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Je ne lui apprends rien…

Depuis le début je sais bien que ma fille a une drôle façon d'apprendre. Par drôle j'entends qui me surprend, non pas qui sort de l'ordinaire. J'extrapole et je me dis que tous les enfants apprennent de cette façon, c'est juste qu'on ne m'y avait pas préparée.

Très concrètement, elle apprend par bonds. Un jour elle ne sait pas. Quelques jours plus tard, elle sait tout comme une évidence. Les couleurs, un jour elle n'en connait aucune —mais bon je lui ai quand même montrer l'arc-en-ciel— et deux semaines plus tard, elle les connait toutes, comme ça d'un coup, sans en reparler avec moi avant. A sa demande, je m'amuse à lui écrire les jolis mots de MAMAN, PAPA, LOUTRE, MAMIE, … J'ai beau lui montrer maintes et maintes fois, elle n'en reconnait jamais aucun (ou alors, c'est un coup de pot en sa faveur), je laisse tomber l’idée pendant plusieurs jours. Et puis soudain, à la fin du dîner, elle nous dit : « Je vais chercher les dettes. » Les dettes ? Qu'est-ce que c'est que les dettes ? Elle revient toute joyeuse avec les lettres magnétiques qu'elle avait reçues à Noël, nous les collons ensemble sur le frigo* et je remarque alors qu'elle en connait déjà quatre !

Et puis le M, le « Mmm… Maman ! » comme dit l’adorable, elle le voit partout. Sur mon clavier, dans le petit serpent que je dessine à la peinture… oui, quand on retourne la feuille, ça fait bien un M… sur une conserve de marmelade. Enfin : partout ! Elle avait eu plusieurs mois auparavant un même coup de génie pour le deux. Le 2, le 2 l’avait frappée peu avant ses deux ans. Comme s’il flottait dans les airs. Là maman, deux dames. Voyez ici deux femmes qui marchent côte à côte dans la gare. Là maman, deux chiens. Là maman, deux chaises. Là maman, deux arbres… Les paires lui sautaient aux yeux.

Partie de pêche avec sa canne à pêche qu’elle a faite elle-même.

Et puis le trois ? Bah le 3, rien. Jusqu’à ce que j’ai l’idée de le construire à partir du 2. Trois, c’est deux plus un, et puisque le deux elle adore et le un la rend un peu triste… « Oh maman, eugade, il est tout seul, elle est où sa maman ? » Je crois que ça vient doucement. Elle compte un peu : « un, deux, trois, ça fait trois ! » mais le problème quand on avance à coup de coups de génie c’est que la maman qui est en face a un peu de mal à avoir confiance. Coup de génitera ou coup de génitera pas ? Et si elle faisait tous mais vraiment tous ses apprentissages de cette façon ? Ce serait franchement formidable. C’est magnifique de voir la compréhension apparaitre comme ça, sans effort, comme si de rien n’était, en parfaite autonomie. Mais toujours cette question affreuse : et si ça ne le faisait pas ?

Et puis j’ai mes petits coups de flip. Comme la petite loutre ne prend plus de poids, la petite loutre n’apprend plus de mots. Elle progresse, c’est sûr, sa prononciation, sa syntaxe, ça devient bon. Mais le vocabulaire, bah dès qu’elle oublie un truc je m’inquiète. Les animaux d’Afrique, oui, elle a oublié le rhinocéros et la girafe il n’y a pas si longtemps —finalement nous en avons rencontrés pleins, ça va mieux, ouf ! et puis les légumes… Je suis bien consciente qu’il est normal d’oublier, et je ne lui en veux absolument pas et d’ailleurs je pense que la loutre le sait bien parce qu’elle n’hésite jamais à me dire : « Je sais pas maman (comment) ça s’appelle ça ? » mais moi, de mon côté de maman, je ne peux pas m’empêcher d’y penser lorsque je me couche le soir.

Mais que cherche-t-elle ici ?

Evidemment, il y a toujours son petit éclair de génie hebdomadaire qui survient pour me faire sourire.  Je vous fais part de quelques unes de nos discussions :
« Oh maman, c’est quoi là ?
— J’appelle ça un cousin, c’est comme un moustique mais ça ne pique pas et c’est plus gros.
— Ca eussemble à bibilule.
— A quoi tu dis ?
— A un bibilule Maman !
— … (ici, je cherche à décrypter…) Ah ! Ca ressemble à une libellule ?
— Et oui. »
Dans ma tête, je sautille de fierté. Libellule ! Libellule ? Mais jamais je ne lui ai parlé de ça ! Je ne sais pas où elle a attrapé ce mot ! C’est incroyable !

Comme ça, sans prévenir, en jouant sur la banquette du camion :
« Maman, y’habite sur la Terre. Et Papa aussi. Et toi aussi. Tout le monde habite sur la Terre.
— Et le Soleil, il est sur la Terre ? (question piège, ah cette coquine de maman !)
— Non, la Terre tourne et hop c’est la nuit avec la Lune, elle tourne encore et hop c’est le jour. On voit le ‘leil. » 

Vous voyez un peu ? Elle apprend des trucs comme ça, aveuglément, inconsciemment. Maman-surpassement.

Après le noir omniprésent, petite passion pour le blanc…

Bon, je ne vais pas vous laisser comme ça sans vous transmettre de petites idées personnelles. Bah oui, ça fait quand même plus de deux ans que je connais la loutre, j’ai eu le temps d’élaborer deux-trois stratégies. Alors, si vous avez aussi un enfant ordinaire —j’entends pas là : comme l’adorable— voici comment adopter la bonne attitude pour les apprentissages.

Montrez les choses comme si de rien n’était. Vous pouvez attirer son attention avec un truc du genre : « Tiens, et si tu regardais ça… ? »
Surtout ! Ne le montrez qu’une fois. Ne pas rabâcher. Faut que ça paraisse na-tu-rel.
Demandez-lui subtilement s’il veut essayer de le refaire/redire/reproduire tout seul.
S’il refuse, hausser simplement des épaules.
S’il accepte, n’insistez pas pour qu’il le refasse plusieurs fois. S’il se trompe, n’en parlez pas. Si l’activité lui plait au point qu’il plonge dedans, éclipsez-vous sans faire de bruit…
S’il vous demande des précisions, s’il pose une question ou quoi : vous avez quand même le droit de sauter de joie !!! Youpiii !!!
Et puis ne lui reparlez plus du tout de tout ça avant qu’il ait lui-même décidé d’avoir son éclair de génie.

Et aussi : ne faites pas comme moi, ne stressez pas. :-)

____________________________
*C’est presque un choc culturel déjà de vous raconter ce souvenir…
A l’époque nous avions un FRIGO ????!!!!

Carlos Tinoco et l'intelligence

J'étais dans les rayons de la bibliothèque à la recherche d'inspiration. C'était écrit Psychologie sur l'étagère, juste avant Subconscient, même pas Psychologie Cognitive sinon c'était sûr l'Explorateur en me voyant m'aurait dit : « Ah non ! Pas encore ?! » alors j’évite. Mes yeux lisent et je ne les surveillais pas j’vous assure lorsqu’ils se sont arrêtés sur les mots intelligents. Deux fois dans le titre : Intelligents, trop intelligents. Ah ?… Et puis surdoués. Voilà, la machine à cogiter s’est remise en marche.

J’ai pris un autre livre du rayon, j’ai mis un livre par dessus l’autre pour faire mine de rien (oui, oui, François aime mes obsessions mais il ne me le fait pas toujours savoir) et j’ai passé les deux titres dans la bouche de la machine a emprunté les ouvrages. Et je l’ai lu très vite —celui de Carlos, avec curiosité au début et puis avec… un enthousiasme non mesuré.


Carlos Tinoco est enseignant de philosophie et psychanalyste. Il a été testé et confirmé HPI très jeune. Autrement dit : il a eu du temps et de la matière pour réfléchir au sujet. Qu’est-ce que la douance ? Pourquoi ? Comment ? Certain diront (peut-être comme l’Explorateur) un truc du genre : « Quoi encore un livre sur le sujet, c’est à la mode ou quoi ? » mais ceux-là ne savent peut-être pas que la douance est très mal définie, même par les experts du sujet, très mal comprise, même par les experts, et il suffit de lire plus d’un ouvrage sur le sujet pour s’en rendre compte. Donc, oui, un autre, et pas des moindres.

Je ne vais pas faire de faux suspens : le livre de Carlos Tinoco m’a beaucoup plu, parce qu’il a apporté une nouvelle pierre à mon édifice. Il est différent des ouvrages des psychologues ou des autres pseudo-psychologues qui ont décidé de traiter le sujet. Il n’a pas pour vocation de décrire le surdoué, ni d’apprendre à le reconnaître, ni même de donner des méthodes pour bien communiquer avec lui, le comprendre… Je dirais que le livre Intelligents, trop intelligents est une réflexion personnelle bien menée et bien écrite. Je l’ai lu en me plaçant d’égal à égal avec l’auteur et il me semble que c’est de cette façon qu’il faut aborder l’ouvrage. Non pas prendre Carlos comme un maître, pas comme quelqu’un qui est là pour vous apprendre quelque chose, mais comme quelqu’un avec lequel il est plaisant d’échanger sur le sujet de la douance et de l’intelligence parce qu’il s’est déjà formé une belle idée. Ce livre est donc à lire de la même façon que vous auriez pu lire ma propre Théorie de l’intelligence (parue en février 2016) ou avec le même recul dont vous auriez fait preuve pour écrire votre propre théorie. Evidemment, Carlos Tinoco emploie des termes psychanalytiques, il centre une bonne partie de son ouvrage sur l’éducation, mais que pouvons-nous y faire ? Ce sont ses métiers, on va pas empêcher à un tennis man de faire des métaphores avec sa pratique, n’est-ce pas ?

Dans le livre de Carlos il y a de la nouveauté. Est-ce d’ailleurs parce qu’il est enseignant et psychanalyste… ? Une nouvelle perspective, quelque chose que je n’ai lu chez aucun autre auteur : la question des règles implicites. L’éditeur parle d’un renversement de perspective et je ne suis pas d’accord. Ce n’est pas un renversement, non ce n’est pas cela et dommage parce que c’était vendeur, Carlos Tinoco parle d’un point très peu abordé lorsque l’on discute de la douance et le place au coeur même du problème. Ce que Carlos Tinoco appelle la Loi, il s’agit peut-être d’un terme psychanalytique mais il l’explique très bien, fonderait la différence entre une personne surdouée et une autre qui n’a pas cette caractéristique. Tandis qu’une personne dite normale l’intègre à son mode de pensée et de valeurs, le surdoué serait naturellement capable de la remettre en question et même de jouer avec elle.

La Loi n’aurait alors pas la même importance pour le surdoué que pour la personne normale (hein, je mets en italique parce que bon : qui est normal ? par là, j’entends ici non-surdouée) et ne pourrait donc pas lui épargner l’Angoisse de la mort. C’est psychanalytique, mais on en fait ce qu’on veut, je vous l’avez dit au début.

Je ne vais pas paraphraser Carlos parce qu’il raconte tout cela très bien dans son livre, je vais simplement donner un exemple proposé par l’Explorateur : Prenez une recette quelconque. Voici ce que François a observé lorsque je cuisine :
- Séparer les blancs et les jaunes
- Pourquoi ?
- Monter les blancs en neige
- Ca monte pas quand il y a les jaunes, c’est vrai que c’est ce qu’on dit, mais est-ce vrai ?
- Mélanger 150g de farine avec les jaunes.
- ??? (grosse interrogation de ma part… là, je suis perdue)
- Incorporer les blancs dans le mélange.
- Pourquoi cet ordre ? Pourquoi cette quantité de farine ?
- Ajouter le sucre en pluie.
- Pourquoi pas avec un puits ? Pourquoi seulement maintenant ?
- Tralala, la recette continue de donner ses ordres dans une anarchie totale…
- Et moi je lis tout très très calmement…
Ca se termine toujours pareil. Je fais autrement que ce qui est écrit. Et François s’arrache les cheveux.

Je ne suis pas certaine que cet exemple illustre exactement les propos de Carlos Tinoco mais je trouve de mon côté que ce n’est pas si mal trouvé. Et cette petite explication (la Loi, l’Angoisse, toussa toussa) répond à grand nombre de mes questions : pourquoi est-ce que je ne fais pas toujours comme tout le monde et que je suis véritablement paniquée lorsque je me retiens de faire autrement (quand je joue le jeu) et même lorsque je vois les autres répondre à cette Loi sans avoir l’idée d’y réfléchir en permanence ? Dans ma tête —et j’ai compris récemment que cela ne concernait quasiment que moi— toutes les possibles sont toujours possibles et non seulement celles qu’on, le monde ordinaire, te propose. J’appelle ça : remettre en question l’établi.

Voilà pourquoi dit-on que les surdoués sont trop, ou à côté. Ils ne vivent presque jamais dans l’établi.

J’ai aussi particulièrement aimé la façon dont Carlos se défait du tabou de la comparaison et de la classification. Il est simplement passé au dessus. Son raisonnement va au delà et c’est une belle bouffée d’air frais !

Cependant, j’émets ici une réserve, il me semble qu’il confond la cause et le fonctionnement. Autrement dit : je n’ai pas aimé son chapitre Inné ou acquis, il ne m’a pas convaincue du tout, et j’ai été bien gênée à chaque fois que ses propos y faisaient tacitement référence. Le fait que le surdoué soit capable de se placer à la hauteur de la Loi est pour Carlos Tinoco la cause de la douance, c’est ce processus qui ferait le surdoué, cette non inhibition dans les possibles. Ce n’est pas logique du tout, et cela fait un peu raisonnement qui se mort la queue. Quand j’ai lu ceci, je me suis posée la question suivante : mais alors, quelle est la première pensée, question, idée, hors cadre qui crée le surdoué pour ensuite lui fournir cette possibilité pendant la vie entière ? Et pourquoi lorsqu’une personne normale réussit à avoir une connexion hors cadre, ne devient-elle pas soudainement surdouée ?

Alors, non, je n’ai pas jeté le livre en disant : c’est n’importe quoi, c’est pas sérieux, patati patata, non, j’ai continué ma lecture et j’ai vraiment bien fait car j’ai lu une belle réflexion sur l’éducation, même si elle n’avait rien de novateur pour moi, et surtout une leçon de communication, leçon dont j’avais cruellement besoin. J’avais déjà trouvé une piste de réponse dans le livre de PetitCollin avec ce schéma :

mais, ce n’était ici qu’un principe de management, il n’expliquait pas grand chose pour moi et n’était pas toujours démontré par mon expérience. Carlos Tinoco dans le chapitre La folie de l’autre propose une idée bien plus complète et plus réaliste à mon humble avis.

Voyez deux personnes l’une en face de l’autre qui tentent de communiquer. Elles font appel à la Loi pour communiquer à propos d’un objet. Objet, action, sentiment… mettez-y ce que vous voulez. Grâce à la Loi, elles se comprennent. Moi, quand je vois les gens faire ça, je décroche. Je m’ennuie. J’angoisse. Pour moi, pour eux. Parce que voilà mon schéma de communication : Voyez deux personnes l’une en face de l’autre, qui observent un objet. Elles expriment chacune ce que représentent l’objet pour elles de façon à faire apparaître une Loi qui leur convienne. Voilà. Cela peut effectivement ressembler à une discussion centrée sur les croyances ou les valeurs ou même l'identité (comme le dit madame PetitCollin) mais non, ce n’est pas exactement ça. Ce que PetitCollin n’avait pas imaginé c’est que le problème est hors cadre. L’ordre ne s’établit que si on l’intègre parfaitement. Ce n’est pas un problème en pyramide, donc hiérarchisé, c’est une boucle qui est inversée.

Voici donc un article qui n’a pas pour but de vous présenter le livre Intelligents, trop intelligents — sans ponctuation cela veut bien dire ce que ça veut dire : ni question, ni réponse ; une réflexion qui s’aboutira à la lecture de chacun — mais de, peut-être, lancer une discussion sur le sujet. Alors, vous êtes prêts à entrer dans cette lecture ?

L'interview d'un Explorateur

J'ai cette envie depuis déjà un bon moment. D'interroger les gens que je rencontre, de les découvrir à travers des questions, de voir un peu de leur personne, de leur croyance, de leur découverte de la vie… tout ça à travers quelques points d'interrogation bien choisis. L'exercice me paraissait intéressant, aussi bien pour moi que pour les personnes qui accepteraient de se prêter au jeu.


Et François a accepté de participer. Ceci est donc ma première interview et je suis très heureuse de la partager aujourd'hui avec vous ! Il me paraissait évident de commencer par lui. Je ne savais pas s'il accepterait que l'on filme une vidéo de cette interview (je lui avais également proposé une interview écrite ou une podcast) et j'ai sauté partout lorsqu'il m'a affirmé être partant pour l'expérience !

François a répondu aux questions en direct, cette interview reflète parfaitement sa spontanéité naturelle, son assurance, ses hésitations, … et certaines questions lui ont posé bien du fil à retorde mais je crois qu'il a surtout admirablement assuré tout au long de la vidéo !

Lors du montage, j'ai coupé au mieux les passages où nous avions quelques soucis techniques (un appareil photo qui n'a plus de batterie, un soleil qui se couche, une petite loutre qui ne veut plus dormir, mon trépied artisanal qui refuse soudainement de tenir droit…), j'ai de plus passé une partie de la vidéo en noir et blanc pour contrebalancer le manque de lumière croissant, la soirée de l'interview avançant…

J'ai hésité à travailler davantage la vidéo, en ajoutant des titres ou des illustrations, mais ce travail supplémentaire nous aurait peut-être sensiblement éloignés de mon but initial : vous livrer une rencontre, sincère et simple.

Bon visionnage à vous !

Et si l'un d'entre vous désire à la suite de François, au grès de nos rencontres, se prêter au jeu, qu'il n'hésite pas à se faire connaître. J'ai déjà quelques cobayes dans le collimateur… ;-)


J’ai été prof particulier

Les débuts

Après l’obtention de mon diplôme (et même avant d’ailleurs), je ne me voyais pas du tout exercer en tant qu’ingénieur. On me demandait trop d’heures de présence, je n’aimais pas travailler dans un bureau et les sorties sur le terrain étaient trop rares, j’avais trop envie de bouger, de changer le monde entier et moi même et… j’attendais une petite loutre avec impatience. C’est ainsi qu’avant même d’entrer dans le bureau du DRH, je quittais la profession en ayant l’idée de devenir prof particulier.

J’ai toujours aimé expliquer, raconter, transmettre mes connaissances et apprendre d’autres choses chez les autres. Je pensais devenir prof de mathématiques alors commencer avec des petits cours particuliers me paraissait être une excellente idée. J’ai parlé de mon projet à un ingénieur qui travaillait avec moi avec lequel j’avais confiance et il m’a dit que l’une de ses amies avait choisi cette voie. « Elle n’a jamais exercé, m’a-t-il dit, elle donne des petits cours à Nantes, ça lui plait beaucoup. Et elle fait ça depuis 30 ans. » J’ai alors su que l’idée que je me faisais n’était pas complètement saugrenue et que c’était faisable. Et je n’ai pas eu peur.

J’ai commencé à être prof particulier à Grenoble. J’allais chez les familles à vélo, je donnais mon petit cours à des collégiens ou à des lycéens. J’étais payée en CESU 1h30 alors que je restais en moyenne deux heures avec les jeunes. Mais il faut dire que l’heure de cours était déjà tellement chère, et les cotisations doublaient tant la mise, que je n’osais pas demander les minutes supplémentaires aux parents. J’avais en retour quelques compensations. Un sirop offert lorsqu’il faisait chaud. Un bon chocolat au lait lorsque j’arrivais sous la pluie. Et puis, à la fin du mois je courrais après mon chèque et mes feuilles de paie. Je gagnais entre 300 et 500 euros par mois. Nous touchions le RSA activité pour compléter le loyer. Et nous mangions avec les sous de nos économies des années précédentes. J’étais assez contente de mon choix mais je sentais bien qu’il y avait quelques ajustements à apporter pour que ma situation professionnelle devienne viable.

Le vélo à Grenoble… Ah, c’était la belle époque… !

Et puis j’ai été arrêtée subitement à mon huitième mois de grossesse. La sage-femme m’a donné une fiche d’arrêt de travail (à quel employeur allais-je l’envoyer ? la fiche a disparu dans un dossier…) en me conseillant fortement d’arrêter le vélo. J’ai suivi son conseil et d’un coup mon petit ventre m’a paru bien louuuurd. Je ne sais pas si j’étais fatiguée sans le savoir ou si l’arrêt soudain d’activité m’a démotivée mais ce n’était qu’à partir de cet arrêt que j’ai senti le poids ma grossesse.

Et puis l’Explorateur a trouvé du travail. Nous avons déménagé en pleine cambrousse. Et il fallait bien que je recommence à travailler à ma façon parce que je déprimais à ne rien faire.

La reprise en auto-entrepreneur

J’ai décidé de continuer à donner des cours, en mettant en place quelques ajustements.

Je ne voulais plus courir après chaque parents pour qu’il daigne me payer ou déclarer mes heures de travail. Je ne voulais plus expliquer maintes et maintes fois que oui c’était normal de payer des cotisations, la différence entre salaire net et salaire brut, que si je travaillais plus d’un mois pour eux je voulais signer un contrat. Etre employée par les particuliers, sans convention collective, sans aide de l’URSSAF, c’était vraiment trop précaire pour moi. Dans l’esprit des gens, je n’étais pas une vraie professionnelle, et ça ne me convenait pas.

J’ai alors créé mon entreprise, je me suis inscrite en tant qu’auto-entrepreneuse. J’ai fixé un tarif fixe (que le cours dure 1h ou 2h, le prix ne changeait pas… Je pouvais dépasser sans me sentir arnaquée), et je déclarais moi-même mon chiffre d’affaire, je payais moi-même mes cotisations. Lorsque j’étais employée par des particuliers, je n’ai réussi à ne débloquer aucun droit, ni sécu, ni droits à la formation, ni congés payés, … RIEN ! Non, je n’avais jamais assez d’heures effectives. En auto-entrepreuse, tout a changé. Formations : OK. Sécu : OK. Congés : quand je voulais. Et puis cela m’a permis de rendre mon activité encore plus professionnelle en proposant les cours dans une salle particulière, chez moi —ce qui n’était pas possible en service à la personne, équipée d’une belle table, d’un tableau et de mon ordinateur. C’était effectivement le bon plan.

Voici la salle d’étude.

Pour trouver mes clients, suivant mon expérience de la ville, je me suis inscrite sur des sites d’annuaire pour cours particuliers pensant toucher les parents intéressés de cette façon. J’ai fait un petit blog pour expliquer mon activité aux parents qui me chercheraient sur internet. J’ai fait des cartes de visite. Et j’ai fait une pancarte que j’ai plantée devant ma maison. 80 % de ma clientèle m’a connue grâce à cette dernière ! Avez-vous retenu ce détail en lisant mon article ? J’avais déménagé en pleine campagne. Ici, c’est le bouche à oreille qui compte le plus, puis les pancartes que les gens voient sur leur chemin. Les jeunes passaient avec le bus scolaire juste devant chez moi, ils voyaient tous ma belle pancarte. Je créais, non pas le besoin, mais la solution à leur problème. Parents et jeunes attrapaient mon numéro de téléphone en passant, ou le récupéraient d’un ami qui leur disait : « Tiens, j’ai vu cette affiche en faisant du vélo là-bas, c’est pas loin. » 

Je ne sais pas si c’est universel, mais c’est un conseil que je vous donne : si vous comptez créer une activité en zone rurale, n’hésitez pas à investir dans une belle pancarte.

La première année, mon activité a eu un peu de mal à se lancer. Je ne connaissais personne, personne ne me connaissait, et ma pancarte n’avait pas encore bien étendue ses bras influents. Avec le travail de l’Explorateur, nous n’avions pas de souci matériel et j’en ai profité pour écrire mon premier roman. (L’avez-vous déjà lu d’ailleurs ? Si ce n’est pas le cas, n’hésitez pas surtout pas, il est super ^^) Pour la rentrée de l’année suivante, j’avais déjà 5 réservations ! Le temps avait fait son oeuvre, et les quelques élèves satisfaits de l’année passée m’ont bien aidée.

En retirant mes cotisations, je gagnais cette année scolaire entre 500 et 600 euros par mois. Ce n’est certes pas beaucoup mais pour un travail effectif de 10h par semaine environ, des tarifs très raisonnables pour les parents, je pense que ce n’est pas mal. J’ai refusé quelques élèves pour me garder du temps libre pour m’occuper de ma fille et rêvasser. Oui, je ne le cache pas, je rêvasse toujours beaucoup…

Mon travail avec les apprenants

Pour me former à la pédagogie et pour ne pas être en décalage avec ce que vivent les collégiens et les lycéens, je lisais beaucoup, j’ai commandé plusieurs numéros des Cahiers Pédagogiques, j’inventais des exercices originaux que je testais sur les élèves volontaires. Mes relations avec les jeunes qui venaient travailler avec moi étaient en général très bonnes. Il n’y a qu’avec trois d’entre eux que je n’ai pas bien réussi à travailler et je le mets sur le compte de mon inexpérience. Et puis j’ai eu d’excellente surprise. Des parents qui me disent que j’ai été d’un soutien formidable. Un petit mot de la part d’un jeune qui dit : « Vous êtes la meilleurs prof de français que je n’ai jamais eu. » De belles surprises qui donnent l’envie de continuer sur cette voie.

Lors de mes cours, je faisais autant de psychologie et de philosophie que de maths ou de français. J’ai rapidement remarqué que les difficultés des élèves déjà grands (collège ou lycée) ne sont pas seulement au niveau de la compréhension ou dues à une lacune, il leur manque souvent une attitude ou une liberté qu’ils ont oublié de prendre ou d’apprendre. Alors je verbalisais. Oui, je verbalisais énormément. Et d’entendre parler d’eux avec tant de sincérité et avec si peu de jugement les aidait énormément. C’est pour cela que m’est venu cette idée : si à l’avenir je reprends cette activité, je me formerais à l’hypnose auparavant. Il me manquait souvent beaucoup de compétences dans ce domaine pour aller jusqu’au bout des problèmes.

Faire de l’hypnose en cours ? Oui-oui, c’est une idée très sérieuse :-)

En prenant conscience de ce fait, j’ai peu à peu laisser tomber les programmes de connaissance que je pensais travailler avec les élèves (de toutes façons, je n’avais pas pour vocation de remplacer l’école) et j’ai beaucoup travaillé sur les états d’esprit que les élèves adoptent en travaillant, sur la notion de vitesse et de rythme, sur la façon de retenir et de faire travailler son corps pour apprendre… En tant que prof particulier, je ne travaillais pas sur la connaissance ou la compétence en elle-même, mais sur l’environnement de l’apprentissage que les élèves en difficulté n’arrivent pas à s’approprier. Et une fois que j’avais compris cela, j’ai trouvé une place légitime dans le triangle professeur - élève - parent. Je ne prenais la place de personne et j’étais utile.

Etre prof particulier a été pour moi une belle expérience. Un beau début dans la pédagogie, dans la relation avec les jeunes apprenants, qui mériterait d’être approfondie. Pour la suite de mon avenir professionnel, je ne sais pas encore si je compte devenir enseignante dans une école indépendante ou si je continue sur cette voie pour soutenir les élèves qui rencontrent des difficultés. Je compte profiter de l’année qui vient pour murir mes idées.

La très petite école à la maison

J'ai une fille qui n'a même pas trois ans et qui me tanne avec l'école. Je ne sais pas d'où ça lui est venu. « Moi, je weu monter dans l'bus pour l'école. » Ca a commencé comme ça vers ses deux ans. Et puis, au fur et à mesure que sa parole s'est étoffée, il n'était plus possible de passer à côté du sujet. «  Nounou emmène moi à l'école Maman ? » Alors quand nous sommes passés à côté d'une école maternelle, je lui ai proposé d'aller voir. Nous avons regardé par les fenêtres, nous avons longuement observé les enfants qui jouaient dans la cours. Certains sont venus nous saluer à travers leur grillage. « Elle a quel âge ? Elle s'appelle comment ? Elle veut aller à l'école ? » Leur jugement fut sans appel et l'adorable l'a bien retenu : « Elle est trop petite pour venir. »  Dit par des enfants qui connaissent de toute évidence bien leur sujet, c'était irrévocable. Nous fûmes tranquilles un moment.

Et puis, la loutre grandissant, l'idée dans sa tête murissant, un jour j'ai entendu très très distinctement : « Maman, moi bientôt je suis assez grande pour aller à l'école. » Elle ne connait pas le futur (vous aurez peut-être remarqué ?) mais la notion du temps, des choses qui vieillissent grandissent et changent, commencent à toquer à sa conscience. Et c'est une idée qui tourne dans ses jeux. Les playmobiles s'installent dans leur voiture. J'entends des petites phrases du genre : « Le garçon est assez grand, il va à l’école avec sa maman. » (Je corrige ici ses erreurs de prononciation) Et cette révélation qui lui est venu petit à petit, elle me l’exprime régulièrement, à mon plus grand désespoir.

Car voyez-vous, à l'école, même assez grande comme elle dit, elle n'ira pas.

Déjà parce bon, c’est assez facile à comprendre, on va vivre dans un camion. On va se déplacer très régulièrement. On va être nomade un petit moment. Déjà il est bien difficile de faire entrer son enfant dans une école située à deux rues de plus que l’école à laquelle on est rattaché, il me semble absolument inconcevable que les écoles acceptent de recevoir une petite fille rien qu’une petite semaine pour ensuite la voir partir vers une autre ville. J’ai pas essayé de demander, c’est vrai, mais à vrai dire je n’y tiens pas beaucoup.

Il y a une autre raison. Nous avons décidé son papa et moi de faire l’école à la maison. L’instruction en famille, et d’organiser notre vie et notre carrière professionnelle avec ce paramètre. Ca, je l’ai maintes et maintes fois expliqué à la petite loutre. Peut-être pas très bien expliqué, parce que ce qu’elle voit, elle, c’est que tous les enfants vont à l’école. Elle ne comprend pas pourquoi elle en serait exclue.

D’ailleurs, si vous avez la référence d’un livre qui parle de l’école à la maison aux tous petits, je suis preneuse. Les livres disent la vérité, contrairement à maman dont la parole est (trop) souvent mise en doute. Ca m’aiderait beaucoup…

En pleine sortie scolaire pour apprendre le lichen, les crottes de lapin et le cycle de l’eau…

La petite solution que j’ai proposée à l’adorable ces derniers jours pour lui faire plaisir c’est de lui proposer de faire… l’école avec maman. L’adorable a donc un cahier de travail super beau avec des étoiles qui brillent sur la couverture, un porte mine rose fluo choisi par elle, un petit sac à dos et nous partons ensemble quelque part —dans le jardin, sur la banquette du camion lorsqu’il pleut, sur un chemin… quelque part quoi— et on fait l’école. C’est à dire qu’on fait exactement ce qu’on fait d’habitude mais ici dans un temps donné et officiel qu’on appelle l’école.

Voilà, on commence la très petite école à la maison.

Bon, alors, qu’est-ce qu’on fait dans cette école ? On dessine des fleurs et des bonhommes, on fait de la peinture. Maman propose des activités intellectuelles genre mettre les barres rouge et bleu dans le bon sens, lire quelques lettres, bien prononcer certains mots.

Alors, je me demande, on fait quoi à l’école maternelle ? J’espère qu’on ne passe pas à côté d’un truc méga super qu’elle aurait fait à l’école mais dont elle ne verra pas la couleur parce qu’elle reste avec nous. En ce moment, la petite loutre est en plein dans le langage. Elle veut accorder au passé, conjuguer le on, le nous, le vous. Comprendre une bonne fois pour toute cette histoire de il ou de elle. Elle ne cueille pas une fleur (Mais non maman ! Rho !) mais une pâquerette ou un pissenlit (^^) Mais compter, oh bof à quoi ça sert ? C’est juste pour lancer une course, non ? Deux trois quatre six partez ça suffit n’est-ce pas ? Ah mais les lettres, ça c’est super ! Le J c’est un parapluie mais le B une paire de lunettes, par contre je sais que c’est comme bébé et bateau. M-aman, P-apa, E… comme F-rançois ? — Merci les petits gâteaux au chocolat avec les lettres dessus, je ne pensais pas qu’on pouvait apprendre aussi vite !

Je trouvais qu’avant deux ans, l’instruction c’était vraiment facile. Maintenant que la petite loutre approche des trois ans, je me pose plus de questions. Je veux garder notre dynamique, apprendre naturellement, tous les jours, avec tout, mais… oui mais… je crains d’oublier certaines choses. Je crains de ne pas lui présenter ce qui aurait pu lui plaire. A l’école, le problème aurait été le même, c’est sur, mais ici c’est moi qui est responsable.

Cette responsabilité de l'instruction, je compte bien la surmonter, et avec plaisir et conscience. Je vois passer sous mes yeux des projets de loi, et d’autres trucs qui se passent au ministère de l’éducation. L’interdiction de l’instruction libre (euh… c’est pas un droit fondamental garant de la liberté d’un pays ?), les tests de compétences à l’égard des enfants instruits librement… Des petites choses par le nombre d’enfants concernés au final, mais des choses qui peuvent avoir des répercussions énorme sur la liberté globale de notre pays et donc, sur l’ensemble des enfants de la république, n’est-ce pas ?

J’observe ma fille et je vois ceci : Elle ne sait pas compter jusqu’à cinq mais connait plusieurs espèces de fleurs et d’oiseaux. L’instruction libre, c’est cela. C’est se dire que savoir compter c’est très important, c’est vrai, mais que toute la vie mérite d’être connue. C’est se dire qu’on ne va pas empêcher un enfant de connaître les différentes parties d’une fleur (pétales, tige, coeur, feuille,  bouton…) parce que les chiffres « C’est trop dur maman. » Et je sais que c’est ce qu’on fait pourtant avec les enfants à l’école. A l’école de la République je dis bien.

Qu’elles sont belles ses bouclettes !

Alors, oui, je campe sur mes idées. Elle n’ira pas à l’école. Elle apprendra autrement. Et j’espère qu’elle sera heureuse quand elle aura compris notre choix

(Ah ! Je hais l’accord des couleurs en français, ça me fait toujours trop réfléchir pour pas grand chose… Pour les barres, on accorde ou pas ? C’est qu’il y a bien deux couleurs distinctes, mais les barres sont à la fois rouge et bleu, il n’y a pas des barres rouges d’un côté et des barres bleues de l’autres… sans que c’est un outil qu’on peut regarder dans les deux directions. Et quand on regarde parallèlement aux barres, il y a bien rouges les nombres impairs et bleus les paires. Une galère à accorder ça !) 

Parler de la douance adulte

J’ai lu il y a quelques jours l’article de Line à propos de la douance adulte. Je partage entièrement son besoin. La douance est un sujet que je commence à bien connaître il me semble. J’ai lu, beaucoup (énormément, au point d’en écoeurer mon compagnon… enfin, j’ai lu) sur le sujet. Des articles de presse, des livres de psychologues et d'autres, des vecteurs d’idées reçues, de fantasmes, des informations précieuses, des explications à ne pas manquer. J’ai fait lire aussi. J’ai discuté. Dialogué longuement. Et malgré tout, j’ai toujours ce besoin intense de rencontres, de partages, de confrontation presque. La douance, je voudrais à la fois la crier dans la rue et l’oublier. Et oui, je regrette que les adultes doués ne parlent pas davantage. Je voudrais entendre les adultes doués ordinaires.

J’ai déjà écris quelques articles qui traitaient de points qui me paraissaient en lien direct avec la douance et pourtant, j’ai beaucoup hésité avant d’utiliser le label « vivre douée » sur ces articles, ne sachant par toujours de façon pertinente ce qui appartient à la douance de ce qui appartient simplement à moi-même en tant qu’être humain de l’espèce humaine.


Parler de la douance des enfants, c’est facile. L’enfant ne parle pas de lui-même, c’est l’adulte toujours qui le décrit. L’enfant, s’objective facilement, l’adulte beaucoup moins. Cette part de subjectivité me dérange toujours beaucoup. Qui saurait partager chacun de mes mots entre ceux qui appartiennent à la douance et ceux qui sont plus communs ? Sans vouloir décrédibiliser une quelconque différence entre ceux qu’on reconnait comme HPI et les autres (ce serait hypocrite), je pense qu’il ne faut pas oublier que cette différence est intérieure. Ce n’est pas seulement qu’elle ne se voit pas, c’est surtout qu’elle est entièrement incarnée dans l’individu. La façon de penser, de percevoir le monde, de sentir et de bouger, la différence est dans toute son intensité — et en même temps elle est ridicule. Vivre pompier. Vivre pianiste. Est-ce que chacun de leur geste ou de leur pensée sont-ils si différents que cela ? Lesquels méritent-ils d’être dits en tant que pompier ou pianiste ? N’appartiennent-ils pas simplement à celui qui les dicte, seulement pour sa part d’individu ? Et n’y a-t-il pas tant de vies de pianistes différentes qu’il y a de différences entre un pianiste et un pompier ?

Je crois avoir compris que la douance est avant tout une différence microscopique. Elle est dans mes cellules nerveuse. Une histoire de myéline. Alors, ce qui en ressort finalement, ce que je peux en dire une fois vécue… ? Ce que j’aurais le droit d’en dire. Ce n’est pas seulement une histoire de mesure de QI, je veux avant tout parler ici du vécu. Ma légitimité est bien douteuse.

Ce manque de légitimité je le ressens à nombre de mes lectures. Lorsqu’on les décrit, lorsque je lis les questions qu’on pose « aux surdoués » : est-ce que vous avez… est-ce que vous ressentez ça ou ça… ? ; je ne sais pas très bien si je n’ai rien compris à la vie ou si ma conscience m’a déjà menée bien loin-loin du commun des mortels. Je suis en contact avec des généralités qui, de façon bien certaine, ne m’appartiennent pas. Je crains de produire le même malaise en m’exprimant sur le sujet.

Et malgré tout, je partage de regret de Lise. Comment se construire sans exemple ?

J’ai appris il y a quelques mois à peine, au hasard de mes lectures, que le terme de surdoué (et les autres appellation) existait. Il m’avait échappé pendant des années par un curieux hasard, des circonstances presque douteuses. Alors, je ne le cache pas, depuis que je l’ai découvert, depuis que j’ose en parler autour de moi à mes amis — qui, de façon tout aussi curieuse, connaissent ce mot de façon très personnelle — j’ai l’impression de me redécouvrir. Oui, parfois ce qu’ils me disent ne n’appartient pas, parfois ce que j’exprime ne leur parle pas, et je me dis que ce qui semble être à la douance ne l’est pas finalement, mais ces exemples m’enrichissent à un tel point que je regrette parfois de ne pas l’avoir su plus tôt.

Finalement, douance ou pas vraiment douance, le partage est la clef, n’est-il pas ? Cet article m’est venu en tête (bien mieux qu’écrit ici, je le regrette) en lisant Nietzsche et je me suis alors demandée si cette anecdote pouvait être intéressante. Lorsque je lis je pense beaucoup, comme si je marchais en solitaire. Mes yeux se déroulent sur les lignes, mes pensées les entendent mais n’en font qu’à leur tête. Elles travaillent de leur côté, seulement rythmée par la musique du livre que je lis. Autant vous dire, que du livre je ne retiens pas beaucoup… Enfin, moi j’ai l’impression de tout en savoir, comme si je l’avais lu avec mon être le plus profond. Je pense comprendre parfaitement Nietzsche mais je serai incapable de vous citer le moindre passage (hors relecture). Je rédigeais mentalement cet article en lisant ce livre de la bibliothèque et je me suis alors soudainement bien rappelée que la douance était avant tout une question d’intensité.


La douance ne se discute pas finalement, elle ne s’échange pas non plus, elle s’évoque.

« Dans tout ce qu’on élude et tout ce qu’on nie, on trahit un manque de fécondité : au fond, si nous étions de la bonne terre, nous devrions ne rien laisser perdre sans l’utiliser, et voir en toute chose, tout événement, tout homme, un engrais, une pluie, un rayon de soleil bienvenus. »
Opinions et sentences mêlées, Nietzsche.

Alors, n’hésitez pas. Moi je vous écoute avec grand intérêt.

Ma fille a une carie…

Ma fille se brosse les dents. Elle me dit qu’elle a fini, je trouve que ce fut un peu rapide. C’est que j’ai pris une bonne résolution depuis trois jours : penser à son brossage dentaire deux fois par jour, et ne pas oublier ! Alors je prends ça très au sérieux. « Ouvre ta bouche, ma loutre, je vais regarder. »
Ouf, la louloute en question ne s’est pas transformée en relouloute pour l’occasion, elle ouvre grand la bouche pour me laisser voir l’affaire.

Et là, au beau milieu de sa molaire, un point noir. Bien rond. Avec un petit reflet brun.

Pas de panique.
« Tu as oublié un grain de myrtille sur ta dent. Je le brosse ? »
J’ai l’autorisation de la poulette. Je brosse.
Il ne part pas.
Je brosse.
Il ne part pas.
Pas de panique.
Je prends ma brosse à dent de grande (et si elle brossait mieux ?) et je rebrosse encore cette petite dent toute blanche à point noir.
Le point ne part pas.

J’essaie de le faire partir avec un cure-dent. Avec le chas d’une aiguille, mais rien n’y fait.

Comment passer en moins de deux minutes d’une maman confiante à une mère indigne ?

Mais pourquoi pourquoi ma fille a-t-elle une carie ? Elle n’a que deux ans même pas et demi ! Mais comment peut-elle avoir une carie, déjà ?!
Mais pourquoi n’ai-je pas pensé à ma bonne résolution avant ?
Mais pourquoi l’ai-je laissé se brosser les dents seule jusqu’ici ??
Mais pourquoi suis-je aussi stupide ?

Oui c’est vrai qu’elle grignote parois dans la journée. Des trucs sucrés en plus. Mais quand même, on mange plus de fruits que de confiseries à la maison… C’est vrai que son papa est ultra sujet aux caries. J’aurais dû me méfier. J’aurais dû y penser ! J’aurais dû réfléchir ! Mais à quoi me sert mon cerveau ???

Deux jours auparavant, à peine, au lieu d’accueil parents-enfants de mon petit coin de France, on avait justement parlé des dentistes pour enfants. Des super dentistes qui ne font pas peur à nos pitchouns. Qui expliquent tout. Qui prennent le temps. Qui ne font pas mal… Ni une ni deux, je me jette sur mon téléphone et je demande le nom du dentiste en question à l’animatrice qui nous en avait parlé.

Le lundi, j’ai un rendez-vous pour dans huit jours. J’ai l’impression de rattraper mes fautes, doucement. Enfin, ne t’inquiète pas adorable petite loutre, il va te soigner. Sur internet, je lui montre le cabinet, la tête du dentiste avec lequel elle a rendez-vous, elle est très contente de pouvoir y aller ! J’ai l’impression de la tromper.

Et puis nous allons dans un magasin. Je vois une belle barre de céréales bio avec des fruits secs et des graines complètes et tout et tout, ça a l’air super ! J’en achète une pour moi, une pour la loutre, une pour son papa quand il rentrera. Nous la mangeons dans la voiture.

Dans ma tête : « Elle est hyper sucrée cette barre… Des graines enrobés de sucre… Hum ! Le paradis des caries ! Et en plus, ça colle aux dents ++, ah… C’est la dernière. Après, je ferai attention. Je ne donnerai plus que des pommes à l’adorable… »

Et en entrant à la maison, je regarde encore cette petite carie, histoire de me faire un peu de mal, encore.

Et vous savez quoi ?

Le grain de myrtille était parti !



N’empêche, les dents c’est du sérieux. N’hésitez pas si vous manquez d’infos sur le sujet, à éplucher toutes les pages internet, comme je l’ai fait ce week-end, et à demander conseil.

Deux brossages par jour, maintenant, nous nous y tenons !

Couper le cordon

Depuis qu'il vit avec nous, ça a toujours été comme ça. On ne peut pas faire quelque chose sans qu'il approche son museau du placard dans lequel on farfouille, du stylo avec lequel on écrit, du gâteau qu'on est en train de manger. Il est curieux, il veut tout faire avec nous et surtout : il ne veut jamais être seul ! C'est une chance pour lui, je travaille à la maison. Seul, il ne l'est quasiment jamais. En peu de temps il a parfaitement su nous faire comprendre que la solitude lui était intolérable. Des livres déchiquetés, des feutres dégoulinants sur le parquet, des portes défoncées, des pots de fleur renversés, des matelas éventrés… Nous avions peu d'affaire dans la maison et c'est tant mieux. Avec lui, nous en avions toujours un peu moins. L'ennuis et la panique le prenait, et s'en était fini de l'ordre apparent. Il arrivait même parfois, dans sa folie, à se blesser.

Petit à petit, nous avons su nous absenter un petit peu sans revenir avec la maison saccagée. Des astuces. Une cage de transport pour le maintenir loin de tout, un petit enregistrement de la loutre et de moi pour le garder calme et serein en notre absence. Il fallait faire très attention à ne jamais garder aucun objet proche de sa cage car il trouvait toujours le moyen de l'attraper pour en faire des confettis (quitte à se blesser le museau !). Des jeux toujours plus longs pour le fatiguer. Des sorties. Du dressage. Mais en fin de compte, nous n'avions jamais vraiment régler le problème.

Jedi ne sait pas être seul.
Sans nous, il devient fou.

Comment ne pas s'attacher ? Il est tellement miiiignoooon !

Je me souviens très bien de ce jour où j'avais décidé que s'en était trop : il ne dormirait pas avec nous cette fois. Nous avions depuis plusieurs jours abordé une séparation en douceur. Les choses s'était bien passées mais était venu le moment pour nous de fermer la porte entre lui et nous. De le laisser pour la nuit dans une pièce, et l'Explorateur et moi dans une autre. François n'était pas présent ce soir là, c'était à moi de coucher la bête. Bête plutôt intelligente qui avait très bien compris ce qui se tramait pour la nuit. Il s'était couché sur notre lit (chose qui est notée interdiction absolue pour lui !) et refusait obstinément d'en sortir. Je l'avais déjà poussé plusieurs fois mais à chaque fois il revenait sur le lit avant que j'ai le temps de l'attraper et de le diriger dans sa pièce. Je m'énervais. Il s'énervait aussi. Cette histoire allait mal finir… Jedi était encore petit à ce moment là, mais il était déjà plus fort que moi.

Ce que j'ai fait ce soir, je ne sais pas très bien si c'est bien ou mal. Toujours est-il que ça a fonctionné. J'ai pris un vaporisateur d'eau pour les plantes et j'ai visé mon chien avec jusqu'à ce qu'il décide de fuir dans la pièce où il devait dormir. Ce fut une scène assez loquace. Moi, avec mon petit vapo, courant après un chien qui se carapate comme il peut à travers toute la maison…

Une fois qu'il fut sans sa pièce, nous ne l'avons plus entendu de la nuit. Et nous n'avions plus eu le moindre problème pour le coucher.

Cette fois là, j'ai usé de violence et d'intimidation pour éduquer mon chien. Je n'en suis pas fière, pas fière du tout même, mais je me suis trouvée comme les parents qui ne savent pas faire autrement avec leurs enfants. Je ne savais pas comment faire, et je ne le sais d'ailleurs toujours pas.

J'ai toujours su qu'il y avait un problème avec Jedi. Un chien qui se met véritablement dans tous ces états dès que ses maîtres s'absentent, ce n'est pas normal. Nous ne lui demandions pas de rester toute la journée seul, toute la journée à s'ennuyer sans nous mais seulement d'accepter de vivre à plus de 4 mètres de ses maitres. Je pense que ce n'est pas trop demander à un chien de bientôt deux ans…

On pourrait dire qu'il me menait par le bout du nez ce chien. Ne me laisse pas seul, sinon je casse la baraque et je me rends malade. J'alerte les voisins et je te fais culpabiliser pendant des jours et des jours. On pourrait effectivement penser les choses de cette façon. Et pourtant, nous avions un chien assez bien dressé. Qui sait respecter les règles de la maison. Qui attend gentiment qu'on lui dise « Ca y est, tu peux te jeter sur ta gamelle de nourriture… ». Qui s'assoit quand on lui demande. Qui apprend des ordres plus complexes aussi, comme de sauter un banc, puis de passer entre mes jambes, puis de s'allonger à mes pieds, puis de s'assoir et de faire un tour sur lui même et le tout avec le sourire. Et puis les histoires de dominants/dominés, je n'ai jamais accroché. Ca ne fait pas parti de mon monde.

Mais nous n'avons jamais su comment faire pour régler ce problème. Eduquer un chien, ce n'est pas seulement lui apprendre deux ou trois tours, c'est faire en sorte qu'il partage une vie sereine et équilibrée avec ses maîtres. Et ça, ce n'était franchement pas réussi.

Alors quand nous passons plusieurs nuits dans le camion et que mon très cher canidé m'empêche de dormir plusieurs nuits de suite… tu vois ? Parce qu'il reste une place pour lui au pied de notre lit et que c'est franchement mieux que de rester dehors… je me suis fâchée. Je me suis fâchée et j'ai surtout compris.

Si mon chien était comme ça, incapable de rester autonome une ou deux heures d'affilées, c'était entièrement de ma faute. Comme il est toujours dans mes pattes, je suis aussi toujours dans les siennes. Au moindre sifflement de sa part, je vais m'assurer que tout va bien pour lui. J'ai peur qu'il ait faim. Qu'il ait froid. Qu'il s'ennuie. Qu'il oublie quelque chose qu'on lui a appris. Et de fil en aiguille, qu'il casse quelque chose.

Pourtant, c'est un chien adulte, rustique, intelligent, avec de bons réflexes naturels, que j'ai à la maison. Un chien qui s'endort dans la neige. Un chien qui peut courir des kilomètres et des kilomètres devant mon vélo. Un chien pas agressif pour un sou, mais avec des crocs aussi longs que mon petit doigt. Comme un loup, mais attentif à ma voix.

J'étais comme les mamans qui ne savent pas lâcher leurs bambins. Sauf que moi, c'était mon chien.

Alors cette semaine, j'étais résolue à couper le cordon. Est-ce qu'il reviendra toujours à mon pied ? Est-ce qu'il m'écoutera encore ? Est-ce qu'il m'aimera toujours ? Des questions que j'ai remis à plus tard. Pour que tout le monde se mette bien dans ses baskets. On verra bien. Le principal dorénavant, c'est qu'on aborde une relation vraiment équilibrée.

Il se prépare pour la course…

Ce soir-là, le soir où les choses se sont faites, Jedi dormait dans sa cabane à l'extérieur du camion. Sans cela, il grattait contre la carrosserie jusqu'à ce qu'on lui permette de rentrer… Et Jedi avait bien compris que lorsqu'il grattait le fond de sa cage, cela me réveillait. Et il me réveillait à intervalles réguliers, jusqu'à ce que je cogne doucement contre la vitre et que je lui dise : "Roh, dodo maintenant !" A intervalles parfaitement réguliers, il m'entendait et il se recouchait paisible. Et moi, je mettais longtemps à me rendormir…

Et puis je suis sortie le voir. Mais qu'est-ce qui n'allait pas à la fin ? Je l'attache au camion et je positionne sa cage contre la carrosserie pour protéger notre camion de ses attaques. Et il pleure à n'en pas finir. Il cogne un peu le camion pour me réveiller. Il pleure encore. Mon coeur battait la chamade. J'avais peur qu'il finisse par casser quelque chose. Je l'entendais pleurer. Il était impossible de dormir dans ces conditions.

Alors je suis ressortie. C'est aujourd'hui, me suis-je dit. C'est aujourd'hui ou jamais.

Et je me suis fâchée. Rouge et noir. J'ai crié sur lui. J'ai dit des gros mots (oh my God !). J'ai tapé contre sa cage. J'ai répété maintes et maintes fois ce mot qu'il comprend : Non, non, non et non ! J'ai crié encore. Il fallait me voir. En furie. Sous la lune. Au milieu d'un champ. A crier contre un chien qui ne comprenait rien à ce que je disais.

Il a penché la tête sur le côté par intérêt. Il a senti mes mains. (mes mains ont-elles une odeur spéciale quand je suis en colère ?) Et quand j'ai ouvert sa cage, il est entré dedans. J'ai fermé sa porte et je suis allée me coucher.

Je l'ai entendu pleurniché quelques secondes et puis ce fut le silence.

Je vais tout vous avouer. Dans ce silence, je me soudain demandée s'il allait bien… Comment ça se fait qu'il ne dit plus rien, mon chien ?

Et puis je me suis retenue d'ouvrir la fenêtre pour voir ce qu'il faisait. J'ai fermé les yeux. Et j'ai dormi.

Depuis, je l'ai laissé plusieurs fois seul dans la maison. Plusieurs fois seul près du camion. Plusieurs fois détaché lorsque nous étions arrêtés dans un lieu isolé. Tout n'est pas parfait, évidemment. Cette nuit je l'ai laissé dormir en dehors de sa cage et nous avons trouvé des traces de pattes sur la carrosserie ce matin. Mais il n'a pas fait de bruit. Il n'a pas gratté. Il n'a pas voulu me réveiller.

Oui, je n'ai rien fait d'extraordinaire. J'ai crié mon angoisse, ma fatigue, toutes les pressions que je me mettais sous la lune. Et j'ai décidé d'en finir avec cette relation épuisante.

Et mon chien devient un chien normal je crois.

J'ai coupé le cordon.

Visite de Colmar avec le loulou.

Une question d'intensité

Calculer l'intensité

L'intensité en physique désigne une quantité de trucs répartis sur une surface ou un temps. Par exemple, l'intensité électrique est une quantité de charges traversant une section donnée en une seconde. L'intensité sonore (acoustique) quant à elle est la puissance d'un son répartie sur une surface. On peut remarquer facilement, qu'à puissance égale, plus la surface est grande et plus l'intensité sera faible. La puissance est davantage répartie sur une grande surface alors qu'elle est plus condensée sur une petite surface. Il en est de même avec l'intensité électrique. A charge égale, l'intensité sera plus faible si on dispose de davantage de temps pour la faire circuler.

La notion d'intensité est également utilisée en économie. J'ai déjà vu l'expression « intensité capitaliste ». Ici au lieu de répartir mathématiquement le truc sur une surface ou un temps—enfin, dans ce cas précis faut pas tergiverser : le truc c'est l'argent — on le répartit sur un nombre de personnes. On fait d'autres calculs aussi, mais je ne comprends pas très bien le principe de tout cela donc je ne vais pas m'attarder…

L'intensité s'apparente à un débit ou à une concentration. On pourrait s'amuser à définir toutes sortes d'intensités en prenant une quantité bien définie que l'on divise par une autre quantité mesurable de façon à obtenir une mesure assez homogène dans le temps et (qu'on espère) capable de décrire ce qu'on étudie. On obtient donc pour un phénomène donné une intensité chiffrée que l'on peut comparer avec une autre intensité du même type.

Par exemple, si je définie une intensité de commentaires sur un blog de la façon suivante : nombre de commentaires postés sur un blog pour une semaine, l'intensité moyenne de mon blog serait donc de 8,5 Com.Semaine-1. Et là je suis bien contente.

Oui je suis bien contente car j'en arrive (enfin) au sujet que je voulais évoquer avec vous. Cette intensité chiffrée me donne un faux sentiment de maîtrise. Connaître une intensité ne nous informe pas sur une question que l'on pourrait naturellement se poser, et nous détourne même de cette question : est-ce intense ? Vous, qui tenez peut-être un blog comme moi, pouvez-vous me dire si votre page est intense ? Vous aurez deux réponses que l'on admet généralement :
1. J'ai calculé. Mon blog est à 10 Com.Semaine-1, donc il est plus intense que le votre ;
2. Tout dépend de ce qu'on entend par intense, n'est-ce pas ?

Dans la première possibilité vous ne répondez pas à ma question qui demande pourtant une réponse simple (je ne demande même pas de justification) et dans la seconde, vous ne répondez pas non plus. Car vous avez parfaitement compris le problème : on ne sait pas dire si quelque chose est intense ou non. Même après avoir calculé une intensité.

Belle lanterne, de nuit, dans notre Otto

La subjectivité de l'intense

Est-ce intense, ou n'est-ce pas intense ? Tout cela est extrêmement relatif. Reprenons l'exemple de l'intensité électrique. 0,25 ampères, est-ce intense ? 15 ampères, est-ce intense ? Et bien, tout dépend du diamètre et de la matière dans laquelle vous comptez faire circuler ces ampères. Certains fils électriques fondent, d'autres voient à peine le courant passer.

Votre vie est-elle intense ? Vos émotions sont-elles intenses ? Le problème que vous rencontrez actuellement est-il intense ? Quelle question si simple et à la fois si compliquée, n'est-ce pas ? 

Nous sommes tous faits comme ces fils électriques. Le caractère intense de ce que nous traversons est totalement subjectif. Il dépend de notre nature, de ce que la vie nous a appris, de ce que nous attendons d'elle, des événements antérieurs, et d'une bonne volonté divine. Je me souviens d'avoir eu deux accidents avec mon vélo lorsque j'habitais Grenoble. Pour le premier, en retard à l'école, une voiture a foncé sur moi dès la sortie de ma maison. Mon vélo a été plié à 90°. Pour le second, un soir j'ai foncé droit sur un bas poteau d'un trottoir. J'ai été stoppée net et je me suis pris le guidon dans le ventre. Ce sont clairement deux accidents très intenses. Et pourtant je n'ai risqué ma vie que dans un seul.

Lorsque je porte un regard sur ma vie, je n'ai absolument pas l'impression qu'elle soit intense. Je me vois plutôt éteinte, ennuyeuse. Lorsque le soir, je me demande ce que j'ai bien pu faire de cette journée, rien ne me vient à l'esprit. Je sais bien que je n'ai pas tourné en rond toute la journée et pourtant je n'arrive pas à me reformuler mes actes. Alors oui, j'ai été terriblement surprise lorsque ma maman m'a dit un jour au téléphone : « Tu mènes ta vie à 200 à l'heure. » Mais où était donc passée cette intensité que je n'ai pas vue ?

Le problème survient dès que l'on essaie de quantifier cette intensité. En quantifiant, on lui fait perdre son caractère subjectif. En pensant simplement « C'est l'événement le plus intense que je n'ai jamais vu. » on oublie l'intensité de nos autres souvenirs. Réfléchir à l'intensité, c'est perdre la notion de l'intensité. Ne me dites pas non, essayez. Trouvez l'événement le plus intense de votre vie. Le plus beau jour de votre vie par exemple. Un mariage ? La naissance d'un enfant ? Une rencontre ? Qu'oserez-vous négliger ?

Il en est de même à la course à l'intensité. Toujours plus intense. Toujours plus pur. Toujours plus beau ou plus triste… On s'aperçoit très vite que cette recherche est vaine. Alors on se lance dans une slow-life en oubliant parfois que le problème n'est pas dans la course, le problème réside dans cette intensité que l'on nous a fait passer pour quantifiable.

L'intensité bafouée

Il faut redonner à l'intensité son caractère subjectif et instantané. Après mes deux accidents de vélo, j'ai été choquée mais cela n'a pas duré. Ceci dit, je n'avais pas la possibilité de dire : « Non, en fait ça va. Ce n'était pas si intense que ça… » Pourtant je l'ai fait. Je l'ai fait car je ne savais pas à l'époque combien il était dangereux de chercher à rationaliser l'intensité. Je m'étais demandée : suis-je vraiment passée à côté d'un accident grave ? Aurais-je vraiment pu me blesser ? De combien ? Est-ce important finalement ? De combien cela fut-il vraiment intense à côté… d'une guerre ? d'une pandémie ? de la disparition d'une espèce ?

C'est ainsi que petit à petit, événements après événements, je suis passée à côté de l'intensité de ma vie. Car elle n'est pas « intense à côté de… » non, seul mon propre corps et mon propre esprit peuvent me dire quand et comment elle peut être intense.

Il en est de même pour tous vos soucis, vos expériences, vos souvenirs, vos questions, votre vécu. Vous seul pouvez affirmer s'ils sont intenses ; vous seul pouvez me dire si votre site internet est intense. Il n'y a rien à comparer. Rien à mesurer. Je ne dis pas ici qu'un calcul d'intensité n'est pas utile en soi, je dis simplement qu'il n'apporte rien à la question portant sur l'intensité intrinsèque de ce que vous observez.

Aujourd'hui j'ai clouté les quarts de rond. Ce n'était pas intense. Je me suis fâchée contre François qui me reprenait parce que j'allais plier mon clou. C'était intense. J'ai ensuite peint les quarts de rond. C'était intense. J'avais peur de mettre de la peinture là où il ne fallait pas. J'ai mis un peu de peinture sur la banquette. Ce n'était pas intense, j'ai essuyé tout de suite. Ma journée a-t-elle été intense ? Non, j'étais fatiguée, je voulais rester tranquille. Ce soir Jedi pleure un peu car il ne veut pas dormir dehors. C'est intense pour moi.

Après avoir dit tout cela, j'ai une drôle de voix dans ma tête qui critique et qui juge. Quoi ? Ca c'est intense ? Ah bon, tu es sûre ? Pourquoi ? Comment cela peut-il être intense ? Et si c'est intense, fait autrement : rentre ton chien dans le camion par exemple et ça ira mieux…

Cette drôle de petite voix, je ne l'applique pas seulement à moi, je l'applique aussi parfois à ce que d'autres personnes disent ou écrivent. Je reviens sur leur intensité. Je compare leur intensité à la mienne, à d'autres choses du monde. Mais-mais, maintenant je sais que c'est un reflex qui n'apporte rien et au contraire qui détruit l'intensité de la personne qui la vit.

Nous n'avons pas à dire « Ne soit pas triste » ou « ce n'est rien », non, ce n'est pas rien. L'intensité de chacun mérite d'être entendue et n'a aucune légitimité à prouver. Alors, écoutez vous et surtout ressentez-vous. Sans jugement aucun, il n'est pas question de se retourner contre soi-même et de trop chercher à comprendre cette intensité. Elle est insaisissable par nature.

A trop éclairer ma petite lanterne, on ne voit plus sa petite lumière.
A trop remuer l'eau du sol, je décolle le sable qui était au fond.
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