Céline Dehors et François l’Explorateur — Aspirants, chercheurs en liberté, expérimentateurs d’idées loufoques. — Et accessoirement auteur de « Ce que le Souffle m’a donné »

jeudi, février 02, 2017

Aujourd’huis

[Cet article a été écrit parce que aujourd’hui, dans la vraie vie, c’est toujours aussi mal réussi qu’incroyable à vivre.]

La loutre nous exhortait de nous lever parce qu’elle avait faim et parce qu’elle avait le nez qui coule. Deux urgences en une, les parents ne pouvaient pas rester au lit une minute de plus.

Nous avons mangé des galettes de riz à la confiture d’une vieille dame que nous avions ramenée chez elle. Nous avions failli ne pas la prendre avec nous alors qu’elle marchait péniblement contre le vent glacial.
J’ai dit : « J’aurais pu m’assoir à côté. » François a dit : « J’aurais pu faire demi-tour. » Et puis : « Je fais demi-tour. Cours la prévenir. »
La dame était contente. Elle avait une entorse.

Je corrigeais le manuscrit de mon roman. J’avançais bien. J’aimais ce qui a été écrit.
François relut derrière moi et corrigea entre autres intention par attention, emmener par amener.
Après le repas, François voulait m’emmener à la falaise. Il n’y avait pas de grimpeurs à l’horizon mais nous emportions quand même chaussons, baudrier et crash pad.
Jedi portait la moitié du matériel. C’est un chien courageux.

Le parcours pour rejoindre la falaise était fou. La pente était raide. Le chemin n’existait que parce qu’on y croyait.
En bas, le Gard ou le Gardon, ou les deux je n’ai pas compris, creusait la roche en se repliant sur lui-même comme un serpent affamé.
Je me demandais souvent quel était le sens de toute cette marche.

La loutre ne voulait plus avancer. Mais ne voulait pas être portée non plus. Elle se reposa encore un instant. La route était interminable derrière elle. Je n’y tenais plus et partis devant avec Jedi.

Soudain je sus quel était le sens.
Sous un toit de roche gigantesque, l’eau goutait des résurgences et clapotait en harmonie. Le ciel perçait à travers deux trous incongrus. Un raccourci pour ceux qui n’ont pas peur de descendre en rappel.
En fait, c’était le seul endroit du département où il pleuvait.

La lumière du soleil s’étalait là, devant moi. Je m’assis pour travailler.
L’adorable joua dans le hamac tout l’après-midi. L’explorateur se cassa un ongle. L’après-midi prit fin. Le soleil tombait.

Nous avons mangé un mélange aux champignons et aux poivrons, avec une sauce inspirée de la cuisine japonaise. C’était fameux.

L’adorable ne voulait pas dormir. Je lui ai lu un livre. Puis elle me l’a “lu” en retour, presque mot pour mot.

L’Explorateur s’est levé à 5h30 du matin parce qu’il ne pouvait plus fermer l’oeil. La loutre a dit « bonjour papa » et « s’il te plait » avant d’exposer ses exigences à ses parents.
Je faisais mine de dormir profondément jusqu’à ce que le petit déjeuner soit préparé.

Notre tablette était à cours de batterie et ne voulait plus se mettre en charge. Soit le problème venait de la fiche, soit du cordon.

A la pompe à essence, les chiffres sur les cadrans euros et litres faisaient la course. L’euro gagnait à plate couture.

Dans le magasin où nous avons fait nos courses, le poisson est labellisé, les galettes sont bio, et le parking est recouvert de panneau solaire pour charger les automobiles.
Mais les légumes sont tous emballés et Otto tourne au diesel.

Ganesh, sur le tableau de bord, s’est cassé la figure. François qui conduisait a serré ses fesses. 

Nous sommes allés acheter des bonnets de bain et une paire de lunettes de plongée pour la loutre, même si elle refuse depuis sa naissance de mettre la plus petite partie de son visage sous l’eau.
L’adorable nous demandait toutes les deux minutes « on va à la piscine quand ? » et criait au fond du camion parce que bientôt, « ça devient trop longtemps… ».

Nous nous sommes garés devant la piscine, mais il fallait encore manger. La loutre avait déjà avalé la moitié de la mie de notre pain posé sur le dessus du sac de courses. Elle n’avait plus faim.

A la piscine, les bonnets de bain n’était pas obligatoires.
La loutre est entrée dans une cabine, a verrouillé la porte derrière elle et en est ressortie (vivante) le maillot de bain enfilé et ses vêtements pliés sous le bras.
Elle a passé la moitié de la séance de piscine sous l’eau pour regarder les bulles remonter à la surface. L’adorable restait près de dix secondes en apnée. J’étais époustouflée. La magie des lunettes.
François me dit : « Ah si j’étais riche, j’arrêterais de travailler, je m’achèterais un jacuzzi et j’y resterais tout l’après-midi… » J’ai ri. C’était une bonne blague.

Nous avons acheté un nouveau cordon. C’était bien le cordon, nous avons pu rallumer la tablette. Ganesh est resté à sa place jusqu’à la fin de la journée.

Nous avons traversé les Alpilles dans la nuit tombante. Le château des Baux était éclairé, nous nous sommes garé dans ce paysage. La loutre était déçue parce qu’elle n’avait pas compris que notre visite vers le château attendrait demain matin.

Nous avons mangé des pâtes à la sauce tomate.
Je balisais parce que « j’ai un métier — mais non ça ne suffit pas — mais c’est un métier quand même — mais non il faut aussi avoir de l’argent — ah mais non pas pour tout de suite ça peut attendre — ça attend toujours avec moi… »

François m’a dit que je valais mieux que ça. Et puis il s’est ravisé. Il m’a dit qu’il était fier de moi et que mon dernier manuscrit déchirait sa race.
J’étais de son avis pour le manuscrit. J’ai souri.

La loutre s’est couché en disant que demain, elle n’oublierait pas, on visitera le château. Et on mangera l’ananas parce que ce soir on l’a encore oublié.

16 commentaires:

  1. Réponses
    1. Coucou Adèle ! Tu n’étais donc pas couchée ? Je me suis trompée :-)
      Ce n’était peut-être pas très clair, mais j’ai raconté nos deux dernières journées dans ces lignes. Elles étaient bien remplies oui !

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  2. Vous me faites rêver...merci

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    1. Héhé ! Tu as vu la blagounette de François ? « Ah si j’étais riche… », on s’amuse bien c’est vrai.

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  3. J'aime ces instants saisis au vol, ces journées passées à vivre. La vie avec ses aléas aussi et ces doutes parfois.
    Merci de nous emmener avec vous sur ces chemins inconnus...
    Hâte d'en savoir davantage sur ce manuscrit.

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    1. Marie tu l’as bien compris, la vraie vie c’est tout à fait ça et… quelle qu’elle soit : tout n’est pas toujours rose ni parfait. Ce n’est pas parce que nous vivons sur les routes, en grande liberté, que nous sourions et que nous gardons confiance à chaque seconde.
      Ravie que la petite visite de la falaise de Russan t’ait plu :-)
      Pour le manuscrit, j’en parlerai bientôt. Je l’aime trop ce nouveau manuscrit pour le laisser sous silence :-P
      Bisous Marie !
      Merci pour tes messages ici et en réponse à la newsletter, cela nous fait vraiment très plaisir.

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  4. Moments saisis au vol, j'adore... Des journées pour profiter du temps qui passe et savourer les moments qu'elles nous offrent !
    Merci pour ce partage !

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    1. Coucou Tamia !
      J’ai bien envie de publier plus d’article sous forme de journal personnel de bord. Je me dis qu’ainsi les personnes qui me lisent pourront mieux se figurer notre quotidien.
      Bises Tamia, je suis bien contente que l’article t’ait plu !

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  5. J'ai beaucoup aimé suivre ces journées! Et je suis bien d'accord avec l'Adorable loutre koala, parfois "bientôt" c'est dans trop loin.

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    1. L’adorable loutre koala, si elle pouvait lire ton commentaire, serait bien contente de voir que quelqu’un est de son avis. C’est une fervente militante du bientôt « tout de suite » ! :-P

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  6. J'ai beaucoup aimé ce billet (ça devient une habitude ;)), même s'il m'a un peu décontenancée au début. J'adore le travail stylistique que tu y as fait sur les temps, les sonorités et le sens... au-delà du fait que c'est sympa de vous suivre une journée ainsi :)

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    1. Merci pour ton passage ici Chat-Mille. Moi je trouve tes points de vues très intéressants.

      Peux-tu nous expliquer comment se prononce ton pseudonyme ? Je pense pour une déformation de « famille » (un peu comme font les enfants quand ils n’arrivent pas bien à prononcer certains sons) ou de « Camille » (qui serait de ce fait ton prénom). Mais peut-être faisons nous fausse route et alors ton pseudonyme se prononce chat-maïle ? (comme la mayonnaise ?) ou bien chat-mil’ (comme une dizaine de centaines ?)

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    2. Tu m'as fait beaucoup rire avec la mayonnaise (ou la moutarde... de Dijon !). Non, ça se prononce comme famille ou Camille, qui est de ce fait mon vrai prénom ;) Pour moi c'est évident (c'est mon mari qui m'appelle comme ça), mais je me suis rendu compte qu'effectivement, ce pseudo posait des soucis de prononciation à beaucoup de gens :)

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    3. Super ! Nous avions bon ! Je le trouve très bien ton pseudo. J’aime bien les prénoms détournés même si je mets longtemps avant de m’en rendre compte.

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  7. La première photo est magnifique, elle capte le regard intelligent de Jedi, adorable avec ses petits bagages, et la concentration de la loutre, qui a une moue appliquée et qui est adorable avec son petit casque. Il en ressort une impression de connivence, de protection, de douceur, d'un je-ne-sais-quoi qui me fait sourire.
    Je suis aussi très intriguée par le manuscrit (d'où mon courriel pour rattraper mon retard sur le premier !)

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    1. J'aime aussi beaucoup cette première photo. J'aime la lumière qui semble les traverser tous les deux.
      J'espère prendre bientôt le temps de vous parler de ce nouveau manuscrit. Je l'aime énormément :-D Merci pour ta commande Cléa !

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A bientôt !
Céline.

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