Céline Dehors et François l’Explorateur — Aspirants, chercheurs en liberté, expérimentateurs d’idées loufoques. — Et accessoirement auteur de « Ce que le Souffle m’a donné »

dimanche, janvier 31, 2016

Je suis une blogueuse… à chien ?


Parfois quand je suis assise à mon bureau, la page ouverte sur un beau blanc immaculé à chercher ce qu'il me ferait plaisir de vous raconter aujourd'hui, il vient s'allonger sous la table. Je glisse mes pieds sous son pelage. Il garde la tête relevée comme pour surveiller et puis la repose en soupirant. Je ne sais jamais si c'est d'aise ou de lassitude, c'est un puissant soupir. Un soupir de ceux qui feraient voler toutes les feuilles mortes de la cours. Quand c'est l'automne. Sa fourrure tient chaud. Aux pieds lorsqu'ils se glissent sous son ventre. Au coeur lorsque mes bras s'enroulent autour de son corps et qu'il pose son museau sur mon épaule.

Oui, j’avais toujours eu un peu peur des chiens, et ce depuis ma plus tendre enfance. Je ne les connaissais pas. Je ne différenciais pas chez eux l’agressivité de l’entrain à me saluer. Leurs dents me tenaient sur la défensive, qui savait ce qu’ils pouvaient en faire si l’idée leur prenait de me prendre le bras ?

"Monte" ou "Saute" sont probablement les deux
mots préférés de Jedi :-)

Et puis j’ai été attaquée par Shiva. On m’avait pourtant prévenue que ce chien n’était pas droit dans ses bottes, je savais qu’il ne fallait pas penser lorsqu’on passait devant lui. Il fallait se vider la tête et circuler sans s’arrêter. C’était un exercice périlleux. La moindre idée émergeait derrière vos yeux et ses oreilles et ses muscles se tendaient vers vous.

J’entrai dans le hall pour récupérer mes sandales. Je ne sais plus quel mot me vint soudain en tête et je l’entendis grogner dans mon dos. Il tournait autour de moi. Je sentais sa masse sombre s’approcher à pas puissants de loup. Je sentais son corps vibrer à la fréquence de celui qui ne fait pas que prévenir. Surtout ne pas bouger, me disais-je, quelqu’un va arriver. Je savais qu’il ne fallait pas que je croise son regard, que c’était la dernière chose à faire, mais je ne voulais pas non plus fermer les yeux. J’ai voulu tourner la tête vers lui, j’ai voulu évaluer la distance, j’ai voulu tester mon courage juste une seconde. Je ne voulais voir que sa silhouette, juste son ombre… et mes yeux furent soudainement pris dans les siens. Moins d’une seconde, juste le temps de savoir qui de nous deux étaient la proie.

Et il bondit sur moi. J’eux le temps de me retourner pour protéger mon visage. J’eux le temps de faire un pas vers le mur, pour avoir un appui. Shiva appuya sa patte sur mon mollet en retard pour sauter vers mon cou. Je n’eux pas le temps de crier, quelqu’un arriva, il tenait Shiva par le cou. Quelqu’un d’autre arriva, il m’aida à me protéger derrière le portillon des escaliers. Shiva fut emmené loin de moi, par la force.

Un long trait comme la couture d’un collant brillait rouge sur ma jambe. Ce fut ma seule blessure. Une demie heure plus tard, je croisai de nouveau Shiva. Il avait oublié l’attaque, il leva un sourcil à mon passage et ne réagit pas davantage.

 J’habitais avec l’Explorateur dans un petit garage aménagé au rez d’un jardin. Notre propriétaire venait d’adopter un chien, un gros et beau chien, du même gabarit que Shiva. Lorsque nous pénétrâmes pour la première fois dans ce jardin nouvellement habité, le chien nous regardait avec crainte du haut des escaliers.

Doigt levé, petit geste pour dire "attends"

L’Explorateur a toujours aimé les chiens, et les animaux de façon général sont attirés par lui. Vous ai-je déjà dit que traverser une forêt avec lui implique forcément de croiser une famille de chevreuils ou de sangliers ? Vous ai-je déjà raconté les envols de couples de pics-verts ? Vous ai-je déjà dit qu’il avait nagé parmi les poissons lune dans les Calanques de Marseille ?

Ce chien peureux parce qu’il avait été abandonné, parce qu’il avait été retenu plusieurs semaines à la SPA, ce chien tout juste adopté puis laissé dans le jardin, ne s’approcha pas de l’Explorateur. Je me tenais en retrait derrière François, je craignais que la bête change d’avis à notre sujet et décide de nous mettre dehors. Et puis je croisais son regard, aussi aimanté que celui de Shiva mais ce que je vis dans ses yeux n’avait rien d’un prédateur. Je m’approchai des escaliers, je tendis la main en imitant les gestes de François et le chien accepta de descendre pour nous saluer. Il accepta mes caresses, il voulait que je le protège de François qui l’effrayait, grand comme il est !

Quelques mois plus tard, l’idée me prit. Je dis à l’Explorateur : « Dès que la petite loutre saura marcher, nous adoptons un chien, ça te dit bien ? » Et ça lui disait bien. Il me fallait un chien au pelage clair, j’avais gardé une crainte certaine des chiens foncés comme l’était Shiva. Il me fallait un chien qui aboie peu, je suis très sensible aux sons qui claquent, comme les feux d’artifices (le 14 juillet, je deviens une ermite), comme les ballons qui éclatent, comme les chiens qui aboient. Je ne m’approchais d’ailleurs jamais d’eux principalement à cause de ça.


La neige, c'est son élément, y'a pas de doute !

Et puis je rencontrai Jedi.
Et je me rends compte à présent de tout ce que j’aurais pu manquer si je m’étais accrochée à cette peur.

Je ne pensais pas qu'il serait si bon de l'avoir prêt de moi. Je ne pensais pas que les larmes brilleraient dans mes yeux comme ça lorsque mes doigts s'enfoncent dans son poil. Je ne pensais pas que le poids de son corps contre le mien, quand il s'abandonne entièrement à ce moment de tendresse, pourrait ainsi extérioriser mes craintes, mes contrariétés, mes déceptions, me reconnecter à ce que je suis dans le présent, loin d'un passé plus ou moins proche mais toujours collant et frustrant.

Il est joueur et puissant. Il pleure comme un loup amoureux de la Lune lorsqu'on le laisse seul. Il fait le pitre durant le cours d'éducation. Il adore courir derrière les chats et j'ai parfois peur qu'il fasse une mauvaise rencontre dans sa folie. Il saute de joie lorsqu'il nous voit sortir le vélo et qu'il sait qu'il pourra nous tirer sur de longs kilomètres. Il grogne dès qu'une nouvelle personne entre dans le bâtiment. Il ne manquerait jamais un départ de l'Explorateur pour son travail, toujours au rendez-vous à la fenêtre pour un dernier coucou.

Il vient lécher le visage de la petite loutre qui fait la sieste sur le canapé…

J'aime comment nous nous connectons pour travailler, ma voix, ma main, une balle jaune, son intérêt, mis bout à bout. J'aime la promptitude avec laquelle il ralentit lorsque mon pas ralentit, avec laquelle il se met au petit trot lorsque je me mets à courir. Et puis stop, assis, et ses fesses qui se collent au sol. Je sais que nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir tous les deux pour que nous puissions parfaitement nous comprendre et communiquer, moi avec ma voix, lui avec toutes ses postures, mais je suis ravie de la direction que nous avons prise.

Il adore porter toutes les affaires de la famille,
ça le rend important.

Lorsqu'en sortant de chez le vétérinaire, lorsque j'avais oublié sa laisse et son collier, que la petite loutre refusait de me prendre la main, que les voitures passaient dans la rue sans ralentir, je n'ai eu qu'à lui dire "Jedi, à droite, on rentre" pour qu'il prenne la bonne direction et court s'assoir devant la voiture. J'ai bénit les dieux de le savoir si intelligent. Lorsqu'à vélo je n'ai pas vu la borne incendie surgir sur le trottoir, lui à gauche, moi à droite sur le vélo, la laisse dans le milieu, il a fait un écart merveilleux vers moi pour nous épargner l'accident, j'ai encore bénit les dieux pour sa vivacité. Je peste lorsqu'il disparait la nuit couchante dans la forêt, à la poursuite de je ne sais quel animal, mais je soupire de le retrouver derrière moi, essoufflé et rassuré parce qu'il pensait m'avoir perdue pour toujours.

 C'est parfois étrange de vivre avec un animal. D'ajuster ses exigences d'humain. De découvrir des besoins qui ne nous sont pas propres. D'apprendre qu'il ne me doit rien. Et pourtant, de le voir tous les jours plein d'amour, toujours. Quelques soient ma bonne humeur, ma perspicacité ou l'intelligence du moment. Ca nous apprend beaucoup de voir tant d'amour. Ca nous interpelle. Ca nous appelle. Je me dis souvent : et pourquoi pas moi aussi, pourquoi n'ai-je pas tant d'amour ? Alors ce n'est plus moi qui lui apprend à comprendre des mots français, c'est sa sagesse brillante, son regard, mon coeur et mon aspiration qui, mis bout à bout, se mettent au travail.

Quand j'entends ici et là comment les expressions avec les chiens sont tournées, je me dis que l'être humain s'est quand même bien fourvoyé. Pas nécessairement sur le compte du chien, mais plutôt sur le sien. Sur la loyauté, sur l'amitié, sur le goût de l'effort. C'est comme si ces qualités gênaient, comme si l'humain ne voulait pas voir leur valeur, comme si elles pouvaient le rendre faible. Mais je demande à présent ce que signifie vraiment être faible. J'avais peur il y a quelques années que l'on voit qui je pouvais être. J'avais peur qu'on me voit vraiment et qu'on utilise ce savoir contre moi. Mais finalement, je remarque à présent que plus je suis transparente, plus je suis forte. Parce que ne plus se cacher, c'est aussi ne plus pouvoir recevoir ce qui ne nous appartient pas.

A ceux qui se disent pris dans l'étau de la réalité des autres, à ceux qui pensent que l'autrui les gêne dans leur réalisation, je dirais que c'est cette même erreur humaine qui dit ce qui est chien pour tout ce qui les mets finalement face à leur propres faiblesses. Oh mais quel temps de chien ! Tu es d'une humeur de chien ! Il le suit comme un petit chien… La sensibilité, l'intelligence, traiter les autres avec délicatesse et bienveillance, non, ce ne sont pas des faiblesses. Je n'apprends pas à me nourrir d'elles pour me tenir un jour bien droite dans le monde, le bien être n'étant pas vraiment un objectif mais une posture, car finalement je ne suis qu'une aspirante. Vous ne me verrez jamais finie. Ma montagne n'a pas de sommet, il restera encore le ciel, l'espace, le vide.

Comment la réalisation d'un être humain pourrait avoir un but, une fin ?! Quelle idée messieurs-dames ! Laissez le chien s'allonger à vos pieds, dans toute sa simplicité, et vous saurez, un peu. Qu'il peut être bon de n'être plus grand chose, mais d'avancer encore.

12 commentaires:

  1. A six ans, je me suis fait mordre par le chien de ma meilleure amie, un berger allemand agressif, battu par les parents (qui ne battaient pas que le chien). Il m'a mordu une première fois à la tête et la mère de mon amie s'est mis à le frapper pour qu'il me lâche... de fureur sans doute, il m'a mordue une seconde fois, à un autre endroit sur le crâne.
    Je ne suis pas prête d'oublier.
    J'ai eu de la chance, il m'a mordue au niveau des cheveux et mes cicatrices ne se voient pas (mais l'une d'elle est pénible, elle force les cheveux à avoir un certain angle sur ma tête et c'est pas forcément très joli ^^').

    Malgré cette attaque (ainsi que la terreur et la douleur), je n'ai jamais eu peur des chiens par la suite. J'ai compris qu'il ne faut pas s'approcher d'un chien battu, et qu'ils ont dans tous les cas une mâchoire dont ils peuvent se servir (à moi d'évaluer au regard, sa dangerosité ou non).

    (J'aime beaucoup ta conclusion :) )

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    1. Mais dis voir, Ambre, tu n'as peur de rien ? De mon reste, il me reste encore la peur des araignées à travailler, mais je suis sur la bonne voie. :-)
      Merci d'aimer ma conclusion, François la trouvait trop répétitive, par rapport à ce que j'avais déjà dit, c'est d'ailleurs lui qui m'a proposé le développement sur la peur… c'était très judicieux à mon avis. J'aime beaucoup cet article !

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    2. Oh mais si. J’ai peur moi aussi des araignées déjà (mais moins qu'avant, ma phobie a régressé je peux les tuer, les voir.. ça va mieux), j'ai peur d'avoir mal physiquement (de me cogner ou de me blesser), j'ai peur de perdre encore une personne que j'aime.
      Je dirais que se sont les principales. Elles ne m'empêchent pas (ou plus) de vivre, mais elles sont bien là.

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    3. Incidemment, la réponse au-dessus est la mienne -_-

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    4. Je t'avais reconnue ^^
      Moi j'arrive à prendre dans ma main certaines araignées pas trop féroces !!(par là, j'entends "plutôt petites"). Cela doit être curieux de vivre avec la peur de perdre quelqu'un que tu aimes… enfin, c'est peut-être pas la bonne façon de le dire, mais c'est la façon dont je le ressens. Habituellement, la mort d'un être aimé n'est pas vraiment une peur, mais une crainte… C'est peut-être un peu comme ma peur de me perdre dans l'espace. Le genre de peurs difficiles à expliquer.

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    5. Oh la je ne le prends pas dans les mains par contre, je n'en suis pas là ^^

      Humm... peur n'est pas le bon mot, alors. Crainte non plus. Ce n'est pas ça. C'est la conscience très forte que je peux perdre quelqu'un, n’importe qui, n'importe quand. Je n'ai pas peur de ça, j'en ai juste une conscience aigüe. Depuis que j'ai vécu ce choc de la perte brutale (un coup de téléphone qui te prévient que), j'ai conscience de ça d'une manière très intime.

      Mon inquiétude se réveille (mais j'y travaille beaucoup) quand le retard est grand. Si LeChat a 45 minutes de retard, qu'il ne m'a pas prévenue et que je n'arrive pas à le joindre, j'ai des bouffées d'angoisse (mais comme il le sait, il me prévient toujours et je ne suis plus dans ces situations là).
      Ai-je été plus claire ? Je n'ai pas cette peur en moi en permanence, j'en ai juste conscience en permanence.

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  2. J'ai vraiment l'impression que Jedi et le mien, de la même race, ont des caractères très similaires !
    La joie de nous voir sortir en balade, les fuites en forêt derrière un animal, les câlins interminables ... comment ne pas les aimer nos bébés ? ;)

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    1. Oui, nous avions déjà évoqué le sujet et je pense que Jedi en devenant adulte ressemble de plus en plus à ton propre chien.
      On les aime d'amour ! Il ne peut pas en être autrement !

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  3. J'ai le même rapport un peu en demi-teinte avec les chiens. Et je pense aussi qu'on en aura un sous peu (dans quelques mois ou quelques années), parce que je me suis un peu réconciliée avec les derniers qu'a eus ma mère (qui étaient gentils, pas agressifs, contrairement aux précédents qui étaient des chiens "de garde").

    J'aime toujours autant comment tu parles de ton chien, en tout cas !

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    1. Tu veux dire que tu crains un peu les chiens toi aussi ? Moi, je suis absolument guérie ! Quand ils aboient, ça me fait encore un peu souffrir (je suis vraiment très sensible à ce genre de sons) mais je comprends à présent très bien leurs réactions et je sais comment les faire passer de l'indécision à la confiance. Je sais aussi de quel chien je dois me méfier. Jedi m'a vraiment appris beaucoup sur les chiens, et sur les animaux en général.
      Vous pensez aussi à adopter un chien bientôt ? Vous savez quel genre de chiens vous aimeriez avoir ?
      Ah oui, Jedi je l'aime de plus en plus ! Nous avons eu une mauvaise période tous les deux mais à présent c'est l'amour fou !!!

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  4. Réponses
    1. Merci de la part de Jedi qui crâne devant sa niche :-D

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Céline.

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