Céline Dehors et François l’Explorateur — Aspirants, chercheurs en liberté, expérimentateurs d’idées loufoques. — Et accessoirement auteur de « Ce que le Souffle m’a donné »

lundi, octobre 19, 2015

Faut-il savoir ce que l'on est ?


La vraie question est : "Faut savoir ce que l'on est lorsqu'on est heureux ?", sauf que voilà, je trouvais que ça faisait un peu long. Je n'aime pas particulièrement mettre des étiquettes sur les gens et je suis un peu agacée lorsque quelqu'un se présente à moi en me disant : "Je suis…" avec autre chose que son prénom derrière. Je ne pense pas que l'on puisse être quelqu'un d'autre que soi-même alors les "je suis migraineux" ou les "je suis allergique" me troublent pas mal. Ceux qui disent ça, pensent-ils vraiment être la personne qu'ils me disent être ? Je dirais plutôt des choses du genre : "Je suis atteinte de migraines", ou "je fais une réaction allergique à la noix de coco", ça me parait plus juste. Ca fait du moins la distinction entre leur identité, leur propre personne, et des caractéristiques qu'ils partagent avec d'autres. En plus, les migraines et les allergies, ça peut se soigner. Ils seront qui une fois guéris ? "Qui je suis" est une question de tous les jours que l'on pose à soi-même. "Ce que je suis", c'est autre chose. Le ce que se partage, le ce que ce n'est pas nous en entier mais plutôt ce qui nous rapproche de l'autre.

Je me demande si savoir ce que je suis a un quelconque intérêt. Parce voilà, je vois bien que je ne suis pas la seule à m'enfoncer dans ce paradoxe : je veux à la fois me différencier de l'autre et être incluse en lui. Je cherche à la fois à m'individualiser et à me trouver des points communs avec lui. Lui ou un autre d'ailleurs, le principal étant de ne pas rester unique et… vide parce que non décrite. Jusqu'à très récemment, j'avais horreur que l'on me dise "Je sais ce que tu ressens." Ca signifiait pour moi que mon expérience individuelle n'était pas si personnelle que ça. Que je ne faisais que suivre l'ordre des choses, l'ordre d'un être humain normal parmi tant d'autres. Et j'enviais les enfants de ma classe lorsqu'ils perdaient leur chat ou lorsque la voiture de leurs parents tombait en panne. Ca leur faisait quelque chose de différent. D'anormal. Une excuse. Et moi, je n'en avais jamais.

Un ami qui m'est très cher m'a reprochée pendant mes années de lycée de trop marquer ma différence. Il me reprochait de ne jamais vouloir être comme les autres. Sa critique m'a choquée. Je me voyais entourée de personnes qui désiraient être différentes en devenant rebelles, en s'habillant en rouge et noir, en se maquillant avec des couleurs nouvelles, en changeant de vocabulaire, tout ça sans qu'on ne leur dise rien, et moi, moi qui était tout à fait normale, tout à fait et continuellement dans la moyenne, on me disait que j'étais pénible car je ne faisais jamais rien comme tout le monde.

C'est vrai que j'ai toujours voulu être différente. En fait, c'est même un peu plus que ça : j'ai toujours espéré que quelqu'un arrive au dessus de ma vie et me dise : "Je crois que tu es différente." Ca aurait été un soulagement. Quelque chose dans mon coeur se serait enfin relâché. Mais ce n'est jamais arrivé. Depuis, je me suis fait une raison et je me suis dit que j'étais comme tout le monde. Même si je n'ai jamais rencontré personne dans tout ce monde ne me ressemble. Il y a bien deux-trois personnes avec lesquelles je trouve des points communs. Je suis attirée vers elles comme un papillon vers la lumière, et puis en les découvrant, l'illusion s'évapore. Non, elles sont bien différentes des autres, ces belles personnes, mais jamais, jamais, elles ne me ressemblent. C'est curieux de vivre ainsi dans un monde peuplé de différences et d'avoir l'irrésistible désir d'être différent. D'être différent de cette différence. D'être… encore plus différent.

Cependant, je vais bien. Même très bien. Je suis heureuse. Je vis ma vie, la mienne, sans souffrance. Sans peur. Sans regrets. Je suis bien. Alors pourquoi faut-il que cette question me revienne soudain en tête : "qu'est-ce que je suis ?" Pourquoi faut-il encore que j'attende cette reconnaissance ? Ce soulagement : "ah… enfin… je sais." Je sais, je sais… Je sais quoi en fait ? Rien de plus. Je ne saurais pas plus ce que je suis et comment continuer à l'être sans me perdre chez une autre. Ca ne m'apporterait rien de plus, vraiment. Mais d'où me vient ce désir, à la fin ??!!



Je n'ai pas de réponse à vous apporter. Rien. Je tourne en rond. Faut-il savoir ce que l'on est lorsqu'on est heureux ?

14 commentaires:

  1. Les espagnols entre autres ont pris le parti de différencier ce que l'on est par état de ce que l'on est par contexte "SER" ou "ESTAR", tout ça est bien distinct, donc la langue française à une lacune à ce niveau!

    Ce que nous sommes n'est pas définissable de façon arrêtée, puisque cela varie dans le temps, dans le contexte et face à chaque personne. Filliozat le décrit bien dans un de ses livres, nous sommes différents selon le contexte, et pouvons atteindre des attitudes extrêmes selon le contexte et l'importance du groupe dans lequel nous sommes car notre capacité d'adaptation répond au besoin primaire si fort d'appartenance.
    C'est un peu l'équilibre que tout le monde recherche, se différencier des autres pour exister par soi même mais être suffisamment semblable pour être accepté des autres. L'enfant l'a bien compris et son besoin parfois enragé de nous contredire nous montre à quel point l'individuation est ultra importante. D'ailleurs tu le décris bien, au moment de l'adolescence, finalement, chercher à être différent devient normal, et être différente revient à ne pas l'être...
    Nous sommes ce que nous sommes par ce que nous avons vécu et par les moyens intimes mis en oeuvre pour les affronter et les vivre tout simplement.

    C'est étrange, je fantasme aussi beaucoup depuis que je suis môme, sur une scène où je serai rejointe par un personnage quelconque, qui me verrait moi, et moi seule au milieu des autres, et qui me rassurerait en m'affirmant que je suis différente, spéciale, exceptionnelle. Mais mon destin est plus humble finalement.


    Céline, écoute ma voix: ".... tu ES différente, à part.." :D

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    1. Je pense que notre identité s'inscrit dans notre histoire. Ce n'est pas parce qu'on change d'avis qu'on n'est plus ce que l'on était, n'est-ce pas ? Alors, est-ce peut-être l'influence de la langue française, mais je ne fais pas tant la distinction entre nous-même et nos états (passagers ?). J'étais malade, donc maintenant je suis guérie, et peut-être que je ne resterai pas mais… je suis quand même moi et cette maladie fait partie de mon identité, ça fait partie intégrante de notre "tout".

      Par contre… il y a bien une distinction à laquelle je tiens, c'est celle du "qui" et du "ce que". J'étais malade, mais je ne suis pas UNE malade. Mon individu réside aussi autre part.

      Je me demande si mon désir d'être différente est intrinsinque à ma qualité d'individu ou si j'ai autre chose, un autre chose qui me pousse à vouloir être encore plus différente. Encore plus qu'une différenciation normale. Tu vois ce que je veux dire ?

      Très probablement, car nous avons le même rêve. Merci pour cette petite réalisation de mon monde idéal :-D Et toi, Cendra, ton destin est humble mais il n'est là que pour dissimuler l'incroyable originalité de ta personne !

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  2. Ha que de souvenirs en te lisant!! En 1ère L j'ai commencé la philo avec la question "Qui suis-je?" ... ce qui m'a amené à une crise existentielle qui a duré presque 1 an!! :D Je crois qu'il n'y a que la tête qui tourne en rond sur ce genre de questions... Le coeur et le ventre, eux, ne se les posent même pas parce qu'ils ont déjà les réponses :)

    Perso, je crois qu'on est tous semblables mais que chacun est unique ;)

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    1. Merci pour ton commentaire Audrey (et aussi pour ton abonnement :-D )

      J'hésite effectivement à suivre les questions de ma tête ou à… laisser vivre mon coeur et mon ventre, comme tu dis. Eux vont plutôt bien et se fichent bien de savoir précisément "ce que je suis", ils savent déjà très "qui je suis" !

      C'est étrange, je n'ai pas du tout envie de me satisfaire de cette vérité : tous semblables et chacun unique… J'ai envie pour une fois de savoir ce qui me différencie, ce qui me rapproche d'autres personnes. Je me sens isolée et incomprise aujourd'hui. La nuit porte conseil ;-)

      A bientôt j'espère !

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  3. Avec plaisir :) bonne chance dans ta recherche! ;)

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    1. Merci Audrey ! J'espère que ce que je trouverai ne me décevra pas… :-)

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  4. Je te comprends tellement ! J'ai tellement envie d'être différente, et j'irais même plus loin, d'être exceptionnelle, tout en voulant être comme les autres, bien dans ma masse, sans problème de communication ni rien du tout... Je crois que si l'on veut savoir ce que l'on est c'est parce que l'on sent qu'il y a quelque chose... je veux dire... une personne vraiment comme les autres, conforme à la norme, ne se pose pas la question de savoir ce qu'elle est, enfin je crois, puisqu'elle ne se voit aucun problème ou aucun décalage.

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    1. Salut Melgane ! Je pense que tu as vu sans mal combien ton dernier article a influencé le mien…
      Je suis comme toi intimement persuadée que ce sentiment n'est pas là pour rien (même si je ne me sens absolument différente dans mon intuition de la différence) et n'ayant plus la patience d'attendre j'ai décidé de me faire aider. J'ai pris contact avec une psychologue de ma ville. Ma réponse, je l'ai trouvé dans ma question : il ne faut pas nécessairement savoir ce que l'on est lorsqu'on est heureux, mais toute question mérite le courage de chercher une réponse. Et quand on est heureux, il est dommage de ne pas être également courageux.

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    2. J'imagine que je devrais faire comme toi et aller voir un psy... en plus il y en a à la Médecine Préventive de la fac...

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    3. Finalement, le psy ne me répond plus… et vu que c'était la seule à être qualifiée pour "mon cas" dans ma ville, je crois que je vais devoir laisser tomber. Si ça t'intéresse, j'ai un peu avancée dans ma réflexion. J'ai écrit un nouvel article sur le sujet, j'attends que l'Explorateur me prenne des photos pour le publier. (ça sera sûrement dimanche)
      Tout ce que j'ai à te dire c'est qu'il vaut mieux que tu te renseignes sur les spécialités des psychologues de la médecine préventive de ta fac. L'esprit humain est un sujet tellement large que tous n'ont pas tout étudié.

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  5. Oh la la, encore un article qui fait remonter tant de choses. Qu'est ce que je déteste quand on me reproche de ne pas vouloir faire comme tout le monde comme si c'était - toujours - agréable ! Et en ce qui concerne les étiquettes, j'ai décidé il y a peu que j'allais m'affranchir de certaines d'entre elles. En effet, quand ils ne nous connaissent pas la plupart des gens essaient de nous cerner en demandant notre métier, notre âge et en ce qui me concerne mon origine vu que ça se voit sur ma figure. Seulement si je donne ces trois paramètres ça fait une personne qui n'est pas du tout moi. Alors maintenant quand on me demande, je dis : je suis blogueuse, j'ai 24 ans (même si je fais plus jeune que mon âge on voit bien que 24 c'est quand même un peu too much ^^) et j'explique que mon appartenance "ethnique" ne définit en rien qui je suis. Et bien les gens n'osent pas insister, je me sens mieux et ça nous obligent à parler de choses qui m'intéressent davantage et en disent plus long sur moi.

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    1. Ah ah ! C'est sûr que ça doit pas mal refroidir si tu réponds comme ça et qu'on doit très vite voir de quelle trempe tu es… ^^

      Je n'ai de mon côté pas encore trouvé de technique pour dépasser les préjugés et les étiquettes lorsque je me présente. Les présentations ne sont toujours pas un moment agréable à passer. Depuis que j'arrive à me présenter comme "écrivain" c'est déjà plus facile ! J'aime cette identité :-)

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  6. De quelle trempe je suis devenue plutôt. Après des années de "gentillesse" et une incapacité à savoir dire non, j'ai fini par accumuler trop de frustrations et par déborder ^^ .

    Oh oui, écrivain, quelle belle étiquette ! :-)

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    1. Donc cette trempe que tu es devenue, n'était-elle celle que tu étais au tout départ finalement ? Tu t'es simplement débrouillée pour la faire ressurgir ? Je suis actuellement en pleine réflexion sur l'identité. Devenons-nous quelque chose ? Ou réalisons-nous simplement ce que nous sommes essentiellement ?

      C'est une étiquette qui me plait énormément. Je me la colle sur le front avant un plaisir certain. Pour une fois, je ne suis pas gênée d'être mise dans une case, je trouve qu'elle me va bien.

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Céline.

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