Céline Dehors et François l’Explorateur — Aspirants, chercheurs en liberté, expérimentateurs d’idées loufoques. — Et accessoirement auteur de « Ce que le Souffle m’a donné »

lundi, novembre 02, 2015

Je suis maître Jedi… !


Il était tout jeune, doux comme les chiots savent si bien l'être, déjà grand. J'ai plongé mes mains dans son poil, j'ai senti un peu sa chaleur, j'ai surtout senti son corps se détendre et s'affaler à mes pieds. Il s'allongeait devant moi, pour que je le caresse encore, plus tendrement. Il me demandait de l'amour comme aucun humain n'avait jamais osé le faire. J'ai mis un doigt dans sa gueule. Il avait encore ses dents de lait mais elles étaient déjà impressionnantes. J'ai mis toute ma main. Il faisait bien attention à ne pas me faire de mal, même si ses yeux, en se tournant vers moi, me demandaient franchement quel rituel je faisais là. Je testais la confiance que je pouvais avoir en lui. J'avais peur des chiens, un peu au début parce que je ne les comprenais pas, et puis franchement depuis que je m'étais faite attaquée tous crocs découverts. Mais lui, je savais qu'il était clair dans sa tête. Suffisamment fier, suffisamment doux, suffisamment prévenant. Il était parfait. J'ai pleuré la première fois que je l'ai quitté, pensant ne plus jamais le revoir. Nous n'avions pas prévu d'adopter si vite, nous n'avions même pas de panier. Et puis l'Explorateur a téléphoné, pour qu'on retourne le voir dans sa maison, pour qu'on l'enlève. Tout c'est fait en deux semaines à peine.

Il s'appelle Jedi. Et je suis sa maîtresse.

Il s'était râpé le bout du nez avant qu'on prenne cette photo,
mais je le trouve quand même très beau !


Bon, faut que je nuance, je le sens bien : François et moi sommes ses maîtres. Enfin, c'est bizarre. C'est moi qui ai rempli les papiers, j'ai toujours mis mon nom avant celui de l'Explorateur… et lorsqu'on reçoit par courrier la confirmation du changement de propriétaire, je découvre que tout est au nom de François. Je trouve ça injuste, je soupçonne l'administration d'avoir, de nouveau, fait un excès de sexisme. Comme lorsque je reçois des enveloppes adressées à : "Monsieur le chef d'entreprise Céline Joséphine Jeanne D…"

Je crois qu'il faut d'abord que je vous le décrive, physiquement. Il est suffisamment haut pour que je n'ai pas besoin de me baisser pour lui caresser la tête lorsqu'il se met à mon pied. Ses grandes oreilles triangulaires s'orientent d'un côté et de l'autre pour capter tous les sons de la maison et de l'extérieur. Je chuchote mes ordres tranquillement, je sais qu'il m'entend même lorsqu'il ne m'obéit pas parce que ses oreilles le trahissent. C'est un chien intelligent, mais il ne contrôle pas sa curiosité. Ses yeux bruns dorés sont encadrés par deux magnifiques lignes de khôl noir. Ils nous suivent toujours, eux et sa truffe de jais, quelques soient nos actions dans la maison. Il n'y a que lorsque nous sortons une bouteille de lait et les pots à yaourt qu'il se sauve dans la salle d'étude, car il n'aime pas le son du mixeur. Son poil est blanc, parfois champagne sur le bout de ses oreilles, mi-long, particulièrement touffu le long de ses pattes arrières et sur sa queue qui voltige lorsqu'il descend les marches des escaliers. Il trottine comme un petit cheval blanc entre les arbres de la forêt, court à fond de train comme un fou pour rentrer à la maison, me suit à pas de loup lorsque je tente de lui faire un exercice de rappel.

C'est un chien pot de colle, qui a souvent peur que nous l'abandonnions. Il préfère rester sous la table à nos pieds que d'aller jouer dans un jardin. Enfin, il préfère… disons plutôt qu'il exige, à coup d'énormes pattes prêtes à défoncer toutes les portes pour nous retrouver. Lorsque je dois le laisser seul à la maison, je mets en boucle des enregistrements audio que la loutre et moi lui préparons. Petits mots de l'adorable, sons de la cuisine, chaises portes et chaussures qui se déplacent, légers rappels à l'ordre ("Jedi, dans la cabane ! Tutut, Jedi, pas toucher…") voilà ce qui constitue pour lui de belles musiques de méditation. Et mon unique chance de retrouver la maison encore habitable à mon retour.

Il fait parfois équipe avec l'adorable, lorsqu'ils courent ensembles dans la maison, retournant meubles et tapis sur leur passage, chacun un jeu dans les mains et dans la gueule. Ou lorsqu'ils m'apportent, l'un un mouchoir, l'autre une léchouille au visage, parce que je pleure accroupie dans la cuisine. C'est l'émotion que je leur dis. Alors la petite loutre dit : "‘Iens" au gros toutou et tous deux vont s'asseoir devant moi en attendant que ça passe. Ils sont si drôles que ça passe très vite, les émotions de maman.

Dimanche, nous sommes allés à l'éducation des chiens. C'était notre première fois et nous devions effectivement être bien drôles tous les deux. Entre une maîtresse qui ne comprend pas les codes en vigueur : "Mettez le ansé, maintenant on va faire le rat…" et ce gros chien blanc qui essaie de comprendre pourquoi tout d'un coup on lui impose de marcher à gauche alors qu'il y a pleins de chiens cool avec qui jouer ici… On en avait bien besoin, de ce cours d'éducation. On y retournera dimanche prochain. Et même si cette fois ça sera à l'Explorateur de se mettre en C et tout le tralala, on va s'entrainer tous les jours, Jedi et moi, histoire de montrer qu'il est intelligent et civilisé et que sa maîtresse, même fluette, même avec sa voix qui chuchote plus qu'elle ne crie, ne prend pas tous les êtres vivants pour des bébés.

Ce gros chien blanc a fêté sa première année tout récemment et il en a déjà appris, des trucs, à sa maîtresse ! Elle qui ne se doutait pas de la puissance de la communication inter-espèce, du travail que cela demande tous les jours pour faire vivre une bête puissante comme un lion à côté d'une petite humaine haute comme trois pommettes, pour tisser une amitié durable, clairement inégale mais sincère. J'ai compris les différences qu'il y a entre lui et un enfant. J'ai compris ce que je pouvais attendre de lui, ce que je devais lui apprendre, et ce que lui se devait de respecter. Rien n'est naturel dans notre relation, on plonge tout droit dans le paradoxe de l'être humain par rapport à la nature. Lorsqu'il s'allonge à mes pieds, son museau — qui cache à peine ses crocs longs comme mon petit doigt mais puissants comme mon bras — délicatement posé sur le bout de mes orteils, nous sommes en plein délire. Alors oui parfois j'ai des overdoses de lui, parce qu'il est toujours auprès de nous, perdus dès que nous nous éloignons. Alors oui parfois je suis en colère parce que la moindre de ses bêtises prend des proportions titanesques. Alors oui parfois je me demande jusqu'où ça va me mener, tout ça, et j'ai un peu peur. Mais nous nous aimons. Et c'est incroyable de vivre ça.

Etre un maître (de) Jedi, c'est de la vraie folie.

6 commentaires:

  1. Mon premier commentaire ici mais c'est vraiment incroyable, mon mari (François aussi tiens) vivons depuis deux ans avec un beau loup blanc ressemblant comme deux gouttes d'eau à Jedi. Notre Iskko est la même boule d'amour et d'attention. Moi qui avais peur des chiens, notamment des bergers allemands, notre berger m'a rassurée...
    Et j'espère que notre petite fille à venir aura autant à partager que vôtre petite !
    A bientôt et merci pour tous ces beaux articles !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Vous avez eu raison d'écrire ce commentaire, je suis ravie de vous rencontrer ! Que de points communs en effet : un François, un loup blanc et… bientôt une fille ! S'en est presque incroyable !
      Avez-vous un poisson bleu aussi ? (moi qui crois en la magie, j'essaie ^^)

      Supprimer
  2. Il est simplement magnifique et flamboyant, oui c'est ça "flamboyant"!!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Cendra. Je lui ai répété ton compliment pendant notre séance d'exercices de ce matin, il a beaucoup apprécié ! (oui, Jedi tourne aux compliments ^^)

      Supprimer
  3. Tes deuxième et troisième prénoms sont Joséphine et Jeanne ? C'est drôle, ceux de ma petite sœur aussi ;)

    Il a l'air chouette, ce chien, en tout cas ! Nous on n'a pas encore franchi le pas, trop peur de ne pas avoir pas assez de temps pour le promener (comme je ne sais pas ce que je ferai comme activité dans 6 mois). On reste à 5, avec nos deux chats ;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui… j'ai hésité à les révéler mais ça me paraissait tellement bancal de mettre monsieur devant tant de prénoms féminins (le doute n'était pas possible !) qu'il m'a parut intéressant de vous recopier la situation "tel quel".

      Ce n'est pas le promener qui prend beaucoup de temps je trouve, c'est plutôt l'éducation… En ce moment, il y a tellement de brouillard et il fait tellement nuit le matin que je ne fais pas beaucoup courir notre jeune loup. A la place, nous faisons des exercices et ça lui demande tellement de concentration qu'il rentre aussi fatigué que s'il avait fait le tour de la forêt derrière mon vélo. Il est juste moins essoufflé. J'espère que ce petit rythme lui conviendra un moment :-)

      Mais vous avez déjà beaucoup à faire dans votre petite famille ! Peut-être est-il bon de ne pas trop se disperser et d'offrir à chacun tout le temps qu'il lui faut.

      Supprimer

Je vous remercie vivement de prendre le temps de m'écrire un commentaire. Vous pouvez être assuré de recevoir une réponse très rapidement.
A bientôt !
Céline.

Fourni par Blogger.

Pour papoter

Instagram

Contactez-nous !

Nom

E-mail *

Message *