Céline Dehors et François l’Explorateur — Aspirants, chercheurs en liberté, expérimentateurs d’idées loufoques. — Et accessoirement auteur de « Ce que le Souffle m’a donné »

dimanche, janvier 22, 2017

En fait si, je change de vie

J’avais eu un raisonnement un peu trop rapide. Je pensais que puisque tout se passait pour le mieux, puisque cette organisation était faite pour moi, puisque j’étais faite pour ça, il n’y avait aucune raison pour que cela me change. Je pensais simplement entrer dans mon propre moule.
Et puis un jour que je me promenais sur un chemin balisé tout à fait banal, mes yeux ont accroché la feuille d’un arbre que je ne connaissais pas. Rien d’extraordinaire. Je n’ai jamais été douée en arbre. Sauf que là, avec une insouciance que je ne lui connaissais pas, j’ai entendu mon cerveau demander : « Tiens, et ça Céline, c’est quoi ? » Je connaissais le nom des plantes voisines. Dans la garrigue, un milieu qui m’était très peu familier, je connaissais le nom des plantes voisines et j’étais capable de repérer un feuillage inconnu.
Ca va peut-être vous paraître rien, infime, ridicule, mais pour moi c’est incroyable. Pour moi cela signifie que mon cerveau a changé. Je sais qu’un jour j’en étais simplement incapable, je sais qu’aujourd’hui mon regard pour ces choses-là s’est acéré. Naturellement. Juste à force de temps et de plasticité cérébrale.
L’humour des grimpeurs
Alors oui, j’ai changé. Je ne vis pas le froid comme avant, je ne vis pas le Soleil comme avant, je n’observe plus les paysages comme avant, je ne ris plus comme avant, je ne me promène plus comme avant, je ne m’intéresse plus aux mêmes choses qu’avant, je ne me regarde plus comme avant. Tout ça à cause du camion, à cause du fait que je passe la quasi-totalité de mon temps dehors, du fait que c’est le Soleil qui me réchauffe le matin, du fait que je n’ai pas de miroir pour me voir, parce que je jète mes cacas dehors et que mes voisins changent d’un jour à l’autre.
Nous sommes chez nous nul part et partout tout à la fois. Je dis souvent C’est si beau chez nous. Ce chez nous c’est le vert et le bleu qui transpercent les fenêtres du camion le matin, c’est les soleils sur les pierres qui nous éblouissent, c’est aussi parfois la glace sur les vitres qui flamboie. Ce chez nous ne nous appartient pas, c’est un chez nous qui se partage et dont nous jouissons malgré tout sans réserve. « Vous venez d’où ? »
Le Soleil a pris toute son importance dans mon esprit depuis que l’hiver a débuté
Les gens souvent regardent notre plaque d’immatriculation comme s’il s’agissait d’une paire de seins exhibée. Et puis ils disent : « 64… 64… c’est où ça ? Ah oui ! C’est sympa là-bas ! Il y fait froid en ce moment… non ? » Nous les regardons, gênés, nous décrire une maison que nous n’avons pas, que nous n’avons jamais eue. Nous avons traversé le 64 il est vrai, nous y avons même dormi, mais c’est Otto qui a vieilli là-bas, pas nous. Parfois je préfère laisser dire même si je sais que c’est dommage. Les poils me poussent sur les jambes, je deviens ours.
La loutre par contre devient koala sans aucun doute !
Tout cela, vécu quotidiennement, change forcément. J’aurais dû m’en douter. J’aurais dû me douter que forcément au bout d’un moment aller chercher mon eau à pied ou à vélo ne me ferait plus peur, 10 l par 10 l, mais qu’au contraire, me lever avant le soleil et sortir après lui me paraitrait inenvisageable. J’aurais dû m’en douter que je n’étoufferais pas dans un lieu de 4,5 m2 partagé à trois mais que je ne pourrais plus dormir entre quatre murs sans ouvrir une fenêtre (même en plein hiver). Mais comment aurais-je pu deviner que cuire les pâtes comme je l’avais toujours fait avec un litre d’eau me semblerait maintenant aberrant ? Laisser sécher la vaisselle à côté de l’évier ? Ah ah ! N’importe quoi ! Mes gestes d’avant, ceux que j’avais peaufiné durant des années de vie autonome, voilà que je les revisite, que je les critique, que je les réduis à rien du tout si ce n’est à de la bêtise, parce qu’en fait rien à changer, rien sauf moi.
Je me fonds dans le décor, non ?
Pour rigoler, pour que vous vous rendiez compte combien ce dont je parle ici est à la fois ridicule et intense, j’ai décidé d’éditer une petite liste des choses apprises depuis mon départ.

J’ai appris…
• à tourner les pages d’un magasine avec les gants
• que le butane gèle autour de 0°C
• qu’on pouvait manger les jeunes pousses du fragon
• que le 79 c’est les Deux Sèvres et que le chef lieu est Niort
• que les pois chiche ne mettent pas tant de temps que ça à cuire
• à faire chauffer l’eau d’une bouillotte avant de me mettre au lit
• à laver la vaisselle avec 1,5 l d’eau
• qu’on pouvait faire du yoga dehors
• qu’en forêt il gèle peu et qu’il n’y a pas de canicule
• qu’en forêt un panneau solaire ne se charge pas
• que certains parkings sont tellement éclairés la nuit que notre panneau était sous tension
• que la lumière de la pleine Lune suffit pour lire
• que Paris nous vole vraiment les étoiles
• qu’il y a tant de ralentisseurs dans les villes que les pistes DFCI sont moins cahoteuses
• qu’il suffit souvent de dire son prénom pour être bien accueilli
• qu’il y a bien plus de gens honnêtes que malhonnêtes
• que beaucoup de personnes vivent comme nous dans un camion
• que beaucoup de retraités ont un camping car gigantesque
• que l’huile d’olive figée ne coule plus
• à fabriquer un chauffage rudimentaire avec un pot de fleur
• à apprécier le silence sauvage
• à lire rapidement et précisément une carte
• à baragouiner une langue étrangère sans être corrigée
• à cuire le riz et les pâtes pilaf
• à gérer une cuisine sans frigo ni réserve
• à ne rien oublier derrière moi (en toute honnêteté, il y a encore du travail)
Je les aime même quand je ne les vois plus
Rien d’extraordinaire en soi donc, juste de quoi vous présenter quelques images de notre petit voyage !

Ah et j’allais oublier ! François et moi mettons en place une belle Newsletter pour vous tenir informés des nouveautés, de notre parcours et de nos dernières découvertes. N’hésitez pas à vous inscrire :-)

14 commentaires:

  1. ça donne envie, parfois, de prendre un camion et de partir vivre sur les routes, à en lire votre expérience

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    1. Bonjour Bettallumette !
      Nous avons eu quelques jours de froid et je t’avoue… j’ai quand même douté du bien fondé de notre entreprise. Aujourd’hui j’ai envie de travailler, de m’intégrer un peu plus socialement. J’essaie de combiner cette envie avec notre nomadisme et je manque de modèles, ce n’est pas facile.
      Sinon, la vie est belle et je souhaite à tous de vivre une telle expérience ! Je n’entends pas par là forcément vivre dans un camion, mais surtout : vivre d’une façon bien différente de ce qu’on a appris initialement.
      Je ne pensais pas être quelqu’un avec beaucoup de préjugés et pourtant… j’ai l’impression de me laver :-D
      Merci pour ton petit message.

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  2. C'est toujours un plaisir de te / vous lire, de voir à quel point cette vie vous change, vous transforme, tout en gardant intactes vos valeurs et rêves.
    Une belle leçon de vie pour nous tous.
    Bonne continuation.

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    1. Merci Marie, c’est toujours un plaisir de recevoir un petit mot de ta part.
      J’aimerais bien être vraiment capable de donner des leçons de vie et même… d’ouvrir une boutique d’idées de vie (pourquoi pas ^^) ! Je crois en vérité que je préfère quand même garder mes rêves pour moi toute seule. Je ne donne rien du tout à personne ! ;-)

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  3. Aaaaah cette photo à contre-jour (avant-avant-dernière) est sublime <3
    Pour répondre à ton commentaire au-dessus, j'ai en tête une demoiselle belge qui sillonne les routes pour son travail, elle fait des ateliers d'écriture à travers la Belgique (sans doute parfois en France aussi, je n'ai pas été attentive sur ce point précis). Une piste intéressante peut-être ? :)

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    1. Tout de suite après avoir lu ton commentaire François et moi nous nous sommes demandés qui avait pris la sublime photo… Il se trouve qu’il est fort probable que ce soit François l’auteur du cliché ! Je l’aime beaucoup moi aussi.
      L’exemple dont tu me parles me semble très intéressant. Il faudrait que je rencontre quelqu’un qui vit de cette façon pour qu’il m’explique comment il s’y prend… J’vais puiser au fond de moi un peu d’ambition et je m’y mettre, à travailler. Il le faut.

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    2. Elle a un compte sur twitter @meliemeliie (tu verras, elle a une joie débordante cette fille :) )
      Bravo à François alors ^^

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    3. J’ai repéré son blog. Je vais m’y pencher bientôt. Merci pour cette source d’inspiration.

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  4. Vous êtes vraiment inscrits dans la "vraie vie", en résonance avec la terre. J'ai eu un peu froid pour vous ces derniers jours mais bon, je vois que vous avez filé plein Sud.
    Quant à l'idée de trouver un moyen de subsistance en continuant de vivre comme vous le faites, je suis sûr que c'est possible. L'idée se présentera un jour en grattant à la porte d'Otto, et vous vous direz : mais oui, bien sûr, c'était évident...
    Dada

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    1. Bonjour Dada !
      Je pensais justement à toi hier soir en rédigeant le début d’un futur article… J’ai dû m’arrêter peu avant que tu ne publies ton commentaire. La coïncidence m’amuse.
      Nous avons eu froid, mais nous n’avons pas vraiment eu froid… puisque nous avons trouvé les moyens de nous réchauffer !
      Ce matin un homme est venu nous voir pour nous demander si nous ne cherchions pas du travail. Ce qu’il proposait n’était pas pour nous mais l’envie dans ma tête n’en est devenue que plus pressante. L’idée, l’opportunité, va venir ! C’est imminent je crois !
      Merci pour ton message Dada, bientôt moi aussi je t’enverrai un e-mail pour te souhaiter la bonne année… ou un chouette printemps, vu comme je traîne !

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  5. Quelle belle transformation ! Je m'inquiète un peu d'avoir appris certaines choses de ta liste tout en vivant entre des murs fixes et sous un toit (le gel de l'huile et du gaz par exemple) mais je suis ravie pour vous ! Bonne suite de voyage

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    1. Ah ah Oriane !! Ca ne m’étonne pas du tout. Avec ta maison, tu n’as même pas besoin de partir en camion ;-P

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  6. Oh que ton article fait respirer! Je m'en vais me promener sur ton blog, tiens. Belle journée à vous :)
    PS: c'est vrai qu'il y a beaucoup de choses que l'on fait d'une certaine manière sans trop y penser, parce qu'on l'a toujours fait comme ça. Je l'ai découvert en faisant du yoga dehors. Quelle différence d'avoir les pieds sur la terre et le ciel au dessus de la tete!

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    1. Je suis bien contente que quelqu'un d'autre que moi ait remarqué combien il était différent de faire du yoga dehors. Je n'invente pas !
      Si tu as une douche chez toi, je te suggère une autre petite expérience marrante : t'es-tu déjà brossé les dents sous la douche ? Généralement, les gens se brossent les dents devant un miroir, le faire ailleurs change complètement les perspectives.
      Merci pour ta visite ici ! A bientôt j'espère !

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A bientôt !
Céline.

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