Céline Dehors et François l’Explorateur — Aspirants, chercheurs en liberté, expérimentateurs d’idées loufoques. — Et accessoirement auteur de « Ce que le Souffle m’a donné »

dimanche, novembre 29, 2015

Des facilités


Rien d'extraordinaire. Juste une mémoire à toute épreuve. Qui retient, non pas tout, mais toujours.

Rien d'extraordinaire. Juste une logique et un raisonnement qui décomposent, allégorisent, utilisent tous les objets brillants à sa portée, sans peine.

Rien d'extraordinaire. Juste une sensibilité douloureuse. Cette sensibilité qui m'éloigne de tous ceux qui n'éprouvent pas le besoin de vibrer dans le visible et l'invisible. Une susceptibilité débordante. Une agressivité refoulée, parce qu'il ne faut pas que j'insiste. non. surtout pas. 

Rien d'extraordinaire. Juste un besoin intense de comprendre et d'essayer, non pas avec ma tête mais avec ma moelle. Savoir et entendre, étendre son corps au delà de ses frontières, toucher les choses avec mon âme.

Rien d'extraordinaire. Juste la capacité inexpliquée de comprendre et savoir tout ce qu'il m'est dit. Apprendre à piler le gingembre sur une pierre parce que j'ai entendu une femme parler de ses souvenirs d'enfance. Savoir grimper une paroi parce que l'Explorateur me parle du froid du rocher et du vide sous ses pieds. Comprendre en entendant ce qui n'est même pas dit.

Rien d'extraordinaire.

Juste des facilités.

Mais ça ne veut rien dire. Tu sais, il existe une multitude d'intelligences. Certains sont bons en maths, d'autres en français, d'autres en danse, d'autres à la peinture, d'autres en mécanique, d'autres en poterie, d'autres pour prendre soin des hommes. Nous sommes tous différents, mais égaux. Ceux qui n'ont pas l'intelligence de ça, ont l'intelligence d'autre chose.

L'Explorateur a bien voulu me faire une photo pour l'article ! On voit tout de suite la différence !

Cet équilibre dans lequel je croquais à pleine dent, tout ce que je réussissais, ne faisait que gaspiller le cotas d'intelligence qui m'était donné. Tout ce que je réussissais… Un jour peut-être rencontrerai-je ce que je ne peux pas faire, ce que je ne peux pas apprendre, parce que j'avais déjà trop su. Avant. Parce que j'avais trop appris. Un cerveau trop petit. Un cerveau à égalité avec ceux que je voyais, petit à petit, rencontrer leur limite. Et cet échec qui ne venait pas. Jamais. Ce fossé que je creusais quelque part, toujours plus profond. Qui m'effrayait parce que je le savais immense. J'avais peur dans ma tête.

Alors jamais, non jamais être trop maligne. Trop intelligente. Il ne faut pas que je mange trop de ce potentiel partagé à égalité.

Et puis repousser toujours plus, au plus loin, mes faiblesses. Et si le fossé était tout simplement derrière elles ? Refuser de dire des bêtises. Refuser de m'exprimer tout court, parfois. Même devant ce test de logique, je n'ai pas voulu être trop intelligente.

Et finalement, me rendre compte que j'avais un potentiel plus important que ce qu'on m'avait dit.

Rien d'extraordinaire, oh non. Juste, des facilités.

Et savoir que ce fossé que je pensais quelque part creuser n'existe tout simplement pas. Je n'ai pas encore tout exploré, tout ce dont j'étais capable d'explorer et je peux encore continuer. Tranquillement. Mes bêtises ne sont pas là pour le cacher à ma vue. Elles sont là parce que j'ai droit, moi aussi, de me tromper parfois.

Quel soulagement !

Et les limites que je rencontre chez les uns et les autres ne sont que cognitives. Elles ne sont pas le mauvais présage des miennes. Je n'ai pas à les repousser, à les combler, elles ne sont ni effrayantes ni funestes. Elles ne sont pas le reflet de mes propres capacités.

Oh non, je n'ai pas eu une immense révélation cette semaine. J'ai simplement adouci le regard que j'avais sur les capacités de chacun, sur moi-même. Ma question était faite d'épinards. Dès que j'ai commencé à la cuisiner, elle a réduit en volume, jusqu'à ne plus être qu'une surface brillante, fine et douce.

Que vais-je dire à ma fille, maintenant que je sais ? Maintenant que je vois très clairement de quelle façon elle va suivre, elle aussi, sa route, avec ses propres capacités. Nous sommes tous égaux, nous sommes tous égaux devant notre droit d'existence et de reconnaissance mais je n'avais pas le droit de renier nos inégalités biologiques. Je reniais un peu de ma propre réalité, d'un peu de la réalité de tout le monde.

Je ne sais pas vraiment si je vais mieux vivre maintenant que je sais et que j'ai compris. C'est bien trop récent pour que je sache précisément ce que je vais faire de tout ça. Je vais peut-être parler avec mes parents. Peut-être réparer avec eux, s'ils le veulent, quelques égratignures. Je vais peut-être oser vivre un peu plus, laisser mieux vivre les autres, être moins exigeante, plus compréhensive. Ne plus me dire : "Ce qu'il dit est inutile." et plutôt : "Pourquoi cela lui parait-il important ?". Lâcher prise, ne plus craindre de me tromper, ni d'avoir peur que mes capacités soient un jour remises en question. Peut-être vais-je devenir moins susceptible…

Mais une chose est certaine : ce que je suis aujourd'hui, je l'ai toujours été. C'est inscrit dans mon corps, dans ma tête. C'est inscrit, et ça ne risque pas d'être avalé par le gouffre d'une prétendue égalité. Je vais avoir moins peur de moi-même.

8 commentaires:

  1. Je retrouve beaucoup de moi après mon diagnostic dans ton article... :)
    Il est très beau en tout cas <3

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    1. Merci Eleama. Est-ce que des choses ont changé dans ta vie… après ?

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  2. Article touchant dans lequel je me retrouve aussi.
    Tu as l'air d'être parti pour une nouvelle façon de vivre, de te vivre même je dirai, avec ce que tu es, je ne peux que t'encourager dans cette voie.

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    1. Merci pour tes encouragements. Je ne sais pas trop ce qui va changer. Peut-être rien. Je suis toujours ce que je suis. Peut-être tout. Peut-être vais-je me libérer de la question. Nous verrons.

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  3. C'est sûr mais rien que de mettre de nouveaux mots sur ce qu'on est peut changer beaucoup :)
    Bonne continuation en tout cas.

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  4. Je tombe sur ton blog par les hasards de la sérendipité et te lire me rappelle mon propre diagnostic, après que mes deux aînés aient été testés à quelques mois l'un de l'autre me déclenchant une avalanche de "Oh là là comment vais-je fait pour élever des enfants plus intelligents que moi ?" et "oh là là quand même, ça me rappelle drôlement ma propre enfance tout ça" :)
    Personnellement je suis POUR le test, et pour qu'on l'oublie une fois qu'on sait :)
    La petit Loutre est peut-être concernée dans la mesure où les chiens ne font pas des chats ;) auquel cas ton chemin sera l'inverse du mien qui suis venue à me faire tester parce que mes enfants étaient concernés.
    Bonne journée

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    1. Merci à la sérendipité de t'avoir fait passer par là ! :-)
      Oublier le test dès que l'on sait, c'est sûrement cela. Comme tout change, rien ne change au final… J'ai simplement compris que ce que je cherchais à comprendre sur moi à l'extérieur était en fait toujours là, à l'intérieur. Quelle méprise !
      Pour la petite loutre, j'essaie de ne pas trop me poser la question, elle me ramène toujours à moi-même. Je me reconnais tant chez elle, et je reconnais si peu des caractéristiques qu'on décrit sur le enfants testés hpi que… ça remet tout en question pour moi. Enfin…
      Bonne journée à toi !

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Céline.

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