Céline Dehors et François l’Explorateur — Aspirants, chercheurs en liberté, expérimentateurs d’idées loufoques. — Et accessoirement auteur de « Ce que le Souffle m’a donné »

vendredi, décembre 19, 2014

Avoir peur qu'on lui retire son bébé !

Ce qu'il y a de fou avec une naissance, c'est que tout, même le truc le plus minime, est susceptible de vous toucher très personnellement et très profondément. Voilà pourquoi, je pense, il est si difficile de faire le deuil de l'accouchement parfait, de faire le deuil de la famille parfaite, de faire le deuil du personnel de la maternité parfait… Les bouleversements sentimentaux que déclenchent une naissance sont tels qu'un événement que vous ne remarquerez même pas en temps normal peut être tout de suite absorbé quelque part au fond de vous, vous faire souffrir, vous faire pleurer pendant longtemps, vous émouvoir au-delà du possible. Il faut traiter les jeunes parents avec beaucoup de douceur, les gens l'oublient très vite malheureusement. Je ne connais pas une maman qui n'en a pas fait les frais. Les papas sont moins touchés je crois. Pourquoi cela ? Parce qu'ils ont la possibilité de quitter la maternité dès qu'ils le souhaitent ? Parce qu'ils reprennent le travail rapidement ? Parce qu'ils sont moins fatigués par la naissance ? Je ne sais pas vraiment. Mon mari répond négativement à chacune de ces questions mais je le sens malgré tout beaucoup moins marqué que moi par la naissance de notre fille. Est-ce simplement une question de force mentale ?

Il y a eu un jour où j'ai littéralement senti l'un de ces tampons douloureux hérités de la naissance de ma petite bulle sortir de ma tête. Quand j'y repense, j'ai encore un peu d'émotion qui me monte dans la gorge, mais la peur et le stress engendrés par cette marque m'ont heureusement quittée. Je voudrais vous parler de la peur que j'ai eue pendant plusieurs semaines qu'on me retire mon enfant parce que j'étais incapable de m'occuper de lui. C'est drôle, tant qu'il n'était pas sorti, et tant qu'il n'était pas passé devant mes yeux en passant la porte de mon esprit, je n'avais pas conscience qu'il était là. Quand il est entré, j'étais très fatiguée et très fragile, je ne l'ai pas senti venir. Mais quand il est parti, j'ai été soulagée, légère, forte. C'était tout aussi bien qu'une rééducation du périnée : je marchais tranquillement, sans que mon corps ne me pèse sur mon ventre. Ce qu'il y a d'intéressant dans mon cas c'est que je sais précisément ce qui a fait entrer cette peur en moi, quel événement l'a déclenchée. Je sais aussi quel événement l'a jeté dehors. Cela vous intéresse ? Lisez la suite !

Si vous avez lu le début de l'allaitement de la petite bulle, vous savez déjà que les premiers jours n'ont pas été faciles, voire abominables ! Ce calvaire n'avait pourtant pas lieu d'être. Évidemment que ma fille n'allait pas mourir de faim, il y avait toujours la possibilité de lui donner un biberon de lait quelconque. Évidemment qu'on allait trouver une solution. Évidemment que j'étais entourée. Évidemment que ma fille avait des réserves en naissant à terme avec un poids correct. Il n'y avait aucune urgence. Et pourtant, les rares visites que j'ai eues m'avaient épuisées, les cris de la loutre me faisaient mal, la tranquillité de l'Explorateur me paniquait. La peur m'avait déjà frappée.

Vous souvenez-vous de cette scène ? D'une puéricultrice prenant la petite loutre de son berceau alors qu'elle ne demandait rien, alors que je ne pouvais pas me relever pour la reprendre. Vous souvenez-vous de cette puéricultrice qui l'emmène à l'autre bout de la chambre, loin de vos bras, en pleine nuit ? Vous souvenez-vous de vos mots lorsque vous avez tenté de la retenir, de sa façon de balayer vos excuses avec un air à la "C'est la sage-femme qui l'a dit, elle a raison…" ? Vous souvenez-vous de cette pipette de lait maternisé qu'elle a sorti de nulle part pour la donner à votre fille ? Vous souvenez-vous de la douleur dans vos seins ? Des larmes qui coulaient car vous aviez l'impression d'être incapable, d'être incompétente, d'être stérile ? 

Depuis ce jour-là, oui, sans vraiment le savoir, j'ai gardé la peur qu'on me retire de nouveau ma fille parce que j'étais incapable de m'en occuper. J'ai su l'allaiter par la suite, ou plutôt : elle a su téter, j'ai su la changer toute seule, la laver, jouer avec elle, l'aimer, mais cela ne changeait rien. Les encouragements de la sage-femme qui venait les deux premières semaines ne retiraient pas cette crainte qui restait au fond de moi et qui me faisait éviter les médecins, les puéricultrices, la maternité. Je croisais les doigts pour que tout aille bien (et tout allait bien) pour ne pas que mon statut de maman affronte leur jugement.

Quoi ?? Mais c'est tout ce que vous avez comme poussette ??
Bon, vous êtes des parents indignes, on la garde.
Et puis il y a eu le jour de la radio des hanches. Le pédiatre n'avait rien vu de bizarre chez la petite bulle, ni le pédiatre (un autre) par la suite, mais il se trouvait que j'ai eu moi-même un problème de hanche toute petite alors par précaution on (je ne sais pas qui) avait pris rendez-vous pour la petite loutre. C'est pas vraiment une radio, c'est une écho, mais qu'importe. J'étais seule, je ne sais plus pourquoi l'Explorateur n'était pas avec moi, peut-être un entretien pour le travail. J'entrai dans la maternité. Je l'aimais bien ce bâtiment, même si les lumières vertes donnaient un teint bizarre aux gens qui vous croisaient. J'arrive en avance car sur ma feuille de RDV il était écrit au moins trois fois qu'il fallait absolument arriver à l'heure. J'arrivai avec 45 minutes d'avance. Je pris un ticket et j'attendis. Longtemps. La petite loutre était contre moi dans une écharpe très enveloppante, tout allait bien pour elle. Je passai par le bureau des entrées. Il faut s'inscrire avant d'aller à son rendez-vous, histoire qu'ils vérifient votre sécu, les papiers et tout le tralala. La CPAM n'avait pas encore mis le dossier "Petite loutre" à jour sur ma carte vitale, il fallait que je paie en sortant de la consultation. Je dis d'accord. La dame me rassura : je n'aurai pas besoin de faire la queue de nouveau, ouf !

J'allai dans la salle d'attente des radios échos pour les enfants. Je n'avais pas pris mes lunettes en sortant de la maison, et après l'accouchement j'avais une très mauvaise vue. Je m'assis sur le premier siège que je trouvais et j'attendis. Des gens entraient, étaient appelés, j'attendais. Je me disais : c'est bon, on est les suivantes ! Des gens entraient, ils attendaient, moi aussi, tout allait bien, ils étaient appelés, pas moi, peut-être qu'ils étaient en retard. Des gens entraient, je leurs parlai. Quoi ? Mais vous n'avez toujours pas été prise ? Nous on attend juste la signature du médecin sur les résultats… Je ne compris pas. Je vis une dame dans un aquarium de l'autre côté du couloir de la salle d'attente. J'allais quémander un renseignement.
"Excusez-moi madame, savez-vous pourquoi je n'ai toujours pas été prise à mon RDV ? Vous avez du retard ?
- Il fallait arriver à l'heure ! Maintenant, il faut attendre, c'est tout !
- Je suis arrivée dans cette salle d'attente avec 15 minutes d'avance.
- Et vous vous êtes inscrite ?
- Oui, je suis allée au bureau des entrées…
- Parce que si vous n'êtes pas inscrite, nous, on vous prend pas, c'est tout !
- Pardon ?
- Il fallait passer par ce bureau avant d'aller dans la salle d'attente !
- Pardon ?
- C'est écrit partout dans la salle, vous n'avez pas lu ? Faut regarder quand même. Oh c'est un monde…!
- Hum… et je peux m'inscrire maintenant ?
- Donnez-moi votre ordonnance. (ça a pris 5 secondes) Mais maintenant il faudra attendre, vous avez manqué votre rendez-vous !"

Je retenais mes larmes en allant me rasseoir. Cela faisait presque 1h30 que j'étais entrée dans cette maternité. Je regardais ma montre. Je dis tout bas à la petite bulle qui s'était réveillée : "Encore trente minutes, après on se tire, promis !" J'ai attendu 29 minutes et 35 secondes, j'avais peur qu'un médecin arrive enfin à ce moment-là, je voulais fuir. Je retournai voir la dame de l'aquarium : "Mon ordonnance s'il vous plait, je ne peux pas attendre plus longtemps." Elle bégaya, je ne compris pas ce qu'elle me dit. Je n'étais pas énervée, juste déterminée, elle ne pouvait plus rien contre moi. Elle me tendit l'ordonnance sans rien dire, je quittais la maternité.

Et là je devins légère ! Heureuse ! Je voulais crier : "Oh ma pitchouna d'amour, tu vois ? Nous sommes libres ! LIBRES !" La peur m'avait quittée. Je leurs avait repris ma fille.

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Céline.

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