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Pourquoi fait-on l’amour ?

C’était un sujet que je voulais aborder depuis longtemps déjà, sans réussir à me lancer sans support. Après avoir lu l’article de Melgane (pourquoi fait-on l’amour, justement), je me suis dit que c’était absolument le moment. De plus, actuellement, nous avons mis notre vie nomade en stand-by puisque nous sommes restés plus d’une semaine chez mes parents à l’occasion du superbe mariage de mon petit frère. Nous restons encore quelques jours à proximité de la famille de l’Explorateur en attendant que sa petite soeur vienne passer quelques jours en France et pour passer un peu de temps avec Papi Gaston (je pense que François écrira quelque chose à ce sujet, je n’en dirai donc pas plus)… autrement dit : ce n’est pas aujourd’hui que je vais rédiger mon (grandiose) article « la vie normale en combi. »

Alors, pourquoi fait-on l’amour ? Je souris un peu en lisant la question, ayant quotidiennement à mes côtés une petite loutre qui n’a parfois que ce mot à la bouche : pourquoi. D’écouter ma fille, j’en suis venue à la réflexion que pourquoi était finalement un mot très vague.

Déjà, pourquoi confond allègrement la cause et le but. Melgane ne nous a d’ailleurs rien précisé en nous posant cette question et lorsqu’on y répond, il vaut mieux être parfaitement clair sur ce point. Ma fille a du m’entendre en parler avec son père car elle a depuis quelques mois changer certaines de ces questions en « Pour quoi faire… ? ». Ma foi, avec cette expression, nous savons tout de suite à quoi nous en tenir.

Pourquoi-faire ?
Il me semble que c’est le plus facile à aborder. Melgane, si j’ai bien compris son propos, nous démontre dans son article que la réponse « pour se reproduire » a été longtemps appuyée par l’Eglise mais que tout démontre que c’est un peu rapide. Et effectivement, personnellement je fais régulièrement l’amour avec l’Explorateur et pourtant, je porte un stérilet. De toutes évidences, je ne fais pas l’amour pour me reproduire. Comme le dit également Melgane dans son article, ce n’est pas une évidence pour tout le monde et des confusions sont régulièrement faites. Pour ma part, je n’ai pas envie de m’éterniser sur ce sujet.

Donc : on/je ne fait/s pas l’amour pour se/me reproduire.

Faire l’amour pour moi est partager avec (au moins) une personne un moment agréable d’ordre intime et physique. Ces trois mots en gras sont importants car ils décrivent ce pour quoi je vais répondre. Agréable, cela signifie que les différents partenaires vont en retirer un plaisir. Intime, car ce qui va être fait pendant l’acte va devoir toucher les partenaires au plus profond d’eux. Physique, parce que échanger des confidences ou des mots doux, ce n’est pas faire l’amour même si ça s’en rapproche.

L’idée du plaisir pourrait à elle seule suffire à expliquer le pourquoi. Faire l’amour procure un plaisir quasiment imbattable. On pourrait faire l’amour toute la journée sauf que c’est quand même fatigant et puis en toute honnêteté je préfère parfois regarder le soleil se lever dans la rosée, que de faire l’amour. Ou plonger dans une mer déchainée que de faire l’amour. Ou —cela concerne plus l’Explorateur— remonter les falaises du Verdon en escalade, que de faire l’amour. Faire l’amour procure un plaisir quasiment imbattable, mais faire l’amour ne suffirait pas à remplir toute une vie.

Faire l’amour permet aussi de s’ouvrir à une relation avec ses partenaires qui soit à la fois intime et physique. Cela ne se fait pas autrement qu’en faisant l’amour et c’est probablement ce fait qu’utilisent les bonobos (ou les dauphins) dans leur société. Et que nous utilisons dans la notre aussi, même si nous n’en avons pas la pleine conscience.

Je ris souvent lorsqu’entre élèves des écoles ou collègues on cherche à savoir qui à coucher avec qui. A mon sens, on cherche à savoir qui a connu ça avec qui. Ca, ce truc si particulier et indescriptible qui a été de faire l’amour avec ! Il est important de le savoir, pour comprendre un temps soit peu les relations qu’entretiennent les uns et les autres, ce n’est pas un détail anodin.

On utilise parfois l’amour —et je l’ai fait— pour faire la paix. Parce qu’en faisant l’amour on ne peut que difficilement mentir, se cacher, ou même se moquer de l’autre, faire l’amour permet de remettre une relation sur le chemin de la sincérité.

Faire l’amour a tout un tas d’utilités et vu que je ne sais absolument pas être exhaustive je ne vais pas tenter d’en faire le tour. Si votre imagination n’a pas de limite, prenez donc ma définition et vous verrez bien tout ce que vous pourrez en faire dans vos relations aux autres. A mon sens, faire l’amour est bénéfique. Je ne pense pas que tout le monde devrait le faire avec tout le monde, cela perdrait d’ailleurs de son caractère intime, et il me semble aussi qu’un couple peut très bien se construire sans le « passage au sexe ». De plus, comme faire l’amour ne suffit pas à remplir toute une vie, j’imagine tout à fait une vie qui vaut le coup sans avoir une fois fait l’amour… On ne fait pas l’amour pour réussir quelque chose, on le fait car on le désire et les circonstances nous le permettent.

Mais d’où ça vient ?
La question de la cause est toujours la plus délicate, et elle est souvent sujet de débat. La cause n’est pas une notion très bien définie et moi-même j’éprouve régulièrement le besoin de chercher la cause des causes.

Pourquoi fait-on l’amour ? Qu’est-ce qui nous pousse là-haut ?

Il y a plusieurs réponses d’ordre scientifique qui parleraient d’instinct naturel, d’hormones, de construction de la société… Comme le dit rapidement Melgane dans son article (si vous n’avez pas encore compris, je vous conseille vivement de lire son post avant le mien ^^), faire l’amour n’est pas propre à l’être humain. D’autres animaux —je crois uniquement des mammifères— connaissent le principe. Alors, oui, peut-être, que faire l’amour c’est inscrit dans nos gènes, quelque part, que, de toutes façons, ce n’est pas une invention, ni une découverte, que cela fait parti intégrante de notre espèce.

C’est peut-être du sentimentalisme, mais ces explications ne me suffisent pas. Pourquoi faire l’amour est-il apparu dans la Vie ? Parce que c’est une construction organique compliquée quand même ! (le fait qu’on puisse s’émoustiller comme ça, l’orgasme, les sexes qu’on peut toucher, … je vois mal des oursins faire l’amour autrement que philosophiquement lors de leur saison de reproduction !).

Et puis : mais pourquoi est-ce qu’on continue ? Pourquoi l’humain, qui a le pouvoir de se détacher de ses instincts par la pensée, continue-t-il à faire ce truc presque inutile ?

Je ne saurai pas vous dire pourquoi faire l’amour existe, d’où cela nous vient alors je vais me contenter de mon expérience personnelle.

Ce qui me pousse à faire l’amour, c’est déjà la conscience que mon corps a été prévu pour. Je ne sais pas bien pourquoi ni comment, mais voilà, je suis née comme cela. Je pense ici que c’est la base, pour faire l’amour avec qui que ce soit : il faut inévitablement avoir conscience de la capacité de son corps à faire l’amour. Cela ne nous oblige pas à tout savoir de nous, et il y a toujours à découvrir, mais un minimum est requis. Savoir que notre corps et nous tout entier aimons. Savoir ce que notre corps et nous tout entier réclamons. Savoir ce que notre corps et nous tout entier refusons. Sachant un minimum sur ces trois points clés, je me suis lancée avec quelqu’un qui y répondait aussi, et nous avons fait l’amour.

Ensuite, je fais l’amour parce que cela m’offre une relation avec l’Explorateur qui n’est pas que conceptuelle. Nous faisons l’amour et nous nous connaissons aussi comme cela. L’Explorateur n’est pas qu’un homme très intelligent, très drôle, très beau, très agile, très fort, humain au possible, l’Explorateur est aussi tout un corps qui réagit intimement au mien. Cette connaissance là n’a pas de prix.

Si je me contentais de ces deux réponses, il n’y aurait aucune raison pour que je ne fasse pas l’amour avec d’autres personnes. Et pourtant, c’est souvent le cas : quelque chose nous pousse à nous restreindre, à ne garder cet acte qu’à des êtres d’exception et puis même… qu’à un seul être sur Terre.  Alors oui, faire l’amour, c’est mystique, et c’est dit dans l’expression, cela est une des manières que nous avons à notre disposition pour concrétiser l’intuition la plus grande et la plus curieuse qui soit : l’amour.

L’humanité, l’amour et le sexe

Si je n'étais pas aussi susceptible, j'aurais pu trouver ça drôle. Un soir de cette semaine sur France 2, David Pujadas et son collègue Nicolas Chateauneuf échangent des questions-réponses arrangées devant de belles images de la nature. Le ton guilleret qu’ils emploient pourrait nous faire croire à une nouvelle mode sur les parasols mais pas du tout : ils parlent de la disparition massive des espèces. Je pense que vous n’êtes pas passés à côté de ces annonces, c’est passé sur toutes les chaînes cette semaine : les espèces disparaissent massivement. 

Sur France 2, ils n’oublient pas de rappeler que ce n’est pas la première fois que ce phénomène frappe la vie (oui, nous vivons actuellement la 6ème grande disparition d’espèces) et que la Terre s’en remettra certainement. « Par contre, l’humanité, c’est beaucoup moins sûr. » Merci Nicolas, c’est très clair.

Et ça passe tellement crème. On nous annonce la fin probable et très prochaine de l’humanité (autre façon de dire « on va tous mourrir »), on sourit fortement, et ça passe super bien. J’ose dire quelques mots à mon papa, qui équeutait les haricots à côté de moi, histoire d’évacuer un peu d’angoisse. Je n’en discerne aucune —d’angoisse— dans sa voix, à lui.

Petit micro-trottoir (le must en matière de journalisme)
« Monsieur, bonjour ! Selon vous, quel est le plus grand mal de l’humanité : l’ignorance ou l’indifférence ?
- Euh… Je sais pas et j’m’en fous. »

Je ne fabule pas : il souriait !

Je sors sous la voie lactée pour rejoindre mon camion et ma petite loutre qui y est déjà couchée depuis quelques heures. Les étoiles piquettent mon coeur et je me mets à prier. Je dis prier parce que ce n’est pas pour moi comme espérer. Quand j’espère, je sens une énergie qui vient de moi, là c’était celle des étoiles et du monde que je voulais faire venir jusqu’à ma fille. Pour qu’elle ne connaisse pas cela. Qu’elle n’ait jamais à se battre ou se cacher pour survivre, pour manger. Qu’elle ne se lamente jamais devant un arbre aux fleurs fanées d’avoir si peu connu l’amour des insectes.

J’en serai presque venue jusqu’à regretter sa venue. Car rien n’est moins sûr. Je l’aime du plus profond de mon coeur et cette imminente fin de l’humanité vient tout gâcher.

Mais qu’est-ce que je peux faire, dites moi ? Je vais à la mairie pour faire faire une carte d’identité à ma petite loutre, me voilà obligée de faire des allers-retours plusieurs jours de suite car rien ne va jamais. Elle est française, ça ne fait aucun doute. Mais voilà, nous sommes des sans-consommation fixe.

Pas de facture, pas de papier.

C’est simple n’est-ce pas ? Si toute l’administration de notre pays est centrée sur le principe simple du « pour exister, il faut que tu consommes » comment, mais comment, une telle annonce par David et Nicolas sur France 2 aurait-elle pu être prise autrement ? C’est dans la moelle même de nos pensées. La fin de l’humanité, mais en quoi cela nous concerne-t-il !


Et les intellectuels vous diront avec toute la modestie dont ils sont capables : « Mais pour qu’il y ait une fin, il faut qu’il y ait un début madame ! » C’est une question intéressante. Si l’on s’en tient à la stricte définition de l’espèce humaine, il faut savoir qu’il n’y a pas de fracture mais une vague continuité dans l’évolution de la vie. Les espèces évoluent lentement et doucement dans le temps. L’humain n’est pas apparu d’un seul coup. Il a fait plusieurs éclats au sein de l’espèce antérieur avant de se propager et de s’entremêler avec lui jusqu’à ce que l’ancêtre ne se distingue plus. C’est la magie de la mutation, de la reproduction sexuée et de la raison d’être. Plus le hasard. N’oublions pas le hasard.

Pour Homo Sapiens (sapiens), il n’y a pas eu de dérogation. Les animaux ont évolué, évolué, évolué, sont passés par différents stades plus ou moins bien définis (homo erectus, homo habilis… et j’en passe) pour donner ce que nous voyons aujourd’hui et que nous ne verrons déjà plus exactement demain : l’être humain.

Alors dans tout ça, il est où le début ? C’est comme d’aligner tout un tas de vieux squelettes et de les trier, tout aussi semblables qu’ils sont, en deux tas bien distincts : les humains, et les pas humains.

Je serais tentée de faire la même chose avec l’homo sapiens. Les humains, et les pas humains. Est-ce que l’ignorance et l’indifférence sont humaines ? Par ce qu’il y a un effet de groupe, d’organisation dans l’affaire. C’est avec un tas qu’on définie une espèce.

Demander à quelqu’un qui vit sur Terre de faire quatre allers-retours sans garantie de succès entre la mairie et une maison qui n’est même pas la sienne PARCE QU’IL n’y a que la consommation qui vaut garantie de bonne foi… Je pourrais bien avoir toute la connaissance dont je suis capable, ça ne vaudrait rien. Je n’aurais rien détruit, voyez-vous. La vie c’est naître, se reproduire, mourir et consommer. Quand il n’y a pas de preuve de consommation (je parle bien de preuve tangible, hein, la respiration c’est tellement surfait !) on ne peut rien faire pour vous madame…

Et bien… je serais tentée de mettre tout ce monde-là dans la catégorie des pas humains.

Si j’étais venue avec une facture EDF, j’aurais pu être quelqu’un.

Entre être et avoir, la définition de l’humanité pose problème. L’humain est-il celui qui a la capacité d’allumer un feu au milieu d’une forêt protégée, ou celui qui est conscient du danger de ce confort, aussi basique qu’il soit ?

Alors messieurs Pujadas et Chateauneuf, avant de parler haut et fort de la probable non résistance de l’humanité à une extinction massive d’espèce, peut-être auriez-vous dû commencer votre reportage par une remise en question de son existence même. Si on ne sait pas définir l’humain, si on ne sait pas quand il a commencé, et si on ne sait pas exactement faire comme lui, on oublie l’idée de fin. Un peu de sérieux tout de même !

Pas d’inquiétude, je ne finirai pas mon article sur ça. Nicolas n’a pas dit fin de l’être humain ni même extinction de l’homo sapiens, non-non-non, il a parlé de l’humanité. Les mots en ité comme ça me donne toujours des frissons car ils définissent un ensemble dont la nature dépasse les caractéristiques des individus qui le composent.

L’humanité, ce n’est pas seulement l’ensemble des êtres humains, l’humanité c’est la notion même de l’humain. De l’humanité, il y en avait tellement chez la secrétaire qui nous a reçu à la mairie : le sourire, le regard, le respect.

Et ça, l’humanité comme ça avec son ité, je ne sais pas vous, mais je ne crois pas vraiment à sa fin absolue. L’humanité n’a pas de naissance et celui qui parle de sa mort doit avoir une conscience qui dépasse l’entendement, croyez-moi. L’humanité, c’est un peu comme l’univers. Elle ne nait pas. Certes elle grandit et elle évolue, de façon isotrope parce qu’il ne faudrait rien manquer tant les dimensions sont infinies. Et la matière ? Et bien… c’est différent.

C’est le problème d’ailleurs que commence à se poser notre humanité. Faits de matière comme nous sommes, nous avons cru dur comme fer à sa supériorité et confondu allègrement nature et raison. C’est de cela qu’il s’agit aussi lorsqu’on réfléchit à la notion de sexe et d’amour. Le sexe est à l’amour ce que la matière est à l'humanité. Faut dire que je me suis moi-même pas mal longtemps trompée avec cette histoire. La faute au ité (absent) du mot amour.


Mais voilà : l’amour, comme l’humanité, c’est tellement infini, diffus, isotrope (j’y tiens), inhérent à notre monde que ça dépasse absolument toutes ces notions matérielles et suspectes avec lesquelles on cherche à se faire un chemin dans nos vies. On peut bien remettre en question la notion d’être humain, on ne le fera pas avec l’humanité. On peut bien connaître un homme sans avoir couché avec lui, il suffit de l’aimer pour le connaître par coeur.

Je veux bien croire que l’immensité de l’humanité et de l’amour effraie, c’est si grand qu’on dirait le vide. C’est si grand, qu’on pourrait s’y perdre. Mais de là à croire qu’on connait l’amour parce qu’on connait le sexe, c’est tout aussi faux que de penser qu’on fait naître l’humanité en possédant et en absorbant de la matière.

C’est bien sur ce point que j’aimerais attirer votre attention aujourd’hui : il y a autour de nous des entités philosophiques qui ne se voient pas, et d’autres plus concrètes sur lesquelles on peut faire un zoom. Croire comme ça, encore et toujours, à la matière, c’est nécessairement aller droit dans le mur. Car elle est finie, elle, belle et bien finie, autant dans sa structure que dans sa capacité d’extension. Il est largement temps de s’ouvrir à la spiritualité, ça prendrait moins de place.

RDV lundi 8h30


Le château de Falaise, lundi 1er Aout 8h30.
Pendant deux ans j’étais capable de vous dire précisément où je serai lundi matin à 8h30. Aujourd’hui je suis incapable de savoir où je serai dans deux jours.
Pendant deux ans tous les lundis matin à 8h30 j’étais en réunion de service. Nous étions entre 10 et 15 participants, nous avions entre 20 et 45 ans mais surtout nous étions cloisonnés entre les murs d’une salle de réunion.


La vie normale

Ce que je décris là me direz vous, c’est simplement le quotidien d’un cadre français ordinaire et qu’il n’y a pas de quoi s’en plaindre. Au contraire, au vu du contexte socio-économique actuel je devrais m’estimer heureux de blablableu… Et si malgré tout, ça ne me satisfaisait pas complètement, et si moi ce que je voulais c’était de l’extraordinaire, de l’époustouflant, du beau et de l’inutile! Et si la question n’était pas "est-ce que j’ai le droit de me plaindre?" ou "Y a t-il plus malheureux que moi?" mais "qu’est ce que je veux vraiment faire demain?" et "est-ce que je vais pouvoir le faire?".


La confort quotidien du travail

Lorsque je demande à quelqu’un s’il n’a pas parfois envie d’arrêter de travailler, de faire une pause, j’ai généralement droit à deux types de réponse:

- il faut bien gagner sa vie (cette réponse mérite un article à elle toute seule, moi la vie c’est ma mère qui me la donnée et lorsqu'elle l'a fait elle ne m’a pas parlé de crédit sur 40 ans à rembourser),

- m’arrêter de travailler! Je ne peux pas, je ne supporterais pas de rester sans rien faire (ça tombe bien nous non plus).

L'étang de Nogent-sur-Vernisson, lundi 8 août 8h30.
Ne pas travailler ce serait donc ne rien faire, et pourtant chaque jour est une nouvelle aventure depuis que nous sommes partis. Tel que je vois les choses, le travail permet l’installation d’une routine (j’avoue que lorsqu’on est infirmière ou pilote de ligne il peut s’agir de routines un peu originales). On choisit un métier, des horaires, un salaires, des congés, un contrat : on fait un choix. Une fois ce choix effectué on peut installer une routine et c’est normal. N’ayant qu’un temps libre limité, autant l’optimiser pour avoir le plus de temps libre de qualité. On se fait donc un petit plan du genre: "après le boulot je passe à la boulangerie avant de récupérer les enfants, je fais à manger en rentrant pour manger tôt et avoir la soirée pour nous" et la journée s’organise logiquement autour du noyau dur et inaltérable du travail et de ses restrictions horaires.

Mais peu importe la routine qu’on a choisie, qu’elle soit optimisée ou non (on peut aussi oublier les enfant à l’école, les récupérer à l’arrache et aller au resto parce qu’il n’y a plus rien à manger à la maison) une chose est sûre c’est que demain matin il n’y aura pas besoin de se poser de question, il faudra aller travailler.

Les blocs du 95.2, lundi 15 août 8h30.
En soit ça n’est pas un mal si comme c’était le cas pour moi, le boulot est intéressant et les collègues sympa. C'est même très confortable. Ce qui est important ici, c’est que ni le choix ni la volonté n’ont de rôle à jouer. Le choix a été fait à la signature du contrat et la volonté de travailler à ce poste s’est faite à ce moment là et se maintient (grâce au salaire et aux congés) tout au long du contrat: c’est le jeu!

cdi : choix à durée indéterminée

Vous pourrez toujours exprimer votre volonté au travail mais elle restera limitée à un cadre. On pourra choisir d’être un manager plutôt cool, réservé, courtois, autoritaire mais on ne pourra pas choisir de se lever à 4h du mat pour voir si on est capable de boucler le sentier des 25 bosses avant midi.

Les allées du château de Versailles, lundi 22 août 9h30.
L’avantage de cette vie c’est la tranquillité qu’elle apporte, on peut se laisser guider par la journée type sans tout remettre en question: se lever tôt, profiter du petit déjeuner en famille, aller au travail en vélo, faire un métier qu’on connait et qui nous plait, retrouver sa famille le soir et se coucher en sachant de quoi sera fait demain. C’est reposant mais on ne choisit plus, on n’exerce plus sa volonté. 
1 contrat = 1 choix les autres décisions ne sont que des variantes découlant de ce choix initial (si vous avez signé un CDI vous venez peut-être de prendre 35 ans sans le savoir).

Lorsqu’on prend la décision de choisir sa vie au jour le jour c’est un CDD d’une journée qu’on signe tous les matins, faire preuve de volonté n’est plus une option!


A posteriori j’étais heureux

Souvent l’appréciation du bonheur, lorsqu’il n’est pas fulgurant, ne se fait qu’à posteriori. En gros, on ne trouvait pas notre situation exceptionnelle mais maintenant qu’on s’en prend plein la tronche on se dit qu’on n’était pas si mal loti et que c’était la belle époque (et bim si tu rajoute "j’étais jeune" t’es taxé de vieux con dans la foulée). Tout est affaire de comparaison et lorsqu’il reste diffus le bonheur est donc rarement apprécié en instantané.

De mon côté j’aurais tendance à militer pour une prise de conscience immédiate du bonheur et pourtant… Pourtant je suis confronté à ce que je pensais jusque là être un paradoxe. Depuis longtemps je me livre à un exercice lorsque j'hésite à faire quelque chose de cool mais un peu dangereux ou désagréable. Pour me motiver je me dis : "en ce moment au lieu de faire un truc cool tu pourrais être à un endroit pas cool ". Cette réflexion est née un matin d'été, en décembre, à 5h du matin, sur la côte Est australienne. L'eau était froide, le soleil se levait à peine MAIS au même instant je savais qu'il était 17h en France et que mes copains rentraient en classe de français pour leur 6ème cours de la journée, qu'il faisait nuit parce que c'était l'hiver et qu'il faisait encore plus froid qu'ici. Cette simple pensée me faisait sprinter jusqu'à l'océan. 


Le bivouac du Restant du Long Rocher, lundi 29 août 8h30.
Ce n'est pas tellement que je me comparais à eux mais lorsque j'étais à leur place, je me disais que si seulement je pouvais être ailleurs alors j'en profiterais à 100%. Et maintenant que j'y suis je pourrais passer à côté de cette occasion par simple manque de volonté!

Alors très chers collègues je pense à vous. Je pense à vous quand j'hésite à m'assoir dans une fourmilière pour gagner un pari, quand je dois me mettre à l'eau le matin, quand je cours jusqu'au cap de Flamanville ou quand je pédale à fond sur une 2 fois 2 voies parisienne pour aller au château de Versailles. Je me dis que je pourrais être avec vous, dans un environnement où il est interdit de courir et de sauter. 


Etre contraint au choix

La vie active et la vie nomade ont toutes deux des avantages et des contraintes radicalement différentes. Je constate que les contraintes de la seconde me sont, pour l'instant, plus supportables. L'une des principales c'est que pour être heureux dans une vie nomade il faut jouer le jeu. Dans cette vie il n'appartient qu'à moi d'exercer ma volonté. Si je ne saute pas, si je ne plonge pas, si je ne cours pas, ça ne sera pas la faute d'un contrat que j'ai signé ni d'un horaire à respecter. Si je n'exerce pas ma volonté, cette fois, c'est que j'ai oublié de vivre, c'est que j'ai raté une occasion d'être heureux.

Et ça il en est hors de question.

J’ai suivi une formation Montessori

Comme le titre de cet article l’indique, j’ai suivi une formation Montessori. C’était du 22 au 26 août à l’école Athena de Bailly avec la formatrice Bénédicte dans l’ambiance des 3-6 ans.

J’y suis allée sans vraiment savoir ce qui m’attendait. J’étais davantage attirée par l’école Athena en elle-même, découverte grâce au blog de Sylvie Desclaibes, parce qu’il s’agit d’un des rares lycées Montessori en Europe. Que l’école aille jusqu’au lycée, c’était un très net signe de sérieux pour moi. Le programme de la formation ne m’a pas particulièrement emballée, il se présentait un peu comme une liste d’ateliers à nous présenter, je me demandais bien ce vers quoi ce genre de présentation allait nous mener… Mais enfin, mon organisme de formation voulait bien prendre en charge la totalité des frais, les dates et le lieu coïncidaient parfaitement avec notre programme de voyage, je n’ai pas hésité davantage !

On voit rien d’extraordinaire sur la photo et pourtant…
La pédagogie Montessori
En arrivant à la formation 3-6 ans, je ne connaissais pas le travail de Maria Montessori que de nom, non-non-non. J’avais notamment lu L’enfant (je vous invite à cliquer), L’esprit absorbant de l’enfant, ainsi que d’autres articles plus courts. L’enfant est un livre que je conseillerais à tout jeune parent. Certains le disent un peu vieux, il me semble pourtant qu’il révolutionne encore notre façon de voir l’enfant. Je soupçonne même certains critiques de ne pas avoir saisi toute l’étendue du propos de la doctoresse…

La pédagogie Montessori, du moins ce que j’ai compris, c’est la perception de l’enfant comme une personne particulière. Les deux mots ici sont très importants, je vais expliquer mes deux termes l’un après l’autre.

Percevoir un enfant comme une personne c’est absolument saisir qu’il s’agit d’un individu séparé de nous, des adultes, avec son chemin et ses particularités propres. Comprendre que l’enfant est une personne, c’est lui accorder des droits, des responsabilités et du respect.

J’ai précisé « particulière » parce que l’enfant, vous en conviendrez facilement, n’est pas une personne comme une autre. C’est un être humain en construction, un adulte en devenir. Là où les propos de Maria Montessori sont toujours novateurs, c’est qu’elle décrit l’enfant comme un constructeur, et non plus seulement comme une personne en construction. Vous voyez la différence ? L’enfant vit pour construire l’adulte qu’il sera prochainement, son cerveau et son corps sont organisés pour construire et aller vers l'autonomie. C’est une chose dont il faut tenir compte lorsqu’on veut s’intéresser à l’enfant selon l’oeil de Montessori : l’enfant doit construire, c’est sa nature.

De cette manière, l’enfant diffère complètement de l’adulte dans son fonctionnement. Ce n’est pas seulement un adulte en miniature, ce n’est pas un petit adulte du tout : c’est un enfant. Et un enfant, qui sait vraiment ce dont il s’agit ? Et bien, pas grand monde…

Toute la pédagogie de Maria Montessori est fondée sur cette constatation première : l’enfant est fait pour construire et si l’on touche à sa nature, il ne peut plus construire correctement. C’est pourquoi, la première étape à faire lorsqu’on désire se lancer c’est l’observation. Il faut observer l’enfant, il ne faut surtout pas chercher à le diriger. Seul l’enfant sera nous dire son fonctionnement particulier, parce qu’à nous, il est devenu inconnu (et oui, nous sommes adultes et nous, nous pouvons faire ce que nous voulons ! Mouhahaha !!)

En observant messieurs dames, on arrête de dire des bêtises sur les enfants, on arrête de leur coller des étiquettes qui ne leur correspondent pas. En les observant, on les découvre tout autre que ce dont on nous a fait croire jusque là sur leur compte. Lorsque la Petite Loutre était dans mon ventre, j’étais pleine de préjugés déjà à son propos. Sur le bazar, sur les cris, sur l’ingratitude, sur sa stupidité de gosse. J’ai accouché de ces préjugés en même temps que j’ai accouché d’elle. Parce que ce qui m’a été donné dans les bras était tout autre. J’avais une chose neuve. C’est le besoin de comprendre, de me retrouver un chemin entre une réalité perdue et une réalité vécue, qui m’a dirigé jusqu’aux livres de Maria Montessori. Puis jusqu’à cette formation fin août.

L’enfant Montessori
J’ai longtemps observé ma fille. Je l’ai vue mettre et remettre mille fois un bouchon sur une bouteille, ouvrir et refermer un million de fois le tiroir d’un placard. Je l’ai vue chercher à comprendre où était chaque chose de la maison. Les sortir, puis les ranger. Les oublier, les rechercher, les ranger. Alignées comme des petits soldats parce que par jeu j’avais placé les boîtes de thon de cette façon.

Je l’ai vue vouloir tout faire seule. Je l’ai entendue des fois et des fois (cette fois, je n’ai pas compté) me dire : « Non, à moi ! », ce qui signifiait dans sa langue de bébé Je veux faire seule. Ces mots, résonnaient à chaque battement de son coeur. Je veux manger seule, donne moi les moyens de grandir ! Je veux m’habiller seule, apprends-moi ! Je veux m’exprimer, montre-moi comment faire ! J’ai vu ses yeux gros comme des billes absorber chacun des gestes des adultes qui l’entouraient.

De fil en aiguille, à force d’observations de ma part, et d’explorations de la sienne, j’ai reçu en échange une petite fille Montessori. C’est une enfant qui découvre son environnement autant avec ses yeux qu’avec ses doigts, son nez ou ses oreilles. « T’entends ? », me disait-elle tendue. Et nous cherchions ensemble ce qu’elle avait perçu. Il fallait qu’elle explore tout et partout. Dans la maison, dans la rue, dans l’herbe, dans la forêt, dans un champ, chez les autres… J’ai revu à la hausse ma notion de curiosité.

On a la chance d’avoir le monde à portée de main !

L’enfant Montessori écoute l’adulte parce qu’il sait qu’il a à apprendre de lui. Lorsque je lui demande de ne plus faire de bruit, elle me demande automatiquement pourquoi. L’enfant Montessori obéit au sens, au bon sens, à l’envie de grandir pour s’insérer dans un monde qu’il fera sien. L’enfant Montessori obéit à l’autre, à son bien être, à l’harmonie. On ne ment pas à l’enfant Montessori, on répond à ses questions parce que l’on sait qu’elles continueront à le harceler tant qu’il n’aura pas de réponse. Les apprentissages guident ses pas.

Les sens ont une importance capitale car c’est par les sens que l’enfant Montessori appréhende son environnement. C’est surtout vrai lorsqu’on a un jeune enfant qui a encore peu de connaissances abstraites dans sa propre tête pour réfléchir. Il voit, il touche, il sent, il écoute, c’est ainsi qu’il apprend. Non pas seulement en enregistrant ce que l’adulte veut bien lui révéler du monde.

La progression des ateliers
Mais je sentais bien que cette période simple et paisible touche à présent à sa fin. Ma fille veut apprendre à lire. Tout le temps qu’elle passait à 6 mois à ouvrir et fermer les placards, elle le passe maintenant à recopier les lettres qu’elle trouve. La Loutre me demande d’aller à l’école, mais maintenant même si je le voulais, je ne le pourrais plus. Et puis, elle est encore trop jeune pour faire sa rentrée (elle est de début d’année…). Elle aligne les pêches sur la banquette pour que nous les comptions ensemble. Elle veut être confronter aux chiffres. Elle triche dans son jeu sur la tablette (oui, elle a un jeu sur la tablette, je sais, je suis indigne) pour visiter les grands nombres.

Ma fille a besoin d’un environnement riche en ces deux éléments de base : la lecture, et les nombres. Son besoin d’autonomie la pousse inévitablement dans ces deux directions. Il devenait urgent que j’agisse.

Evidemment que j’avais entendu parlé du matériel de la pédagogie Montessori. « Apprendre en manipulant » oui, c’est bon, c’est pas non plus trop compliqué à comprendre, n’est-ce pas ? Sauf que… sauf que ça veut dire quoi apprendre à lire en manipulant ? Ca veut dire quoi apprendre à compter par les sens ? Je la mets devant une table de Seguin et voilà ?

Franchement, jusque là, les petits ateliers Montessori que je voyais fleurir sur internet ne me convainquaient absolument pas. Et j’ai aujourd’hui, grâce à ma super formation, compris pourquoi !

Les ateliers, ou activités, de la pédagogie Montessori n’ont de sens que lorsqu’ils sont inscrits dans une progression. Une progression : un point de départ, un point d’arrivée, et des péripéties entre.

Je vais revisiter avec vous un atelier qui a complètement foiré chez moi : le tri des billes de couleur dans trois tasses différentes. Pour trier il faut prendre la bille dans sa main (ou dans une pince, ou une cuillère, selon l’atelier), il faut ensuite la mettre correctement dans le récipient cible, il faut encore savoir correctement analyser les couleurs, il faut de plus comparer sa couleur avec celles des récipients… Un nombre de difficultés que j’avais complètement sous-estimé ! J’aurais dû, pour qu’elle réussisse cet atelier, passer auparavant par des activités de transvasement et des activités traitant des couleurs. J’aurais dû, parce que la Petite Loutre douée comme elle l’est toujours, est passée complètement à côté du super truc que je lui avais proposé. Elle a construit autre chose et moi, pauvre maman, j’étais déçue.

Vous allez peut-être me dire : tu lui as proposé ça trop tôt, le mien le fait à la perfection. Et bien comprenez bien ici que ce n’est pas une question d’âge mais bien de progression. Soi votre enfant a la science infuse sans même expérimenter, soi il avait avant d’essayer cet atelier, construit de lui-même les pré-requis pour ledit atelier. Ce n’était pas le cas de ma fille.

Et c’est cela le travail d’un pédagogue en Montessori : identifier tous les pré-requis nécessaires à l’autonomie et inventer des ateliers pour que l’enfant les acquiert. Comme ça, il n’est jamais en difficulté, il peut tout faire tout seul (ou presque !) et il reste super heureux toute son enfance ! C’est-y pas génial ?? ^^

Je vous présente ici un exemple très simple. Le matériel très connu des lettres ou des chiffres rugueux n’a de sens que lorsque votre enfant aura correctement intégré en son sein les notions de lisse et de rugueux. Indépendamment des lettres. Il faut de plus qu’il commence à comprendre que les mots sont formés de plusieurs sons accolés que l’on peut identifier. A partir de là, plus rien ne pourra l’arrêter !

La recherche de la justesse
Plusieurs fois j’ai entendu « Céline, tu es si patiente avec les enfants ! » Patiente, je ne l’ai jamais été. Et je ne le suis toujours pas. Ce n’est pas de la patience, c’est davantage une ambiance. J’ai compris que les enfants ne vivaient pas dans le même monde que nous, par leur nature. Lorsque je vois un petit renverser un verre d’eau, je ne suis pas patiente lorsque je remarque qu’il n’y a aucune éponge à sa portée, mais oui, je suis calme lorsque je vois que l’enfant en question met vingt minutes à essuyer la table. Parce que je sais qu’il est dans l’ambiance de l’apprentissage, tandis que mes compères et moi sommes dans celui de l’acte fait. Il est inutile (voir dangereux) d’essayer de faire entrer un enfant dans le monde des adultes, il est contre productif qu’un adulte s’immisce dans celui de l’enfant. J’ai fait la part des choses.

Ce n’est pas la patience, donc, c’est l’ambiance. L’ambiance des enfants qui font seuls parce qu’ils ont appris ou qu’ils apprennent quelque chose à leur portée. L’ambiance de voir que l’apprentissage est un acte intérieur. Un acte précis. Un acte qui réclame de l’ordre, de la sécurité, de la confiance.

Alors l’adulte part à la recherche de la justesse. Du mot juste. Pour les bébés, cela passe par l’utilisation d’une vraie langue. Tu ne va pas au dodo, tu vas dormir, tu ne vas faire miam miam, tu vas manger. Le respect de l’intelligence. Pour les enfants plus grands, c’est la possibilité d’enrichir leur vocabulaire, de voir que le monde est plus riche que riche et qu’il y a toujours tout à découvrir. Du geste juste. On laisse à l’enfant le temps de former sa main. On lui donne de quoi apprendre par ses sensations. Une vaisselle qui tintinnabule, c’est une vaisselle qui s’entrechoque, et la possibilité de corriger son geste. L’eau qui déborde, la notion des tailles, des volumes. Et l’éponge à côté, le droit de faire encore seul sans personne pour le gronder.

C’est ainsi que petit à petit tout se met en place. Le rangement des activités sur les étagères, pour que chacun sache où les trouver, pour que chacun sache où il en est. Le silence pour pouvoir se concentrer, écouter les bruits sans interférences. Le silence de l’éducateur aussi, pour capter le moindre de ses gestes sans être détourné par la parole. L’absence même de mot parfois, pour lui laisser la possibilité de raisonner par lui-même.

Et maintenant ?
J’étais jusque là passée à côté de cette recherche de la justesse, et c’est ce dont la Petite Loutre a dorénavant besoin. Elle se dirige vers des savoirs qui lui ouvriront les portes de l’abstraction, il ne faut que nous brouillonnons autour d’elle et que nous l’embrouillons. Il est fondamental que ces apprentissages la pénètrent en son coeur. Ce n’est pas une pression, c’est un objectif. Respecter l’ambiance de son apprentissage, observer et comprendre avec justesse ses besoins.

C’est la lettre préférée de la Loutre !

Hier, je lui ai montré en image ce que sont les lettres rugueuses, elle était enthousiaste ! Elles sont donc commandées et la Petite Loutre me demande régulièrement quand nous irons les chercher. Je pense qu’elle est prête. J’ai hâte.

Vivre avec lui

Tous les jours avec lui c’est…

Le voir écouter une musique qui lui plait. Puis l’entendre à la flûte la rejouer de tête comme si c’était lui qui l’avait composée.

Avoir tous ses super scores des téléphones ou des ordinateurs battus à plate couture.

Savoir qu’il s’énerve facilement lorsque vous dites qu’il ne sait pas prendre le train, ou qu’il a peur des abeilles…

Le voir évoluer dans les arbres et sur les obstacles urbains aussi agile qu’un écureuil.

L’entendre vous parler de métathorax ou d’ovipositeur lorsqu’il regarde un insecte de près.

L’entendre vous proposer une omelette de pâtes ou des patates sautées lorsqu’il n’y a presque plus rien à manger dans les placards.

Avoir tout au long de la journée des blagues ou des jeux de mots très bien trouvés.

Pouvoir discuter longuement de sujets intelligents, savoir qu’il aura toujours du répondant.

Ne plus se savoir écoutée soudain parce qu’il a aperçu un petit animal, ou entendu le chant d’un oiseau.

Ne pas pouvoir le diriger sur la route si vous vous aidez d’un simple Atlas. Le savoir allergique à la phrase : « Prends centre ville ».

Savoir qu’il vous trouvera toujours exceptionnelle, quelque soit la difficulté, dès que vous ferez preuve d’un peu de courage.

Le voir se réjouir parce qu’il a fait un rêve d’escalade et qu’il sait qu’il pourra grimper le jour même.

…être libre.


Promenons nous dans les bois…

Il a fait à peu près moche toute la journée. C’était une très bonne journée ceci dit, bien remplie et même presque finie. Nous avions mangé, La Loutre était prête à dormir, nous aussi. Mais la soirée était belle et contrairement au reste de la journée, la météo était plutôt clémente. L’après-midi, en me promenant, j’étais passé devant une grotte. Céline me demande si elle est loin et si elle peut envisager d’y aller tout de suite, avant de se coucher. La grotte est située le long d’un sentier extrêmement bien balisé et étant donné l’heure, elle a d’après moi tout juste le temps de faire l’aller-retour. 

C’est tout vu!
Elle prend Jedi et la voilà partie.


Sans les sacoches il est un peu flippant quand il se ballade en forêt.

Jedi et seulement Jedi. Un pull à la limite mais ni téléphone, ni lumière (sinon c’est pas drôle).
Moi de mon côté je fais ma petite soirée. Je finis de coucher La Loutre, j’écoute de la musique tranquillou, je regarde le soleil se coucher, la nuit tomber, s’obscurcir,…
Et je me dis que ça devient limite comme conditions pour se balader. Dans ces cas là pas de panique! 

J’ai ma technique.

D’abord il faut lister les éventuelles mes/aventures qui ont pu lui arriver (entorse, piège à loup, rencontre avec un grizzly) et choisir la plus probable. J’opte pour: « elle est allée un poil plus loin que prévu et ne retrouve plus le sentier de nuit ».


Le tout c’est d’avoir l’air DETERMINEE.
Ensuite et c’est là que ça se complique, il faut ce demander : « Qu’est-ce que je ferais si j’étais à la place de Céline? » Vous avez la réponse? Oubliez-là, faites une croix dessus, libérez votre esprit, laissez votre imagination vagabonder et recommencez cette étape trois fois pour vous rapprocher de SA réponse à la question. (Céline préconise cinq fois plutôt que trois). 

Heureusement, j’étais rôdé, j’avais eu un exercice pratique le matin même. Je l’ai déposée à la boulangerie et le temps de faire le tour du pâté de maison, plus de Céline ! Lorsque j’ai fini par la retrouver elle m’a confié hésiter entre:
- attendre devant la boulangerie (plutôt raisonnable),
- aller au poste de police parce qu’on lui avait volé ses papiers et sa fille (techniquement tout ceci était bien avec moi dans le camion…).
Pour info moi je me disais que ne me voyant plus elle avait pu décidé d’aller à la piscine (et oui c’est bizarre mais je suis quand même allé voir).

Enfin bref, concrètement dans le cas présent vous pouvez oublier:
- je fais demi-tour et je prend exactement le même chemin qu’à l’aller,
- je cris à François de venir avec une lampe (il m’entend peut-être).

J’opte pour : « Cette grotte à l’air plutôt pas mal, tant pis je dors ici ». Me disant que ce serait quand même dommage qu’elle dorme dehors, je décide de m’habiller pour aller rendre visite aux grottes du coin. Je suis presque équipé d’une lampe et d’un portable (le chien était déjà pris) lorsque qu’un gros loup blanc me fonce dessus avec un air ravi.

Et là vous vous dites que ma technique était donc toute pourrie, que j’avais tout faux. Et bien pas tellement, en réalité j’avais découvert l’option numéro 2, il me manquait juste une itération pour avoir la bonne réponse. Voilà ce qui s’est passé du côté de Céline :

Elle a bien trouvé la grotte, elle a bien décidé d’aller voir un peu plus loin malgré la nuit qui s’épaississait et elle s’est bien retrouvé bloquée au moment où elle ne pouvait plus voir les traits bleu sur les arbres. Mais sa solution à elle a été un peu plus osée :


Jedi au camion!


La solution de Céline c’est la truffe de notre chien. Evidemment un gros chien blanc c’est plus facile à suivre que des petits traits bleus mais il faut quand même avoir confiance. La voilà donc à suivre notre chien qui tantôt trace sa route à travers la forêt, tantôt suit les sentiers avec comme objectif fixe d’aller se coucher exactement là où on lui à dit : au camion.


Mais si jte dis que c’est par là, suis moi! C’est qui la truffe ici?

Alors oui, c’est un peu aléatoire comme méthode, mais moi ce qui m’agace c’est que ça fonctionne. Et c’est souvent comme ça. Aussi improbable que ses techniques soient, pour elle et seulement pour elle, c’est ce qui marche. (Une fois j’ai essayé de copier sa technique de tri des cours qui consistait à agrafer des piles de feuilles volantes qui avaient vaguement un rapport entre elle, ça été une catastrophe ! De son côté elle a toujours ces piles quelques part dans un carton et pourrait me ressortir l’exercice 22 sur les intégrales de Fourrier si je lui demandais.)

Il est parti

Il est incroyable de voir comment tout peut partir si vite en fumée. Nos certitudes s’envolent, nous remettant par le fait à notre place. Les choses se sont déroulées trop vite, je n’ai rien compris. La matinée était pourtant bien partie. Nous nous aimions, nous avons fait route vers Fontainebleau pour prendre une baguette de pain avant de nous rendre à la piscine.

Je suis descendue du camion, deux euros dans la paume de ma main. En entrant dans la boulangerie, un vendeur m’a tout de suite demandé ce que je voulais. Je n’ai pas eu le temps de lire les étiquettes, j’ai dit ce que je voyais, on m’a donné le pain, on m’a rendu la monnaie et j’ai fait demi-tour.



Le camion partait dans la rue. J’ai couru pour le rattraper. Une voiture le suivait mais enfin, il allait bien me voir ! J’ai couru plus vite, le camion m’a, semble-t-il, accéléré. Mon chapeau de paille s’envolait, je le retenais d’une main, les 70 centimes de monnaie coincés entre mes doigts, la baguette dans l’autre point. Je m’essoufflais. Le camion tourna à droite mais le temps que j’atteigne la rue, il avait disparu.

Je fis rapidement demi-tour vers la boulangerie, pensant qu’il faisait simplement le tour avant de me récupérer. Il ne m’avait pas vue… C’est un comble ! J’attends, et personne ne vint. Peut-être s’était-il garé dans la rue à droite ? J’y retourne, je fais attention à tous les véhicules sur le côté, non, mon petit camion n’y est pas, je suis formelle. J’ai fait le tour, pour retourner à la boulangerie le plus vite possible.

Le petit camion était introuvable. Il m’avait laissée là. Comme ça. Sans prévenir.

C’est drôle de l’écrire maintenant. Il m’avait laissée là. J’ai l’impression de faire une erreur dans ma concordance des temps. Assise sous mon chapeau, accroupie devant la boulangerie, je me faisais doucement à l’idée, d’abord sans trop y croire et puis en y pensant de plus en plus fort, de façon de plus en plus réaliste, à mesure que les secondes s’écoulaient.

Il m’avait laissée là.

Lui. Ma petite loutre. Mon loup. Le camion. Mes affaires. Envolés.

J’avais entendu plusieurs fois cette histoire, souvent drôle lorsqu’on la raconte, de celui qui dit aller chercher des cigarettes et qui ne revient jamais. J’étais allée chercher le pain, il  en avait profité pour filer. Nous nous ne étions pas disputés. Nous étions heureux me semblait-il. Nous avions des projets… Tant de projets !

Il m’avait laissée là.

Et le temps s’écoulant, il a bien fallu que je me mette à penser à moi-même. Et s’il ne revenait jamais ? Comment allais-je faire, livrée à moi-même, dans une rue que je ne connaissais pas, en pyjama, sans papier, avec à peine 70 centimes en poche ?

Surtout, ne pas céder à la panique.

La police… La police peut-elle faire quelque chose pour moi ? Après tout, il était quand même parti avec ma fille et l’ensemble de mes papiers.

Mes parents… Mais que vais-je dire à mes parents ? Il m’avait laissée là, à Fontainebleau, alors voilà je reviens le temps de trouver un peu plus que 70 centimes de monnaie. =(

Et ma petite loutre. Comment cela est-ce possible ! Comment peut-elle laisser son papa partir ainsi sans sa maman ? Qu’est-il en train de lui dire ? Je me rappelais combien elle avait été paniquée le jour où je laissais sur cinq mètres un Jedi infernal en dehors de la voiture. « Oh non Maman ! Mon chien ! Je l’aime ! C’est mon chien ! Ne le laisse pas ! » Pour ta maman, petite loutre, que dis-tu ?

Il me semblait que chaque passant jugeait mon pyjama et mon chapeau. Il jugeait ma baguette, trop serrée dans ma main comme une peluche un soir d’orage. Il jugeait parce que je n’avais pas de sac, des sandales pour chaussures, mon visage rougi parce que j’avais couru. Mais ce détail, il ne l’avait pas. Comme il savait si peu de chose, chaque passant, de moi, de lui, de nous. De l’improbabilité de ma situation.

Surtout ne pas céder à la panique. Ne pas céder à la peur. Personne ne t’aidera si tu as l’air malade.

Ce n’était pas possible. Il ne m’avait pas laissée. Pas moi. La feuille sèche que la loutre avait ramassée la veille, oui-elle-mais-pas-moi.

Quand a-t-il décidé ? Etait-ce prémédité ? Savait-il qu’il me laisserait ainsi un jour ou l’autre ? S’est-il convaincu que c’était le moment quand je descendais du camion ? Quand j’entrai dans la boulangerie ? A-t-il su fermer son coeur lorsque je courrais dans le rétroviseur ?

Mon coeur pleurait à chaque fois que je croyais entendre le moteur du camion. Mes yeux scrutaient la rue sans relâche. Marche ! Me disait mon cerveau. Tu vas renaître sans lui, tu vas être capable. Attend ! Me disait l’espoir. Il va changer d’avis.

Et le camion a surgi au coin de la rue. J’ai vu le soulagement dans ses yeux.

Il ne m’avait pas laissée.

Demain, j'arrête

Je pense qu’il vous sera difficile de concevoir à quel point la lecture a été importante pour moi. Même si je décrivais notre relation à la perfection, même si votre empathie dépasse l’imagination… La lecture a complètement façonné mon enfance et mon adolescence. Je vivais mille vies plutôt qu’une. Et chaque vie que je vivais parce que je la lisais, je la vivais avec la même frénésie que j’aurais pu vivre la mienne. Par là, je veux dire deux choses. La première : je ne vivais pas par moi même, je vivais parce que je lisais des vies. Et la seconde : j’ai lu avec folie. Par le nombre. Par la vitesse. Par le manque atroce que cela me procurait lorsque je tournais la dernière page. Je ne revenais pas sur Terre bien longtemps, un autre livre toujours m’attendait.

Je lisais la nuit.
Je lisais en classe pendant le collège.
Je séchais des cours au lycée pour me réfugier au CDI. Et lire.
Je lisais pendant les vacances.
Je lisais devant la télévision.


François, et quelques années plus tard ma petite loutre, m’ont peu à peu détourner de cette activité. Je trouvais enfin auprès d’eux une vie à vivre que les personnages de mes livres pouvaient envier. Non, ce n’était pas tout à fait ça. Auprès de François, j’ai pu être moi-même, vivre en complète liberté. Je n’avais plus besoin de lire pour respirer.

Mais j’ai quand même continuer à lire. Par période. Par temps mort. Lorsque je lis, je ne peux rien faire d’autre temps que la dernière page n’a pas été tournée. Alors je lis très vite, vous comprenez, pour que le temps perdu ainsi ne se compte pas en années. Et je lis minutes sur minutes, sans discontinuité. Je ne mange pas toujours. Je ne dors pas toujours. Le livre me suit aux toilettes. Je mettais un réveil tôt à l’avance pour être sûre d’être revenue à la réalité lorsque mes élèves venaient. Mais la fonction snooze, comme pour ceux qui aiment trop dormir, me trompait souvent.

Une addiction
Petit à petit, j’ai développé un certain dégout de la lecture. Parce que mon amoureux me manquait, parce que j’avais l’impression de gâcher des instants à vivre avec ma fille. En fait, je n’aime plus vraiment lire. C’est une addiction qui me reprend et à laquelle je n’arrive pas à résister.

Je me tiens toujours très éloignée des cigarettes, de l’alcool et des drogues en tout genre car je le sais : je suis une personne très sensible à l’addiction. Rien qu’avec les quelques verres de vin que je bois parfois, je sens quelque part dans ma tête se dérouler le tapis de la folie. Lorsque nous achetions des bières à la cerise avec François, je ne pouvais pas m’empêcher de rôder autour, et je me faisais violence pour attendre l’Explorateur pour les boire.

C’est pathétique. J’ai horreur de ça.

Par chance, ou par intelligence (ne soyons pas trop pessimiste…), je n’ai jamais touché à la cigarette, ni à une quelconque autre fumée. Je sais qu’elles signeraient ma perte.

François me dit que ce n’est pas ça être alcoolique. Pour lui, j’en ai envie parce que j’aime ça, et c’est tout. Mais c’est faux. Je n’aime pas tellement le vin, et la bière, c’est bien pire. L’alcool, même à toute petite dose, m’a touchée de sa langue gluante. Heureusement, c’est une addiction bien connue et nous sommes alertés depuis l’enfance de ces dangers.

Pour la lecture, c’est tout autre chose. On aime les enfants qui lisent, ça les rend intelligents. Lorsque mon père tentait de me décrocher de mes livres, je souffrais énormément et l’opinion publique me soutenait. « Mais enfin, laisse-la lire ! On apprend tellement en lisant… ! » C’est vrai que j’ai beaucoup appris. Sur la vie, sur la mort, sur l’amour, sur la détresse. Je ne gâchais presque rien en fin de compte. Mon corps est resté en bonne santé (il faut croire que lire des courses poursuite maintient en forme), je ne suis pas devenue myope, et mes connaissances accumulées par la lecture pouvaient être mise à profit dans ma scolarité. J’ai même gagné/gardé une vive imagination (peut-être hors du commun).


De plus, lire m’a protégée de l’ennuis.

Ce n’est pas ce que j’ai fait de mon enfance en lisant qui me pose problème, c’est ce que je perds en lisant maintenant. J’ai changé de vie, je suis devenue adulte, et lire me gâche la fête. Je n’aime pas cela en fait, et j’ai décidé d’arrêter. Pour gagner en liberté.

La solution
C’est une idée toute simple : lorsque tu n’aimes pas quelque chose, ne le fais plus. Je n’aime pas passer tout mon temps à lire, perdre ainsi des journées entières, alors j’arrête. C’est simple et pourtant jusqu’à aujourd’hui j’étais incapable de venir à bout de cette suite logique. Comme si lire faisait parti de mon identité et que si je ne lisais plus, je n’étais plus moi. Il me fallait avant tout faire la part des choses. Rien ne m’obligeait, si ce n’est la peur du vide, à être encore et encore la jeune femme qui lit à une vitesse prodigieuse et sans jamais se fatiguer. C’est peut-être un don, peut-être, mais je peux très bien m’en trouver d’autres.

Déjà, j’aime bien plus écrire. Me promener dans les bois. Jouer dans le sable. Apprendre des trucs. Lire un roman vient très très loin dans ma liste des préférences quand je suis honnête avec moi-même.

Pour se libérer d’une addiction, il faut être paré à pallier le manque. Les livres me protégeaient de l’ennui, j’ai donc cherché d’autres solutions pour le combattre. J’ai trouvé le yoga. Lorsque je me sens vide, je commence quelques séries de Suria Namascara et je laisse couler mes pensées. Puisque je n’ai plus lu depuis longtemps, je n’ai plus de livre sous la main. Comme le fumeur, ne plus acheter de cigarettes et s’interdire d’en chiper aux copains, c’est déjà un bon pas.

J’ai ensuite réussi à me convaincre de ce fait : je n’aime plus lire. Plus du tout. Déjà parce que je n’arrive plus à trouver une matière littéraire qui me convient et puis parce que j’ai tant à faire de plus intéressant. Et me rappeler la nausée de la dernière page a fini mon décrochage mental. Lire ne m’apporte plus rien de bon, c’est une évidence.

Et qu’en est-il de tous les livres qu’il reste encore à lire ? J’ai une petite pointe de regret pour eux, il est vrai. Mais enfin : il reste bien assez de lecteurs sur terre pour les user, ces autres livres ! Ils n’ont pas besoin de moi. C’est cela qui m’aide profondément dans mon idée de sevrage (pour ne pas fondre en larmes et déprimer) : les livres n’ont pas besoin de moi. Je ne suis pas une lectrice irremplaçable.

Je ne sais pas si vous allez bien comprendre ce que je dis là. C’est peut-être étrange comme concept. Mon article n’est pas terminé que j’imagine déjà des remarques de ce genre :

Ne sois pas trop dure avec toi-même, si tu aimes lire, continue.
Ma réponse : c’est clair pour moi, je n’aime plus lire. Ca ne me comble plus. Si je continues, c’est seulement par peur du vide et par habitude.

Ou… Tu peux aussi te restreindre à une nombre de pages, de durer, pour être sûre de ne pas perdre ton temps en lisant.
Ma réponse : Oui, juste un petit verre, le dernier. C’est comme ça qu’on se nettoie d’une addiction, c’est bien connu…

Plus rien du tout ?
En toute honnêteté, il y a des choses —nouvelles pour moi— que j’ai décidées de lire. Ce ne sont que les romans que j’abandonne. Il y a par exemple les articles scientifiques, les postes du site journal.cnrs.fr (c’est magnifique !), les encyclopédies, les billets d’humeur, …, en fait les choses courtes qui se lisent franchement et à partir desquelles on discute pendant des heures. Voilà ce qui, maintenant, me plait. Ce qui me raccroche au réel en fin de compte.

Et puis je suis prête à faire une exception pour les amis qui accoucheraient de leur roman. Je le lirai comme une confidence. Ca n’a rien à voir, non mais !

Mon dernier livre
Tout ça n’a pas été très clair pour moi jusqu’à hier. Hier j’ai terminé mon dernier livre. Hier j’ai passé l’après-midi à lire alors que la veille je m’étais déjà couchée trop tard pour finir un chapitre de plus. Et j’ai été profondément dégoutée. C’était un bon livre pourtant. Auto-publié par un jeune auteur, d’une écriture très claire, sans faux synonymes à l’aide de paraphrases (je déteste cela… ! je déteste lorsqu’on comble un manque de vocabulaire par des phrases à rallonge), et même des surprises dans le scénario ! Plutôt chouette en fin de compte.


Mais j’avais mal aux fesses —je lisais sur un rocher— j’ai loupé une belle après-midi avec ma petite loutre qui grimpait pied nu aussi bien qu’un petit singe, j’ai manqué le soleil, j’ai manqué le sable, j’ai manqué de parler avec les autres… Et je me sentais vide dès que je fermais la couverture de ma liseuse. Le réel avait oublié son emprise sur moi. J’étais lessivée.

Retrouver soudain ces sensations m’ont rendue malade et aigrie.

Je craignais cela sans vraiment en saisir toute l’importance. Relire. Me remettre à lire. Un cauchemar. Je disais souvent : « Oh, en ce moment je ne lis plus trop… j’ai peur de ne pas en avoir le temps. »  Mais en fait, on ne comprend la puissance d’une addiction que lorsqu’on la tente. Lorsque l’alcoolique goute du bout des lèvres un verre de vin… J’avais dit à l’auteur : « Je le prends [ton roman], je t’en dirai des nouvelles ! » il fallait bien que je le fasse ?

Hier, j’ai compris ce qu’il y avait de si terrible pour moi dans la lecture. Parce que ce n’est pas un loisir, c’est une habitude compulsive. Ce n’était pas les mots qui m’ont donné du plaisir, ce n’était pas les pages, ce n’était pas l’histoire, c’était cette absence de gestes reposante. Cette façon de ne plus exister. D’être happée. De ne plus se préoccuper de personne. De laisser vivre les personnages à ma place. De ne plus se poser de questions, de les laisser se tromper stupidement.

Hier, c’était la dernière fois.
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