monde se contorsionne étrangement à son avantage. François et moi, qui ne mentons pas, sommes étonné de voir apparaître ce comportement dans notre “maison”. Mais, bon, puisque cela existe, nous ne sommes pas capable de mentir à notre tour en faisant mine de ne pas le voir. Le mensonge s’est donc invité chez nous. Et avec lui la vérité. C’est étrange cette distinction. Il y a la vérité, les histoires inventées, et le mensonge. Les trois sont bien différents et la loutre-koala a naturellement compris dans quel cadre elle fait évoluer ses dires.

La loutre-koala, c’est aussi des colères parce que vous refusez de faire parler une poupée ou un animal (Je lance ce papier maman, parce que je suis en colère, tu vois ?!). C’est aussi des tristesses parce que c’est déjà la nuit ou que son papa est parti à l’escalade sans elle. C’est aussi de gros câlins, doux et chaud, « parce que je t’aime bien beaucoup beaucoup —beaucoup, maman. » La loutre-koala de trois ans aime s’endormir dans notre lit, serrer une peluche fort contre elle, et prendre soin de son poupon comme si c’était un blanc en neige. Parce qu’une loutre-koala c’est pour beaucoup un bouillonnement de sentiments à ne plus savoir qu’en faire.

jeudi, janvier 05, 2017

Deux semaines avant Noël, je vois passer un tweet parlant des tests MENSA organisés à Toulouse. Je suis surprise : j’avais plusieurs fois tenté de contacter l’association via leur formulaire sur le site sans jamais avoir de réponse. Alors de là à être au courant de séances de tests… ! Ni une, ni deux, je me mets à chercher. Je trouve alors en peu de temps la date d’une séance près de là où nous vagabondions et une adresse e-mail de contact pour MENSA Provence. J’envoie un e-mail et je reçois une réponse dans la soirée : il y a eu un désistement le matin même, ils ont une place pour moi. Je m’inscris.


Qu’est-ce que MENSA ?
MENSA est une association de rencontres et d’échanges destinée au 2% de la population qui ont obtenu le meilleur résultat à un test de QI.

Immédiatement, on peut se poser la question suivante : pourquoi ce tri ? Obtenir un très haut score à un test de QI signifie que l’individu possède une intelligence hors-norme par sa célérité, son originalité, sa lucidité, sa sensibilité, …-ité je n’ai pas la prétention ici d’être exhaustive. Même si, à l’échelle du vivant, il existe peu de différences entre une intelligence humaine normale parmi les intelligences humaines et une autre dite hors-norme, l’oeil entrainé de l’humain la perçoit. Cependant, rien ne dit qu’il est capable de parfaitement la comprendre. Un individu à Haut Potentiel Intellectuel (HPI) vit parfois une double mésentente : celle de son intelligence, celle des autres personnes de son entourage. C’est infime mais cela suffit à tatouer toute une personnalité.

L’objectif de MENSA est de rassembler des personnes qui ont ce point commun : avoir une intelligence à ce point anormale qu’elle les marginalise. Ensemble les mensans apprivoisent leur intelligence, développent une vie sociale satisfaisante et gagnent en confiance et en estime d’eux-même.

De façon générale, MENSA cherche à soutenir et favoriser l’intelligence dans notre société. Pour ce faire, l’association offre un cadre bienveillant à ses membres (en espérant ensuite que ce bien être rayonne sur le reste de la population) et en organisant des événements et en participant à d’autres pour informer le public. Il me semble que cette dernière mission est menée bien maladroitement au sein de MENSA France. Ceci nous montre combien l’association manque de maturité dans notre pays et combien l’intelligence y est un sujet tabou.


Et pourquoi pas moi ?
Dès que j’ai commencé à m’intéresser à l’intelligence[1] et plus précisément à la douance[2], j’ai rapidement effectué un sondage parmi les amis avec lesquels je suis le plus proche. Ce ne fut pas bien long, ils se comptent sur les doigts de la main. J’arrive tous à les classer dans les catégories suivantes. 2 ont obtenu à un test de QI un score bien supérieur à 130. 4 possèdent d’une culture incroyable sur un ou plusieurs sujets peu ordinaires, ils aiment apprendre des choses. 1 fait preuve d’une originalité et d’une vivacité d’esprit que je n’ai revue nul part ailleurs. En présence de ces amis, quelque chose dans mon coeur s’ouvre immédiatement. L’impression de pouvoir être comprise et d’aborder des sujets avec la profondeur dont j’ai besoin. Ce quelque chose s’effrite lorsqu’ils sont loin de moi. Une amie me disait : comme une fleur qui s’ouvre dans la poitrine. Je ne peux que retenir sa comparaison. J’imagine alors un bon gros lotus bien portant qui baigne dans une eau chaude. Même si j’ai beau rencontré ici et là des gens super, il n’y a vraiment je crois que l’intelligence et la finesse qui nourrissent son besoin d’amitié. Sans cela, le lotus ne refleurit pas.

J’ai encore et toujours besoin d’amis. Plus d’amis mais surtout des amis qui me correspondent : pour faire éclore la fleur que j’ai dans la poitrine. Je me suis dit : peut-être suis-je un agrégateur de HPI ou de personnes ayant au moins une intelligence fine, d’ailleurs la psychologue ne m’a-t-elle pas dit « Vous n’avez qu’à vous rapprocher de personnes aussi sensibles que vous. » ? Mais les trouver ?


MENSA pour les amis
C’est bien ainsi que m’a été présenté MENSA : une association de rencontres et d’échanges. Au sein de l’association, les choses sont organisées comme le site On Va Sortir. Les gens organisent des événements et qui veut peut y participer. J’avais lors de mon arrivée dans le Territoire de Belfort tenter de faire des rencontres via le site OVS. Mes quelques tentatives n’ont pas été très bénéfiques. C’était une période où j’avais énormément besoin d’amis, François ne suffisait pas, et je ne sais pas si c’était parce que j’avais mal choisi mes sorties, mais les quelques personnes que j’y ai rencontrées me faisaient plus de mal que de bien. A cette époque, je ne connaissais rien au fait qu’on pouvait trouver chez les humains des disparités dans l’intelligence (je pensais que tout le monde était à égalité mais que chacun choisissait un chemin différent), j’ai cru que c’était de ma faute si j’étais si mal à l’aise parmi eux. Je pensais que je n’étais tout simplement pas faite pour avoir des amis, mon enfance me l’avait longuement montré. Je devais alors me résoudre.


Maintenant, j’ose penser ma personnalité autrement. Ce n’est pas que de ma faute si je ne m’harmonise pas correctement avec les personnes que je rencontre. Nous sommes différents, tous différents, et parfois ou par moment au point différent que ça ne colle pas du tout.

Mais voilà : le lotus bien portant n’allait pas le rester longtemps si je ne continuais pas à agréger encore et encore des personnes capables de le nourrir profondément. Sauf que si je continue sur la piste du haut potentiel intellectuel, ces personnes ne représentent qu’une faible proportion de la population. Une très faible proportion. L’hypothèse me plait bien : ce n’est pas tant que j’ai plus que tout le monde du mal à me faire des amis, c’est que peu d’individus sont capables de pleinement nourrir mes besoins affectifs. Adhérer à MENSA me permettrait peut-être de les rencontrer plus facilement.

Ca se tient, non ?


Le test MENSA
Avec ces histoires de QI, on ne peut que continuellement douter. D’un test à l’autre, les résultats changent. Leur validité est toujours discutée. Dans mon cas, ces débats ne me concernaient pas puisque je ne le passais pas pour me prouver que j’étais HPI, encore moins pour me définir[3] ainsi (quoique… ce genre de validation est toujours bonne à prendre !), mais avant tout pour profiter des HPI déjà adhérents. Si les mensan·e·s estiment à mes résultats que le fonctionnement de mon cerveau ressemble à celui de leurs adhérents, tant mieux pour moi ! Et sinon, tant pis, je tenterai une nouvelle hypothèse pour expliquer et résoudre mes besoins d’amitié et mon sentiment de solitude.

Le principe est simple et clair : il faut réussir le test mieux que 2% de la population globale. Ce 2% est estimé statistiquement. En fait, c’est un concours, me suis-je dit. toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi non, toi… ah si, c’est pas mal, allez viens avec nous ! Même si d’après le test que j’ai passé auprès de la psychologue je gravite autour de 130, rien n’est validé d’avance pour moi. J’ai tenté ma chance.

Lors du test, à côté de moi un homme, qui avait pourtant déjà eu à de nombreuses reprises son QI évalué bien au delà de 130, était très angoissé durant le test. Je vous parle de lui pour vous montrer que rien n’est gagné d’avance. Nous lui avons demandé pourquoi il avait ainsi désiré tenter le test MENSA (au risque de ne pas avoir un résultat à la même hauteur que les précédents !), sa réponse fut à mon sens édifiante : « Tous les tests se ressemblent, je les connais par coeur, je vois les psychologues venir de loin. Je n’arrive pas à croire aux nombres qu’on m’annonce, je ne l’accepte pas. Là, je ne sais pas à quoi m’attendre et j’attends de MENSA qu’elle m’aide à m’accepter tel que je suis. »

Les personnes qui réussissent ce test sont-elles nécessairement HPI ? Je ne sais pas. En fait, je ne sais pas s’il existe un seul test établi spécifiquement pour repérer les hauts potentiels (peut-être le 916 ?). Les psychologues font ce qu’ils peuvent pour poser leur diagnostic. A ce que j’ai vu et expérimenté, je me dis que les personnes qui réussissent ce test MENSA ont au moins une vivacité d’esprit non négligeable.

Actuellement, le test se compose en trois parties : 1/verbale 2/arithmétique 3/logique spatiale (ce sont de petites histoires racontées avec des formes géométriques). Il semblerait qu’il va prochainement changer mais le principe restera le même. C’est un peu toujours la même chose d’un test à l’autre de toutes façons (excusez mon air désabusé). La rapidité compte pour beaucoup, il faut se créer une stratégie et se faire confiance. Cette forme de test m’allait très bien. Je n’ai pas de problème de lecture ni de retranscription, je suis à l’aise à l’écrit. Lorsqu’on me teste à l’oral, j’ai plus de mal à me concentrer (je n’y arrive généralement pas), je me demande sans cesse ce que l’autre comprend de moi. Je suis certaine d’être moins performante à l’oral qu’à l’écrit.

Au niveau de l’ambiance, c’est bonne humeur et décontraction. Les organisateurs se sont appliqués à nous rappeler que notre identité ne se jouait pas sur cette table. L’intelligence est un concept vague, et puis même : une non admissibilité à l’issue du test ne signifiait absolument pas que notre intelligence ne valait pas grand chose. Ce n’est pas la valeur d’une personne qui est testée, mais seulement son aptitude à réussir l’épreuve donnée.


Comment j’ai vécu le test
Plutôt rassurée par la forme du test, j’ai abordé les épreuves de façon très sereine. Minutes après minutes, j’ai réussi à me concentrer. Quel bonheur est-ce pour moi de me concentrer ainsi ! Quelques études scientifiques aborde le thème du bonheur selon cet angle : le bonheur se nourrit d’un état où l’esprit ne se préoccupe pas de sa performance mais de sa propension à être dans ce qu’il fait. C’est exactement ce que j’ai vécu. C’est ce que je vivais lorsque je participais aux contrôles ou aux concours de mathématiques lorsque j’étais en classe préparatoire. C’est ce que j’expérimente lorsque je me mets dans l’écriture d’un roman et que ça roule. Je ne me demande pas si ce que je fais va être vu comme bien, mon cerveau travaille tout simplement à sa façon : en roue libre et léger ; avec très probablement un shoot de sérotonine comme il va bien. Depuis que j’ai quitté l’école, je n’ai plus que très rarement l’occasion d’être aussi concentrée. Le test MENSA m’a donc fait du bien.

A la suite du test, nous avons eu l’occasion de discuter avec les organisateurs et les autres candidats. Et vous savez quoi ? Le lotus, dans son bain, barbotait joyeusement.


Vraiment, j’espère avoir réussi ce petit concours.

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