Céline Dehors et François l’Explorateur — Aspirants, chercheurs en liberté, expérimentateurs d’idées loufoques. — Et accessoirement auteur de « Ce que le Souffle m’a donné »

mercredi, septembre 07, 2016

L’humanité, l’amour et le sexe

Si je n'étais pas aussi susceptible, j'aurais pu trouver ça drôle. Un soir de cette semaine sur France 2, David Pujadas et son collègue Nicolas Chateauneuf échangent des questions-réponses arrangées devant de belles images de la nature. Le ton guilleret qu’ils emploient pourrait nous faire croire à une nouvelle mode sur les parasols mais pas du tout : ils parlent de la disparition massive des espèces. Je pense que vous n’êtes pas passés à côté de ces annonces, c’est passé sur toutes les chaînes cette semaine : les espèces disparaissent massivement. 

Sur France 2, ils n’oublient pas de rappeler que ce n’est pas la première fois que ce phénomène frappe la vie (oui, nous vivons actuellement la 6ème grande disparition d’espèces) et que la Terre s’en remettra certainement. « Par contre, l’humanité, c’est beaucoup moins sûr. » Merci Nicolas, c’est très clair.

Et ça passe tellement crème. On nous annonce la fin probable et très prochaine de l’humanité (autre façon de dire « on va tous mourrir »), on sourit fortement, et ça passe super bien. J’ose dire quelques mots à mon papa, qui équeutait les haricots à côté de moi, histoire d’évacuer un peu d’angoisse. Je n’en discerne aucune —d’angoisse— dans sa voix, à lui.

Petit micro-trottoir (le must en matière de journalisme)
« Monsieur, bonjour ! Selon vous, quel est le plus grand mal de l’humanité : l’ignorance ou l’indifférence ?
- Euh… Je sais pas et j’m’en fous. »

Je ne fabule pas : il souriait !

Je sors sous la voie lactée pour rejoindre mon camion et ma petite loutre qui y est déjà couchée depuis quelques heures. Les étoiles piquettent mon coeur et je me mets à prier. Je dis prier parce que ce n’est pas pour moi comme espérer. Quand j’espère, je sens une énergie qui vient de moi, là c’était celle des étoiles et du monde que je voulais faire venir jusqu’à ma fille. Pour qu’elle ne connaisse pas cela. Qu’elle n’ait jamais à se battre ou se cacher pour survivre, pour manger. Qu’elle ne se lamente jamais devant un arbre aux fleurs fanées d’avoir si peu connu l’amour des insectes.

J’en serai presque venue jusqu’à regretter sa venue. Car rien n’est moins sûr. Je l’aime du plus profond de mon coeur et cette imminente fin de l’humanité vient tout gâcher.

Mais qu’est-ce que je peux faire, dites moi ? Je vais à la mairie pour faire faire une carte d’identité à ma petite loutre, me voilà obligée de faire des allers-retours plusieurs jours de suite car rien ne va jamais. Elle est française, ça ne fait aucun doute. Mais voilà, nous sommes des sans-consommation fixe.

Pas de facture, pas de papier.

C’est simple n’est-ce pas ? Si toute l’administration de notre pays est centrée sur le principe simple du « pour exister, il faut que tu consommes » comment, mais comment, une telle annonce par David et Nicolas sur France 2 aurait-elle pu être prise autrement ? C’est dans la moelle même de nos pensées. La fin de l’humanité, mais en quoi cela nous concerne-t-il !


Et les intellectuels vous diront avec toute la modestie dont ils sont capables : « Mais pour qu’il y ait une fin, il faut qu’il y ait un début madame ! » C’est une question intéressante. Si l’on s’en tient à la stricte définition de l’espèce humaine, il faut savoir qu’il n’y a pas de fracture mais une vague continuité dans l’évolution de la vie. Les espèces évoluent lentement et doucement dans le temps. L’humain n’est pas apparu d’un seul coup. Il a fait plusieurs éclats au sein de l’espèce antérieur avant de se propager et de s’entremêler avec lui jusqu’à ce que l’ancêtre ne se distingue plus. C’est la magie de la mutation, de la reproduction sexuée et de la raison d’être. Plus le hasard. N’oublions pas le hasard.

Pour Homo Sapiens (sapiens), il n’y a pas eu de dérogation. Les animaux ont évolué, évolué, évolué, sont passés par différents stades plus ou moins bien définis (homo erectus, homo habilis… et j’en passe) pour donner ce que nous voyons aujourd’hui et que nous ne verrons déjà plus exactement demain : l’être humain.

Alors dans tout ça, il est où le début ? C’est comme d’aligner tout un tas de vieux squelettes et de les trier, tout aussi semblables qu’ils sont, en deux tas bien distincts : les humains, et les pas humains.

Je serais tentée de faire la même chose avec l’homo sapiens. Les humains, et les pas humains. Est-ce que l’ignorance et l’indifférence sont humaines ? Par ce qu’il y a un effet de groupe, d’organisation dans l’affaire. C’est avec un tas qu’on définie une espèce.

Demander à quelqu’un qui vit sur Terre de faire quatre allers-retours sans garantie de succès entre la mairie et une maison qui n’est même pas la sienne PARCE QU’IL n’y a que la consommation qui vaut garantie de bonne foi… Je pourrais bien avoir toute la connaissance dont je suis capable, ça ne vaudrait rien. Je n’aurais rien détruit, voyez-vous. La vie c’est naître, se reproduire, mourir et consommer. Quand il n’y a pas de preuve de consommation (je parle bien de preuve tangible, hein, la respiration c’est tellement surfait !) on ne peut rien faire pour vous madame…

Et bien… je serais tentée de mettre tout ce monde-là dans la catégorie des pas humains.

Si j’étais venue avec une facture EDF, j’aurais pu être quelqu’un.

Entre être et avoir, la définition de l’humanité pose problème. L’humain est-il celui qui a la capacité d’allumer un feu au milieu d’une forêt protégée, ou celui qui est conscient du danger de ce confort, aussi basique qu’il soit ?

Alors messieurs Pujadas et Chateauneuf, avant de parler haut et fort de la probable non résistance de l’humanité à une extinction massive d’espèce, peut-être auriez-vous dû commencer votre reportage par une remise en question de son existence même. Si on ne sait pas définir l’humain, si on ne sait pas quand il a commencé, et si on ne sait pas exactement faire comme lui, on oublie l’idée de fin. Un peu de sérieux tout de même !

Pas d’inquiétude, je ne finirai pas mon article sur ça. Nicolas n’a pas dit fin de l’être humain ni même extinction de l’homo sapiens, non-non-non, il a parlé de l’humanité. Les mots en ité comme ça me donne toujours des frissons car ils définissent un ensemble dont la nature dépasse les caractéristiques des individus qui le composent.

L’humanité, ce n’est pas seulement l’ensemble des êtres humains, l’humanité c’est la notion même de l’humain. De l’humanité, il y en avait tellement chez la secrétaire qui nous a reçu à la mairie : le sourire, le regard, le respect.

Et ça, l’humanité comme ça avec son ité, je ne sais pas vous, mais je ne crois pas vraiment à sa fin absolue. L’humanité n’a pas de naissance et celui qui parle de sa mort doit avoir une conscience qui dépasse l’entendement, croyez-moi. L’humanité, c’est un peu comme l’univers. Elle ne nait pas. Certes elle grandit et elle évolue, de façon isotrope parce qu’il ne faudrait rien manquer tant les dimensions sont infinies. Et la matière ? Et bien… c’est différent.

C’est le problème d’ailleurs que commence à se poser notre humanité. Faits de matière comme nous sommes, nous avons cru dur comme fer à sa supériorité et confondu allègrement nature et raison. C’est de cela qu’il s’agit aussi lorsqu’on réfléchit à la notion de sexe et d’amour. Le sexe est à l’amour ce que la matière est à l'humanité. Faut dire que je me suis moi-même pas mal longtemps trompée avec cette histoire. La faute au ité (absent) du mot amour.


Mais voilà : l’amour, comme l’humanité, c’est tellement infini, diffus, isotrope (j’y tiens), inhérent à notre monde que ça dépasse absolument toutes ces notions matérielles et suspectes avec lesquelles on cherche à se faire un chemin dans nos vies. On peut bien remettre en question la notion d’être humain, on ne le fera pas avec l’humanité. On peut bien connaître un homme sans avoir couché avec lui, il suffit de l’aimer pour le connaître par coeur.

Je veux bien croire que l’immensité de l’humanité et de l’amour effraie, c’est si grand qu’on dirait le vide. C’est si grand, qu’on pourrait s’y perdre. Mais de là à croire qu’on connait l’amour parce qu’on connait le sexe, c’est tout aussi faux que de penser qu’on fait naître l’humanité en possédant et en absorbant de la matière.

C’est bien sur ce point que j’aimerais attirer votre attention aujourd’hui : il y a autour de nous des entités philosophiques qui ne se voient pas, et d’autres plus concrètes sur lesquelles on peut faire un zoom. Croire comme ça, encore et toujours, à la matière, c’est nécessairement aller droit dans le mur. Car elle est finie, elle, belle et bien finie, autant dans sa structure que dans sa capacité d’extension. Il est largement temps de s’ouvrir à la spiritualité, ça prendrait moins de place.

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