Céline Dehors et François l’Explorateur — Aspirants, chercheurs en liberté, expérimentateurs d’idées loufoques. — Et accessoirement auteur de « Ce que le Souffle m’a donné »

dimanche, février 12, 2017

Soulagement et aberration

La panne mécanique… C’était inévitable, Otto a plus de 30 ans, tous les corps s’usent. Nous faisions notre possible pour nous préparer. Ceux qui suivent notre newsletter le savent déjà : notre camion avait une petite fuite de gasoil. Le truc qui te fait exploser ta consommation aux cent, pas possible de le manquer. Un petit point de joint thermique, histoire de limiter les dégâts, et une commande de la pièce certainement pas la moins couteuse du moteur, non non, ça serait trop simple : la pompe à injection. Maintenant, le moteur d’Otto est rutilant comme l’intérieur d’un iPhone, en moins miniaturisé bien sûr.

Depuis que la pompe est changé, Otto fait un peu n’importe quoi. Il cale aux stops quand on ne tire pas la manette de démarrage à froid. Il se bloque à un régime pas du tout approprié à d’autres moments. Il fume comme un malade de beaux nuages au goût de gasoil. Charmant. C’est le temps qu’il s’habitue à sa nouvelle prothèse. J’espère. Je garde espoir.

A cela s’est ajouté une panne électrique qui touche l’électrovanne (sans elle, tu ne démarres pas) qui m’a rappelé le soucis que j’avais eu avec l’avertisseur sonore. J’avais passé pas loin de deux jours à chercher l’origine de la panne du klaxon et j’avais finalement fait un bi-pass électrique en ajoutant un petit bouton tout neuf sur le tableau de bord. C’est ce que nous avons mis en place avec l’électrovanne. « C’est provisoire, donc. », nous a dit le patron du garage. « Oui oui », avons-nous répondu en riant. De toute manière, c’est notre camion, on fait bien ce qu’on veut. Et ça nous fait bien marrer, ce nouveau petit bouton on/off pour démarrer Otto. On se croirait dans un avion.

[Pas de photo car ce n’était ni très joli ni très agréable. Heureusement que les amis étaient là.]

Si tous ces soucis ne suffisaient pas, voilà que l’alternateur refait parler de lui. Faut dire qu’il y a un foutu charbon qui refuse de frotter correctement. On l’a poncé tout beau tout lisse maintenant ça marche — ça marche pas, mais ça marche plus que ça ne marche pas, la batterie doit charger quand même. Faut dire que niveau consommation d’électricité Otto roule au minimum (on n’a pas de climatisation) : normalement on est plutôt tranquilles.

Au delà de ça, nous voici à la périphérie d’une zone anthropisée-un-truc-de-fou : le littoral entre Marseille et Nice. C’est la croix et la bannière pour ne pas prendre les autoroutes. Partout de la route, de la route, des parkings et de la route. Les algues épaisses font chplok chplok le long de la plage quand les vagues butent dedans. Je me suis plusieurs fois demandée ce qu’on faisait là. Ah oui ! Des amis habitent et passent leurs vacances ici ! C’est pour ça… Les amis, c’est la vie n’est-ce pas ?
Voilà où nous habitons aujourd’hui ! C’est chic, n’est-il pas ?
Vite vite nous fuyons dans les terres entre deux passages urbains. C’est le printemps ici, je l’oublierais presque. Cela fait deux semaines que les oiseaux ont changé leurs registres. Ca sonne le printemps partout. Ca renifle le printemps. Ca touche le printemps. Des petites pluies fraiches baignent l’herbe de vert et la terre s’hospitalise un peu. J’adore les matins de printemps.

Là où nous sommes enfin, tout est magnifique. La terre est brune, mais rouge tellement les arbres et le lichens autour resplendissent. Nous nous promenons dans cette vallée et je n’arrive pas à me rappeler ce que ce paysage m’inspire. Un autre continent ? Une autre planète ? François qui perdait son sans froid devant nos pannes à répétition et un nouveau « sens interdit ou va sur l’A50 » soupire de soulagement. Et je suis surprise par les idées qui me viennent en tête.
Ma tête quand je suis surprise par une idée étrange
La sédentarisation de l’humain est une erreur, une aberration. L’humain est devenu dépendant de denrées qui n’existent que parce qu’il est sédentaire. Ces denrées lui ont certes permis de s’étendre et de se démultiplier mais il y a de couteuses contreparties : un travail nécessaire, permanent et exorbitant avec en sus une dépendance qu’il ne soupçonne pas. Sans aller bien loin, regardons simplement comment sont organisées les villes. Le loyer y est cher, il faut travailler pour le payer, il faut se déplacer pour aller travailler. Vu que beaucoup de gens vivent dans la même ville, le travail s’est éloigné des habitations. Il faut un moyen de transport pour se rendre au travail. Il faut alors de grosses infrastructures pour supporter ces moyens de transport. Sont alors indus la pollution sonore, la pollution de l’air, la pollution de l’eau, la pollution des sols, les maladies (grippe, gastro, ou tout ce qu’on appelle communément la crève), le manque de temps, l’avidité, la violence…

La liste est longue.

C’est flagrant lorsqu’on est nomade et que l’on s’approche de la vie sédentaire pour le tourisme ou les amis. Ce qui semble aux habitants ordinaires au lieu absolument naturel et logique, apparait à nos yeux « Du Grand n’Importe Quoi ». Il faut connaître la ville pour s’y sentir bien. Il faut y vivre tous les jours. Oublier le bruit inharmonieux qui y demeure même la nuit, oublier qu’il faut attendre cinq minutes que le feu passe au vert pour traverser un passage piéton (même s’il pleut des cordes), oublier la lumière qui ne s’éteint jamais, oublier la chaleur, oublier l’aridité, oublier les pisses de chien et les papiers macdonald qui s’y promènent avec nous. Il ne faut plus voir que personne nous dit bonjour, qu’il faut y être propres comme une savonnette, qu’il faut porter des vêtements bien braillés, qu’on ne peut pas débarquer comme ça. Le problème n’est pas que les gens sont mauvais ou mal élevés, mais plutôt qu’en VRAI cette vie n’est pas faite pour l’humain.

Cette vie ne correspond pas à son intelligence. Elle n’est pas faite pour son cerveau. Ce n’est pas le travail dont l’humain a besoin, ce n’est pas la routine. On confond travail avec création, routine avec sécurité. L’humain n’est pas fait pour être sédentaire. C’est tout. Il l’est devenu par erreur. Il s’est tordu pour l’être. Ca lui a donné plein de petits et il ne sait pas s’en défaire. Voilà la vérité.

Et moi, dès qu’on se rapproche d’une ville (dans le mot ville, vous l’aurez compris j’espère, j’y incarne le paroxysme de la sédentarité) je m’y sens terriblement mal. J’oublie plus que je n’existe. Je bataille avec ma nature propre et je me dis une chose abominable : il faut que je redevienne sédentaire, pour survivre. Vous avez bien entendu : il faut que je devienne sédentaire non pas pour être heureuse ni confortable, seulement pour survivre. Parce que j’ai ancré l’idée en moi qu’il n’y a qu’en étant sédentaire qu’on survit. Alors que ça fait bien plus de six mois que je vis tous les jour tous les coeurs de mon corps. En fait, je n’y crois toujours pas.


Nous profitons allègrement du système. Nous ne sommes pas sédentaires et pourtant nous profitons sans retenue du travail de ceux qui le sont. C’est une place de choix que je n’échangerais pour rien au monde. Alors à vous qui vous démenez pour survivre dans ce système de fou : mais continuez donc ! Moi je me gave de tout et vous n’avez même pas le droit de m’en vouloir. Hé hé ! C’est là que tout est absolument merveilleux : vous avez une douche chaude chez vous et un club de fitness à deux rues. Et moi je n’ai pas ça. Vous avez une grande maison avec un chauffage, de la place pour plein d’enfants. Et moi je n’ai pas ça. Vous êtes favorisés. Au fond, vous ne m’enviez pas et c’est sûrement plutôt l’inverse. La vie est bien faite, dans ce qu’elle a d’incohérent.
Photo prise et recadrée par la loutre. C’est qu’elle devient douée cette petite !

12 commentaires:

  1. Waouh ! Cet article c'est une gifle pour tous les sédentaires qui aspirent plus ou moins à votre vie.
    Je suis d'accord pour dire que la sédentarité abrutit les esprits, engourdit les cerveaux, qui ne réfléchissent plus, ne se rendent pas compte qu'ils ont le choix, de prendre un autre chemin, de ne pas suivre aveuglément toutes les routes qu'on leur trace devant eux. Je suis persuadée que chaque être humain est intelligent à sa manière, mais la télé passe tellement son temps à dénigrer, déprécier certaines catégories de la population, que cette population finit par y croire, par ce dire qu'elle ne vaut pas plus que ça, par ne plus chercher à se battre pour avoir plus, obtenir plus de la vie, qui ne devrait pas se résumer à cette routine.
    Vous avez raison de profiter du système. D'autres en profitent encore plus largement, par centaines de milliers d'euros.
    J'espère qu'Otto finira par se faire à l'idée qu'il devra vous emmener jusqu'au bout du chemin, peut importe où il soit !

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    1. Je me suis laissée aller pour la rédaction de cet article… Tout n'est pas à prendre tel quel, même si écrire ces choses-là aussi clairement m'a remis les idées en ordre.

      Je n'ai pas l'habitude d'être défaitiste mais là il me semble bien que le choix nous ne l'avons plus. Notre petite famille, dans son petit camion, fait plus semblant qu'autres choses. Nous profitons d'une frontière infime que l'organisation de notre civilisation a miraculeusement laissée accessible. Quoique… nous sentons bien quand même que c'est difficilement tenable. L'aberration nous touche, nous aussi.

      J'espère aussi que ça ira pour Otto. Il nous a fait une nouvelle surprise aujourd'hui :-( Je croise les doigts pour demain matin !

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  2. Comme tu as raison avec ta liste d'horreurs à supporter au quotidien pour la plupart d'entres nous ! En même temps il faut une volonté de tout instant pour ne pas prendre les autoroutes qu'il nous propose ... merci pour tes articles très inspirants :o) Belle semaine à vous

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    1. Bonjour Nat, as-tu déjà laissé un commentaire sur mon blog auparavant ? Je crois que c'est la première fois ou alors j'ai oublié… Bienvenue ici !
      J'ai l'habitude, dans la vie, de prendre les petits chemins. C'est amusant, on profite bien du paysage, mais ce n'est pas toujours le plus confortable, il faut bien se rendre compte !! Et on n'avance pas très vite… :-P
      Notre semaine commence comme celle passée : avec un Otto qui fait des siennes. Mais j'ai confiance : ça va s'arranger.
      Merci pour ton commentaire très sympathique, au plaisir de te recroiser ici !

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  3. Au moins vous aurez essayé, et cela impactera votre manière de consommer et de vivre pour le futur. Vous conserverez cette approche de la vie complètement différente, à contre courant. Vous devriez en faire un livre (un peu comme la famille zéro déchet), pour toucher le plus de monde possible, ici tu ne prêches que des convaincu·e·s, il me semble.

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    1. Je ne veux surtout-surtout pas écrire de livre sur notre manière de vivre, ou cette expérience en camion. C'est une idée qu'on me propose souvent et je n'arrive toujours pas à bien expliquer mon refus total.

      Il y a déjà l'idée que je ne veux pas devenir une marque, ni que ma famille le soit. Nous faisons bien plus que mener une expérience de vie nomade, nous faisons plus que de dormir dans un camion : nous menons notre propre vie. Prendre une simple vie comme modèle pour une auto-observation me parait complètement farfelu : Voilà, lisez ce que je retire de moi-même…, c'est bizarre, non ?

      Ensuite, je n'ai pas pour vocation de convaincre qui que ce soit en écrivant sur ce blog. Une amie m'a dit que je l'encourageais dans une certaine mesure à continuer à mener sa propre vie, et je crois bien qu'elle a raison. Je fais rêver, non pas à mes rêves, mais à ceux qui me lisent. C'est une chose que j'ai remarqué grâce à mon premier roman : chacun lit ce qu'il a envie d'y trouver. Par rapport à ma propre vie, je peux supporter les réactions des uns et des autres sur le blog ; mais dans un livre, je ne le pourrais pas.

      Je pensais cependant peut-être proposer un livre rassemblant nos plus beaux clichés pour mettre en lumière quelques citations du sage de mon coeur : Krishnamurti. Dans le but de faire rêver, mais pas d'imposer un axe de réflexion.

      Enfin, cela est bien flou… je ne sais toujours pas exactement pourquoi l'idée me déplait tant.

      Pour ce qui est du changement sur notre façon de voir les choses, c'est certain ! Il suffit de voir nos croquis de maison (et ceux de la loutre ^^) pour se rendre compte que nous pensons bien différemment des architectes conventionnels.

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  4. Tu as toi même confessé t'être lâchée dans cet article, alors je redouble de bienveillance à l'égard de tes paroles. Cependant, as-tu réellement pensé : "voilà la vérité", toi qui te livre habituellement avec tant de finesse ? Est-ce une affirmation provocatrice, ou es tu entièrement convaincue que la sédentarité de l'homme est une erreur ?
    Selon toi, la quasi totalité des civilisations serait-elle donc devenue sédentaire par une simple aberration malheureuse (certes entretenue, mais fruit d'un hasard, d'une malveillance, d'une bizarrerie) ?

     J'entends très bien ton opinion sur le fait qu'avec un peu de recul, le système qui orchestre la vie de tant de gens paraît tout bonnement absurde, artificiel - et comment fermer les yeux sur ses multiples dérives. Mais ça me semble incomplet de trancher avec cette seule analyse, de ne pas prendre en compte la question du progrès. L'homme ne s'est pas juste démultiplié et étendu, par exemple il s'est aussi plus massivement instruit, il vit plus longtemps et en meilleure santé. S'il n'y avait rien à retirer de cette sédentarisation, l'humanité presque-toute-entière aurait-elle vraiment suivi ce chemin ?

    Quant aux sédentaires urbains, qui vivent et travaillent en ville, il est un peu simpliste de dire que comme leur système est absurde alors il est mauvais pour eux. Ainsi, la routine seule n'épanouit probablement pas un individu, mais la routine est nécessaire  au cerveau en dose raisonnable. En simplifiant à  l'extreme, cela nous repose d'avoir certaines routines, cela nous économise pour nos éclats de créativité et de folie. Depuis toujours notre cerveau s'attache à créer des habitudes, pour notre bien :) A mon avis nous avons besoin de plusieurs rythmes intellectuels : de calme et de fureur, d'habitude et de nouveauté, de passivité et d'action. Quand on est sédentaires, notre esprit n'est quand même pas immobile !

     Et peut être qu'étant donné que tu te sens mal à l'aise en ville tu ne le vois pas, mais certains s'y épanouissent très bien, même avec un bon degré de lucidité vis à vis des puissantes voire douloureuses rigidités du système. C'est un ouvrage exhaltant et enrichissant que de faire naître l'aventure, germer la drôlerie, exploser la joie, mousser la douceur dans les interstices (pas si petits) de la routine urbaine !

    Ceci dit, pour moi la tâche est légère car ma routine est douce et passionnante à mes yeux, je ne peux évidemment pas parler au nom de tous les sédentaires de la capitale - il n'y a qu'à voir la tête de certains :P En tout cas je suis sincèrement ravie si de ton côté tu as trouvé une route qui t'épanouit particulièrement, et te souhaite de merveilleuses journées ! Clara

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    1. Merci Clara! Tu n'es pas d'accord et merci! Céline commençait à être désespérée. Elle écrit un article ouvertement provocateur, elle dicte une vérité absolue sans nuance possible et personne ne la contredit. Cette après-midi je l'ai surprise en train de caillasser un nid de frelon, je crois qu'elle doutais sérieusement de sa capacité à provoquer et à agacer (pourtant je la rassure régulièrement sur le second point). En tout cas je la vois déjà se frotter les mains. Elle a finalement réussi à titiller quelqu'un et en plus elle n'est pas tombée sur un énervé mais bien sur une personne qui n'est pas d'accord. Merci beaucoup pour ton long commentaire, je laisse les manettes à Céline.


      (Et s'il te plait ne répond pas ce soir, il lui reste encore 80 pages de son roman à corriger et en tant que manager auto-proclamé je ne peux pas la laissé débattre toute la nuit. Faut qu'elle bosse!)

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    2. Bonjour Clara.

      Je n'ai nullement développé mon idée saugrenue dans mon article, ce n'était pas mon but. J'attendais, François a raison, qu'on m'interroge et qu'on me demande de justifier mes propos.

      L'idée que la sédentarisation de l'humain et l'agriculture — je ne sais pas, et personne n'est bien d'accord sur ce fait, lequel est venu avant l'autre — est une erreur est défendue par des paléontologues et des ethnologues. Le plus célèbre est Marshall Sahlins dont le travail a été repris à des fins politiques/idéologiques (pour critiquer nos civilisations actuelles). Bien sûr, elle ne fait nullement l'unanimité parmi les chercheurs mais le débat me parait très intéressant.

      Il ne faut pas se figurer que tout est logique dans l'évolution des espèces, et encore moins dans l'histoire de l'humain. Oui, nous sommes capables d'erreurs et même capables d'erreurs grossières. Transiter vers l'agriculture et la sédentarité pourrait en être une, je soutiens l'idée. Au conditionnel bien sûr puisque tout a changé depuis si longtemps (~ 10 000 ans si je ne m'abuse). Et puisque nous n'avons pas à portée de vue un monde parallèle où l'humanité aurait fait un choix différent nous ne pouvons pas savoir.

      De ce que j'ai retenu de mes études toute personnelles sur la préhistoire, c'est que l'espérance de vie et la taille des squelettes des humains a diminué entre le paléolithique (quand l'humain était chasseur-cueilleur) et le néolithique (quand il cultivait son champ). Ceci montre que la vie était bien moins douce quand l'humain était agriculteur et c'était mieux avant. Après, je suis certaine que je pourrais trouver une thèse qui réfute ce fait. Quand on cherche, on trouve toujours de quoi nourrir ses arguments.

      Mais alors pourquoi se seraient-ils trompés ?
      Déjà le changement s'est fait progressivement. (A l'époque, ils ne faisaient pas de statistiques ; ils n'ont pas pu s'en rendre compte) et puis… ce n'était peut-être pas vraiment une erreur mais un choix. Grace à l'agriculture, l'humain pouvait nourrir plus de bouches. Il a choisi la quantité plutôt que la qualité.

      En vrai, si je n'avais pas l'impression que notre espèce est en train de s'autodétruire, je ne me serais pas dit qu'il s'est trompé, mais qu'il avait seulement sacrifié 10 000 ans de son histoire pour arriver à maintenant où tout est rose. Enfin, disons que nous avons mis pas mal de temps à rattraper l'espérance de vie perdue. Merci non pas à l'agriculture, mais à l'invention du microscope.

      Les dégâts causés par la sédentarisation ne s'arrêtent pas qu'à l'espérance de vie. Tout le fonctionnement de nos civilisations a été chamboulé lors de ce changement magistral.

      J'ai été heureuse de recevoir un commentaire qui répondait à ma provocation, cependant il y a une chose qui me chiffonne dans tes propos, elle est survenue au tout début de ton message. Tu as dis : "toi qui te livres habituellement avec tant de finesse". Je ne fais pas régulièrement de coups d'éclat sur mon blog, habituellement je parle de choses pour lesquelles je suis d'accord, ça ne fâche personne ça. Mais dès lors que je pense — je dis "voilà la vérité" sur quelque chose qu'on ne peut pas profondément vérifier dans l'état actuel de nos connaissances, donc oui, c'est une pensée — on me reproche mon manque de finesse ? Non, je ne pense pas fin, je pense quantique. Je pense avec ubiquité, avec intrication, et quand je le sors un petit peu c'est exactement comme tu as pu le lire. Il y a de tout. Des certitudes, des incohérences, des retours, mais certainement beaucoup de ma personne.

      (1/2)

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    3. Il y a une chose qu'on soupçonne peu : les sédentaires ont toujours été en guerre contre les nomades. Et les sédentaires gagnent toujours. Nous le vivons régulièrement avec l'Explorateur. Ca ne se veut pas destructeur, et pourtant…

      Comment l'aurais-tu pris si je m'étais plainte à propos des communes qui nous interdisent de nous arrêter sur leur sol ? A propos de l'administration qui n'a absolument pas pensé à ceux qui bougent ? T'es-tu déjà renseignée sur les statuts de SDF, d'itinérants ? Sais-tu comment je vais faire pour voter ? J'ai regardé tout ça lorsque nous avons préparé notre départ et au final nous avons demandé une domiciliation chez mes parents, c'était TROP compliqué autrement.

      Alors je vais provoquer de nouveaux ceux qui s'intéressent au débat : et si toutes les civilisations s'étaient tournés vers la sédentarité parce que les sédentaires rendaient la vie impossible aux nomades ? Par intolérance ? Parce qu'ils ne travaillent pas ? Parce qu'ils sont heureux quand même ? Et parce qu'ils osent dire que leur vie est meilleure quand les sédentaires s'estiment eux-aussi heureux ?

      Je suis bien contente que tu t'épanouisses très bien dans ta vie sédentaire. Je me dis aussi qu'il y aurait eu de fortes chances que tu te sentes bien, si tu avais aussi décidé de changer de vie.

      Pour ce qui est de la routine, je ne suis pas d'accord avec toi. Je sais que le cerveau se nourrit de contrastes et de diversités. Une habitude, c'est un gouffre entier vers l'erreur et l'intolérance, le manque de réflexion, ou le fatalisme. D'ailleurs, ne le dis-tu pas toi-même : "C'est un ouvrage exaltant et enrichissant que de faire naître l'aventure, germer la drôlerie, exploser la joie, mousser la douceur dans les interstices (pas si petits) de la routine urbaine !" ?

      Je ne sais pas si tu as l'habitude des débats. Ton long message m'indique qu'il te t'effraie pas alors je me suis permise de te répondre avec tout le "manque de finesse" dont je suis capable. C'est à dire de façon perfectible, avec des portes ouvertes, d'autres fermées que je te laisse ouvrir, des rebuffades et même encore un peu de provocation. Crois bien malgré tout que je suis pas, au fond, complètement en désaccord avec toi.

      Sur ce, je clique sur « publier » car, comme l'a signalé François, j'ai encore un roman à corriger et c'est le travail le plus ennuyeux du monde… :-(

      A bientôt j'espère !

      Céline.

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  5. Bonjour Céline, merci beaucoup d'avoir pris le temps de me répondre malgré tes obligations de relecture ! Et merci à l'aventurier pour ton commentaire :)

    Je ne doute pas que tu as vécu et constaté à quel point les normes sédentaires rendent la vie impossible aux nomades, et je pense que nous sommes d'accord sur le fait que c'est d'une cruauté intolérable. Je perçois aussi, et probablement comme beaucoup d'autres, les injustices des règles dominantes, quand j'y réfléchis rien qu'un peu je suis atterrée.

    Ce n'est pas parce que je soulève le fait que vraisemblablement la sédentarité n'est pas une simple erreur que j'ai conclu que "c'était la meilleure chose à faire". Cette évolution parmi tant d'autres n'est bien sûr pas purement logique, c'est un mélange de circonstances et de décisions et de tout un tas de choses qui m'échappent. Ce que je voulais pointer avec mon commentaire, c'est que sur ce thème comme tant d'autres il y a une forte ambivalence. J'ai réagi au fait que tu aies tranché "c'est une erreur", j'aurais réagi pareil si tu avais tranché "c'était la meilleure chose à faire".

    Je ne connaissais pas ces études sur la sédentarité, ni des études qui aboutiraient à des conclusions différentes ou contraires, et si je suis convaincue que c'est passionnant de s'y plonger pour étoffer sa compréhension de la société, je me refuse en revanche à laisser mon cœur s'embarquer dans une prise de position. D'une part parce que pour tout t'avouer je ne suis pas partisane des vérités, ça m'est un peu égal de savoir si une chose est plus vraie qu'une autre - peut-être ne suis je pas une bonne personne pour toi avec qui débattre ?

    Et d'autre part, parce qu'il y a quelques années les injustices du système me rendaient folle de peine, c'était très douloureux d'examiner ses absurdités, ses normes artificielles. Ça me contrarie toujours évidemment, mais je fais aujourd'hui mon possible pour ne pas y jeter mes tripes. Je jette mes tripes dans la joie et l'amour par exemple, ça ça vaut le coup pour moi ! Et c'est presque un jouissif pied de nez à ce système absurde et dur que de s'en affranchir non pas en en sortant, mais en vivant en lui ! Ce qui ne m'empêche pas de savoir que je serais heureuse ailleurs autrement, peut-être un jour je serai nomade aussi, c'est une séduisante idée d'ailleurs ;)

    Ainsi double intention dans ma réaction : réagir intellectuellement au fait que ton affirmation manquait d'ambivalence à mes yeux, réagir avec le cœur que nous sédentaires nous avons aussi notre façon d'être heureux :)

    Et je suis si désolée d'avoir utilisé les mots "manque de finesse" qui t'ont brusqué, c'est admirable d'avoir parlé avec sincérité, sans mille précautions oratoires. Oui pour moi c'est une analyse qui manque d'une certaine forme de finesse que de trancher brutalement "c'est vrai" "c'est faux" etc, mais c'est relatif à ma façon de voir la vie, pardon d'avoir généralisé. Il n'y a rien à redire sur ta façon d'être et de penser :) Juste pour te dire - j'aurais du commencer par ça mais sur mon téléphone c'était compliqué d'écrire - que j'ai lu bon nombre de tes articles, depuis plusieurs années, que beaucoup m'ont fait rire et rêver, et beaucoup m'ont touché profondément, m'ont secoué de sanglots. Je suppose que je devais être un peu atteinte de, pour une fois, ne pas me sentir aussi proche de tes émotions que d'habitude.

    Bonne route à tous !
    Clara

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    1. Bonjour Clara !

      J’ai repensé à ton premier message ce matin en me réveillant et je me suis dit que tu avais été déçue de ne pas partager mes pensées.

      J'ai écris cet article après notre passage dans la périphérie de Toulon et vraiment… la ville nous a rendu la vie impossible. Je me sens proche de toi dans la mesure où je suis profondément touchée par les absurdités. Je me souviens d'avoir pleuré pendant une heure entière un jour parce que j'avais vu des sacs plastiques pris dans les branches des arbres sur le bord de la route. Dire « tout ceci est une erreur » est mon mode de défense. Ca marche très bien quand on trouve des arguments pour soutenir la thèse ! Si j’y réfléchis, ce n’est pas pour savoir où est la vérité mais pour me soulager. Cela me permet de penser hors du cadre conventionnel et de ne pas tourner folle.

      Dans ce sens, je crois au contraire que tu es personne parfaite pour débattre et discuter avec moi :-)

      J’ai une réaction inverse à la tienne. Je n’entre pas dans le système, je cherche à en sortir complètement (et surtout au niveau du conditionnement de l’esprit) afin de retrouver ma place. Cela me fait penser à une discussion que nous avons eu hier François et moi, durant notre randonnée. Je m’excusais auprès de lui de le mener avec moi dans une vie d’extrémiste. Je lui disais : « Tu vois quand j’apprends qu’il faut avoir travaillé deux ans pour avoir des droits à la naissance d’un enfant, ça me met en boule. Ou pire : quand on te dit attends d’avoir 6 mois d’ancienneté avant de te marier, comme ça tu auras des congés supplémentaires…, j’explose ! J’ai l’impression qu’on essaye de manager ma vie. Je voudrais être sûre de ne pas en profiter, de ces droits. Et du coup, tu n’y a jamais droit, toi non plus… »

      Je pense être une personne très tolérante, mais je ne suis pas très fine. J’espère que je ne te déçois pas, surtout que je sais à présent que tu as apprécié mes articles jusqu’ici.

      Je te souhaite une très belle journée.
      Je suis très contente que tu aies pris le soin de m’écrire suite à cet article qui ne t’a pas convaincue. Je me sens en confiance :-)

      Céline.

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A bientôt !
Céline.

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