Céline Dehors et François l’Explorateur — Aspirants, chercheurs en liberté, expérimentateurs d’idées loufoques. — Et accessoirement auteur de « Ce que le Souffle m’a donné »

mardi, mai 31, 2016

Parler de la douance adulte

J’ai lu il y a quelques jours l’article de Line à propos de la douance adulte. Je partage entièrement son besoin. La douance est un sujet que je commence à bien connaître il me semble. J’ai lu, beaucoup (énormément, au point d’en écoeurer mon compagnon… enfin, j’ai lu) sur le sujet. Des articles de presse, des livres de psychologues et d'autres, des vecteurs d’idées reçues, de fantasmes, des informations précieuses, des explications à ne pas manquer. J’ai fait lire aussi. J’ai discuté. Dialogué longuement. Et malgré tout, j’ai toujours ce besoin intense de rencontres, de partages, de confrontation presque. La douance, je voudrais à la fois la crier dans la rue et l’oublier. Et oui, je regrette que les adultes doués ne parlent pas davantage. Je voudrais entendre les adultes doués ordinaires.

J’ai déjà écris quelques articles qui traitaient de points qui me paraissaient en lien direct avec la douance et pourtant, j’ai beaucoup hésité avant d’utiliser le label « vivre douée » sur ces articles, ne sachant par toujours de façon pertinente ce qui appartient à la douance de ce qui appartient simplement à moi-même en tant qu’être humain de l’espèce humaine.


Parler de la douance des enfants, c’est facile. L’enfant ne parle pas de lui-même, c’est l’adulte toujours qui le décrit. L’enfant, s’objective facilement, l’adulte beaucoup moins. Cette part de subjectivité me dérange toujours beaucoup. Qui saurait partager chacun de mes mots entre ceux qui appartiennent à la douance et ceux qui sont plus communs ? Sans vouloir décrédibiliser une quelconque différence entre ceux qu’on reconnait comme HPI et les autres (ce serait hypocrite), je pense qu’il ne faut pas oublier que cette différence est intérieure. Ce n’est pas seulement qu’elle ne se voit pas, c’est surtout qu’elle est entièrement incarnée dans l’individu. La façon de penser, de percevoir le monde, de sentir et de bouger, la différence est dans toute son intensité — et en même temps elle est ridicule. Vivre pompier. Vivre pianiste. Est-ce que chacun de leur geste ou de leur pensée sont-ils si différents que cela ? Lesquels méritent-ils d’être dits en tant que pompier ou pianiste ? N’appartiennent-ils pas simplement à celui qui les dicte, seulement pour sa part d’individu ? Et n’y a-t-il pas tant de vies de pianistes différentes qu’il y a de différences entre un pianiste et un pompier ?

Je crois avoir compris que la douance est avant tout une différence microscopique. Elle est dans mes cellules nerveuse. Une histoire de myéline. Alors, ce qui en ressort finalement, ce que je peux en dire une fois vécue… ? Ce que j’aurais le droit d’en dire. Ce n’est pas seulement une histoire de mesure de QI, je veux avant tout parler ici du vécu. Ma légitimité est bien douteuse.

Ce manque de légitimité je le ressens à nombre de mes lectures. Lorsqu’on les décrit, lorsque je lis les questions qu’on pose « aux surdoués » : est-ce que vous avez… est-ce que vous ressentez ça ou ça… ? ; je ne sais pas très bien si je n’ai rien compris à la vie ou si ma conscience m’a déjà menée bien loin-loin du commun des mortels. Je suis en contact avec des généralités qui, de façon bien certaine, ne m’appartiennent pas. Je crains de produire le même malaise en m’exprimant sur le sujet.

Et malgré tout, je partage de regret de Lise. Comment se construire sans exemple ?

J’ai appris il y a quelques mois à peine, au hasard de mes lectures, que le terme de surdoué (et les autres appellation) existait. Il m’avait échappé pendant des années par un curieux hasard, des circonstances presque douteuses. Alors, je ne le cache pas, depuis que je l’ai découvert, depuis que j’ose en parler autour de moi à mes amis — qui, de façon tout aussi curieuse, connaissent ce mot de façon très personnelle — j’ai l’impression de me redécouvrir. Oui, parfois ce qu’ils me disent ne n’appartient pas, parfois ce que j’exprime ne leur parle pas, et je me dis que ce qui semble être à la douance ne l’est pas finalement, mais ces exemples m’enrichissent à un tel point que je regrette parfois de ne pas l’avoir su plus tôt.

Finalement, douance ou pas vraiment douance, le partage est la clef, n’est-il pas ? Cet article m’est venu en tête (bien mieux qu’écrit ici, je le regrette) en lisant Nietzsche et je me suis alors demandée si cette anecdote pouvait être intéressante. Lorsque je lis je pense beaucoup, comme si je marchais en solitaire. Mes yeux se déroulent sur les lignes, mes pensées les entendent mais n’en font qu’à leur tête. Elles travaillent de leur côté, seulement rythmée par la musique du livre que je lis. Autant vous dire, que du livre je ne retiens pas beaucoup… Enfin, moi j’ai l’impression de tout en savoir, comme si je l’avais lu avec mon être le plus profond. Je pense comprendre parfaitement Nietzsche mais je serai incapable de vous citer le moindre passage (hors relecture). Je rédigeais mentalement cet article en lisant ce livre de la bibliothèque et je me suis alors soudainement bien rappelée que la douance était avant tout une question d’intensité.


La douance ne se discute pas finalement, elle ne s’échange pas non plus, elle s’évoque.

« Dans tout ce qu’on élude et tout ce qu’on nie, on trahit un manque de fécondité : au fond, si nous étions de la bonne terre, nous devrions ne rien laisser perdre sans l’utiliser, et voir en toute chose, tout événement, tout homme, un engrais, une pluie, un rayon de soleil bienvenus. »
Opinions et sentences mêlées, Nietzsche.

Alors, n’hésitez pas. Moi je vous écoute avec grand intérêt.

8 commentaires:

  1. Bonjour,
    Je découvre votre blog via le Blog de Line - Je vais dévorer les autres pages
    Merci de ce partage éclairant.
    Damien

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    1. Bonjour Damien, merci pour votre message ! J'avais peur que cet article soit de nouveau trop superficiel. Je ne me défais pas du sentiment d'incompréhension, même lorsque j'écris.
      Bonne continuation Damien et à bientôt j'espère !
      Céline.

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  2. Rebonjour,

    Je progresse dans la lecture de tes articles et j'ai envie de réagir en particulier sur cette toute petite partie (désolé c'est subjectif ce qui fait écho) où tu parles de cette passion dévorante pour tout ce qui touche au sujet de la douance ;).

    D'abord, j'ai aussi cette petite différence de myéline.

    J'ai aussi beaucoup d'amis (enfin pas numériquement mais davantage statistiquement au sein de la petite population concernée :) ) que ça obnubile? un peu.

    Au début, je ne comprenais pas forcément, j'ai un peu mieux compris en lisant davantage.

    Je me permet une tentative d'apport personnel sur la question sous forme de suggestion subjective. Faut pas m'en vouloir et faut me renvoyer dans mes buts le cas échéant.

    Je pense que la douance passionne les douans, à ne pas confondre avec les chouans même s'ils partagent une certaine forme d'insurrection ;), parce qu'elle apporte un éclairage au débat, assez de nos âges (j'extrapole au vu de ce que je lis/vois)et réactivé par la parentalité, de notre identité personnelle. J'aime bien à cet égard le terme de crise identitaire. Ca propose aussi une explication à cette différence que l'on a pu ressentir de manière diffuse et sans nom jusque là.

    Alors il faut comprendre et il faut nommer ("Mal nommer les choses c'est ajouter au malheur du monde"). Il y a un vrai plaisir à comprendre et à appeler surtout pour les cerveaux analytiques.

    Je crois que je comprends la persistance de la question chez mes amis, même une fois cet éclairage apporté à la recherche identitaire. Au fond une fois la douance bien comprise, pourquoi persister sur le sujet?

    Peut être dans certains cas ça peut faire écho au petit manque de confiance en soi persistant malgré les années que je retrouve chez les dits amis (et chez moi-même bien sûr :)). Mes amis chouans et moi avons toujours une forme de doutes sur nous-même. J'ai tendance à le comprendre comme le fruit d'une complexité interne. Si on imagine qu'on peut être sous mille formes, comment être sûr d'avoir pris la bonne? Au fond, la différence vient peut être du fait que l'analyse cérébrale s'immisce chez les un peu doués avant le comportement dans l'action et dans les interactions avec les autres. Bref, réfléchir avant d'agir. Et quand on réfléchit avant, pas moyen d'être sûr de ses choix ou de ses actions, c'est mort. Il y a trop de routes, trop de chemins.

    Alors peut être qu'on essaye de se placer dans le contexte où l'on se trouve pour limiter les options et comme il y a beaucoup de contextes différents et bien ça devient fort difficile de se réunifier identitairement à rebours. Alors on est jamais sûr, on s'interroge sur soi et on coupe les cheveux en carré de carré.

    Et comme on cherche à se comprendre avant tout (c'est quand même le concept d'une bonne crise identitaire!), on travaille encore et encore sur la douance en tant qu'élément explicatif possiblement fondateur du reste.

    C'est riche au début et puis après, je trouve un peu moins (ça c'est pas une vérité universelle sous mon clavier, c'est une ressenti personnel).

    Je rejoins carrément le fait de parler, de partager. Ca aide aussi à avancer et à retrouver de la richesse. Mais quand même, le sujet finit par s'épuiser ou pour le moins à apporter moins de choses à la réflexion, je trouve.

    Mais peut être que ce qui nous obnubile c'est avant tout de savoir qui nous sommes? Et dans cette perspective, la douance c'est qu'un petit bout de la réponse. Alors il y a certainement de la richesse à aller chercher en travaillant sur notre vécu, nos émotions (oh mon dieu j'y comprends pas tout et Dieu que c'est riche!), notre psychologie hors échos de douance, notre rapport aux autres... et un millier d’autres trucs que j'ai pas envisagés!

    Florent


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    1. Florent, j'ai dû ouvrir mon dictionnaire pour comprendre ton clin d'oeil à propos des "chouans". Pour ma part, je préfère le mot "doué" plutôt que "douant". Cela évite toute confusion d'une part (^^) et puis il me semble que le suffixe -ant désigne celui qui fait tandis qu'un participe passé indique un état.

      Je suis assez d'accord avec ton analyse en observant mon propre comportement. Si je me suis autant intéressée à la douance, c'était pour deux raisons : 1/ comprendre de quoi il s'agit scientifiquement parlant 2/ en faire sortir des informations intéressantes pour mon élevage de fille et mon élevage personnel. Sauf que, considérant le résultat du petit 1/ (scientifiquement parlant, il y a eu peu de choses dites contre beaucoup de "croyances") j'ai au final pu retirer peu d'éléments pour mon petit 2/

      Ainsi, je te rejoins totalement : le sujet finit vite par s'épuiser.

      Finalement, après avoir pendant des mois travailler sur mes "différences" je m'intéresse aujourd'hui beaucoup à ce qui me rattache à l'espèce humaine dans son ensemble. Et de fil en aiguille à ce qui rattache l'espèce humaine à l'humanité. C'est passionnant. Connais-tu Krishnamurti ? (il faudrait enfin que je dédis un article à ce philosophe !)

      Pour éviter le cul de sac que tu décris par "peut être qu'on essaye de se placer dans le contexte où l'on se trouve pour limiter les options", je crois qu'il faut ne jamais oublier que nous n'avons pas de raison d'avoir peur du vide. Nous pouvons devenir un "faux-doué" et un "vrai-soi", sans regret aucun. Et il ne faut surtout pas croire tout ce que l'on lit (rapport à mon petit 1/) !

      Tout ça pour dire… je suis de nouveau en accord avec tes idées ^^

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  3. J'aime bien les gens d'accord avec mes idées :) ;) :).
    Au demeurant, je trouve qu'il ne faut pas trop se priver d'en avoir, j'aime bien entrer vite dans le cœur d'une discussion intéressante!

    Ok pour les doués, mais admets stp que les choués ça aurait beaucoup moins de gueule. Ceci dit les "échoués" aurait pu être sympa comme terme polysémique ;)

    J'ai aussi des enfants, deux en fait, et je comprends tes interrogations, tenant compte en particulier du déterminant génétique.

    Je vois que ton esprit fait aussi du surf sur différents sujets, chouette! Le père krishna je le connais pas. Je devrais certainement écouter davantage ma chérie qui a beaucoup de référence phonétiquement proche (et qui m'a aidé à dire correctement le nom de l'auteur ;)). Ne te prive pas d'en raconter un bout!

    Je ne sais pas si je suis d'accord avec la question de ne pas avoir peur du vide. Je veux dire, je comprends ce que tu veux dire (vraiment, je crois) mais le peu que j'ai pu apprendre et encore très modestement, c'est que cette zone de vide s'appelle notre zone de confort (j'effleurais déjà un peu l'idée dans la file de commentaire de l'autre article). C'est tout doux comme endroit mais du coup ça endort. Je préfère, en ce qui me concerne, aller me bagarrer un peu de temps en temps, pas pour le plaisir de la castagne (quoique tant que c'est intellectuel, un bon défi c'est chouette ! :)) mais pour celui d'apprendre et de progresser vitesse V. J'ai jamais autant appris qu'en perdant le contrôle.
    Si je le reformule un peu mieux, je crois qu'il y a un point d'équilibre entre d'une part s'accepter soi même et en corollaire accepter son rapport aux autres, et d'autre part, se confronter à nos difficultés en sortant de cette zone de confort. Je lisais un autre de tes articles sur les fameux plans de tomate qui n'auraient jamais existé si l'espace n'était pas resté vide et, malgré la belle et douce poésie du post, je n'ai pu m'empêcher de penser que si vous aviez essayé d'y mettre une quantité d'objets successifs (je suis en mode expérimentateur ++), t'aurais pu apprendre beaucoup en terme de déco d'intérieur et d’ambiance de vie ;) Tu te serais peut être même retrouver avec un citronnier, des plans de courges de plusieurs kilos ou encore un baobab qui serait sorti par le toit! ;) Ou encore par au final, t'aurais fini par y mettre un plan de tomates...
    Bref, dans l’acceptation de soi, il y a une forme d'immobilisme et je crois comme toi que j'aime quand les paysages changent et les humeurs avec... ;)

    A+





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    1. Par vide, j'imaginais plutôt un être marcher dans les airs au lieu de suivre la route caractéristique du "vrai surdoué". Nous (tous les humains je crois) sommes capables de vivre au milieu d'un millier d'options, d'observer toutes les directions possibles, sans paniquer. Comme lorsqu'on évolue dans le vide. Je prends par exemple ces mots chipés de ma recherche google "caractéristique surdoué" : "Curiosité exceptionnelle". Lorsque je lis ça, dois-je chercher en moi de la curiosité ou puis-je me permettre de vivre paisiblement ma vie d'ortho-inactiopathe ? Au risque de ne plus ressembler à une vraie douée ?

      C'est davantage à ce genre de réactions que je pensais. Où devons-nous chercher notre identité ?

      Pour ce qui est des objets successifs à la place de la jardinière, effectivement pourquoi pas, ça aurait été génial à vivre ! Mais… l'Explorateur n'y aurait pas survécu ^^ (belle excuse, n'est-ce pas ? je me rappelle en disant cela un garagiste qui pour s'excuser d'avoir mal fait son travail incrimine sa femme qui voulait -soit disant- qu'il rentre tôt)

      C'est ensuite que je te rejoins. A chercher le portrait robot d'une personne douée pour la comprendre —et parfois, à se coller à ce portrait— on fixe la profession, on oublie toute la diversité qui nous est normalement offerte. Lorsque j'ai cherché à comprendre ce qu'être doué signifiait, je suis tombée dans ce piège. Oh, je ne dis pas que j'en ai appris beaucoup, mais je n'ai pas aimé la personne que j'étais. Pas assez rigolote, trop bête et trop intelligente à la fois… Une sorte de sur-faux-self documenté : toutes mes réactions avaient été décrites une fois dans un livre malgré leur manque de professionnalisme ^^

      Ceci dit, je ne crois qu'on puisse appeler cela une zone de confort.

      La mienne serait de m'enfermer au fond de mon camion garé à l'ombre, l'ordinateur sur les genoux et un casque sur les oreilles. Elle n'est malheureusement pas tenable. 1/ à l'ombre la batterie d'Otto se viderait en deux jours 2/ j'aurais des escarres aux fesses. Je suis donc obligée d'en sortir de temps en temps ^^

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Céline.

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