Céline Dehors et François l’Explorateur — Aspirants, chercheurs en liberté, expérimentateurs d’idées loufoques. — Et accessoirement auteur de « Ce que le Souffle m’a donné »

lundi, août 31, 2015

Et si nous mettions fin à la violence ?

Dans notre famille nous avons décidé d'arrêter d'être violents avec notre chien. Oui, comme ça : pffiou ! Parce que nous croyons qu'un monde sans violence est bien plus agréable à vivre.

On arrête de lui crier dessus (vu ses oreilles aussi grandes que deux paraboles, c'était un peu stupide), on arrête de le frapper (avec ses crocs capables de couper un poulet en deux, vaut mieux pas lui montrer que ça se fait chez nous…), et on arrête aussi de s'exaspérer lorsqu'il ne fait pas bien quelque chose.

Bon, ok, c'est bien joli tout ça, mais sans violence vous faites comment ?

J'aimerais bien vous répondre tout en devenant énervante. Avec un truc du style : "Bah, on fait tout le reste." Gonflant, non ? Pourtant, c'est tout à fait ça. Quand on décide de ne plus utiliser la violence, en terme d'éducation, on est obligé de se concentrer sur le reste. On lui apprend les bons comportements. On soutient ses bonnes actions. On lui consacre un peu de temps pour qu'il soit heureux de vivre avec nous. On lui offre sa place. Et on réfléchie.

Parce que c'est un peu ça la différence entre un humain archaïque, pas capable d'user un autre outil que le gourdin, et un bon homo sapiens sapiens : la réflexion. Et quand je dis réflexion, je ne parle pas d'un long théorème de maths, ni d'une dissert de philo, mais juste d'un peu d'empathie, d'un peu de mémoire, d'un peu d'humanité.

Bien faire les choses, évite sacrément quelques embarras. Du genre avoir un chien agressif. Un chien peureux. Un chien qui ne connait pas sa place au sein de la famille, d'une communauté. Un chien qui n'est pas heureux parce qu'il ne fait jamais les choses correctement. Un chien qui finit abandonné sur un balcon.

Ne banalisons pas notre propre violence. Vous pouvez ressembler à ça dans les yeux de l'autre.

Mais, et s'il va trop loin ? Vous ne le frappez même pas dans ce cas ?

Et bah non. C'est un animal, voyez-vous. Un animal, c'est fragile. Et puis on part du principe qu'il ne désobéit jamais par malice. Il le fait parce que l'ordre ne lui plait pas, pour une raison qui lui est propre. Parce qu'il ne se sent pas capable de l'exécuter. Parce qu'il n'a pas bien compris ? Je ne dis pas souvent des gros mots mais… Dans tous ces cas, le frapper, c'est con.

Et s'il teste nos limites ? S'il veut voir jusqu'où on va ? Vous croyez vraiment que ce qu'il veut voir, c'est que ses maitres sont capables d'être violents avec lui ? Vous croyez vraiment que le cabot, il va être désagréable avec nous, juste exprès, de façon claire et prémédité, pour qu'on le frappe ?

Non, mais vous croyez vraiment qu'elle a envie d'être frappée, notre boule de neige musclée ?

Alors, je vous vois avec vos grands airs et vos haussements d'épaules : ne croyez pas surtout pas qu'on a un chien parfait. Enfin, si, il est parfait : quatre pattes, une belle queue touffue, des coucougnettes bien descendues, des dents blanches, une intelligence hors du commun. Il est parfait mais il ne fait pas toujours tout comme on le voudrait. Du genre, il bouffe TOUT dès qu'on le laisse un peu seul. Il fait le cirque. Il fait le zouave devant nos voisins qui craignent (quoi ? je ne sais pas) pour leur York flippé du slip.

Dès que je dis : “Regardez comme ce chien est bien élevé ! Jedi, attends-assis!”, il se sauve mettre les vaches du voisin en un cube bien compact. Le truc qu'en ordinaire, il ne ferait jamais. Voilà, il est parfait. Mais nous en tant que nouveaux éducateurs bienveillants, nous faisons parfois des erreurs, nous ne nous comprenons pas toujours, nous n'avons pas toujours l'idée du siècle qui va tout arranger. Dans le genre dire : “On rentre !” plutôt que “Au pied !” à un chien qui fait sa tête de mule. Ce genre de détail qui nous rend meilleurs de jour en jour.

Eduquer dans la bienveillance n'est pas toujours facile. On est placé face à ses propres faiblesses, tous les jours, du matin au soir. Il faut accepter qu'on éduque une autre personne que soit. Une personne qui ne connait encore rien à des codes établis bien avant sa naissance, une personne qui a tout à apprendre. Enfin, je voulais dire un chien. Parce que c'est bien de mon chien que je vous parle là. Un chien qui doit tout apprendre d'un couple d'humain.

Cette démarche, nous la faisons pour notre confort personnel mais également pour enrichir l'humanité. Parce que nous savons que la violence engendre la violence. Que lorsqu'elle est banalisée, admise dans l'éducation, elle est enregistrée comme une alternative possible au dérangement. Votre voisine fait quelque chose qui ne vous plait pas ? Bah, allez donc la menacer devant chez elle, ce n'est rien ! Vous voyez ce que je veux dire… ?

Je ne sais pas comment vous vous débrouillez avec vos enfants, mais l'atmosphère est bien plus paisible depuis que toute la famille, humains et animaux, s'est mise à la bienveillance.

Pour une fois qu'une mode promet de rénover notre société, foncez !

Jedi : “Ne me demandez rien entre 10h et 17h… Je dors !”

10 commentaires:

  1. Oh là là, on a jamais levé la main sur notre bébé chien, par contre on l'a déjà bousculé avec force comme nous l'a enseigné l'éducatrice canine.
    Notre berger blanc n'est pas dominant avec nous mais énormément avec les autres mâles et même les tous petits riquiquis alors qu'il fait 42 kg. Impossible de ne pas intervenir, alors nous le bousculons, quitte même à le mettre à terre.
    Pas de violence mais un sérieux rappel à l'ordre.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Notre Jedi sera très certainement aussi gros que le votre ! Nous le bouscoulons aussi, lorsque cela est nécessaire. Mais ce geste, parce qu'il est fait sans la moindre agressivité, n'est pas "violent", même s'il réclame de la force.

      J'aimerais que des parents lisent cet article et se disent qu'ils pourraient faire la même démarche… avec leurs enfants !

      En réalité, nous n'avons jamais été délibérément violents avec notre chien ^^

      Supprimer
  2. Pour ma part, j'ai adopté la non violence totale avec mes enfants, jamais une tape, jamais un ordre crié, jamais rien qui ne puisse lui donner l'impression que la violence pouvait être une arme. Et bien, ils sont aujourd'hui grands et je n'ai jamais eu besoin de ces solutions pour qu'ils soient des enfants bienveillants, polis, curieux, compréhensifs voire même obéissants.
    Pour moi, la violence aurait été non seulement un manque de respect cruel mais aussi l'aveu d'une faiblesse. Nous avons puni parfois, très rarement, nos enfants, nous les avons mis "au coin", laissé pleurer dans leur chambre mais jamais nous leur avons hurlé dessus pour leur demander quelque chose, jamais nous n'avons eu à crier suite à une bêtise. Nos enfants ne se sont jamais battus entre eux, n'ont jamais mis en évidence de crise, de colères. Nos amis disent que ce sont des enfants idéaux, je crois juste que ce sont des enfants sereins, élevés loin du bruit et de la peur.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oh merci ! Mille mercis pour ton commentaire !

      C'est exactement le genre de témoignage que je rêvais d'entendre. J'ai beau "militer" maladroitement par quelques articles, je me sens parfois un peu isolée devant la tâche. J'y crois, mais ma fille est encore très jeune (tout comme mon chien ^^), je ne peux pas encore dire si je fais bien ou pas… même si déjà je vois comme elle grandit harmonieusement !

      Je crois deviner ton identité cher anonyme, si j'ai bon sache que j'entends pas mal parler de toi :-)

      Supprimer
  3. Ah ben chez nous, la non-violence avec les chats a précédé la non-violence avec l'enfant, parce qu'on a eu les chats avant l'enfant ;) Mais tout va évidemment ensemble. Quand on veut vivre de façon zen et bienveillante, on retient ses cris et ses coups envers tout le monde :) Et tout le monde se sent mieux ! (de toute façon, mieux vaut une éducation imparfaite que fondée sur la crainte)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Mais une éducation qui valorise la confiance en soi, la réflexion, la bonté, n'est-elle pas parfaite ?

      Supprimer
  4. Très intéressant et surtout belle démarche que j'approuve à 1000%, je crois que tu touches un point crucial en disant que ça nous pousse à nous concentrer sur le reste justement, parce que la violence est une réaction de facilité, et surtout une façon de communiquer. Comme dans un conversation, plus on s'énerve et plus notre interlocuteur aussi, c'est la logique des cercles vertueux/ ou vicieux.
    Moi aussi j'ai un berger blanc suisse, qui a du caractère, et finalement j'obtiens sa coopération en étant plus têtu que lui, c'est un peu ma botte pas très secrète, bon et puis on ne peut jamais éviter toutes les bêtises. Pour ce qui est des enfants, la logique est certainement la même, je n'ai pas la chance d'en avoir, mais je suis tout à fait d'accord avec toi.
    Merci pour cet article très instructif,
    Ciiko

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. La différence que j'observe entre les bêtises/erreurs de Jedi et celle de ma fille, c'est que celle de mon chien sont tellement… disproportionnées et destructrices que je dois agir avant qu'elles soient faites. Tandis que celles de ma fille sont toujours réparables, elle a donc un droit à l'erreur que Jedi n'a pas. Ca fait toute la différence pour moi. Dans un cas j'apprends à raisonner, dans l'autre à agir correctement et automatiquement en toutes circonstances.

      Merci pour ton commentaire Ciiko ! J'ai mis du temps à le voir, je suis désolée…

      Supprimer
  5. Et puis qu'il est mignon ce Jedi !
    Ciiko

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci ! On est assez fier de lui :-) Par contre on a soucis avec la couleur de son poil qui a brunit aux pointes il y a quelques semaines. As-tu déjà eu ça ?

      Supprimer

Je vous remercie vivement de prendre le temps de m'écrire un commentaire. Vous pouvez être assuré de recevoir une réponse très rapidement.
A bientôt !
Céline.

Fourni par Blogger.

Pour papoter

Instagram

Contactez-nous !

Nom

E-mail *

Message *